CHAPITRE Mil
souveraine absolue de ma vie, maîtresse même des mouvements de mon cœur... Je ne vous aimerai qu'autant que vous le voudrez et comme vous le voudrez. — Aimez-moi comme un frère, » lui dit Etliel en s'appuyant sur lui ; puis elle lui prend la main et l'embrasse cordialement. Désarmé par une si angélique confiance, Gaston promet de bonne foi cet amour purement fraternel , c'est-à-dire tout simplement impossible.
Us étaient encore dans l'attitude qu'on vient de décrire , lorsque la porte s'ouvre précipitamment, et que mistress Evens entre suivie de deux hommes d'affaires , qu'en sa qualité de première femme de la comtesse elle avait envoyé chercher pour faire remplir les formalités juridiques et religieuses usitées en pareille circonstance. Apercevant Ethel et Gaston dans les bras l'un de l'autre , elle recule épouvantée et sort de la chambre en s'écriant : « Quelle horreur ! ! ! » Sa vertu scandalisée fit grand bruit dans toute la maison.
Ethel se relève sans le moindre trouble ; elle croit que la bonne et sensible mistiess Evens ne peut supporter la vue de sa tante subitement frappée de mort. A l'arrivée des gens d'affaires , elle veut s'éloigner : « Où puis-je me retirer? » dit-elle à Gaston.
Montlhéry, qui comprenait les choses, et
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connaissait les hommes mieux qu'Ethel, restait muet et consterné.
Il sentait que pour les premiers moments il eût été convenable que l'orpheline fût recueillie par quelqu'une des amies de la comtesse , et il tremblait en pensant aux conséquences que pouvait avoir l'indiscrétion de mistress Evens. Aussi, quoiqu'il comprît fort bien qu'il y avait peu de moyens de réduire cette femme au silence , voulut - il tout tenter pour éviter un éclat. Ethel, par sa céleste candeur, exerçait un tel pouvoir sur lui , qu'il redoutait en cet instant ce qu'il aurait pu désirer dans tout autre.
« Passez d'abord dans ce cabinet, lui dit-il, en voulant la faire sortir de la chambre. Là nous verrons ce que nous avons à faire. »
Ethel jette encore un regard sur sa pauvre tante et tombe h genoux devant le lit, en adressant à Dieu pour la défunte une dernière prière.
Alors la porte s'ouvre encore une fois, et l'on voit entrer un homme inconnu. Le costume de cet étranger n'a rien de caractéristique ; il ne salue personne, ne parle à personne ; sans même avoir l'air d'apercevoir ce qui est dans la chambre, il enjambe par-dessus les pieds d'Ethel agenouillée, passe d'un air respectueux auprès du litde la morte qu'il n'ose regarder, et s'approche imperturbablement delà cheminée... pour aller monter la pendule ! . . . Quand il a fini , re-