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CHAPITRE X

Toutes les prévisions de Gaston étaient trompées : il avait cru la partie gagnée dès le début ; il se voyait déçu dans ses espérances les mieux fondées . E thel lui échappe par une volonté plus forte que toutes les circonstances qui lui livrent cette jeune fille ; elle lui échappe par le ressort d'un caractère naïf, par la puissance d'une âme primitive, en même temps que parla légèreté d'un esprit inculte. Le manque de réflexion, l'insouciance , qui perdent tant de femmes , contribuent à sauver celle-ci. Le sort, le monde, peut-être même le cœur de la femme qu'il aime , en un mot , tout le favorise : il en est au point où bien des amants ne peuvent arriver qu'après avoir travaillé longtemps ; et cependant, malgré ce bonheur inespéré , ou plutôt à cause même de ce bonheur, il n'a rien gagné. Quelle est donc cette femme ? A quoi lui servent contre elle les ressources de son esprit? A-t-il besoin d'employer la fécondité de son imagination pour approcher de celle qu'il aime ? 11 ne la quitte pas, elle vit uniquement pour lui...; mais plus il a trouvé de facilité à la soustraire à l'empire du monde , plus il s'est emparé de la destinée d'Ethel, moins il se voit près de vaincre la fierté innée de cette âme indomptable. A-t-elle un cœur? peut-elle aimer? elle veut rester avant tout indépendante. Le pourra-t-elle ? si elle le peut, elle, est donc une coquette!., peut-être

cette conduite si pure , et toutefois si imprudente , n'est-elle qu'un habile calcul ; si cette vertu adorée n'était que le résultat d'un cœur froid combiné avec un esprit délié ! Rêves que tout cela!.... La vérité, c'est qu'Ethel est la femme la plus mobile et la plus grande âme que l'élégant Montlhéry ait jamais rencontrée. On doit l'envier de pouvoir encore aimer comme il aime , mais il faut le plaindre d'aimer une Ethel ; et pourtant , il n'en aimera jamais une autre ! Peut-être aime-t-elle ailleurs!... Ah! la jalousie!... il ne la supporterait pas! Malheureusement Ethel a tout ce qu'il faut pour l'inspirer.

Telles sont les angoisses qui déchirent le cœur du malheureux Montlhéry...

Ses desseins sont déjoués par la simplicité d'Ethel : conspirer contre cette céleste confiance , se dit-il souvent, c'est une lâcheté. S'il se plaint, elle menace de retourner au château de Macnally, de quitter Gaston, d'aller vivre loin de lui.

Que faire? que résoudre? il sent qu'il ne pourra l'obtenir que d'elle-même ; c'est donc à son cœur qu'il faut parler; c'est ce cœur qu'il faut toucher à force d'abnégation, de magnanimité véritable ou affectée, de passion réprimée par le respect.

Mais ce chemin, s'il est le plus sûr, est si long et si pénible !

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