CHAPITRE XIII
VOS pieds non plus en ennemi , mais en esclave.
« — Laissez-moi, dit la jeune fille... Levez- Vous.. . vos gens vont venir. . . Relevez-vous donc; éloignez- vous 5 fuyez, fuyez-moi pour toujours.
« — Je ne le puis.
« — Alors , c'est à moi de sortir d'ici. Je ne vous reverrai de ma vie , vous ne me retrouverez plus , si vous ne me laissez à l'instant ^uleici... Partez, partez donc !...
(c — Je vous dis que je ne le puis, Elhel; ce (jue vous demandez est au-dessus des forces d'un homme amoureux ! Je ne puis vous quitter sans que vous m'ayez pardonné...
« — Moi , vous pardonner ! . . . jamais ! . . . Vous me faites sentir amèrement tout mon malheur : je mesure en cet instant la hauteur de ma chute ; si je n'étais ruinée , si vous ne pensiez que je dépends de vous pour vivre , vous ne seriez pas si hardi : c'est la pauvreté que vous humiliez en moi.
« — Non, Ethel, hannissez une pensée indigne de vous et de moi ; encore une fois je puis m'oublier, mais vous humilier... jamais! Vous m'avez rendu insensé... puis, vous me punissez comme si j'avais encore l'usage de ma raison: un tel mépris de l'équité vous révolterait dans une autre. Je vous savais insensible , je ne vous savais pas injuste. . . Je suis perdu. . . Mais, Ethel, encore une fois, qu'allez-vous dire?... Vous
no ETHEL.
avez sonné , on approche. Ah ! pensez qu'un
mot de vous peut nous séparer à jamais!... ne m'entendez- vous pas?... Il y va de tout pour nous ! . . . . Vous avez sonné ; si votre femme de chambre témoigne contre moi en justice, je suis forcé de vous abandonner .... On vient ; répondez-moi donc... Ethel, calculez bien toutes les conséquences de ce que vous allez dire ; notre sort en dépend : les mots sont du feu , et nous sommes sur de la poudre ! . . . Elhel, vous ne m'écoutez plus... Qu'avez-vous résolu? Qu'allezvous faire ? que deviendrai-je ? »
En ce moment , la porte s'ouvre : Fanny paraît. Etliel est debout au coin de la cheminée : le désordre de sa toilette, l'altération de ses traits disparaissent dans l'ombre; elle tourne le dos à la lampe , qui , placée au fond du salon sur un guéridon, n'éclaire que faiblement la partie delà chambre où se tient Ethel. Gaston , debout , pâle , muet , immobile , le coude appuyé sur l'autre coin de la cheminée, et n'osant respirer, attend son arrêt , comme un criminel écoute son juge. Silence profond...
« Mylady a sonné? dit Fanny.
« — Quelle heure est-il ?
(( — Dix heures , madame.
(( — Apportez-moi un verre d'eau.
(( — Mylady en a un là , tout près d'elle, sur la cheminée.