‹ EthelChapitre 62 sur 172 · CHAPITRE X. H · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. H

solliciter longtemps une chose. Une demande répétée cent fois n'est plus la même à la centième : à force d'usage , les paroles changent de sens ; le refus s'émousse en se renouvelant , tandis que l'instance s'aiguise. L'avenir est donc favorable à l'attaque ; toute résistance faiblit à la longue. La lutte de l'amour et de la vertu n'est qu'une question de temps. Si la passion se lasse la première , elle échoue ; elle triomphe, si elle persévère : voilà ce que Gaston se répétait à lui-même. Mais que d'attente ! que de dissimulation ! Il se promettait cependant de tout supporter pour réussir : l'amour est comme le génie , il porte avec lui sa patience.

Il éprouvait si vivement le pouvoir souverain d'Ethel , il reconnaissait avec une telle ivresse l'empire qu'elle exerçait sur lui , qu'il se disait : « Au lieu de vouloir la vaincre , c'est moi peutêtre qui devrais lui céder en renonçant à elle... Qui sait si par un tel sacrifice nous ne serions pas plus heureux elle et moi ? «

Cette incertitude , qu'il ne parvenait pas toujours à dissimuler, devint son plus puissant moyen de séduction. Elle augmentait la funeste sécurité d'Ethel en faisant voir malgré lui la disposition où il était de se soumettre à la femme qu'il adorait; celle-ci sentait qu'elle agissait sur lui, et l'espoir de le subjuguer plaisait à ce cœur orgueilleux» Cet homme, au-

quel son esprit , son instruction , son expérience , son âge même , assuraient tant d'avantages sur elle , était pourtant en son pouvoir , comme le coursier de Hyde-Park ! . . . Qui sait si le ciel ne l'a pas chargée de convertir Gaston ; si la destinée d'une âme, d'une âme noble et loyale, mais égarée par les méchants, ne dépend pas de la prudence et de la patience d'une pauvre orpheline? Quel respect pour elle-même lui donne la pensée d'une telle mission !

C'est dans ce noble espoir qu'Ethel puisera le courage de tout braver, jusqu'à la prudence, jusqu'à la raison ; la force de tout supporter, jusqu'aux insultants soupçons du monde. Elle se rassurait toujours par ce qui aurait dû l'effrayer.

Toutes les femmes vertueuses qui succombent se sont perdues parce qu'elles voulaient convertir un homme... qu'elles ne voulaient pas fuir.

Le cœur humain est le même dans tous les temps et chez tous les hommes.

Comme ils entraient à Cheltenham , l'orage de la veille était entièrement dissipé. Légère en toutes les choses de peu d'importance, Ethel ne gardait sa force que pour ce qui touchait aux intérêts de l'âme.

Gaston retrouva ses chevaux qui l'avaient précédé ; le plaisir de parcourir le pays avec d'élé-

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