CHAPITRE X
à mes sentiments: ils sont libres, n'cst-il pas vrai?
« — Hélas ! oui , vous êtes libre de me sacrifier à votre perfide orgueil...
« — Vous appelez orgueil le témoignage de ma conscience.
« — Ce témoignage vous autorise donc à faire du mal à qui vous aime? Quelle sécheresse !.. Ah! vous n'avez jamais aimé d'amour!
« — Hé bien non ! J'ai l'horreur de ce qui ôte la liberté.
(( — Que d'idées fausses à rectifier! que de choses à apprendre ! . . . . Vous perdez votre vie , ma vie , par votre obstination ; vous perdez l'occasion du bonheur , d'un bonheur sans mesure que je vous rendrais pour celui que je recevrais de vous. Ethel, Etliel, vous êtes plus insensée que moi ! ... et vous vous croyez sage ! . . . . La liberté!!... dans votre bouche , ce mot n'exprime qu'un préjugé : et vous indépendante avant tout, vous ne voyez pas qu'un préjugé est un joug imposé à fesprit!... Vous êtes subjuguée par une erreur de jugement ; vous vous payez de mots , vous vous rendez esclave par votre amour pour une liberté imaginaire!... La liberté !... ditesvous , la liberté ! .... et qu'en ferez-vous de cette liberté si chèrement conservée ? de l'ennui ?
« — C'est possible ; mais j'aime mieux m'ennuyer à ma manière que de m'amuser à celle des autres.
« — Propos d'enfant mutin!... Vous n'avez donc pas de cœur? Le besoin de donner, ce besoin divin, vous ne l'éprouvez pas. Le bonheur de sentir qu'on éveille un autre cœur, qu'on centuple , qu'on éternise, qu'on crée une vie en abandonnant une part de la sienne , vous ne le comprenez pas ; le plaisir de céder, quand c'est à ce qu'on aime qu'on cède, ah! vous ne le sentez pas?... Etliel! !... Vous n'êtes donc pas une femme?... Pourquoi faut-il que vous ayez les traits d'un ange avec le cœur d'une statue? »
Jamais pareil langage n'avait troublé ce cœur ignorant. Ethel se sentait surprise , captivée.
« Quel homme êtes-vous?
« — Je suis un homme qui vous a cherchée, qui n'a cherché que vous depuis qu'il est au monde; et quand le sort s'explique en nous réunissant, vous seule vous vous opposez aux desseins de Dieu.
« —Vous blasphémez ! Dieu ne veut rien de mal .
« — Encore une fois , quel mal peut-il y avoir à ce qui rend heureux?
« — Vous cherchez votre bonheur aux dépens du mien.
« — Si vous m'écoutiez, vous seriez plus heureuse que moi. Je ne pourrais mériter mon bonheur, moi , tandis que vous vous sentiriez toujours au-dessus (hi vôtre.
(( — A combien de femmes, dit Ethel, avec