CHAPITRE VII
dans le salon. La vive sensation que la beauté d'Etliel, ses manières qui n'étaient pas des manières, et son esprit original, produisaient sur tout ce qui la voyait, ne pouvait consoler la comtesse de l'absence du seul homme qui l'intéressât en ce moment.
Enfin le duc de Clifton arriva; mais quel fut le mécompte de la comtesse quand elle le vit saluer Etliel à peine poliment , et sans lui adresser la parole, prendre aussitôt le bras du colonel Lyndsay pour passer avec lui dans le cabinet, où se trouvaient quelques autres élégants qui se plaisaient à s'éloigner du salon afin d'afficher leur indilTérence pour la société des femmes.
« Qu'a donc le duc? dit la comtesse tout bas à sa voisine. — Je ne sais, répond celle-ci d'un air discret. — Il était pourtant bien occupé d'Ethel au dernier bal de lady Lucy Munro. — Le monde est si méchant ! » répliqua l'amie intime de la comtesse, qui ne put rien obtenir de plus de la retenue affectée de cette dame.
La maîtresse de la maison vient à passer en cet instant ; la comtesse l'appelle et la questionne.
(c Vous avez eu bien tort , lui répond la duchesse, de laisser Ethel se promener seule à cheval avec M. de Montlhéry. — Comment ! avec son frère ? — Il ne l'est que de nom ; d'ail-
leurs le nom ne fait rien à l'affaire , et la réputation de M. de Montlhéry aurait dû vous rendre plus circonspecte. C'est l'homme le plus
dangereux pour les femmes
{( — Plus circonspecte ?. . . mais il n'y a pas une jeune personne qui ne monte à cheval, au Parc.
— Oui , mais pas tête à tête : elles vont avec leurs parents ou avec les amis intimes de leur famille; mais un heau-frère qu'on n'avait jamais vu, un étranger n'est pas un parent. Fuir la foule , s'égarer seule dans la campagne : toutes ces libertés ne sont plus dans nos mœurs; elles ont fait le plus grand tort à lady Ethel.
— D'où vient que vous ne parlez pas de miss Malvern et des miss *"*? — Il est vrai qu'elles font pis... mais on y est habitué ; elles n'en sont pas à leur début dans le monde... enfin elles n'ont pas le colonel Lyndsay pour ennemi. »
La comtesse n écoutait plus; rouge, pâle, les lèvres contractées, les yeux fixes, elle regardait , peut-être sans le voir , le duc de Clifton qui donnait le bras à la charmante miss Malvern pour la mener danser. Cette jeune personne dansait en face d'Elhel, qui, sans se douter le moins du monde de la curiosité, malveillante, non plus que de l'admiration dont elle était l'objet , causait naturellement avec le marquis de Broadlands. Ce jeune homme, enivré d'amour, ne voyait qu'Elhel; il aurait voulu