CHAPITRE XII
ces intenté contre vous. Vous continuerez donc à vivre comme vous avez vécu depuis que vous avez perdu votre père. Vous recevrez régulièrement tous les trois mois ce que vous donnait lady Buckland. Je veux que vous n'ayez à regretter cette excellente femme que pour ellemême. D'ailleurs , notez bien que ce n'est pas un don que je vous offre ; vos droits me paraissent incontestables ; je ne fais qu'anticiper l'arrêt qui vous rendra justice. »
Ethel jette sur son frère un regard attendri ; ce regard paraît à l'heureux Gaston bien plus expressif qu'il ne l'est en elfet. Il est dans la nature d'Ethel de dire plus qu'elle ne veut dire; c'est le contraire des gens du monde , qui exagèrent toujours pour exprimer; elle voulait seulement remercier Gaston ; mais tout à coup sa langue s'arrête comme paralysée , elle fond en larmes et sort de la chambre en disant : « Je ne suis plus libre ! »
Gaston, subjugué par le plus puissant de tous les charmes, celui d'un naturel gracieux, jure à Dieu, se jure à lui-même, de respecter cet ange , de la rendre heureuse en la laissant indépendante et pure.
On peut se croire généreux en amour , on peut se croire bon tant qu'on n'a pas été jaloux ; quand on l'a été, on devient plus humble. Quoiqu'il ait au moins quinze ans de plus qu'Ethel ,
iSÂ ETHEL.
Moiitlhéry a bien des choses h apprendre de cette jeune (îlle. Celle-ci , malgré son ignorance , sent vaguement sa supériorité morale : ce sentiment est le lien secret qui l'attache à son insu à l'homme dont elle est aimée. Elle croit qu'elle peut , qu'elle doit l'élever jusqu'à elle. Une si noble vocation lui parait mériter tous ses efforts ; elle espère expier , à force de délicatesse et de vertu , les crimes qui depuis plusieurs générations ont fait planer sur sa famille une sorte de fatalité. Elle se passionne pour les intérêts du ciel, comme les âmes vulgaires s'attachent aux choses du monde ; mais en dépit de son exaltation , de sa poésie, de sa piété, en dépit de tous les sentiments délicats et rares qui font la vie de cette àme d'élite, elle se croit une personne ordinaire. Elle est humble , elle est honteuse même, parce qu'elle sait qu'elle est ignorante; comme si l'ignorance spirituelle n'était pas le plus grand moyen de plaire ! Elle n'a pas pris l'habitude du travail; peut-être n'a-t-elle pas la faculté de l'application , de l'étude ; mais elle n'en a pas besoin : elle devine ce que les autres ne savent pas, même après qu'ils ont tout appris ; elle devine le langage des âmes.
Deux jours avant l'arrivée du courrier de Macnally-Castle , elle avait reçu de Londres une autre lettre ainsi conçue :