‹ EthelChapitre 63 sur 172 · CHAPITRE X. UQ · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. UQ

gants équipages fut pour Ethel un puissant moyen de distraction , et dès lors de sécurité. Gaston était bon autant qu'il était beau : n'était-ce pas là un sujet de tranquillité?...

La vie des eaux est toujours et partout la même ; en Angleterre , en Allemagne , en France , ces lieux de plaisance sont les points de réunion des ennuyés par désœuvrement. On y va pour s'amuser comme pour se guérir , et l'on en revient souvent malade et ennuyé.

M. de 3Iontlhéry , sans se rendre bien compte à lui-même de ses projets, comptaitpasser à Chellenham une quinzaine de jours, parce que , dans la saison où il s'y trouvait, cette ville est encore peu fréquentée. Une solitude complète eût rendu ses rapports avec Ethel plus embarrassants : ce qu'il évitait avec le plus de soin pour elle , c'était l'ennui ; il avait même le projet de la faire voyager dans le nord de l'Angleterre quand Cheltenham commencerait à se peupler ; ou plutôt il sentait qu'il fallait vivre sans plan et profiter des circonstances. Comme il croyait facilement à ce qu'il désirait fort , il se flattait de persuader au monde qu'il s'était borné à remplir ses devoirs de tuteur en conduisant Ethel chez elle, oii l'attendaient ses gens d'affaires et le bon abbé Patrice. Il avait résolu de ne voir personne à Cheltenham ; par malheur, auxeaux, l'isolement est un moyen de se faire remarquei*.

Les pronienatles à cheval étaient le plus grand plaisir d'Ethel. Sa beauté, son adresse, sa tournure élégante, eurent bientôt attiré l'attention du petit nombre de buveurs d'eau qui se trouvaient alors dans la ville , ainsi que celle de tous les habitants : il n'était bruit à la promenade de l'allée que de la jeune Irlandaise , de sa sauvagerie, et surtout de la manière singulière dont elle vivait avec un Français.

L'admiration mène a la curiosité , la curiosité à la médisance : bientôt les calomnies de Clieltenham s'ajoutèrent à toutes celles de Londres pour perdre Ethel dans l'opinion publique.

Gaston craignait l'attention dont Ethel était l'objet ; il redoutait surtout l'épouvante de la jeune fille lorsqu'elle viendrait à connaître sa position tout entière. Il trouvait déjà tant d'obstacles dans le caractère de cette personne singulière , qu'il se sentait incapable de triompher de sa résistance, si la réprobation du monde venait encore la fortifier dans ses austères résolutions. Que n'aurait-il pas à craindre du désespoir , de la colère d'Ethel , quand elle reconnaîtrait clairement qu'elle avait été exposée par lui au déshonneur avant même d'avoir pensé à se défendre du sort qu'il lui préparait! Ce sacrifice, dû, non à l'amour d'Ethel, mais à la duplicité de son amant , pouvait révolter cette âme fière et la rendre à jamais in-

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