CHAPITRE XI
deux cadavres , l'un vivant, l'autre mort.
(( Ogle lord Macnally ne voulut pas que sa sœur fût enterrée en terre sainte, ni que le corps fût emporté par des prêtres. Il le fit enfouir dans son jardin , et plaça sur la fosse un tombeau en marbre , d'après le dessin d'un sépulcre païen. Ce monument fut exécuté par des artistes venus tout exprès de Rome.
« Quand l'œuvre de luxe et d'art fut terminée, Ogle lord Macnally parut content : il ne s'était accordé aucun repos avant que les honneurs funèbres eussent été rendus à sa sœur. Il avait au moins la religion des païens, dit l'abbé Patrice : le respect pour les morts.
« Un jour, il ne dormait pas , et lisait dans son lit un livre impie ; les valets étaient couchés. Minuit sonne au beffroi du château : les quatre portes de la chambre s'ouvrent à la fois ; la lumière s'éteint ; la meute que les gardeschasse entretenaient comme objet de luxe , car il ne chassait plus depuis longtemps, pousse des hurlements lamentables, qui retentissent du fond d'une basse-cour attenante à la cour intérieure du donjon. Le vieux seigneur du manoir féodal eut peur, je crois, pour la première fois de sa vie. Il voulut se lever ; mais il retomba sur son lit en apercevant sa sœur debout à ses côtés. « Il y a un Dieu, dit la morte, et un Dieu terrible ! ... «
« Tout disparaît : mon oncle éveille ses valets , fait faire les perquisitions les plus minutieuses dans tout le château : on ne trouve rien.
« De ce moment , le cœur d'Ogle lord Macnally fut changé ; il se repentit , se confessa , mais en secret, pour ne pas faire confisquer, selon la loi de ce temps-là , les biens de sa famille , par un acte public de catholicisme ; il fit amende honorable dans le confessionnal, et mourut en chrétien. Avant de mourir, il voulut que l'histoire que je viens de vous raconter telle que je l'ai lue et apprise par cœur dans mon enfance , fût gravée à jamais sur une plaque de cuivre qu'il fit incruster dans le mur de la chambre où sa sœur lui était apparue.
« Ma mère , que je n'ai pas connue , faisait soir et matin ses prières devant cette plaque ; c'est là que ma gouvernante m'a fait balbutier mes premières oraisons, là que j'ai toujours prié depuis : et vous voulez qu'Ethel Macnally se conduise comme toutes les femmes ?... »