CHAPITRE XII. US
douée d'une grande éloquence naturelle, dont elle ne se servait que lorsqu'elle était animée par un sentiment vif, crainte , indignation , pitié : elle plaidait alors sa cause ou celle de tout autre opprimé avec un talent d'avocat. Elle savait aussi raconter avec chaleur les faits qui l'avaient frappée, mais elle ne causait pas. Dans l'habitude de la vie, le bruit des paroles la fatiguait.
Néanmoins elle n'éprouvait pas cet ennui si redouté pour elle par Gaston ; elle était jeune : la jeunesse se passe de distractions, parce qu'elle a surabondance de vie.
Les affaires d'Ethel auraient exigé la présence de Gaston à Londres , et plus tard h Macnally-Caslle; mais il craignait également ces deux séjours , et celui de Macnally-Castle plus que tout autre. Le terme de ses espérances semblait fuir devant lui ; il pensait que la vue des lieux où Elhel avait passé son enfance la fortifierait encore contre lui : l'histoire de la Plaque de Cuivre , les avis de l'abbé Patrice , la force morale qu'elle puiserait dans le culte du passé , dans les traditions de famille , lui paraissaient plus redoutables que tout. La mobilité d'esprit de la femme à laquelle il voulait consacrer sa vie lui faisait espérer tôt ou tard la victoire ; mais h celte époque encore trop rapprochée de la mort d'un père , il craignait l'énergie des souvenirs rehgieux dans une âme qui n'avait point
été énervée par tous les genres d'hypocrisie sociale que le monde appelle éducation. Il préférait donc leur solitude de Cheltenham à tout autre séjour, et se promettait de rester là tant qu'il verrait Etliel contente d'y vivre avec lui.
Les aft'aires se traitaient par correspondance ; moyen plus long, mais qui entraînait moins d'inconvénients que le voyage d'Irlande. 11 attendait qu'on lui envoyât à Cheltenham les comptes des régisseurs , l'état des revenus annuels, celui des sommes économisées par le comte Macnally, et destinées à des travaux utiles au pays ; enfin il avait écrit à Londres , à son conseil , homme distingué comme jurisconsulte , pour avoir la confirmation légale de l'article du testament du comte Macnally qui le nommait tuteur de lady Ethel , à défaut de lady Buckland.
Toutes ces choses n'inquiétaient guère Ethel, et n'occupaient pas beaucoup Gaston ; néanmoins, depuis quelques semaines, sa correspondance devenait plus active ; on voyait assez souvent des étrangers arriver dans sa maison et s'entretenir longtemps avec lui en particulier.
L'été s'avançait : Ethel reçut un jour la lettre suivante du bon curé de Macnally, l'abbé Patrice :
« Pardonnez-moi , ma chère fille (vous pcr-