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CHAPITRE VIII

ritage la félicité suprême. La mort lui livre la seule femme qu'il ait jamais aimée... Son cœur bondit en s'élancant au-devant d'un bonheur souvent rêvé. . . toujours évanoui !

Pourtant l'honneur , la délicatesse, l'amour même se révoltent encore par moments contre sa joie brutale... Mais quand la délicatesse seule s'oppose au triomphe de la passion , il est peu d'hommes du caractère de Gaston , et même d'hommes supérieurs à Gaston , dont le cœur ne batte de joie sans scrupule.

Le désordre était complet dans la salle où l'on venait de déposer le corps de la comtesse ; l'alarme s'était répandue dans la maison, qui parut vide tout d'un coup, sans que réellement rien fût changé , si ce n'est que la maîtresse de toutes ces choses magnifiquement frivoles était trépassée. Si la comtesse dormait au lieu d'être morte , tout paraîtrait encore dans l'ordre.

Avant qu'on appelât les gens d'église et les gens de loi , chaque domestique tâchait d'accomplir dans l'ombre son œuvre d'infidélité. Une atmosphère de rapine et de mort s'était répandue subitement dans ce logis orné de toutes les futilités de la mode. Les femmes , les valets ont disparu ; ils errent dispersés dans le haut de la maison, où l'on entend de moments en moments des portes s'ouvrir et se fermer. Plus de médecins,

point encore de prêtres , point d'amis. La duchesse de Fonlhill , à la fin de son bal , avait envoyé un domestique s'informer de l'état de la comtesse : voilà le tribut aux bienséances sociales payé.

Bajazet, enfermé dans la chambre à coucher habituelle de sa maîtresse, pousse des hurlements que personne n'entend.

Les volets de la bibliothèque , où reposait le corps de lady Buckland , n'avaient pas été fermés; déjà les premières teintes d'un jour brumeux luttaient avec les lueurs livides de la lampe prête à s'éteindre, lorsque Ethel, saisie de terreur, se lève tout à coup et s'approche de son beau-frère : « Vous ne me quitterez pas?

(« — Jamais !

« — Je ne suis donc pas seule au monde.

« — Je ne vivrai que pour vous. » Il la serre sur son cœur. Elle pleure... puis se dégageant soudain : « Je n'ai rien à redouter, comment pourrais-je vous craindre ?... j'ai tant besoin de vous ! . . . »

Gaston , frappé d'admiration, se reprocherait en ce moment l'ombre d'un sentiment offensant pour l'ange qu'il adore; il sent, quoiqu'il en ait douté, que l'amour, même le plus passionné, peut encore être généreux ; il tombe aux pieds d'Ethel en lui demandant pardon de l'aimer. « Oui, Ethel, vous êtes libre, lui dit-il,

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