CHAPITRE VII
II y a tant de tradition, tant de convention dans la vie des femmes du monde , que leur langage et leurs actions sont notés selon chaque circonstance. Etliel ignore ces règles; elle n'a point appris cette espèce de plain-chant de salon ; la psalmodie du mensonge et de l'hypocrisie lui est inconnue. Jetée tout à coup , du fond d'une solitude pleine de loisir et d'enseignement , au milieu d'une société compliquée , elle reste livrée à toutes les incertitudes de la nature , à la simplicité toute charmante de l'ignorance. Les autres femmes savent d'avance comment se conduire et parler dans toutes les
positions de la vie ; leurs actions sont réglées , leurs discours écrits : Elhel seule reçoit toutes ses lumières de l'inspiration du moment ; les circonstances font son langage , ses actions, ses sentiments, ses opinions ; elle n'ade préventions, de préjugés, de traditions, que ce qu'il en faut absolument pour vivre^ je ne dis pas pour réussir dans ce monde. Tout ce qu'elle pense , éprouve et dit , est à elle. Son esprit ni son cœur n'ont rien d'emprunté : la vie est le seul enseignement qu'elle accepte, parce qu'il n'est pas tout fait, et que chaque jour d'expérience modifie la leçon de la veille. Il arrive de cette absence de doctrine qu'elle ne sait ni se fâcher à temps , ni se défendre à propos. On ne lui a jamais enseigné la modestie ; sa politesse est d'instinct : sa vertu le sera aussi. Elle a reçu du ciel une conscience inflexible ; avant de la voir corrompue , Dieu l'appellerait à lui : voilà ce qu'elle sait, ce qu'elle sent. Avec cette assurance , elle vit en paix comme un ange parmi les démons, et elle manque innocemment à toutes les convenances du monde.
Sa vie est celle d'un poëte averti par son génie qu'il ne peut mourir s'il n'a complété son œuvre. L'œuvre d'Ethel , du moins elle le croit, c'est le triomphe de la vertu religieuse sur le vice élégant.
La noblesse de sa nature n'a point été ternie