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CHAPITRE Vï

un animal fougueux, faisait l'admiration de Gaston : l'admiration , dans un cœur passionné, c'est tout simplement unredouJjlement d'amour.

« Quoi que vous entrepreniez, lui dit-il, vous êtes sûre de triompher.

« — C'est apparemment parce que je n'ai pas l'ambition de vaincre, » répondit-elle. Puis, caressant son cheval : « Vous le voyez , il m'obéit , et pourtant je n'ai guère de force.

« — Qu'importe la force matérielle, quand on a la puissance? Connaissez-vous votre pouvoir, Ethel? Il est irrésistible. Il l'emporte sur la raison , sur l'expérience , sur le devoir, sur les lois sociales , humaines , sur les lois divines.

« — A propos de quoi tous ces grands mots ?

« — A propos de mon amour, Ethel ; car, il faut que je vous le dise , je vous adore , et je ne puis plus vivre que pour vous.

« — Est-ce là le langage qu'un frère tient à une sœur dans votre pays , monsieur?

« — C'est celui de mon cœur ; depuis que je vous ai rencontrée, j'ai trop souffert du silence et de toutes les entraves qui nous séparent ; je ne vis que pour vous , je vous aime , et je vous dis mon amour la première fois que je me trouve seul avec vous , parce qu'il faut que vous le sachiez. Si j'étais habile , j'aurais dissimulé ; je ne suis qu'amoureux , mais amou-

reux comme un fou el à plaindre comme un homme qui juge sa folie. »

Elhel , arrêtant son cheval , lève sur Gaston des yeux de gazelle étonnée : ce regard de prédestiné percerait les cœurs les moins tendres ; il bouleverse les sens et la raison de Gaston ; il exprime à la fois un mélange de colère, de crainte, de tendresse et d'incertitude : mais ce qu'il y a surtout au fond de ce regard doux et sévère , c'est la mélancolie de la terre , mêlée à la pureté du ciel.

« Retournons chez ma tante, dit Ethel en rebroussant chemin , et reprenant la route de Londres, mais au pas... »

Gaston l'accompagnait sans parler. Ils n'échangèrent jusqu'à Piccadilly que des paroles insignifiantes. Gaston, en lui disant adieu à la porte de lady Buckland, lui demanda si elle était irritée contre lui , et quand il la reverrait. «Je ne sais, répondit-elle aux deux questions. — J'ai été malhabile. — Ne dites pas cela, reprit Ethel ; avec une personne de mon caractère , ce qu'il y a de plus habile , c'est de ne rien cacher. Je n'ai pas l'expérience des choses, mais j'ai le tact du cœur , et je devine les hommes sans connaître le monde. »

Gaston se retira satisfait h juste titre et rempli d'espérance.

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