‹ EthelChapitre 42 sur 172 · CHAPITRE Ylf · texte numérisé non relu

CHAPITRE Ylf

qu'elle ne vît que lui, qu'elle ne fût vue que de lui. Il était loin d'un tel bonheur; bientôt un cercle d'admirateurs entoura la jeune Irlandaise, qui, malgré sa simplicité et son ignorance, ne put se cacher entièrement à elle-même l'elfet qu'elle produisait.

Sa vanité ne fut flattée qu'un instant. Avec le tact du cœur qu'elle possédait, elle sentit aussitôt le danger auquel allait l'exposer son isolement dans une société où elle ne pouvait déjà plus, se disait-elle, rencontrer que des enthousiastes etdes ennemis. Ethel, en devinant qu'elle faisait exception dans le monde , devint triste au milieu de son triomphe ; elle cherchait vainement dans ce brillant salon à rencontrer le regard d'une amie ou celui d'un protecteur : l'absence de Gaston lui était pénible. Cependant elle se serait sentie embarrassée de sa présence.

« Qu'avez-vous? lui dit le marquis à la fin de la contredanse. — J'ai besoin d'air; je ne suis habituée ni à la lumière , ni h la chaleur des salons de Londres. «

Le marquis lui offrit le bras pour la conduire sur l'escalier , le seul lieu de la maison où l'on n'étouffait pas encore. A la vérité, les escaliers de Londres sont tapissés , peints , éclairés , habités comme des salons.

L'appartement tournait , et le cabinet où I. 6

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nous avons laissé les hommes à la mode avait une issue sur l'une des extrémités du palier. C'est près de cette porte qu'Ethel s'était assise afin d'échapper aux regards qui tous, volontairementet involontairement^ se dirigeaient sur elle.

« Elle est timide, disait l'un ; c'est une grâce de plus. — Elle est timide et fière : c'est la perfection du caractère de la femme , disait un autre. — Sa beauté est toute nouvelle , reprenait un troisième; elle a autant d'originalité dans la physionomie que de régularité dans les traits. — Elle va recommencer la carrière de ces femmes célèbres dont parlaient nos pères , et à l'existence desquelles nous ne voulions pas croire ; on lui donnera des gardes connue à la fameuse lady *** quand elle se promenait aux parcs.

« — Attendez donc , disait toujours le colonel Lyndsay ; elle a encore la rosée de l'Irlande sur les joues ; laissez l'air de Londres souffler six mois sur cette fleur des champs; vous verrez comme elle se fanera. »

La mode fascine à tel point l'esprit des sots, que ces seules paroles faisaient paraître Ethel moins belle, du moins pour quelques instants, aux yeux de bien des hommes.

D'autres la défendaient , malgré le danger de contredire ce terrible colonel.

« Ma foi , dit l'un , si telles sont les produc-

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