THEL
Le c£fni])ement était établi avec une ré^ (^ularité qui indiquait au premier coup d'œil que, si la vie du désert se oomplait à rélâl nomade) elle n'est pas néanmoins exempte d'une certaine civilisation nidimentaîre qui ne peut manquer de se développer et de se compléter au contact des supériorités européennes. Les tentes étaient disposées avec symétrie, et le camp tout entier était disposé en plusieurs quartiers, suivant la nature des marchandises mises
en vente et pour la plus grande facilité des échanges et des transactions. Les fruits et les légumes frais, tassés dans des couffins dont on découvrait légèrement Porifice, se vendait d'un coté, les bêtes d'un autre.
Plus loin, Forge et le froment, et cote à côte les blés, les graines sèches. Dans un autre coin, les armes. Ailleurs, les ferrail* les, les laine», les tissus, les étoffes, les vêtements, les cuirs, les chaussures, les instruments et ustensiles de toutes sortes, en grès, en bois ou en métal. Il y avait le
meinc ordre que dans un vaste bazar urbain. Seulement le bazar avait aussi tous les caractères d'un caravansérail en plein
vent.
N'eussent été Tétrangeté pittoresque des
costumes ([u'on voyait, du langage guttural qu'on entendait, des chameaux lourdement accroupis et balançant leur vilaine petite téte et leur bouche éternellement ruminante à l'extrémité d'un cou onduleusement démesuré; n'eussent été les chevaux retenus au piquet auprès des tentes, courbant la téte mélancoliquement entre les jambes et s'ombrageant de leurs longues crinières flottantes, les ânes et les bourricots dépouillés de leurs cliargements et de leurs bâts, et, dans leur bonheur ne cessant de fendre Tair de leurs cris discordants; les barbiers ouvrant leurs boutiques à tout venant et rasant les têtes avec une dextérité merveilleuse, en ayant soin de respecter le bouquet de Mahomet à l'extrémité du sinciput; les écorcheries en plein vent et les
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feux de bivouac oii Ton rôtissait un mouton entier au bout d uu épieu; les cafedju» donl tout le monde en passant réclamait la marchandise tonique et à Tarâme |)éuélraat; n'eût été tout cela, on aurait pu se croire dans quelque foire européenne, surtout telles qu'on les voyait encore» il y & quelques années, dans le midi de la France, aux grands jours de Beaucaiie et de Maubourguet.
Nous sommes très-fiers des merveilles de notre civilisation contemporaine, et nous avons raison. Mais nous oublions un peu trop souvent les étapes diverses par lesquelles elle a dû sucoessivem^t passer.
Nous oublions surtout avec trop de facilité les siècles nombreux de luttes et d'efiorls eu tous genres qu'il nous a lailu traverser avant d'arriver où nous en sommes. Les foires célèbres de Ijeipsick en Allemagne, de Nijni-Nowogorod en Hussie n'ont pas plus d'ordre et de régularité qu'un marché arabe sur les frontières méridionales du
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Tell. Les transactions s'y opèrent identiquement de la même façon. JLes nomades de nos possessions africaines en sont encore aM moyeL âge.. Donnons- leur quelques années et ils nous rejoindront*
La comtesse de Sumène n'avait jamais vu d'aussi près l'existence arabe. £Ue se réjouissait de toutes les singularités qu'élle . pouvait prendre sur le vil. Tout ce dont elle était entourée la channait et l'intéressait; tout était pour elle texte et matière à observation.
Au centre du camp, avait été réservée une esplanade qui permettait de voir d'un coup d'oeil tout ce qui se passait dans l'agglomération improvisée.
Là, plus élevées, plus beUes, plus confortablement établies que celles du commun de la tribu^ se voyaient les tentes de l'agha, de sa famille, de sîi maison; de tout ce qui touchait et participait à son autorité. L'étCTdard déployé indicpaît le siège du commandement. Dans un coin
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retiré, leoadi, escorté de son secrétaire et.
de ses chaourhs, écoutait les doléances, assis sur le sol nu et les jambes croisées devant lui. Il vidait les différends et rendait la justice en égrenant entre ses doigts un rosaire bizarre et marmottant -Jes versets du Coran. Son prétpire était ouvert et abordable à toud. Chacun pouvait venir devant ce magistrat respecté porter- ses plaintes et ses griefs et réclamer le libre exercice de ses droits. Tout était sommaire et expeditif. Mais lorsqu'on prend l'équité pour guide, il ne faut pas y regarder de * trop près.
Raddour avait ouvert sa tente aux étran»
gers qui le visitaient, et aussitôt les serviteurs apportèrent des pipes et le café. Tout le monde était grave et silencieux, et Pagha lui-même attendit qu'on l'y invitât avant de prendre la liberté de s'asseoir devant ses hôtes d'un moment. Mais toutes ces façons cérémonieuses, ne tardèrent pas à être une gêne et une contrainte pour la
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comtesse. D'ailleurs, elle connàissait la mission du colonel, et en le laissant seul avec Fagha, elle crut lui rendre service et lui faciliter «raccomplissemenl de ses devoirs.
Appuyée au bras du docteur Coignet, eUe se mit à parcourir le marché, entraînant après elle tous ses compagnons de voyage et marchant avec la même aisance et la même liberté que dans une promenade au bois dé Boulogne ou au Jardin d'essai à Alger.
(c Quel dommage que je ne connaisses point la langue arabe, disait-elle en s'arrétant devant tout ce ([ui lui paraissait curieux et intéressant à voir.
~ Rien ne vous sera plus fiicile que de rapprendre, madame.
— Ohi non, ce n'est pas cela. Je voudrais la savoir aujourd'hui. Il me semble que je isérais heureuse de me mêler aux conversations de tous ces Bédouins.
— Ce serait beaucoup d'honneur que
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VOUS leur feriez, reprit le docteur; je n'oserais pas affirmer qu41s seraient en état de le comprendre.
*— Voilà bien comment vous êtes tous!
Sous son apparence de légèreté, le Français méprise quiconque n'a pas ses mœurs, aes habitudes, ses manières de voir, et n'exprime pas ses idées dans Tunique langue qui lui soit familière.
— Quelle erreur est la votre, madame la comtesse, surtout quand vous appliquez de semblables opinions à ce que nous avons fait, à ce que nous faisons encore en Algérie.-
^ Je ne demande qu'à rentrer dans le vrai, docteur; instruisez-moi.
— La chose n'est pas facile. On ne s'instruit guère que par expérience. Mais croyez bien, madame, que vous n'apprendriez pas grand' chose dans tout le cliquetis de paroles qui frappe vos oreilles. Les mots qu'on échange dans les trafics sont à peu près partout les mêmes, et ces Arabes parlent comme on parle à la halle.
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— Je me sais souvent amusée en parcourant un marche de province.
— Sans doute. Dans le pittoresque qui TOUS environne , vous pouvez également trouver un sujet de distraction : vos yeux sont récréés^ c'est beaucoup ; mais votre intelligence ne gagnerait rien à comprendre ce que disent entre eux tous ces Bédouins* Leur grossièreté ne tarderait pas à vous révolter.
— Ij'apparence extérieure est bien trompeuse alors, car les gestes et la tenue de ces hommes sont fort décents et révfleraienl plutôt une certaine noblesse....
— Madame, les langues orientales ont une liberté que la notre ne supporterait pas»
— Soi l, j'accorde tout ce que vous voudrez sur la langue : les bommes s'arrangent toujours pour avoir raison. .^^ Mais comment faire alors pour connaître à fond ce pays?
— Voilà longtemps que je l'habite, nia-
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dame. Comme médecin, fâi pénétré sous la tente du chef el.fhi deiiiier homme de la tribu. J'ai vécu dé leur \ie pendant des mois entiers. J'ai pu les étudier et les observer à loisir. J'en suis arrivé à cette conviction que FArabe est un enfant doué de qualités et de vices nombreux, avec la force de rhomme et toutes ses passions»
— De telle sorte qu'il faut avec lui se conduire comme avec l'enfant, c'est-à-dire s'occuper activement de son éducation?
— - C'est l'œuvre dilâcile à laquelle on travaille aujourd'hui.
^— Avec succès ?
— Oui, madame, grâce, à des efforts persévérants. La France est moins légère qu'on ne se plaît à le répéter dans tous les livres. Elle a conduit la conquête de ce sol, qui, dans quelques années, aura retrouvé sa vieille splendeur du temps des Romains, avec une obstination qui aurait lassé et épouvanté la gravité de toutes les autres nations européennes. Vous pouvez ni en
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(Toire, madame. Quoique portant l'habit militaire, je ne suis «^as soldat ; je marche
à coté^et par esprit de corps^ je n'ai besoin de flatter personne. Or, je vous le déclare, nous avons le droit d'être fiers de notre œuvre. La France et lT4urope civilisée , si la jalousie ne Taveui^le pas, nous (loi\<'nt de la reconnaissance. Tous les jours des obstacles nouveaux sui^issaient. On a tout vaincu jusqu'à soumission et pacification complètes. Aujourd'iiur nous soutenons un autre genre de lulU\ Nous en sortirons victorieux comme de la pre-^^ luière. Oîi vous passez aujourd'Iuii, niadame la comtesse y nous avons pendant bien des années rencontré les guerriers les plus vaillants qui soient peut-être sous le ciel, qui ne se laissaiént point décourager par la défaite, et qui, vingt fois battus, vingt fois ont recommencé la lullc. Ei nos petits-fils viendront y chercher vainement des nomades et . la vie du
désert. La maison remplacera la tente,
d 4e6 fik «de ces Bédouins « e mKl des wà-
lageois. »
La comtesse éooutai/tatfleiEttvenent toutes oes «RpHoaitioiM qn'on lui «domail. Pwt flouverainemeal mleiligeste, oomme toutes les astares ariBtoimitiqiies^ etie sarat s'in» t>éresser à toul oe qu'elle voyait^ à tout oc ^^om hn disait, pourra «qM paroles «I spectacle sortissent du domaine de la vulgartié. Avec le oolonel Danmd, «elle était qmllqvcfoîs g>ènée ponar intwrro^. ÎJRsiiMites fonctions de l'officier supérieur lai imposaient oeitaines résionres diptomtftiqties qu'elle savait respecter. Avec le docteur, cAle ae trooroit plus à son aise. £t<coMM celui-ci était en toutes choses un observateoraagacey tout en regaardanit, en dier* dhand à deviner et à comprendre, «ille mettait largement à profit i'apérience 4u •
£n causant ainsi , Von avait sucoessivemtetil panceura Uwrtus les mes 4b marché,
et l'on se rapprochait des tentes de Fagha*
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Les pensées séi^ieu&es éiuise» d développées par le docteur ne pouvmnt fiiine oublier le pittoresque! qui joue uq &l grand r61e dans la ne, pour les femmes aurtout/
Les yeux de la comtesse ne se lassaient pas de Yoir, et elle s'arrêtait chaque fois qnVne cfaose ]iouvelle> venait la frapper.
L'Arabe ne s'étOAne pas du tout de cette carÎQsité famili^. Liû-méme, quand il parcourt nos villes , suspend volontiers sa manche indolente devant tous les spectacles qu'il reuconlre.
Les hasards de cette promenade conduisirent tour à tour — et devant le café, où l'on put voir les joueui^ aocioupis en face d'un danuer, spécial aux populations musulmanes, et le conteur débitant ses liistoim à an auditoire somnolent^ — et devant le barbier ! auquel chaque jour de marché donne un surcroit de besogne. Assis à l'orientale sur le rebord d'un lit de camp, bas et étroit, celui-ci i^ecevait gravement ses pratiques, posait leur tete sur
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ses jambes croisées et promenait habtle-
meiil sur la surface du cuir chevelu le petit couteau à large et courte lame qui lui servait de rasoir. Pour rendre à cet instrument toute sa puissance, le barbier arabe se contentait de le repasser de temps à autre sur la plante de ses pieds nus, absolument conune les nôtres promènent quelquefois leurs rasoirs sur la paume de la main.
Après le barbier et près des lentes de Tagba, ce furent les lutteurs arabes qui captivèrent l'attention des dames européennes. Sur la vaste esplanade , des adolescents se livraient à cet exercice- qui est le jeu favori de toutes les grandes fêtes.
Le torse entièrement nu, les deux champions couraient l'un sur V- .itre. Arrives à n'être plus séparés que par deux ou trois pas, ils s'arrâtaient, et au lieu de s'enlacer poitrine contre poitrine comme dans la lutte grecque, ils cherchaient à se frapper du pied sur la nuque pendant qu'ils pi-
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rouêttaient.sur Tautre pied. Les bras ne jotient aucun rôle dans cet exercice. Quand on le voit pour la première fois, il faut une explication pour bien comprendre l'adresse qu'il exige. Mais dès qu'on en connaît le mécanisme, on ne tarde pas à se passionner pour l'un ou l'autre des jouteurs.
Avant de rentrer sous la tente de Taglia, la comtesse eut encore à subir les musiciens et les baladins arabes. Toute tribu a sa troupe. Les tambours, qu'on frappe avec une baguette recourbée en forme de crosse, ne se iniienL pas de la partie. Mais les fifres aux sons aigus se firent bientôt entendre, et à cet aigre appel accoururent les danseurs qui s'agitent lentement sur leurs talons, en accompagnant les mouvements rhylhmes de leur corps des sons rauques d'un instrument ^qu'ils portent sous le bras. Cet instrument se compose d'un long tube de poterie recouvert à Tune de ses extrémités d'une peau de mouton
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parebemlnée. En frappant œtte peau avec
le* doigts étendus des deux mains, on en tire une musique sauvage qui, nous devons le dire, ne fut pas ce qui, dans ce marché arabe y fit le pius de plaisir aux oreilles délicates de la comteaie de Smnène et de ses compagnons de voyage.
LUS cruue heure tétait ('coulée sà étudiev ainsi ka> mœuradto indigènes algériras sur k yîL La eomlesm ntt se £aliiguail paâ> «t «llet ]i*'auraitpw M.la pvemîèrei floogev au iliyavl.
Mttis le colonel n'élaîL pas^hoiiime. à n 'éJ^ tarder inutilement dans ces vastes» plaiM& U voulait se trouver à Tiflerit avauX la tombée de la nuit^ et pour aller dt. ki trilm dss Hachem» jusqu'auprès de la ca fica de* macqiftée. pour k campement dn aoir^ il j amaîc k iravetsev des soliliude»
preacpe aussi UAies^ pi*es(]|Ue au^ déserLes
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(|ue celles qu'on avait traversées dans la matinée.
Il est vrai que cette halte chez Raddour
pouvait fournir un sujet d'entretien^ et le^ êtres intelligents savent, par la causerie, abréger les plus longues roules et rendi'e moins pénible la marche des heures.
« Colonel, dit la comtesse quand elle se retrouva dans la plaine sur son bel étalon de Frendhah, on m'a dit merveille de ce ^rand chef que nous venons de quitter, Kaddour, je crois. Y a-t-il longtemps que vous le connaissez ?
— Depuis que je sers en Afrique, madame la comtesse. Je Tai vu à côté de nous dans nos dernières guerres contre 1 einir Abd-el->Kader.
— £t c'est un vaillant entre les vaillants?
— Madame, Raddour est la bravoure faite hômme. Si Ton voulait citer un trait de lui, on ne saurait lequel choisir, tant il y en a qui sont devenus légendaires sous la
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tenle. Dans les-cafés maures de Mascara^ de Mostaganem el d'Or^n, les exploits de Kaddour sont racontés par ces beaux diseurs dont vous avez pu voir un échantillon en passant. Au reste, c'est à cette grande réputation qu'il doit la belle position qu'il occupe et qu'il a justement et noblement conquise^ car il est complètement le fils de ses œuvres. Kaddour s est fait tout seul^ par son audace et son mérite. 11 est sans ancêtres el le premier de sa race. Je crains fort qu'il n'en soit égale^ ment le dernier.
— Pourquoi cela, colonel?
— Parce qu'il élève fort mal ses enfants.
11 ne comprend pas que les Français veulent détruire d'une manière absolue les rapines traditionuellemenl reconnues comme légitimes par les Arabes. U voit l'avenir toujours semblable au passe, et chaque jour cependant £Unène des modifications profondes qui devraient le faire réfléchir.
Mais il est vieux, et la vieillesse n'aime à
74 wmft.
changer d'idée dans aucun pays, iei moiss €[irailleurs.
— J'aurais cru, d'apcèâ vos parok»^ Kaddour était dévoué aiui ialévét» da
la France»
— P«rsttiuieUeiiieiit il na ieva j^Mak
vwn i|ui puisse le compromet ti'e à nos yeux. U aoua aime etnoua gniai^ Les avdaas^iytt lui sont envoyés, il les exicute av«e la poiictuaiilé et la Loyaulé du soldai. Si uai erioe «si conunis suv lé territoire aounia à soa comiuancU ineuly il uous aide à le poursuivre et à le punir,, ccmme pas an- Mais.... mais.....
— Cobiaei, y/m véticeBcea ne m^ia- .stpuisent pa»<ki tout.
— U y a beaucoup de maisy madame, «|uaAd' an pavle de lagha Kaddour et da son avenir.
— A Paria^ coicmei^ p foiunraî& yeutr être vous comprendre à demi-mol; mais iai^ jie L'avana aansi fauaae honte, j/ai bar loin ifua vous soyez plus explicite.
£TH£L
— Il est probable qu'à Paris, madame la comtesse, vous n'auriez à donner cpi'ime oreille dislraite à ce qui fait l'objet de nos plôs sérieuses préoocupatioiis.
— Et pourquoi cela, monsieur?
— * Parce qu'à Paris , madame y les dîstraclions abondent. Il y en a de tous les genres et pour tout le monde* £tlà, comme ailleurs, les journées n'ont que yingl-quatre heures.
— Détrompe»roiis , monsieiir, c'est
surloul à Paris que vous trouvei^ez les femmes soucienses de tout ce qui peut intéresser l'avenir de leurs proches, de leurs parents, de leurs frères, de leurs amis.
Paris n'est qu'une viUe de passage. Si elle contient beaucoup de mal et de légèreté, c'est de là que s'éparpille dans le monde tout ce qu'il y a de bon et d'éternellement vrai.
— Excuse^moi donc, madame, et lais^ semoi revenir sur ces réticences.
— Volontiers, colonel, d'autant plus que TOUS parliez de sentiments intimes et
d'éducation. Ces regrels-ià m'inléressent ' toujours.
— Heureux privilège, madame.
— Vous disiez donc que Kaddour ^e* vail mal ses enfants?
— C'est-à-dire qu*il leur a donné l'éducation qu'il a reçue lui-même, au temps oii les Turcs d'Alger assuraient leur domination en fomentant des haines et entrelenanl des zizanies perpétuelles entre les tribus. Ces jeunes gens sont plus habiles à se venger d'un ennemi , à dérober une arme ou un cheval à trente heues de leur douar qu'à succéder à leur père dans le commandement des Hachems. Pour eux, la nuit n'a pas de my^ères. Us ont toutes les qualités des plus rusés malfaiteurs. Durant la guenre, les hommes de cette trempe nous étaient fort utiles. Nous les opposions à des ennemis qui pensaient et agissaient comme eux. Aujourd'hui, je crains beaucoup que ce genre d'idées ne soit plutôt nuisible qu'autre chdse à notre cause.
— •Colonel, vous m'avez dît que ce Kaddour était d'une bravoure à toute épreuve.
— Madame, son intrépidité était la terreur de ses ennemis.
— Dites-inoi donc Tua de ses exploils.
Cet honune m'a intéressé par sa prestance grandiose. Je tiens à le connaître plus intimement.
— Voici ce que. j'ai vu, madame....
Dans une de ces mille rencontres où nous avons eu à combattre les troupes de Témir Abd-ei-Kader, aux. enviions de Tifferil, où nous serons bientôt,^ entre Tiarét et Saida, Kaddour s'était aventureusemeut porté en avant de nos colonnes, presque seul^ en éclaireur. La fusillade l'avertit que l'ennemi n'était pas où il le cherchait^ cl il revint sur ses pas pour nous rejoindre.
Ce n'était pas facile. 11 fallait que Kaddour passât sur le corps d'un groupe de réguliers qui, dès qu'ils Taperçurcnl, s'acharnèrent après luii Tous les fusils furent dé^
£TU£L
chargés sur ce cavalier isolé. Lue balKî i'atleignit à r^|>aule et ie bras droit fut mis hors de service.
«c J^es soldats de 1 émir i Waient recomiu et criaient avec rage : c C'est Kaddour !
PrenoDS-lc vivant I » Mais lui, superbe sur son cheval, ne se laissait pas approdier, et les plus ardents payèrent de leur vie Taudace de s'être trouvés à portée du saim qu'il maimit de la main gauche. Par ses inaiiœuvi*es, il avait éparpillé les réguliers. Enfin, rassemblant ses foms pour un dernier effort, il cria à son tour : a Voilà Kaddour! a et, d'un élan fiuîeux, il précipita son cheval au plus épais de, la mêlée, culbttita tout ce qui se trouvait sur son pas- . sage, sema la mort et le désor d re de tous cotés, et i^vint se mettre à la téte de soii goum pour oomhattre encore jusqu'à œ qu'il n'y eût plus un ennemi sur le cbamp de bataille.^.. Alors seulement il se souvinf de sa blessure et appela le chirurgien.
Voilà les actians de cet luMunie, madame