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CHAPITRE XIII

qu'elle dit si j'étais sûr de ce qu'elle éprouve ? Mais , sans promesse , sans droits, se voir exposé à toutes les chances ordinaires de la vie , et se tranquilliser parce qu'on veut être tranquille;... avoir dans l'âme une passion avec laquelle la confiance est impossible, à moins d'un miracle de dévouement et d'abnégation de la part de la femme qui inspire celte passion : et pourtant être rassuré , c'est-à-dire vivre tremblant , et ne montrer aucune crainte ; sourire du visage pendant que le serpent vous ronge le cœur , aimer sans être aimé, aimer comme un enfant, et se rassurer comme un imbécile... Ah! vous ne pensez pas à demander cela de moi! vous savez que c'est impossible, Ethel!... C'est trop exiger ; commandez que je meure , mais ne m'obligez pas à vivre, en vous aimant, comme si je ne vous aimais pas. . . Vous êtes plus fière que tendre. . . Hélas ! je ne suis pas fier, moi , vous le savez trop!... Mais mon avilissement surpasse même ce que vous imaginez. » A ces mots, Gaston réprime en vain ses sanglots; ils éclatent : il fond en larmes ; ne respirant plus qu'avec effort, épuisé par tant de combats , haletant , mourant , il tombe à terre , et baigne le plancher de ses pleurs. . . Ethel se tait. . . mais , malgré son trop juste ressentiment , elle est touchée... La vraie douleur est communicative ; les larmes d'un homme énergique et naturelle-

ment froid ont de la puissance. 11 s'écrie en sanglotant : «Non, jene puis plus vivre sansvous... je ne puis plus penser, respirer , vouloir sans vous. . . et je ne le veux pas ! . . . sans vous , je ne suisplusunhomme, jene suisplus rien. Grâce!... ojrâce ! . . . rendez-moi la force de vivre. . .Rendezmoi mon âme!... Vous vous êtes mise à la place de mon Dieu; quand Dieu se retire de sa créature, que devient-elle ?...Vousle savez, vous qui communiquez avec le monde surnaturel , vous savez ce que devient le pécheur abandonné de la grâce divine. Si vous êtes devenue mon dieu , la faute n'en est pas à moi seul; vous êtes presque aussi coupable que moi !...

« — Ne blasphémez pas , Gaston , et relevezvous...

« — Prêtez-moi donc la force qui me manque ; je ferai ce que vous m'ordonnerez , mais ordonnez : je vous reconnais même la puissance de dicter ma pensée , mais parlez ; je ne penserai que ce que vous voudrez , mais il faut vouloir me sauver ; si vous m'abandonnez à mon désespoir, je suis perdu sans retour. . . Promettezmoi de ne pas me quitter , de ne rien faire aujourd'hui pour nous séparer... Reste avec moi, toujours... reste!... » Le malheureux , par ce ton de familiarité si contraire à ses habitudes , croyait prendre possession du trésor qu'il venait

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