‹ EthelChapitre 56 sur 172 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

les étrangers qui passent pour riches; je l'ai éconduite. » En achevant ces mots, pressé de partir, il offre le bras h Ethel, et descend l'escalier.

Avant de se disposer à quitter Londres, il avait eu soin d'indiquer à son homme d'affaires une adresse où celui-ci devait lui écrire pour lui rendre compte des démarches des gens de loi, et de tout ce qui pourrait survenir d'imprévu.

Il brûlait de se trouver seul avec l'ange qu'il adorait. Enfin ils montent en voiture ; la femme de chambre s'assied sur le devant ; Ethel et Gaston se placent dans le fond de la calèche , qui reste ouverte par un temps assez beau pour l'Angleterre, c'est-à-dire par un brouillard sans pluie. Un long silence régna d'abord entre les deux voyageurs , et ce silence dura tout le premier jour.

A l'occasion de la mort de sa tante, lady Ethel n'avait reçu nulle marque d'intérêt de la part des personnes qui composaient la société intime de la comtesse. Elle ne s'était pas aperçue de cet abandon subit; mais Gaston l'avait remarqué : il s'en réjouissait, tout en craignant ce qui pouvait avertir Ethel des dangers de la position où elle se trouvait.

Comme ils n'étaient guère pressés d'arriver, les deux voyageurs s'arrêtaient dans tous les lieux intéressants ; ils avançaient à petites jour-

nées sur les jolies routes d'Angleterre, se détournanttoutesles fois qu'il y avaitquelque excursion curieuse à faire dans les environs de l'auberge où ils avaient passé la nuit. Partout des maisons élégantes, des postillons bien tenus, des chevaux superbes leur faisaient oublier qu'ils n'étaient pas chez eux. Ethel, triste comme elle devait l'être après la perte qu'elle venait de faire, se livrait pourtant à des rêveries moins sombres depuis qu'elle n'avait plus à lutter contre la manie du mariage, qui avait fait sa désolation tout le temps qu'elle avait passé près de sa bonne tante.

La liberté est une seconde naissance pour l'âme qui sait en jouir. Ethel se croyait libre ; Montlhéry ne se pressait pas de lui ôter cette illusion : ne voyant plus ce qui désormais pouvait s'opposer à son bonheur, il attendait. Cet état n'était pas sans charme pour lui ; lorsque l'attente lui deviendrait insupportable, il serait temps d'éclairer Ethel sur sa position, et de réaliser les rêves dont il remplissait ses heures solitaires. Elle , qui ne réfléchissait que lorsqu'elle y était forcée, s'amusait de toutes choses, se laissait distraire comme un enfant, et ne prévoyait jamais un danger ni un chagrin. La réclusion absolue du voyage comblait Gaston dejoie ; le monde avait disparu : Ethel et lui restaient seuls sur la terre ; ils appartenaient en-

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