CHAPITRE XIII. ns
Pendant votre séjour à Londres, il m'a proposé de m'épouser, malgré tous les soupçons qui planent sur moi; je l'ai refusé.
(( — Vous l'avez refusé ! ... » Deux torrents de larmes coulent des yeux de Gaston. Il continue en pleurant : « Le marquis de Broadlands refusé par Ethel!... Il serait possible!... Un jeune homme si riche , si beau , si noble ; un homme amoureux !
« — Que me fait l'amour que je ne partagepas ?
« — Ne dites pas cela , Ethel ; mon dernier espoir était là... Et pour qui l'avez-vous refusé?
(( — Pour moi!... Je ne l'aime pas, vous dis-je.
« — Il faut pourtant aimer quelqu'un.
« — Quand j'aimerai... je me marierai. »
A ce mot , Gaston pâlit.
« Si vous ne pouvez épouser celui que vous aimez ?
« — Je ne l'aimerai pas.
« — Ah ! vous ne savez pas ce que c'est que l'amour !
(( — Qui me l'apprendra ? »
Gaston était assis sur un tabouret aux pieds d'Ethel; il baisait les mains de cette enfant charmante , et jouait avec quelques boucles détachées de la forêt de cheveux blonds dont la tète de la jeune fille était ornée. La colère d'Ethel paraissait apaisée; l'imprudente!... Elle
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cédait à tous les mouvements de son cœur , puis elle se calmait aussi vite qu'elle s'irritait 5 les orages du printemps passent rapidement. La sérénité naturelle de l'adorable sauvage avait repris la place de l'indignation ; plus de plaintes , plus de reproches : la langueur , la tendresse semblaient avoir à jamais chassé le sentiment de l'indépendance; dans un tel moment , cet enjouement subit , cette douceur inespérée ressemblaient h de l'amour
Gaston, dévoré de passion, y est trompé. En amour, le malheur prolongé aveugle plus que la félicité. Gaston cherche à se faire illusion à lui-même; il se croit plus heureux qu'il ne l'est en effet... Il invoque le dieu des amants... et... quelques instants après cette scène, Ethel , debout près de la cheminée , sonne à coups redoublés sa femme de chambre , tandis que Gaston, consterné, fait de vains efforts pour la calmer. La jeune fille paraît grandie ; quelques larmes sèchent au bord de ses paupières brûlantes sans tomber jusque sur ses joues; ses lèvres tremblent; la colère bouleverse ses traits.
« Calmez-vous , Ethel ; évitez un éclat ; calmez-vous... Hé bien, oui, j'avais tort; moi, qui devais être plus sage que vous , je m'égarais ; j'oubliais mon âge , mes devoirs Vous m'avez rappelé à moi-même... et vous me voyez à