‹ EthelChapitre 94 sur 172 · CHAPITRE XlII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XlII

monde plus que personne ; vous êtes le monde même avec ses cruautés légères et ses ingratitudes élégantes.... Vous vous plaisez à me martyriser comme le ferait une coquette raffinée. Votre génie a devancé l'expérience... Maisje vous pardonne... Vous ne savez pas... vous ne saurez jamais ce que c'est qu'un sentiment profond ; vous n'avez pas la faculté d'éprouver de l'amour : comment y croiriez-vous à cet amour que vous ne pouvez sentir ? Faut-il que je puisse vous juger , et que je ne puisse vous abandonner!... Quelle imprudence h moide vous montrer tant de faiblesse ! et quelle absence de générosité faut-il que vous ayez dans l'âme pour abuser comme vous le faites des armes que je vous prête contre moi ! Vous avez par instinct toute l'insouciance , toute l'indifférence que l'expérience donne aux autres ; ah ! vous êtes née pour aller loin... Ce monde que vous prétendez mépriser , ce mondé des hommes sans cœur , il est votre élément ; vous vous trompez sur vous-même.. . Etliel , vous ignorez vos dispositions : vous êtes une coquette naturelle , une sauvage née à la mode ; le monde n'a encore rien vu de pareil : vous ferez fureur... Allez : vous êtes appelée à faire révolulion dans la société ; mais je ne vous y verrai pas à l'œuvre; je puis tout supporter, tout, hors là vue de vos triomphes en ce genre. »

180 EÏHEL.

Ethel garde le silence longtemps encore après qu'il a cessé de parler ; puis , au bout de quelques minutes , elle reprend :

« J'ai besoin d'être seule avec le marquis de Broadlands ; vous nous laisserez.

« ■ — J'ai fait ce que je n'aurais jamais attendu de moi : dans le moment même de la plus violente et de la plus juste colère , je me suis tue ; Fanny ne sait rien encore. J'ai suivi votre conseil, j'ai pensé comme vous qu'il valait mieux éviter un éclat ; je m'admire ;, et ne puis croire à mon sang-froid : eh bien, quel gré me savez-vous de ma condescendance ? Vous devez penser pourtant qu'elle n'est pas sans bornes, et si vous m'y forcez...

« — Qu'allez-vous dire au marquis de Broadlands?

« — Ne me le demandez pas ; faut-il vous répéter que je veux rester libre ?

i< — Vous l'êtes, Ethel , vous êtes libre, hélas! cruellement libre!... Mais moi, qu'est-ce que je suis donc?.... Que vais-je devenir ? Vous ne pensez jamais qu'à vous?... Ah! je sens le contraire de ce que vous disiez tout à l'heure : si j'étais aimé, je ne serais point jaloux; la parole de la femme qui répondrait à mon amour serait sacrée pour moi ; je t'écouterais comme celle de Dieu même. Pourrai s-je douter de ce

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