CHAPITRE XIII
« — Oui , mais je voudrais de l'eau plus l'raîche... »
Fanny va pour sortir.
«Attendez un moment.... James n'est pas sorti?
« — Non , madame.
{( — Hé bien , qu'il aille chez le marquis de Broadlands et qu'il lui fasse dire , de ma part , que je le prie de passer chez moi h l'instant. »
Gaston fait un mouvement; il veut parler... un regard d'Ethel lui impose silence. Elle continue : « C'est tout près d'ici.... James doit savoir son adresse? — S'il sait l'adresse du marquis de Broadlands.... assurément!... C'est à Sutton-Hill : il Y a été assez souvent pour en apprendre le chemin. »
Gaston sent ses genoux fléchir , ses cheveux se dressent sur sa tète , la sueur froide lui coule du front ; il voit du noir devant ses yeux , son sang reflue au cœur; mais en présence de Fanny que peut-il dire ? Une chaise est près de lui ; il chancelle, il s'assied, mais il garde le silence. « 11 y est allé en tout trois fois, reprend lady Ethel d'un ton sérieux : faites ce que je vous dis. »
Fanny sort.
« C'en est trop ! s'écrie Gaston quand ils sont
seuls. » Il se lève et marche à grands pas dans la
chambre. « On ne peut demander à un homme
que ce qui est dans la mesure des forces hu-
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mailles ! . . . Moi , jaloux ! . . . Ne plaiiidrez-vous jamais le misérable esclave que vous avez fait?... Gaston de Montlhéry abaissé jusque-là... et devant qui? grand Dieu! devant un Broadlands !
« — Je ne comprends pas que vous soyez jaloux de lui.
« — Vous ne comprenez pas l'amour ; vous ne comprenez rien ! Ah ! mademoiselle , n'ajoutez pas le sarcasme à l'indifférence ; cette ironie est indigne de vous.
^(( — Non, très-sérieusement , je vous assure que je ne comprendspas qu'on soit jaloux quand on n'est pas aimé.
« — Ethel , vous me tuez ! . . Vous vous vengez trop cruellement. . . Encore , si c'était de la vengeance... Mais non !... pas même... Ah!... c'est bien pis, c'est du mépris, de l'insouciance ! . . . Vous ne comprenez pas ce que je souffre ; il faut du cœur pour comprendre les choses de cœur : vous ne méritez pas ce que j'éprouve pour vous ! . . . Vous êtes une enfant capricieuse , et qui ne deviendra jamais la femme digne d'adoration que je croyais avoir rencontrée en vous. Je sais cela, je le vois, et je ne puis m'empêcher de vous adorer. . . Mais on peut haïr ce qu'on a trop aimé... L'idolâtrie déçue se venge !... Si jamais je parviens à vous haïr... je vous haïrai bien!... Vous ne connaissez du monde que ce qu'il a de mauvais. Vous êtes du