‹ EthelChapitre 87 sur 172 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

faiblesse d'une enfant et de chercher à séduire l'innocence, il se fût occupé uniquement des intérêts d'Ethel ; si , au lieu d'embrouiller les affaires de sa pupille dans l'espoir de corrompre son cœur, il avait rempli en conscience les devoirs de tuteur, l'innocente jeune fille ne se verrait pas maintenant menacée d'une ruine totale, et il ne serait pas exposé à la honte de voir ses ruses d'homme à la mode déjouées par la simplicité d'une enfant.

Et quelle sera la dernière ressource de l'infortunée ?

La fausse magnanimité d'un séducteur déçu ! ! ! Montlhéry rougissait en lui-même de la position désespérée dans laquelle il avait attiré sa victime avec une impardonnable légèreté. Trouverait-elle même à la fm la générosité d'un protecteur dans l'ennemi caché qui avait appelé le malheur à son secours , pour s'en servir comme d'un auxiliaire? Il se jugeait lui-même avec tant de sévérité qu'il compatissait d'avance au sort de la femme dont il méditait la perte.

Les avocats du faux, ou du moins du nouveau lord Macnally, n'avaient pas manqué de faire valoir la position équivoque d'Ethel, et de jeter des soupçons sur la pureté des intentions de son tuteur. La clameur publique les autorisait à faire ces insinuations devant le tri-

bunal , et la réputation d'Ethel recevrait de ce procès une atteinte terrible.

Le bruit en retentit jusqu'en France; la comtesse de Montibéry jeta feu et flamme à Paris contre la conduite scandaleuse de son époux et de sa sœur.

Elle n'avait pourtant pas le droit d'être sévère ; en voici une preuve.

Lettre de Madame de Villemagne au comte de Montlliéry \

« Il y a deux espèces de jalousie : la jalousie de l'amour et la jalousie de l'bonneur. Il faudrait être un monstre pour éveiller la première , surtout dans un cœur comme le vôtre , toujours passionné malgré ses principes, malgré ses habitudes , enfin sensible et bon en dépit de luimême. Mais la jalousie de l'honneur étant la sauvegarde des familles, je me fais un devoir de l'exciter en vous.

« Vous connaissez le beau Savardy, ce jeune peintre que toutes les femmes de Paris s'arrachent ; hé bien ! apprenez donc qu'il est devenu le maître chez vous. Mon attachement pour une

» Madame de Villemagne avait été anciennement gouvernante de madame de Montlhéry , sous le nom de Doi'Othée Meunier.

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