CHAPITRE X
un regard effrayé de sa pensée, avez-vous déjà tenu ce langage?
<( — A aucune... Croyez- vous que j'aie aimé comme je vous aime? jamais !... Ma vie était un sommeil agité; cet amour a régénéré mon cœur : sans vous , je retombe dans le néant ; avec vous, je vis dans le ciel. Depuis que je vous connais , tout est changé pour moi : j'ai quitté mes amis, rompu mes relations de société, renoncé h mon pays : tout cela ne vous prouve-t-il pas que je suis soumis à un pouvoir nouveau pour moi? Si vous me forcez à vous quitter, mon découragement me fera retomber dans une léthargie profonde , peutêtre dans l'ignominie ; j'ai besoin de vous à présent, même pour être honnête homme; Dieu sait ce qui m'attend si je vous perds. Si, au contraire , vous récompensez mon amour , cet amour qui n'est pas né pour rien dans mon cœur , vous ferez de moi un héros. Vous m'avez révélé des facultés , des vertus que j'ignorais , dont je blasphémais le nom , dont je niais jusqu'à l'existence. Et vous m'abandonnez avant de m'avoir prêté la force de les pratiquer en m'élevant jusqu'à vous? »
Ethel se sentait mourir , son cœur se fondait aux brûlantes paroles qui sortaient du cœur de Gaston ; elle se maîtrisa pourtant , et renouvelant le combat comme un soldat sur la brèche : I. 9
« Tout sacrifier à la paix de l'àme , c'est ma loi, vous dis-je.
« — A quoi donc attachez- vous cette paix ? et qui peut vous empêcher de vivre comme toutes les femmes ? Croyez-vous marcher seule dans la bonne voie ?
« — J'ignore ce que font les autres femmes.
« — Moi , je le sais ; elles ne se croient pas plus mauvaises pour n'avoir pas vos scrupules. Le monde juge sur les apparences ; elles évitent d'avoirles apparences contre elles : voilà tout... Quantaureste, elles obéissent sans crainte et sans honte aux mouvements de la nature absurdement contrariée par les lois arbitraires du monde !
« — Et c'est vous qui me prêchez cette morale ! . . . Vous , mon tuteur, mon frère , vous qui devriez me tenir lieu de père ! Un homme de votre esprit , de votre âge , pervertir une pauvre fille qui ne sait rien, si ce n'est qu'elle dépendait de vous , et qu'elle a eu tort de compter sur votre générosité. Moi, sans défiance, sans armes , sans appui , et vous mon unique protecteur , vous mon maître... vous le corrupteur de l'innocence !... Ah ! c'est infâme!... Je me suis fiée à vous , je vous ai remis le soin de mon avenir; j'attendais de vous la force dont j'ai besoin ; je vous demandais de suppléer à mon inexpérience, de cultiver mon esprit, de m' enseigner les choses de la vie , les usages du