CHAPITRE XII
condition dont l'exécution était garantie même par riiomme de loi entre les mains duquel l'acte devait être déposé.
Mais au lieu de conclure cette importante affaire, Montlhéry, dans un moment de désespoir amoureux, avait écrit pour faire déclarer par les gens d'affaires d'Ethel qu'il s'opposait comme tuteur à tout accommodement, voulant que la question fût examinée et décidée devant les tribunaux. Cette boutade empêcha l'arrangement souhaité.
Il espérait, en suscitant ainsi des embarras, mettre Ethel dans sa dépendance absolue ; il se promettait bien de la dédommager généreusement de ce qu'elle pourrait perdre par les lois, de l'accabler de bienfaits, pour faire valoir ensuite sa libéralité envers elle ; enfin il se flattait d'obtenir de la reconnaissance ce qu'il était las de demander à l'amour.
C'est d'après ce calcul peu généreux , mais qui lui paraissait sûr, qu'il avait cru devoir laisser l'affaire éclater : le bruit qui s'en répandit jusqu'à Macnally-Castle , et surtout les premières sommations de l'adversaire d'Ethel , décidèrent le curé à écrire la lettre qu'on vient de lire.
Ethel avait un cœur expansif dans les circonstances heureuses et un caractère taciturne dans les grandes tribulations. Elle évitait autant que
possible de parler de ce qui l'occupait fortement ; elle n'aimait pas à se plaindre , de peur qu'on ne la plaignît ; la compassion , même la compassion des amis, était ce qu'elle redoutait le plus. Elle n'avait pas non plus besoin de l'envie de ses ennemis : le monde et ses vanités n'existaient pas pour elle.
Elle garda le silence avec Gaston sur la lettre de l'abbé Patrice , et elle ne lui montra que celle du régisseur. Gaston lui promit d'employer tous les moyens possibles pour découvrir la vérité.
{( Vous savez mieux que moi ce qu'il faut faire en pareille circonstance , lui dit-elle ; vous êtes mon tuteur , je m'en rapporte à votre prudence et à votre expérience.
« — Si nous perdons, répliqua Montlhéry , je suis assez riche pour que vous ne vous aperceviez pas du changement de votre situation. Je suppléerai à tout.
« — Si je dois perdre ma fortune, repritEthel, on a eu tort de m'accoutumer à la profusion , comme l'a fait ma bonne tante, et comme vous le faites encore vous-même.
« — Vos revenus sont disputés ; on a mis opposition à leur paiement entre les mains de vos fermiers ; mais en attendant que la justice prononce , c'est moi qui me chargerai de vous faire toucher régulièrement des sommes équivalentes k ce qui vous reviendrait sans le pro-