CHAPITRE IL
Les pages sans suite qu'on vient de lire exigent quelques explications : le comte Gaston de Montlhéry , noble et riche , s'était marié à Paris, six ans avant l'époque où commence cette histoire ; il avait épousé lady Odile Macnally, jeune personne très -riche , belle alors et fille d'un comte , pair d'Irlande. Le noble pair, dans ses voyages, avait pris un tel goût pour la France , qu'il résolut de faire élever l'aînée de ses enfants dans un couvent de Paris , où il lui donna pour gouvernante une demoiselle Dorothée Meunier , qui prit depuis le nom de madame de Villemagne , et dont il sera parlé plus
14 ETIIEL.
lard fort en détail. 11 n'était protestant que par politique, et voulait rendre ses filles catholiques. C'est dans le couvent des Anglaises et sous la direction de cette gouvernante que lady Odile reçut la brillante éducation toute parisienne au moyen de laquelle elle devint ce qu'on l'a vue dans la société de Paris : la plus élégante poupée, une marionnette accomplie.
Le mari de lady Odile était, comme nous avons pu nous en convaincre par l'extrait de son journal , un mauvais sujet du grand monde, un libertin élégant , débauché par tempérament et par désœuvrement, orgueilleux par naissance, sensible par nature, dur par habitude, par faiblesse , par imitation , mais sincère avant tout, car il poussait quelquefois la sincérité jusqu'au cynisme : aussi n'a-t-il jamais pu s'accommoder d'un caractère tel que celui d'Odile. Celle-ci ne voyait que le monde, et dans le monde elle ne voyait que la mode ; elle visait à l'effet avant tout : cette femme était comme un de ces tableaux ébauchés avec talent et qu'on essaie de mettre à leur point de vue en les changeant de place à tout instant , sans jamais pouvoir trouver leur vrai jour.
Ainsi incomplète , sans que ni elle ni personne pût dire ce qui lui manquait, la pauvre jeune femme se consumait en elTorts superflus pour faire parler d'elle : sans trait dans