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CHAPITRE IX

lièrement à leur airection, le monde disparaissait, l'univers s'ouvrait devant eux!...

Il jouissait avec délices de l'espoir de vivre pour elle et d'embellir une existence qu'il commençait par bouleverser sans remords ; il avait le cœur plein de tendresse , et l'assurance de la dédommager par un amour passionné , par des soins délicats , de tout le mal qu'il lui faisait d'abord, de tous les sacrifices ignorés qu'il lui imposait, lui suffisait pour attendre , non sans plaisir, l'instant d'ivresse où il n'aurait plus rien à désirer en ce monde. A vrai dire, il croyait cet instant peu éloigné; la facilité d'Ethel à lui confier la direction de son sort, quoiqu'elle sût déjà toute la passion qu'elle lui inspirait, entretenait sa confiance. Il croyait Ethel faible; elle n'était qu'inconséquente, et surtout ignorante des lois du monde. Dans son inexpérience de la plupart des choses de la vie , cette jeune fille fondait sa sécurité sur la générosité qu'elle supposait à Gaston. Elle sentait son pouvoir sur lui ; et loin de craindre cette dangereuse puissance, cette puissance si perfidement douce à exercer, c'est précisément sur ce redoutable pouvoir que l'ignorante Ethel comptait pour se défendre : la soumission de l'ami l'aveuglait sur l'exigence de l'amant.

La pureté a son genre d'égoïsme : la noble Ethel ne songeait qu'à sa propre tranquillité;

elle ne s'embarrassait pas des tourments ignorés qu'elle causait involontairement, il est vrai, à l'homme qui l'adorait et qui ne tarderait pas à se vouloir venger du supplice qu'on lui imposait , car l'amour rend cruels ceux qu'il fait souffrir. Ethel dominait sans se sentir dominée ; elle était donc encore paisible et r ',7nait exempte de crainte. Ne connaissant qu ^ ouvoir qu'elle exerçait, elle ne se doutait pas de celui qu'on pouvait exercer contre elle ; tyran imprudent , elle abusait de sa force, elle imposait l'esclavage sans le redouter pour elle-même.

En approchant de Bristol , Gaston , qui craignait surtout d'arriver trop vite au terme du voyage , parla du désir qu'il avait de voir Cheltenham et d'y passer quelques jours avec Ethel, afin de lui montrer les environs de cette ville , et d'attendre, dans cet agréable séjour, des lettres de Macnally-Gastle. Ethel, sensible aux beaux sites , curieuse de tout voir , et surtout de parcourir un pays pittoresque , consentit au retard proposé par Gaston.

Un soir, la veille du jour où ils devaient arriver à Cheltenham , Gaston , plus irrité que jamais de la résistance qu'Ethel oppose innocemment à ses désirs, la prie de renvoyer sa femme de chambre et de rester un instant à causer avec lui. Elle consent, non sans répugnance , à demeurer dans le parloir.

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