‹ Éthel souvenirs d'AfriqueChapitre 9 sur 14 · BL · texte numérisé non relu

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homme dans la maiû duquel une femme est toujours fière de poser sa main. L'estime de» premiers jours de cette intimité montait insensiblement les degrés de Téchelle qui conduit à un autre sentiment. Il n'y àvait.qu'à laisser faire au temps. Ce grand maître de toutes les destinées humaines conduisait, sans pilote et sans gouvernail dirigé . par une main habile , la barque du polonel dans le port où Ton trouve le bonheur.

. ^Aa reste y nous devons le dire, si jamais bc.nme mérita que la fortune lui fut clé* mente et gracieuse , ce fut bien le colonel Durand. Sans forfiamterie, sans bruit, sans, avoir l'air d'y faire attention , il entourait la comtesse de soins et de prévenances qui révélaient une infinie délicatesse de cœur.

De même qu'à Tifferit , tout avait été intelligemment prévu pour qu'on n'eût pas à souffri'r le moins du monde d'un campement improvisé } de même à Saïda, dans la maison qui avait été préparée pour les

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recfevoir, la comtesse et ses compag^nes avaient trouvé tout le bien-être que comporte la vie africaine. Les événements inattendus , qui donnaient subiteiiu ut un autre caractère à cette partie de plaisir, empêchaient de le remarquer tout d'abord ; mais on en jouissait, et il y a je ne sais quelle vertu secrète dans Tinfluence qu exerce sur nous le milieu ambiant.

Dans notre tète et dans notre cœur un observateur pourrait apercevoir des infiltrations analogues à celles qu'on voit lorsqu'on pénètre dans le flanc des montagnes. Au premier aspect, ce n'est rien; mais elles n'en finissent pas moins par former des grottes pleines de merveilles.

Grâce à des soins que ne connurent jamais les femmes arabes, Gamyrrha trouvait dans sa constitution robuste des ressources vitales qui étonnèrent les médecins eux-mêmes. Les premières crises menaçantes une fois vaincues, elle s'achemina rapidement, sinon vei^ la guérison com-

plèle, qui devait êlve longue et difficile, du moins rers une espèce de convalescence lente et sans dmger sérieux. Le docteur Coignet était émerveiUé des réactions l^eureuses qu'il voyait se produire. Non-seulemenl , quelques heures après que Kaddour eut quitté Saîda.il permit cpi'Éthel se BÉontrat avec les dames européennes au chevet de la malade; mais encore il autorisft des interrogatoires et des conii ontalions que juaque-là il avait engagé à différer. Le plus surpris d'une rechute tnortelie aurait certainement été le médecin» qui se montrait d'une excessive pru^ dence dans tous ses traitements.

Camyrrha reconnut les brigands qui l'avaient frappée et dépouillée dans, les hommes qu'avait livnis Kaddour, et qu'on lu-a un à un de leur prison pour les faire passer devut elle.

Quand ce fut le tour dlsmaêl, le fik de l'agha, elle hésita et ne fat point affirmative pour lui seulement, tandis qu'elle as-

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signait avec précision le rôle de chacun des autres. Cependant Ismaël passait pour l'auteur principal du guet-apens et de Tattentat. Ën revanche Gamyrrha déclara qu'un malfaiteur manquait encore à la justice, celui qui avait accompli le vol pendant que les autres assassinaient. Cette circonstance était d'autant plus grave que, nonobstant les recherches les plus actives , on n'avait pu encore mettre la main ni sur l'argent ni sur les vêtements dérobés. Il restait donc des nébulosités dans une affaire qui brusquement avait paiu s'éclaircir. Mais ceci désormais regardait les juges instructeurs, et dès que Gamyrrha fut, au dire du docteur, en état de supporter le voyage, le colonel, la comtesse de Sumène, Octave de Kessigny et toutes les personnes que nous avons suivies à la cascade d'Âîn-Tifferit se mirent en route pour Mascara avec Éthel et la malheureuse veuve du dernier chef hadjoute. Si elle avait encore besoin de la victime, la justice pouvait la voir et

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l^interroger plus commodémeiit encore à Mascara qu a Saïda, et surtout plus couiplëtement.

Quant aux serviteurs auxquels Camyrrha avait tout de suite pensé dès qu'il s^était agi d'organiser' une existence nouvelle, — car cette femme n'oubliait jamais rien, — on n'en avait que faire à Mascara.

Eu conséquence et de leur consentement, après qu'on leur eut donné quelques provisions et quelque argent, ils furent renvoyés au bordj de TÉmir. Camyrrha leur abandonnait la jouissance de ce petit domaine, qui devait suffire amplement à la satisfaction de leurs besoins.

Pour rentrera Mascara, on prit la route directe qui n'est coupée que par un caravansérail et par la «vialah de spahis à Louissert,

Pendant ce trajet, si les préoccupations que chacun portait dans son âme avaient permis d'observer les voisins, on aurait remarqué qu'Octave de Kessigny avait

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perdu l'aimable gaieté qui le caradénaait.

Il est vrai que ce retour n'avait pas du tout rail- de iéle qui avait signalé le départ. Dans tous les coeurs il y avait de la mélancolie. Le roman était iini : dans quelques heures, on allait reisttet dansaes habitudes et dans la plate monotonie des exislenoes urbaines. Qei élat de Tespril <i'est pas favorable à l'observation. Aussi le brillant capitaine de spaliis pouvait- il, tout à SM aise et sans être obéigé de subir la moindre question importune, poursuivre les rêves qiâ avairat abattu sa jojeose bune«r.

Tout le monde d ailleurs avait des préoccupadons phis ou moins irives, et de même qu'on ne remarquait pas les rêveries .

du capitaine, oc ie remarquait pas davan* tage l'aspect in. ^^:coutumé que presentaklit les vastes plaines solitaires parcourues par la caravane. De kilomètre en kilomètre apparaissait un accident qui, au départ, auraitVimnent intéressé la oom-

t^Bse« Ici c'était un groupe de cavaliers, là des patres conduisant de maigres troupeaux dans des pâturages où Therbe attenr dait la pluie pour reverdir; plus loin- un Arabe debout jouant de la flûte devant deux auditeurs couchës sur le sol dans ui^ pose somnolente et béate^ que Gustave Boulanger a su si bien saisir et rendre lorsqu'il a consacré son talent et ses pinceaux à la peinture des scènes algériennes.

Tout cela suffisait pour animer le paysage; mais personne n'y faisait attention. Ce n'était pas le hasard cependant qui peuplait ainsi le désert. Une même pensée animait tous ces groupes^ et, en temps de guerre, elle n'aurait pas ccha|)pé au colonel Durand. Il aurait reconnu une (Jp ces ruses si familières aux Arabes.

. Tous ces groupes n'iraient en effet composés que d'émissaires de Kaddour. L'agha des Ilachems ne voulait pas perdre de vue son fils. Il connaissait de longue date la 4roiture inflexible du colonel Durand^

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aitisi que sa vigilance. Pour travailler efficacement à la délivrance du jeune bomme^ il était donc important que Tagha surveillât avant tout le colonel. CeluÎK» éloigné et ne s occupant plus du forfait, Tespérance rentrait dans le cœur paternel. Sous quelle forme? Raddoiir lui-même aurait été fort embarrassé de le dire nettement.

Mais c'est surtout lorsqu'il voit le temps dérouler devant lui ses perspectives et ses incertitudes que le musulman peut avec vérité et confiance laisser échapper sa grande parole : Dieu est grand ! Et ici, on en conviendra, ce n*est point un mot de résignation qui sort de ses lèvres, ce n*est point une parole de fatalité. Jamais le libr^ arbitre bumain ne s'est plus péremptoirement affirmé, tout en conservant une forme religieu.se.

On allait aussi rapidement que le permettait le transport de Camyrrha. La comtesse laissait au front de la caravane le colonel causer avec le docteur^ et Tinten-

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dant. Èlle renonçait mtmeTolontiers, pour

peu que le sol le pcriuîl en ne se montranl pas trop orné d'ornières profondes» a monter ce bel étalon de Frendah dont elle était si fière au départ. La voiture avait des charmes pour elle comme {>our ses compagnes. La fière amazone avait disparu, et, à la place, une tout autre femme se montrait. C'était une de ces métamorphoses comme en peuvent voir chaque jour ceux qui font métier d'observer, ' Avec sa vivacité, sa mobilité, sa rapidité d'impressions, la femme est un perpétuel spectacle. ,

Les événements des derniers jours étaient déjà loin pour la comtesse de Sumène, * et l'avenir de notre colonisation africaine n'occupait qu'une place inférieure dans ses pensées.

Êthel, au contraire, apparaissait sans cesse au premier rang. Avec cette promptitude et cette énergie d'affection dont les femmes sont si susceptibles en tous pays,

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mais plus encore <|ue partout ailleurs dans

les régions caressées par un soleil brûlant^ 4a comtesse s'était attachée à cette jeune fille^ et dans sa léte elle combinait tout ce qu'il y avail à iaire pour réducat ion d'Ëthel^ en même temps que les soins à donner pour ramener Gain) 11 ha à la sanlé. Toute femme arrivée à un certain a|[e sent tressaillir en elle les instincts matemeb. Vienne une occasion propice^ et elle leur donnera carrière d'autant plus aisément et facilement qu'il n'y a rien de plus doux que d'être mère selon le cœur.

Rigiti-nrl hy rjnnflïr

kscàMA j'MDOttça de loin par

ses belles plaolations de vignes.

L'arbuste prédeiUL est. cultivé dans les environs de Mascara, comme à Médéah dans la province d'Alger, aussi, intelligemment qu'en Bourgogne, ou qu'en M^oc, ou bien encore que sur les collines pierreuses de l'Andalousie, d'oii nous vient le Xérès. Vue du côté de Saiul- André, la ville ne s'annonce pas avec le même pittoresque que par les coteaux du nord, d^où l'œil domine, en surplombant,, toute la vallée. Les maisons bhndies apparaisseiAt

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alors comme groupées au centre dW vaste entonnoir de verdure, et produisent un effet saisissant à rœil. Quand on sort de la plaine d^£gbris, pas de points culminants, pas le moindre mamelon d*où la vue puisse s'étendre au loin, et par consé»

quent pas de panorama.

Le soleil disparaissait à Tborizon du couchant quand la caravane atteignit les premières maisons rurales de Saint- André.

La nuit allait tomber. Sur Tordre du colonel, les spahis d'escorte prirent les devants, et *le brigadier reçut la mission de prévenir les serviteurs de la comtesse de son retour. Aux premières étoiles, chacun avait retrouvé son logis et pouvait, les femmes reprendre leurs broderies commencées, les hommes aller au cercle et serrer la main de leurs camarades et dé leurs amis.

Ni le colonel ni Octave ne prirent ce dernier parti. Pour eux, les quelques jours qui venaient 4® s'écouler devaient avoir

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des conséquences graveSy ils le sentaient.

C'est pourquoi ils avaient besoin^ non pas dès turbulences de café, mais de solitude et de recueillement pour écouter ce qui se passait dans leur cœur. Au milieu de son petit ménage de garçon, le colonel éprouvait et sentait ce vide profond qu'ont connu tous les hommes Icnrsqu'ils ont rencontré la femme auprès de laquelle il leur serait si doux de passer leur vie. La passion avec tous ses entraînements s'était emparée de lui, et il fallait qu'il se fit violence pour ne pas aller respirer Tair qui, en passant, avait caressé les cheveux flottants de la femme aimée. Vainement la raison lui disait-elle qu'après les paroles d'Aîn-Ufferit, après les espérances tacitement confirmées à Saida, la réserve était commandée par la plus élémentaire des délicatesses : le colonel avait besoin de toute son énei^e pour ne point céder aux tentations qui lui donnaient incessamment assaut.

Quant à Octave de Kessigny, son être

nuMral était plongé dans un vague dolmt

qui ne manquait pas de charmes. Nonchalamment accoudé sur le baiustre sculpté qui décorait la galerie intérieure delà mai-* son qu'il occupait à coté de sa sœur, il regardait et écoutait Teau qui tombait en gazoui liant dans le bassin de la fontaine, et restait perdu dans une rêverie sans ItMit, j'allais presque dire sans objet. Que sa sœur fût apparue tout à coup à Tangle de la galerie, et lui eût demandé compte de ses pensées, il u'aui'aitsu quoi répondre. Ses pensées n'avaient pas de corps et papillonnaient follement dans les champs illimités de l'imagination, amalgamant le présent et le passé, et bâtissant avec complaisance les vaporeux châteaux en Espagne de ravenir.

Les sonmolences remplies d'arabesques fantasliques sont les spleens des pays aimés du soleil et des étoiles.

n est vrai que la comtesse de Sumène, tout entière au retour et à l'installation de ' ses protégées, Bravait guère le loisir de

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songer à sou frère et au colonel Durand.

Dès Saîda, elle* s'était fait une espèce 41e langage par signes qui lui permettait dans les circonstances ordinaires de se passer de rintervention d'Octave auprès d'Éthel.

La jeune fille à son tour servait de truchement auprès de Gamyrrha.

Cela explique comment ne lut pas troublée la solitude de cette première soirée qui pouvait être décisive pour la destinée de deiuL hommes.de cœur.

Les jours qui suivirent replacèrent la vie dans la voie ordinaire qu'elle suivait à Mascara avant l'excursion à Tiffierit.

Chacun^ emporté par ses occupations, y trouva les distractions que^ donne ton* jours un travail obligé.

Quant au docteur et à l'intendant, nous n'avons pas à les suivre, vu qu'ils n'ont à' nous offrir aucun de ces petits mystères doni on aime tant à éclairer robscurité»

à percer la profondeur. Ils étaient partis avec joie, ils étaient revenus avec plaisir,

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et les quelques joui> de ïifferit et de Saîda • ne comptaient plus que parmi les jours heuqeux écoulés de leur existence. Pour le colonel, pour Octave, il n'en était pas de même. La rêverie, il est vrai, n'absorbait . « pas Têtre tout entier; la passion, violem-^ ment contenue par un effort suprême, s'imposait de rester dans les bornes étroites des Convenances. Mais dans la rêverie et dans la passion, Octave et le colonel trouvaient des alinient8««pouveaox *que leur imagination et leur ii^telligence savouraient avec délices.

Les femmes étaient toujours ces satel* lites doux et charmants que nous avons pu <d>server durant les jours de caravane.

Dérobant le plus d'heures qu'elles pou-^ vaient aux soins domestiques de leur intérieur, Mlle Masvert -et Mme Coignet venaient les passer auprès de la comtesse de Sumène, et prendre part à Téducation^ d*Ethel, qui se montrait la plus intelligente et k plus dociie des écolièrès. Unies par

«me étroite amitié, ces trois femmes s'acquittaient^ avec la joie que donne l'accomplissement du devoir, de la tâche de cœur qu'elles s'étaient imposée. Éthel comprenait ce qu'on faisait pour elle et trouvait chaque joiur moyen d'en témoigner sa reconnaissance. La beauté de la figure n'était que la moindre des qualités de cette jeune fille. Rien n'égalait la bonté et la pureté de son cœur.

Au premier aspect, c'était bien une plante sauvage ^is une de ces plantes sauvages qui nB deniàndent qu'un peu de sèin et de culture pour nous ravir par les plus suaves parfums. Les soins étaient venus, et la fleur s'épanouissait au grand contentement de celles qui l'avaienl devinée. Pas un défaut ne venait la déparer, et c'eût été vraiment grand dommage de laisser cette fleur au désert^ comme disait chaque jour avec sa douce gaieté la com- --tesse de Suméne.

Cependant^ le colonel n*avait pa^ plus

oublié la parole dite à Saîda que les quanpromesses fieiites daflSi les confidences d'une nuit sans pareille sous la cascade de ïif-

Un jour, pendant Tune des fréquentes visites qu'il rendait à la comtesse avec la liberté qu'autorisent les mœurs de provinoe, il .tira des poches de sa tunique un papier tin^bré plié en quatre, «t Toffiit gracieusement à Mme de Sumène.

ir Qu'est-ce que . cela, ooloBfil ? dit la comtesse.

— Madame, c'est mon apport <laBS l'association que vous m'aves pcnnis de contracter avec vous.

— Mais je ne vous ai nen demandé, colonel. Je vous réserve pour plus tard.

— Le présent est à nous, madame ; à Dieu seul appartient l'avenir. Peut-être plus tard vous n'y penseriez plus, et moi pas davantage.

. — Enfin, que m'apportez- vous ?

— J ai lengtemps cherché pour savoir

eomment ranpUr une parole qae vous svez

bien voulu accepter de moi, et, après réflexion^ j'ai pensé, madame, que pour une bonne oeuvre entreprise par vous, je ne pouvais donner rien de mieux que ma pension de conunandeur de la Légim d^honneur. £n voici la délégation en bonne ferme. U ne reste plus à y inscrire cpie le nom de votre prott'gée.

— Colonel, vous êtes l'homme le plus délicat qae je connaisse. Vous «avez donner à vos bienfaits une tournure qui ferait expirer le refus sur les lèvres prêtes à le prononcer. J'accepte pour Ethel. Donnezmoi votre main. Ji

En parlant- ainsi, la comtesse tendait sa main mignonne, qui reçut le plus ardent des baisers. Le colonel était aussi henreux.

qu*homme du monde. Oii lui aurait apporté le brevet et les épaulettes de g^éral de brigade qu'il ne se serait pas dérangé.

Quiconque a vécu auprès des militaires «t étudié sur le vif Tambition d'avancement

SIS BTHSI..

qui les dévore tous, appréciera la valeur

• de notre comparaison.

Dans ce momenti le colonel éprouvait

, auprès de la comtesse de Sumène tme de ce^ émotions qui font tout oublier^ et l'âge, et les rêves ambitieux, et les déceptions^ et les soucis que traîne toujours à sa suite une position élevée. Il était d*autant plus heureux que cette action avait été accomplie par lui tout naturellement et sans le moindre calcul intéressé. La pensée lui en était venue en attachant sa cravate le matin ; et, comme depuis quelques jours il cherchait ce qu'il pourrait faire pour Éthel, il n'avait trouvé rien de mieux que cette pension, absolument inhérente à sa personne.

Dans toutes ces marques de sollicitude,

Camyrrha n'était point oubliée, loin de là.

Elle avait sa lai^e part d'intérêt et de sympatHie. La pauvre femme en témoignait a ses bienfaitrices une reconnaissance qui allait souvent jusqu'à l'exaltation, et le

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docteur se voyait obligé de la calmer pour ne pas lîomproniettre Tentière guërison.

Mais depuis que les forces et la santé revenaient, Gamyrrha n'écoutait guère les prescriptions du docteur. £n véritable enfant du désert, elle avait des cotés impérieux et absolus dans le caractère, une volonté qui montrait qu'elle n'oubliait pas et qui ne permettait à personne autour d'elle d'oublier qu'elle avait commandé sous la tente d'un grand chef.

Sur ces entrefaites, et pendant qu'on poursuivait dans l'ombre du cabinet l'instruction du crime commis sur le territoire des Hachems, un incident se produisit sur le marché de Maseara, et cet incident donna une autre tournure et une activité nouvelle à l'œuvre de la justice.

Un jour, Gamyrrha, qui, dans la maison de la comtesse, avait conservé les libres allures et l'entière indépendance des enfants du désert, était allée respirer le grand air sous les saules du jardin de TArghoub*

ti4 irumhm

Pendaol œ temps^ la comtesse/ Octave de

Ke&signy, Mlle Mas\ erl et le colonel Durand faisaient une promenade dans ks sentiers poudreux bordés d'aloès et de figuiers de Barbarie qui conduisent au village arabe, qui forme un faubooi^ à la banlieue sepleulriouale de Mascai^a.

Comme toutes les villes on peu impor* tantes d'Algérie, Mascara est fermée par une ceinture murale; je pourrais dire une enceinte fortifiée. En dehors des murs, les populations indigènes établissent des gourbis qui se groupent et s'entassent de ma* nière à former de -véritables villages suburbains. Mascara, qui fut longtemps le point central de la puissance d*Abd-el-Kader, né dans les campagnes du voisinage, possède deux de ces agglomérations, l'une au nord, l'autre au midi. Elles servent chaque jour de but de promenade anx oisi& de la ville qui veulent voir de près les mœurs indigènes. Avouons que jamais ces observations ne sé font sans qu'on ait à surmonter

KTHXL* ils

bieo ckft dégoûts, à canae des noMbreuses

saletés qu'on doit traverser.

Ce qui attirait k oomtcsae de Sumène dans la région de ces bouges, c'était certaine devineresse dont oa lui avait dit merveille. Elle jouissait d'une grande ré^ putatiou à Mascara^ où on ne la connaissait que seus le «m de sorcière noire. Elle prédisait l'avenir en agitant des coquillages dans sa main, et les jetant d'one certaine façon sur un tamis. C'est Tenfiince del'art maïs souvent les peuples enfants sont plus avancés que nous en ces matières délicates, oii il sufEt d'un mot vague pour nous jeter dans le monde des souvenirs et des. iUusions. D'ailleurs, en tout pays, la femme aime le prestige de i'iiicounu dévoilé; elle se laisse volontiers bercer par les espé* rances et les chimères, surtout dans des terres que brûlent des soleils ardents comme ceux de l'Afrique, Dès qu'on lui eut vanté Vét umgLié de qndques-anes àies prédictions de la sorcière, la comtesse

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«tait trop femme pour résister longtemps

à la tentation de la voir et de Finterroger, Ëthel était restée au logis avec Mme Coignet. Tout le monde était de joyeuse humeur. La comtesse prenait intérêt à tout ce qu'elle voyait et faisait volontiers part de ses impressions.

« Voilà un joli sujet de tableau. Octave, je vous le recommande. Avec le pastel, vous rendrez ti*ès-bien ces tous chauds et fortement nuancés. »

Et elle désignait un groupe de femmes arabes à la fontaine, occupées à nettoyer de la laine en la pétrissant avec leurs pieds, comme chez nous on la pétrit avec la main.

A coté, des vieillards dévots, rangés autour d'un marabout vénérable, faisaient leur prière en se jetant plusieurs fois de suite * sur le sol de toute la longueur de leur corps, et toujours dans la direction de l'Orient, vers la Mecque, la ville sainte du Prophète. Une petite mosquée, blanchie à li^ chaux, encadrait l'horizon. I^es tons crus

et criards étaient coupes par deâ palmiers à la tige élancée, des grenadiers et des bananiers chaînés de fruits. ,

« Je suis déjà venu plusieurs fois à cette* fontaine, répondait Octave. J^ai déjà des* sine tout le paysage. H est dans mon album.

Si ces lavandières m'en donnent, le temps, si ces vieux musulmans prolongent leurs ' dévotions, je vais les croquer. Ce sera toujours autant de pri&« Le tableau viendra plus tard. »

£t, sortant un calepin de sa poche, le jeune homme esquissa rapidement la scène qu'il avait devant les yeux. Ce fut fait en quelques coups de crayon.

<c Tenez, ma sœur, êtes-vous contente?

ajouta-t-il en présentant son travail à la comtesse* Parlez sans flatterie. Le modèle est encore là. Nous pouvons faire tous les changements et tous les arrangements que vous souiiakerez j nous n'avons pas d'amour-propre.

— C'est bien pour un croquis. Mais

¥OU8 me fierez le taUeau. Regardez bien

encore une fois et giavez les ions dans votre mémoire. Us sont fort beaux.

— L'arlisle tâchera de se surpasser, puisqu'il travaillera pour vous.

— Nous connaissons œ que vous savez faire quand vous le voulez bien. Aussi je vous préviens que je serai difficile. Je veux ce tableau pour mou salou.

— * Tant mieux, ma sœur, vous serez •contente.

— > Vous ine dites toujours cela, et puis wos me faites attendre ce que vous me promettez.

— Quoi, par exeoiple?

— Ce grand paysage qui est commencé depuis plus de deux ans.

— Ah! pour celui-là, ma soeur, vous attendrez encore — Colonel, soyez juge entre nous.». • 11 s'agit d'une grande vue prise dans les environs de Tlemcen, du côté de Lalia*Maghrnia. Ma sœur veut que sur une esquisse légère et de mémoire, je

lit

iermine un tableau. Moi, je soutiens que

nous ferioui» mieux d'aller visiter Tlemcen qu'elle ne ONinfttt pas* C'est une ville qui vaut bien la peine qu'on se dérange pour la voir quand on est en AJgërie.

— Oui certes^ répondit le colonel, qui entrevoyait tout de suite la perspective riante d'une nouvelle excursion.

— J'en ai assez vu de vos villes africaines^ dit la comtesse,

— Madame, vous m'avez un jour parlé avec admiration de Jilidah, de Milianah,

* de Moslaganem» le crois que Tkmcen ne ferait qu'ajouter une belle image de plus à ces images restées dans votre mémoiFe.

Vous aimez les souvenirs des temps écou-

. lés; nulle part en Algérie vous n'en trouverez autant qu'à Tlemcen. Vous nmez les caprices de l'art mauresque; c'est encore là qu'il âiut en aller cherdber les plus beaux et les plus charmants spécimens. Ce fut autrefois une ville puissante et florissante, et elle a conservé bien des vestiges

SIO BTHBL.

de son antique splendeur. En même temps

ce fut une ville sainte, et les vrais croyants du musulmanisme la vénèrent toujours.

Dans Tart religieux des peuples orientaux, je ne connais rien de plus beau qu'une mosquée que j'ai vue aux environs de Tlemcen et dont le nom m'échappe...»

— C'est précisément celle qui figure dans mon tableau avec son cadre de grands oliviers plus majestueux que ceux du bois sacré de Blidah.

— £t i'avenne de caroubiers?...

— Je ne Tai pas oubliée, coloneL

— Eh bien ! madame, le capitaine a raison il faut aller voir Tlemcen. Je suis' fâché de contrarier votre opinion. Mais un tableau pareil ne peut être achevé que sur place. Si vous ne visitiez pas cette ancienne capitale deTOuest, vous auriez une lacune dans vos souvenirs algériens^ et un jour peut-être vous le regretteriez.

— Allons, soit.... Puisque vous le voulez tous les deux, nous irons à Tlemcen.

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Mais Octaye tiendra promptement la promesse quMI vient de faire devant vous. »

Le jeune capitaine répéta en riant qu'à peine rentrë au logis il se mettrait au tableau de la fontaine.

Cette causerie et bien d'autres avaient ramené les promeneurs du coté de la ville.

On n'avait point trouvé la sorcière noire.

Depuis quelques semaines, elle avait transporté ses coquillages, son tamis et son industrie devinatoire dans le village méridional.

En allant à sa recherche, la comtesse et sa société avaient traversé le marché arabe extérieur et se trouvaient devant la halle aux grains^ «non loin du caravansérail des bétes^ lorsqu'une altercation violente attira leur attention.

Quel fut leur étonnement en reconnaissant Camyrrha au milieu d'un groupe nombreux d^ndigènes qui vociféraient les plus grossières injures. Mais elle, le grand voile de laine qui la couvrait de la téteaux pieds

tti BTRSL.

rejeté en arrière, la visage à na comme

celui des femmes arabes qui vivent sous la toite, l'œil et la lèvre en feu, sans se laisr ser dëconeerter par les malédicdons dont on Tac câblait, elle criait à tue-tête :

< Voilà le voleurl arréte^le et donnes-le aux juges! »

Et à ses cris joignant le geste^ elle retenait d'une main crispée le burnous d'un inditidu de mauvaise mine, qui ne parvenait pas, malgré ses efforts, à lui faire lâcher prise. Sans loucher à la femme, les indigènes criaient, lui reprodiant de manquer à tous les devoirs de la religion en se iaisant Tauxiliaire des infidèles* Mais^ à part les vocifâiitions, le débat, la lutte plutôt^ restait absolument entre la vieille femme et l'homme qu'elle avait saisi.

Du premier coup d'œil, le colonel comprit tout. Camyrrha venait de découvrir le malfaiteur qu'elle n'avait point trouvé parmi les prisonniers de Saïda. Le colonel donna un ordre. Le bandit fut amené et le

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tumulte ^'apaisa comme . pai* enchantement*

L'homme que La découverte et la dénonciation de Camyrrha avait fait conduire en prison n'a|)partenait point à la l ace arabe, bien qu'il en portât le costume* Il n'aurait été réclamé par aucune tribu. DansaucunCi il n'avait une tente ou un gourbi qu'il pût revendiquer. Quand on l'interrogea UidessuSy tremblant, effrayé de se voix* entre les mains de la justice européenne^ il avoua qu'il ne se connaissait pas de famille, qu'il avait passé sa première enfance dans le fiuibourg de Karguentah à Oran ; mais que depuis bien des années il allait de tribu en tribu, vivant au jour le jour, tantôt mar- x chanti, tantôt manœuvre propre à tous les ouvrages grossiers, variant de goût et d'occupations suivant les besoins, les ressources, les aubaines. £n réalité, c'était un sang mêlé d'espagnol et de juif, comme on en rencontre un certain nombre en Algérie, et surtout dans la province d'Oran :

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un de ces enfants que les hasards de la débauche avaient mis au monde/ et qui, depuis renfance, avait mené une existence livrée à toi|8 les hasards de la maraude et du vagabondage.

Cette découverte eut pour résultat de délivrer la justice militaire d'une besogne toujours pénible. Du moment qu^un seul n'était pas indigène musulman, tous lés prévenus devenaient justiciables de la cour d^assises, et, désormais, Tinstruction fut défc rëe au parquet de Mostaganem.

Elle fut conduite avec rapidité. Au reste .

Tunique difficulté de raffaire reposait sur ridentité des inculpés. 11 est vrai que devant les affirmations réitérées de Camyrrha, il n'y avait guère à hésiter. Cette femme énergique ne déviait pas un seul instant de la b'gne droite. Avant de prendre une décision irrévocable, le juge avait tâtonné quelques jours afin de savoir si, dans son exaltation, Camyrrha ne donnait point quelque entorse à la vérité. Mais Camyrrha

répéta» iCdMtainment ce qii -ellé aivai:t difct la pj^einière.I|euFe, aùs^i siniplemeni, lu^ta Mèoih imême nettieté- EUe y. ajoutait! fi6u<{-> lement ce €|uii avait trait au voleur dcicouveiitpsur jelkiauinarfibé.clQMaflcara.Ui

pluôtqujà (Convoquer la cour de justicei' > K t.Qn/'avaiit tiré/les pffisonnœrâ dès jnaiaiMkfi d'arfêt de Saïda et de Mascara > et ils avaient iétji] fiMgM} suin, lai • viUe i oiii^ls i de^ vaient être jugés. Ce transfert s'était opéré sans encombre^ et le jour où s'ouvrirent les débats solennels à Mostaganem, on vit s'asseoir siii' les mêmes bancs Isniaëi^ le fils de Kaddouri les trois; bandits arabes, et Alvarez, le juif batardé dT.spagnol.

Jious devons <y ou ter . qu'aucun des prévenus n*excitait un bien grand intérêt. En général; les indigènes ne se rendent pas un compte très-exact du pour quoi nous entourons notre justice, et surtout notre justice criminelle, de ses formes et de son appareil pompeux. Chez eux, il n'y a

guère jusqu'à àe jonr que- la sftntencé <|îii importe et le châtiment qui procluisci quelque 'effet. Si les . tribus ëtatest moins étrangères les unes aux autres qu'elles ne le sont eo réalité, il aurait suffi de la pré^ aenoe dû fils de Riuldour sur *le banc des accusés pour occasionner quelque einoi^ MaiSf à 'la façoft'dout liwiit les 'Arabes de grande tente^ cela pouvait tout au plus intéresser le Tieil-aghft des HachemS»' *

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-^^^^^ avec Raddour, et il fallait bien

mal le connaître pour croire qu'il subirait son infortune domestique sans rien tenter pour la corriger. Mais cela ne r^rdait plus le colonel, et, comme on (lit vulgairement, il s'en lavait les mains.

En tout pays civilisé^ la justice criminelle ne fonctionne qu'après s'être entour<^ d'un appareil imposant. Dans les pays qui n'ont ni nos mœurs ni notre langue, et ne nous connaissent tout d abord que par la force, cette solranité est encore plus né-

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cessaire. C'est toujours un événement qu'une tenue d'assises dans les villes algériennes. Le pouvoir immense dont est investi le magistrat chargé de les présider se traduit au dehors par h s déférences de tous les corps constitués. Et, reconnaissons-le, il est besoin qu'il en soit ainsi.

Car, bien qu'on appelle palais la maison dans laciuelle s'agitent ces débats dans lesquels rhonneur, la vie, la liberté sont constamment en jeu, rien n'est plus vulgaire que cette construction. A Mostaganem, comme à Oran, il faut savoir, pour s'en douter en franchissant le seuil, qu'on entre dans le sanctuaire de la jusii( e. 11 est vrai que cela n'invalide pas les

arrêts. «

11 y avait foule pour vpir juger le fils de Raddoiir, dont tout le monde connaissait les héroïques histoires. Des hauts plateaux de la Mina et de l'Hillil, de nombreux Arabes étaient descendus, et s'étaient répandus dànt les cafés maures de Moslaga-

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nem pour être au courant des nouvelles^

et connaître quelle serait la justice chrétienne. De bonne heure le prétoire avait été envahi, el, si Ton y voyait des burnous et des caftans en grand nombre, la majeure partie de l'auditoire se composait d'£uropéens. Les uns s'occupaient dlsmaël; pour les autres, tout Tintérét se concentrait sur la femme dont les malheurs, en forme de l^ende, couraient la ville depuis deux mois.

La déposition de Camyrrba fut terrible.

Avec une précision et une netteté formidables, elle détailla toutes les circonstances du crimes faisant la part de chacun et les désignant du doigt à mesure qu'un de leurs actes figurait dai)s son discours. Tous étaient coupables d'après la victime^ sauf un sur lequel elle s'obstinait à garder le silence; mais ce silence était plein de réticences et n'innocentait point Ismaël, que les autres, dans leurs aveux, avaient sans cesse represeiïté comme leur chef. On ap-

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prit plus tard que d^ancieiis services rendus

altachaient Cam^rrha à Kaddoui^ et que la reconnaissance de bienfaits, qu'un autre aurait oubliés, avait constamment arrêté la parole accusatiice prèle à .sortir de la bouche de cette femme. On attendit vainement, et même avec anxiété, cette parole de laquelle pouvait dépendre le sort d'une téte. Elle ne vint point. Pour Alvarez Camyrrlia eut un mépris souverain.

« Celui-là, c'est le voleur, dit-elle. Il est trop lâche pour frapper, même une femme- 11 aurait peur qu'elle ne se défendit; mais ses mains sont avides et promptes. Tout lui est bon, il dépouillerait un cadavre arraché au repos de la tombe. Tl s'est rué sur moi quand il m'a crue morte, et regaidez a son cou , i 1 porte encore un fichu qui m'appartenait. Les yeux de Camynlia ne se trompent point, quoiqu'ils aient versé bien des larmes, et depuis lonj^^emps ; ils aperçoivent sur la soie le chiffre que j'ai autrefois brodé de mes mains. Ce chiffre

ÉTUBIi. SM.

est le nom chéri de mon époii^i .DjcUottUHben-Hamida. On ne voitqué Jln pumièpç lettre; mais déployez l'étoffe, el)VQUî>Mieconnaîtrez si je mens. » i

Cette longue déposition était écoulée par la cour avec une aUention scrupuleuse. Uii interprète la traduisait phrase à phrase, el l'auditoii^e laissait parfois éclater ses émotions a chaque charge nouvelle qui pesait sur les accusés. Ctnix-ei enleudaieul parler Camyrrha^ ils comprenaient ce qu*elle disait, et leur figure bronzée demeurait impassible.

Cependant Alvarez ne put dissimuler

son trouble aux dernières paroles de la veuve hadjoute. Il fit un mouvement comme pour dérober et faire dispaï*aître la pièce de conviction qu'on invoquait contre lui. Mais sur un signe du président, les gendarmes détachèrent la cravate, et elle fut soumise à réxamen des experts assermentées. Ils déclarèreiil que Tassei tion du témoin était exacte. Les noms indiqués

-^nâientaur' le léger tissu une arabesque gracreuste de broderie.

Je ne dis que la vérité^ reprit Camyrrha. Est-ce que quelqu'un oserait mentir ici? Je ne sais ce qu'on a trouvé sur cet homme ; mais il m'a volé six vieux sequins d'or de Constantinople qui formaient tout mon trésor et que je gardais pour le jour oiiy en la donnant à un ëpoux, il faudra me séparer de ma nièce Éthel. Ce n'est pas une monnaie courante, et peut-être n'aurat-il pas su ou osé s'en défaire. »

L'examen des pièces^ qui se trouvaient sur le bureau devant la cour, confirma ce nouveau détail.

Devant ces révélations accablantes, Alvarez perdit tout à fait contenance. 11 fut pris d'un tremblement convukif qui contrasta singulièrement avec Timpassibilité de ses complices. Ayant vu Tinutilité de leurs dénégations, ils avouaient leur crime et attendaient la décision de la justice avec la résignation du fatalisme musulman. Ismaêl

seul nîfiit toute participation à l'attentat avec une rare énergie, et, cela fait, ne paraissait*plu8 suivre les débats qu'avec indifférence.

Pendant que Camyrrba accablait Alvarez, le fils de Raddoiir épliuliail dédaigneusement et grugeait une ligue de Bar^ barie qu'une main charitable avait jet('*e dans son burnous durant le trajet de la prison au palais de justice.

« Quelques mots encore et j'ai fini, >> reprit Camyrrba.

Et elle parut se recueillir comme pour donner à ses dernièi*es paroles plus de solennité.

£n ce moment se produisit un incident que nous passerions sous silence s'il ne servait à faire voir comment chacim en Algérie sait user de ses droits et faire respecter ses prérogatives. Le hasard d'un exercice militaire avait conduit un régiment dans la rue oii se trouvait le Palais de justice. 11 marchait musique en [èie^ et

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le bruit des tambours menaçait de troubler Taudience.

* « Huissier, dit le président, allez di:^e

à ces soldats que l'œuvre de la justice a besoin de silence et de recueillement. Que

ces musiques cessent leurs fanfares, que ces tambours se taisent! C'est moi qui Tordonne. »

£t un instant après, par les fenêtres ouvertes, on n'entendit plus que le bruit

sourd^ Hioiiotoue et régulier des soklals en marche.

Cet incident vidë, Camyrrha releva sa tête avec noblesse, et dit d'une voix forte :

<x J'ai été éprouvée entre toutes les femmes. J'ai assisté à la ruine de ma maison.

J'ai vu tomber la puissance de ma tribu, piller mes biens ^ dévaster et brûler mes moissons, et périr par le fer ceux que j 'aimais. Tous ces maux, je les ai supportés coumie une punition du maître de toutes choses. Il fallait les accepter avec résignation, comme tout ce qui vient de lui. Mais

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ceux qui ont été durs à mon cœur sont

les maux qui me sonl venus des hommes j'avais le droit de considérer comme mes frères, de f:eux que j'appelais ainsi.

Deux fois j'ai été de leur part victime d'attentats odieux; deux fois ils ont voulu ma mort^ ils ont assassiné^ pour la voler^ une pauvre femme comme moi! Une femme sans défense, sans p ro Lecteur ! Je liens donc à le dire ici : Je renonce à leur fraternité. Le Dieu qu'ils invoquent sans cesse n'est pas le mien. J'aime et. j'adore celui qui ; rend le cœur bon, doux et compatissant à rinfortune. Je l'ai trouvé deux fois parmi les chrétiens, et la dernière, d'une telle façon, que je ne j)uis plus hésiter. J'ai senti les mains pieuses des femmes chrétiennes sur mon front meurtri, lorsqu'elles élanchaient le sang qu avait fait couler le bâton de ces misérables; j'ai vu le doux regard de leurs yeux qui al tendait mon retour à la vie. Laguerreest la guerre; qu elle accomplisse son œuvre^ nul n'a le droit de

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