CHAPITRE XII
Cette histoire fit sur l'esprit de Gaston une impression profonde, mais d'une autre nature que celle que la naïve Eiliel avait espéré produire.
Il s'informa minutieusement de toutes les circonstances qui, selon la jeune fille^ prouvaient que le vieux oncle n'avait jamais été marié. Puis il s'éloigna.
Ils vivaient depuis quelque temps à une lieue deCheltenham, établis dans une maison de campagne solitaire que Gaston avait louée pour fuir la ville, et pour se soustraire aux regards et aux langues des buveurs d'eau.
Espérant peu d'un nouveau voyage, après rinutile épreuve qu'il avait déjà faite , il attendait l'effet du temps.
Il se souvenait qu'Ethel avait plusieurs fois employé un art particulier pour éviter les occasions de se rapprocher de lui pendant la route qu'ils avaient faite ensemble ; il pensait donc que le séjour de la campagne lui serait plus favorable.
Leur solitude était gaie, mais leur vie monotone. Ethel , quoiqu'elle eût été élevée par deux hommes distingués chacun dans leur genre , son père et l'abbé Patrice , avait peu de goût pour la lecture : quelques livres de piété, des romans de Walter Scott, c'est tout ce qu'elle avait lu h Macnally-Castle. Gaston, ne sachant qu'imaginer pour la distraire, lui récitait Milton en anglais ; cette poésie plaisait à son imagination. Mais lorsqu'elle avait écouté quelque temps les chants du barde chrétien, elle interrompait la lecture pour courir comme une enfant dans le jardin après des papillons , pour cueillir des fleurs , ou pour monter à cheval, ou pour pêcher dans une pièce d'eau du parc. L'inconstance de ses goûts épouvantait Gaston.
Il aimait, il ne s'ennuyait pas, lui; mais il craignait l'ennui pour elle , et cette crainte est un mortel poison.
Ethel n'avait pas de conversation ; elle était