CHAPITRE VII
les plus distingués par l'inattendu de ses procédés et l'inconséquence apparente de sa conduite.
Gaston ne pouvait s'étonner assez de la manière cordiale dont Ethel le reçut la première fois qu'il la revit après la déclaration involontaire, mais nette et formelle , qu'il lui avait faite. 11 tira de cette indulgence les plus heureux présages : il avait parlé , on ne l'avait point interrompu ; la première barrière était franchie, on ne lui avait pas ordonné de fuir ; loin de l'accabler de reproches, on paraissait s'intéresser à sa peine : donc il pouvait tout espérer.
Ces calculs seraient justes avec toutes les femmes ; ils ne l'étaient pas avec Ethel ; non-seulement elle ne les faisait pas , mais elle ne se doutait même pas qu'on pût les faire , tant cet esprit était ignorant du code de galanterie en vigueur parmi les gens du monde.
D'ailleurs , elle était irréfléchie autant qu'elle était pure. Tant que sa conscience ne lui paraissait pas engagée dans une question, elle craignait de penser ; elle ne prenait les choses au sérieux que lorsqu'elle aurait cru manquer à un devoir sacré en n'étant pas scrupuleuse et grave. Le spectacle de la vie avait pour elle un intérêt sans cesse renaissant; elle n'aimait guère à s'appliquer , mais elle avait le don de
l'observation. Sans travailler jamais , sa vie était une étude constante et involontaire. Comme son temps n'était point perdu, quoi qu'elle fît ou ne fît pas , elle se livrait sans nulle pédanterie à tout ce qu'elle croyait être un plaisir innocent ; chez elle l'àme était ferme et l'imagination mobile, deux grands moyens d'échapper à la séduction. L'imagination aide une âme plus qu'elle ne la gène dans la lutte de l'esprit de piété contre l'esprit du monde. Ainsi les progrès que Gaston croyait faire n'étaient pas réels ; mais il fut quelque temps à découvrir son erreur. Il lui en coûtait pour s'avouer qu'il avait perdu sa peine , et que son espoir n'était pas fondé. Dans ce combat de la passion contre l'innocence, il s'était montré faible , emporté , tandis qu'Ethel avait conservé toute son idéale pureté. L'orgueil du fat, le désespoir de l'amant, l'amour-propre engagé dans la lutte , l'habitude du succès , tout contribuait h torturer l'àme de Gaston. Il se nuisait par la réserve même qu'il croyait devoir s'imposer. Ethel , à défaut d'amour , lui aurait montré un intérêt sincère ; mais Gaston , éclairé d'aljord sur l'inutilité des plaintes , cachait les tourments de sa passion , tandis qu'Ethel , qui ne demandait pas mieux que de se prêter à une illusion commode pour son repos , cherchait à ne pas soulever le voile prudent dont il se