‹ EthelChapitre 20 sur 172 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

est venu passer quelques semaines avec son régiment ; c'est un sot.

« — Et vous ne craignez pas de l'avouer?

« — Pourquoi ?

« — Vous n'aimez donc pas la mode ?

(( — Je ne sais si je l'aime ou ne l'aime pas , mais je n'y pense jamais. J'aime avant tout la liberté. » Puis, regardant Gaston d'un air moitié sérieux, moitié souriant, elle dit avec une expression de mutinerie enfantine et pleine de grâce comme tout ce qu'elle disait : « Même, j'aime un peu la contradiction.

« — Comment pouvez -vous l'exercer?

« — Flatteur! ! Est-ce ainsi que vous jouez votre rôle? Songez donc que vous êtes mon guide , que vous devez me tenir lieu de père, être au moins mon gouverneur, me défendre enfin contre des hommes aussi dangereux que cet élégant colonel.

« — Vous le trouvez redoutable?

(( — Moi, pas du tout ; je parle d'après sa réputation; mais je ne le crains nullement, quoiqu'il soit mon ennemi déclaré. Je veux vous raconter la manière dont il fut traité un jour h Dublin devant moi par une femme des plus distinguées de ce pays-là. Nous n'avons pas pour la mode la folle adoration des Anglais. Vous verrez comme j'ai été méchante ; il ne m'a jamais pardonné cette malice , parce qu'il la méritait.

40 EÏIIEL.

« Le régimenl du colonel Lyndsay était depuis peu de temps en garnison à Dublin. Tous les officiers de ce régiment , le colonel à leur tête, affichaient un dandy isme raffiné, désolant pour nous autres pauvres et simples Irlandais.

(( Un jour, la dame dont je vous parle parvint à décider ces fameux dandies militaires à venir chez elle à un bal qu'elle donnait exprès pour eux.

« Ils arrivent tous ensemble , et restent en corps dans le salon sans vouloir se séparer.

« La maîtresse de la maison s'efforçait en vain de les tirer de leur apathie affectée.

« — Si vous voulez danser, leur disait-elle, je vous présenterai aux plus jolies personnes du bal.

« — Les officiers du 1 00'' ne dansent jamais ', répond le colonel, qui portait la parole au nom de tous.

(( — Hé bien, venez dans un autre salon ; vous y trouverez une personne très-spirituelle, qui vous racontera des histoires à vous faire mourir de rire.

(( — Les officiers du 100' ne rient jamais.

« — Voici des glaces, prenez au moins quelques rafraîchissements.

' Comme l'histoire est vraie , on a changé le chiffre du régiment pour éviter les personnalités.

Page 1