CHAPITRE X
monde , les lois sociales... Voilà ce que j'avais le droit d'espérer du mari de ma sœur... Monsieur, votre conduite est d'un honuTie déloyal !
« — Calmez-vous, Ethel, vous êtes injuste ; l'amour n'est pas volontaire... c'est malgré moi que je vous aime.
(( — Taisez-vous!... si vous m'aimiez, vous chercheriez à me rendre meilleure ; vous respecteriez en moi ce qui fait qu'on peut aimer une femme... Loin de là, si je vous écoutais, grand Dieu!... je deviendrais indigne, non-seulement de mon estime , mais de votre amour, de ce vil amour qui vous rabaisse au-dessous de l'humanité , et qui me dégraderait moi-même à vos propres yeux , si j'étais assez faible pour vous écouter. . . Voilà comme vous m'instruisez !...
« — Vous vous plaisez, Ethel , à lutter de volonté contre moi : la vôtre est forte; vous aimez à l'exercer comme on cultive un talent ; moi, je suis la victime de ce jeu cruel. Vous croyez votre amour-propre engagé à me résister comme s'il s'agissait d'une gageure : votre détestable indifférence nous perd tous les deux. Vous luttez comme si je mettais une sorte de gloire à vous vaincre...
« — Vous en seriez capable , mais je n'y pensais pas , non plus qu'à la gloire que vous vous figurez qu'on trouve à vous résister.
(( — Quel est donc le sentiment qui vous oblige à faire mon malheur ?
« — Le sentiment du devoir,
« — Ce devoir, le connaissez-vous? Quelle idée vous faites- vous de Dieu , si vous pensez qu'il s'occupe de pareilles misères ?
« — Dieu s'occupe de tout , et surtout de ce qui trouble les consciences.
« — Et qui donc sait où finit la conscience, où elle commence ? La belle force , qui n'est pas la même pour tous ! La conscience , c'est une boussole qui marque autant de points du ciel qu'il y a de regards qui la consultent , et c'est à ce guide si variable que vous sacrifiez le bonheur de ma vie !
« — Si une fois j'ai attaché malgré moi la paix du cœur à la pureté. Dieu veut que je la conserve.
« — La pureté est dans l'âme ;, l'âme n'est jamais souillée par le véritable amour.
« — Eh bien! cela vous prouve que je n'ai pas d'amour. «
Il faut rendre justice à Gaston ; ce n'est pas du dépit qu'il éprouve , c'est du désespoir. 11 fallut dissimuler pourtant.
« Puisque vous ne m'aimez pas , reprit-il , vous devez au moins me plaindre et me guérir s'il est possible. Dieu ne pouvait choisir un plus puissant docteur pour me prêcher sa loi .
« — Ne plaisantez pas sur ces matières, dit