‹ EthelChapitre 3 sur 172 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

qu'elle tient de la passion. Justement parce que je l'avais combattue tout l'hiver en apparence , j'y crus pouvoir céder en secret sans scrupule.

« Je m'étonne de voir combien je manque de vérité dans toute la conduite de ma vie : cependant je ne manque pas de naturel dans les manières. Quoi qu'il en soit, je craignais de me faire vieux avant le temps , en devenant étranger à tous les plaisirs des jeunes gens du jour.

a Dans le monde où je vis, il faut être un homme ordinaire pour obtenir la réputation d'un homme distingué , c'est-à-dire à la mode. J'ai donc suivi le troupeau des dandies , et je suis arrivé aux courses d' Ascot ; mais en quittant Londres hier, je me sentais déjà gâté pour ce genre de divertissement par le souvenir du salon si calme de ma vieille tante; je dis gâté sans ressource, car l'amour n'entrait encore pour rien dans le dégoût soudain que j'éprouvais pour mes plaisirs ordinaires. Ce dégoût, faute de mieux, tournait au profit du patriotisme : je m'indignais de l'humiliation de mon pays ; ma seule présence aux courses d' Ascot me semblait une honte pour la France. Recevoir la mode après avoir donné si longtemps à l'Europe les lois du goût et du bon ton ! je ne pouvais me résigner à cette déchéance : l'œuvre des traités et des armées est peu de chose auprès du mal que

nous ont fait une douzaine de sots prépondérants dans ce qu'ils appellent le grand monde des deux pays. D'abord je me gardai bien de laisser deviner mes pensées à mes compagnons d'ennui ; mais bientôt fatigué de pérorer , de juger, de jurer, d'imposer mon opinion et la fumée de mon cigare à mes grossiers voisins de la tribune ; fatigué, surtout, de ces façons triviales empruntées aux palefreniers qu'ils copient assez mal , je descendis de celte loge des importants; je m'échappai dans un moment de désordre ; j'allai sur la pelouse , et de là sur la bruyère déserte, me promener à l'écart comme un bourgeois ou comme un poëte , moi , deux fois élégant par mes succès à Londres , et par mon autorité à Paris.

« Le paysage était stérile, l'air froid, le ciel griS;, la végétation maigre, la terre nue, le printemps avare ; et le peuple, le riche peuple en voiture que je laissais derrière moi, me paraissait malheureux autant qu'opulent. La tristesse est le malheur des gens qui ne manquent de rien.

(( Les calèches, les gigs, les tandem, les tilburys, les stanhopes, les dennets, les briska , les landaus, les landolcts, les coupés , les coach-andfour, les droski , les wurst , les cabriolets , les chars-à-banc, les chevaux de course, les chevaux de chasse, les uniformes , les livrées, les schawls

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