CHAPITRE XIII. à7l
heur?... D'ailleurs, qui dois-je accuser... si ce n'est vous? Vous m'aimez , dites-vous; et pourtant vous me déshonorez puhhquement ! ! ! Quelle marque de tendresse! Bien plus, vous fondez votre espoir de honheur , votre infâme espoir, sur ce déshonneur même, que vous auriez dû prévenir , et que vous venez hypocritement déplorer auprès de moi comme un tigre qui se plaindrait d'être ohhgé de déchirer sa proie après l'avoir emportée au fond des forêts. . . Vous êtes le dernier des hommes !!!... je le savais... vous ne m'apprenez rien...
« — Hé bien ! j'accepte la qualification , mais avec toutes ses conséquences; on me croit des droits sur vous, je les ferai valoir...
« — Des droits ! . . . Vous , des droits ?. . .Ah !.. . vous me connaissez mal : je n'ai jamais rien fait par peur.
« — Je ne veux pas non plus vous effrayer , je veux seulement vous faire comprendre toute l'inconséquence de votre conduite.
« — L'inconséquence ! c'est mon naturel. IVe me la reprochez pas : l'inconséquence me plaît; je veux l'inconséquence... je jouis de l'inconséquence. Oui ! je m'applique à démentir ce que tout le monde appelle le bon sens. Je suis libre de me jeter par la fenêtre si bon me semble... On fait de soi ce qu'on veut ! . . . n'est-il pas vrai ?. . . Tant que vous avez cru que je tenais à l'opinion,
VOUS me cachiez soigneusement le blâme auquel vous m'exposiez ; h présent que vous voyez que le respect pour les convenances du monde n'est pas le mobile de ma conduite, vous me parlez hardiment de ce que vous m'avez fait perdre : et voilà ce que vous appelez vos droits ! . . . Vous , des droits... des droits sur moi!... vous!... et vous osez les invoquer devant moi ! . . . C'est donc parce que je suis ruinée et que je ne suis qu'une faible femme que vous osez me parler de la sorte? Il y a de la lâcheté dans votre cœur!...
« — Il y a de l'amour, Ethel ; vous ne savez pas, jeune et insensible comme vous l'êtes, non, vous ne savez pas tout ce que l'amour malheureux peut tirer d'un cœur au désespoir ; vous jouez avec cette passion , parce que vous ne l'avez jamais éprouvée. Craignez pour moi, pour vous , les suites de votre dureté : l'amour partagé fait les héros , l'amour contrarié fait les monstres. Votre fierté brave la peur, je le sais ; mais détrompez - vous sur ma générosité ; il faut bien que vous me craigniez... Je me crains moi-même...
« — Qu'attendez-vous de moi ? Je ne puis vous aimer comme vous m'aimez.
« — C'est cette pensée qui me tue!... Vous m'aimeriez si j'étais jeune, jeune comme le marquis de Broadlands.
(( — Il m'aime, mais je ne l'aime pas!