‹ Ethnogénie CaucasienneChapitre 10 sur 18 · BACCHUS · texte numérisé non relu

BACCHUS

Le nom d'Osiris se compose de deux noms d'astres : (Mri^ Jupiter et Sirius. Les Égyptiens disaient en effet que Jupiter était l'étoile consacrée à leur dira faTori. AForigine, ces deux astres caractérisaient sans doute deux races , la ronge et la noire. Jupiter Amoion prot^eait Thèbes et Tétoile du Chien les peuples Libyens, car Annlns, le dieu à tête de chien, est constamment peint en noir.

On appelait Osiris le dieu aux dix mille noms, probablement parce que chaque tribu se plut à lui donner le sien. C'est ainsi que le Czar de Russie est aussi l'Hetman des cosaques et le grand Khan des tribus tartares. Le plus célèbre des titres du monarque égyptien fut celui que lui donnèrent les Éthiopiens d'Asie et dont les Grecs ont fait le nom du dieu inventeur du Tin et conquérant de l'Inde. Ab-ai-chus signifie père de Hak et de Chus , des É^ptiens et des Éthiopiens. Musieurs des " surnoms grecs de Bacchus rappellent l'Ethiopie ; on lui appliquait souvent l'épithèie de Sabœàus; Evohé ! Dionysios Sabazios ! était un cri des bacchanales. Anacréon l'appelle jEthiapaîda. On le nommait aussi MUiehus^ c'est-à-dire MeUk-ehus, le seigneur de Cous. Chez tous les peuples issus des Couschites, Phéniciens, Hébreux , Arabes, melek^ melik^ malek, ont le même sens ; aujourd'hui encore amlai signifie chef en Abyssinie.

Le figuier consacré à Bacchus comme à Osiris s'appelait aussi Milieha. Les habitants de Naxos taillaient des statues à

Bacchus en bois de figuier ou de vigue. Le plus grand des titres d'Osiris à la reconnaissance des hommes fut, suivant les mythologues, la découverte des moyens de fabriquer du vin. Il faut en effet que cette précieuse révélation ait été plus sensible aux populations d'Asie que l'art d'ensemencer les terres et de cultiver les vergers, puisque Bacchus-Osiris est demeuré dans leur souvenir avant tout le dieu du vin. L'identité de ces deux divinités ne saurait être révoquée en doute. L'antiquité tout entière porte témoignage à cet égard. Un savant moderne ' d'une autorité incontestée, a fait des preuves de l'identité de Bacchus et d'Osiris, un livre excellent qui n'a soulevé aucune objection. Au reste, voici sommairement ce que les principaux auteurs anciens ont écrit à ce sujet.

Les Égyptiens, dit Hérodote, ne rendent pas également le même culte à tous les dieux, mais ils adorent tous Isis et Osiris qui est le même que Bacchus, et plus loin : Horus était fils d'Osiris que nous nommons Bacchus. Il dit aussi : Cérès est Isis en langue égyptienne.

On lit dans Diodore qu'Osiris fut nommé Bacchus et Isis

liéméter ou Cérès. Cet auteur ajoute que le tombeau d'Osiris

^t â Nysa d'où Bacchus a été nommé Nysœus ou Dionysius ^.

Les Orphiques célèbrent Bacchus sous le nom de Phanès à

^ vive lumière, et Eumolpe, l'introducteur des mystères dans

'^ Orèce, l'appelle dans ses Bachiques, l'ardent Sirius.

t^lutarque nous apprend qu'Isis était considérée comme

^Pf)use de Bacchus, et Âppllodore dit qu'on érigea une statue

* Gérés que les Égyptiens nomment Isis '. I^ lierre dont on couronnait la tête des statues de Bacchus

^^ les thyrses des Bacchantes furent également les attributs

^ Kolle, du Culte de Bacchus. — ^ Hérod., tt. 4S. Id., U, 144. Diod. , ^* 1 » g I. . 3 Plat,, de hid. Bibl. ApoUod., 1. IL

d'Osiri^. Le nom grec du lierre était ehenosiris. On préférait, pour les cérémonies religieuses, cette plante aux pampres qni se flétrissent trop vite. Les Phallophores ou fétfô en Thonneur de Bacchus chez les Grecs se composaient des mêmes rites que les Pamylies, fêtes d*Osiris en Egypte. Il en était de même d'Isis dont les mystères, tels qu'on les célébrait à Bubaste et ailleurs , étaient semblables à ceux d'Eleusis en l'honneur de la grande déesse. RoUe affirme que les mystères d'Atys et de Cybèle en Phrygie, de Vénus et d'Adonis en Syrie ne sont que des copies de ceux d'Isis et d'Osiris. Le vaisseau d Minerve qu'on promenait aux Panathénées était la comme

moration du Baris d'Isis K On voit qu'en fait de religion comme en fait de races et d'étymologies, tout commence l'Egypte.

Le quatrième Ptolémée, Démétrius Poliorcète, Antigène- Néron, Caligula prirent tous le surnom de Dionysius, et oi doit supposer que ce fut plutôt pour s'identifier avec le plu grand des rois qu'en mémoire du dieu du vin et de. orgies.

Martianus Capella, dans les noces de la Philologie et d^ Mercure, rapporte un hymne au soleil sous le nom de Bac- — -^ chus : « On vous appelle Hyès , le Nil vous adore sous 1^ nom de Sérapis, Mêmphis sous celui d'Osiris; dans le$ fêtes d'hiver, vous êtes appelé Mîthras, Pluton, le barbare Typhon. Je vous salue véritable face des dieux, image de votr^ père, vous dont trois lettres u^ç forment le nom, le surnom et le présage. » Il est positif que dans l'origine Bacchus et - Apollon, ces dieux, jeunes et beaux tous deux , ne faisaieat^ qu'un ; ils furent longtemps également honorés à Delphes»

1 Bolle, t. 11, p. 31.

suivaDi Plutarque, ils n'étaient qu*un seul et même dieu. L'antiquité tout entière, dit RoUe, prouve cette identité \ qui s'explique d'elle-même, puisqu'Osiris était le Pharaon ou Roi*Soleil.

Eusèbe affirme que les Égyptiens considéraient tellement Osiris et Bacchus comme n'en faisant qu'un, qu'ils n'employaient qu'un seul nom, Sirion, pour le désigner'. Origëne, Tertullien, sont d'accord sur le même point, et Léon, cité par Hygin, dit que, lorsque Bacchus régnait sur l'Egypte, il enseigna aux hommes les arts nécessaires à la vie '.

Nous terminerons ces citations, qu'il serait aisé de multiplier, par les vers de deux poètes nés en des temps différents et qui s'expriment de même sur l'identité du dieu grec et du dieu égyptien. On lit dans TibuUe ^ :

Primas aratraroann solerti fecit Osiris.... Bacchns et afilictis requiem mortalibus aiïert, Crura licet dura oompede puisa sonent . NoD tibi supt tiistes carœ nec luctus, O^iri, Sed chorus et cantus et levis aptas amor.

Ausone a écrit cette épigraphe :

Ogygium me Bacchum vocat, Osiris iEgyptos pulat, Mysi Phaoacen Dominant, Roma sacra Liberum, Arabica gens Adoneam....

La légende de Bacchus, comme nous l'a transmise Diodore, présente de telles ressemblances avec celle d'Osiris, que nul doute ne saurait subsister à cet égard. Mais ce qui est

* Rolle, t. I, p. 67. — ^ Prœposevang*, ch. ix. — ' Astrotwm.j II. — 4 Blcg.,lib.VII.

plus remarquable, c'est qu'elle contient des faits qui se rattachent directement à l'histoire de Sésostris, tels par exemple que celui des deux cents compagnons, que Bacchus emmena avec lui dans ses expéditions, et qui avaient été nourris et élevés avec lui. Ce fait correspond évidemment, au chiffre près, aux mille sept cents enfants nés le même jour que Sésostris, qui furent élevés avec lui et le suivirent à la guerre. D n'en est pas question dans la légende d'Osiris ; mais il faut bien reconnaître que chacune des trois légendes supplée aux lacunes des autres, de manière à former ensemble un tout qui se lie à merveille, et dont il suffit de retrancher la partie merveilleuse pour en composer une biographie, la plus ancienne qui existe, mais plus complète assurément que celle de bien des souverains d'une époque beaucoup moins reculée.

De même qu'Osiris, le Bacchus égyptien naquit à Nysa en Arabie, d'oii il fut appelé Dionysius, ce qui signifie, fait observer Diodore, en s'appuyant du témoignage d'Homère, dieu de Nysa : « Cent peuples se disputent la^loire d'avoir nourri l'enfance de Bacchus, dit le poëte dans un hymne qui ne nous est point parvenu , mais on se trompe, car Jupiter le fit élever en secret dans les lieux retirés où les flots du Nil baignent la verte Nysa. »

Bacchus parcourut toute la terre, plantant la vigne dans tous les pays, et comblant les hommes de ses bienfaits. Il enseigna même à ceux qui habitent des contrées sauvages peu propres à la culture de la vigne, à fabriquer un breuvage d'orge presque aussi agréable que le vin. Il avait avec lui Silène et les satyres, et son armée n'était pas seulement composée d'hommes, mais encore de femmes armées de lances sous forme de Ihyrses.

Ce dieu employa trois années à son expédition dans les In-

des, et c'est pour cela que les Triétérides furent établies en son honneur. Les Indiens disent qu'il était né parmi eux, et montrent la ville où ils croient qu'il prit naissance. On assure qu'à son retour dans sa patrie, chargé de dépouilles précieuses, Bâcchus rentra dans Thëbes monté sur un éléphant et institua le premier la cérémonie du triomphe.

Il vainquit Penthée chez les Grecs, Myrrane chez les Indiens et Lycurgue qui régnait sur la partie de la Thrace située sur l'HelIespont ; il donna son royaume à un Thrace nommé Tharops, qui l'avait sauvé du danger d'une surprise nocturne.

Quelques mythologues, suivant Diodore, prétendent que Bacchus fut mis en pièces par les hommes qui firent ensuite bouillir son corps , mais que Gérés ayant recueilli ses membres le rendit à la vie. On retrouve ici la fable du corps d'Osiris coupé en morceaux par Typhon et recueilli par Isis.

Bacchus portait à la guerre une peau de panthère, mais quand il se montrait avec la pompe «royale, il s'habillait de fines étoffes de couleurs variées et se coiffait d'une mitre, d'où lui vient le surnom de Mitrophore, Gette coiffure n'est autre que le Pschent qu'on voit au front des Pharaons d'Egypte et qui indique la souveraineté des deux régions.

« Ge dieu, dit Diodore, ayant construit une ville et un tempie en l'honneur dé son père Âmmon, y institua des sacrifices, et y plaça une statue ayant une tête de bélier, parce que ce roi portait un casque orné de deux cornes recourbées lorsqu'il allait à la guerre. Son fils, à son exemple, ajouta cet accessoire à son casque. Quelques-uns, dit le consciencieux chroniqueur, ont prétendu qu'Ammon avait naturellement ces cornes sur la tête, et que son fils Bacchus lui ressemblait en

1 Wilkins., ch. XHI, t. 1, 1'* série. Diod., |. 111, 36.

cela. M LessiDg ^ a remarqué que les cornes des images de Bacchus ne sont pas naturelles comme celles des faunes et des satyres, mais que ce dût être un ornement que le dieu pouvait prendre et quitter. Ovide est du même avis :

CuiD siDC comibus adstal Virginenm caput est 3.

Cet emblème devint par la suite le signe de la puissance chez les peuples anciens. Les cornes du taureau se détachent comme deux anses de chaque côté du Pschent des Pharaons ; trois paires de cornes superposées, symbole de la royauté des trois mondes, ceignent la tiare des taureaux à tête humaine de Ninive. On s* en servait aussi pour les libations dans les sacrifices, et les grands prêtres d'Assyrie, de Phénicie et de Judée portaient sur le front deux cornes de bœuf, qui plus tard furent remplacées par une mitre oii étaient imités soit le croissant de la lune, soit le front encorné du taureau.

Bacchus est fréquemment appelé Taureau par les poètes grecs ; Orphée le nomme Taurometopos , Euripide Taurokeros '. Plutarque a conservé l'hymne que chantaient les femmes d'Élée en l'honneur de Bacchus : « Viens Bacchus, viens dans ton temple accompagné des Charités; viens dans ton temple au bord de la mer, ô Taureau! ô noble Taureau^! »

Dans rÉcrilure, Jehovah est souvent désigné par le mot abUVy qui signifie, suivant Bochart, puissant et Taureau. Dans le zend Avesta, le soleil est nommé Taureau pur et lumineux : « J'adresse ma prière au Taureau d'où sont sortis les êtres qui peuplent la terre *. »

> Laocoon., 1. VUI. — ' Metam., 1. IV, v. 18, — > Orph. Hymn., 44. Eurip. Bacch., v. 100. — * Plat. QiMSSt, grcec,, c. 36. — 5 Avesta | Aoquetil, t. I,p. 3, 171, 86» 87,

Osiris ne porte pas toujours la mitre dans les peintures d'É* gypte, et parfois un cercle de métal imitant un serpent serre sa tête. Le serpent, attribut de la famille d*Oph, devint également un signe de souveraineté : « Bacchus, dit Euripide, avait en naissant une couronne de serpents sur la tête *. »

Gomme Bacchus, Osiris est représenté sur les murs de Thèbes vêtu d'une peau de tigre. A Medinet-Abou, c'est le grand-prêtre qui porte ce costume réservé aux personnages importants ; il est précédé par des hiéraphores battant du tambourin et portant des thyrses, absolument comme aux cérémonies de Bacchus.

Baccbus était depuis longtemps dépouillé de son caractère historique lorsque les Hellènes le placèrent dans leur Panthéon et en firent le dieu du vin. Cependant ils ne tardèrent point à reconnaître, à l'identité des rites, que ce dieu était le même que celui des mystères cabiriques et des Pamylies égyptiennes, dont les mystères de Samothrace et d'Eleusis étaient la reproduction.

Les Grecs se perdaient dans la foule des Bacchus que chaque peuple revendiquait, non-seulement par vanité, mais encore parce que réellement chacun d'eux retrouvait le souvenir de ce dieu mêlé aux origines de sa race. Le plus célèbre Bacchus fut le Thébain ; la tradition disait que le dieu partit de Thèbes pour conquérir l'Asie. Il n'en fallut pas davantage pour que Thèbes de Béotie s'attribuât l'honneur de l'avoir produit, et toute une série de fables fut inventée pour justifier cette prétention.

Il y eut un Bacchus Zagrée, sans doute du montZagros d'Arménie, d'où le culte fut porté en Grèce ; puis un Bacchus Ca-

1 Earip. Bacch., y. 106,

bire, un Bacchus lacchus, un Bacchus fils de Sémélé, bien posténeur à celui des mystères, ainsi que le prouvent Euripide, Aristophane, Macrobe, Cicéron. Au surplus le titre de lacchus ou à'ab'àk^chtis dût être attribué pins d'une fois aux souverains des tribus couschites d'Asie, qui, ainsi que le fait observer Joseph au début de son histoire des Juifs, conservèrent fort tard cette dénomination ethnique de Chus on Cûs, si fréquente dans la Genèse et les Prophètes.

Les auteurs anciens d'un esprit judicieux et versé dans la connaissance des vieilles traditions, ceux qui n'ont pas, comaie Hérodote, écrit sous l'empire de scrupules religieux, n'hésitent pas à considérer Sésostris comme un roi imaginaire. Strabon affirme qu'il n'y eût pas de roi de ce nom qui pénétra dans l'Inde *, et il ajoute, ce qui est décisif, qu'il faut attribuer à Hercule et à Bacchus (c'est-à-dire Osiris) tout ce qui a été dit de l'expédition de Sésostris dans l'Inde ^. Nous ne voulons pas d'autre conclusion.

Un poète épique, savant archéologue plus que poète inspiré, Apollonius de Rhodes, fait mention de la colonie de la Colchide fondée par un roi d'Egypte dans le plus lointain des âges, mais il s'abstient de le nommer. Le nom de Sésostris ne pouvait cependant manquer d'être connu d'Apollonius, qui naquit à Alexandrie environ 276 ans avant notre ère. On peut donc être assuré que si, dans le passage que nous citons, il ne nomme point Osiris, c'est que sa qualité d'Égyptien de la tribu

» Sirab., I. XV, p. 1007. — * Robertson , Rech. sur VInde anc., p. 517.

Ptûlémaîde lui impose la même réserve qu'à Hérodote, et s' 1 ne nomme point Sésostris, c'est qu'il se refuse à enregistrer une erreur :

« Tous les astres, dit-il, qui décrivent leur orbite dans les deux n'existaient point encore ; les descendants sacrés de Danaûs étaient inconnus ; l'illustre postérité de Deucalion ne régnait point dans la terre des Pelages et de tous les peuples grecs, il n'existait encore que les Arcadiens , les Arcadiens qui se vantent d'être plus anciens que la lune et qui se nourrissaient de glands dans le fond des montagnes.

» Pourtant alors une contrée fertile, l'Egypte, mère des premiers humains, était déjà illustre, ainsi que le fleuve majestueux qui l'arrose et dont les eaux fécondent des campagnes où il ne pleut jamais. De cette contrée sortit un guerrier fameux qui, plein de confiance dans la multitude et le courage de ses soldats, fonda en tous lieux un grand nombre de villes dont plusieurs ne subsistent plus, et d'autres sont encore florissantes après un si grand nombre de siècles ; l'une est la ville à'Msi en Colchide. Ses habitants, issus des guerriers qui y furent établis par le héros égyptien , y existent encore et conservent des tables gravées que leur ont transmises leurs ancêtres, et où sont tracés les bornes de la terre et de la mer, les routes et les chemins, de manière à servir de guide à tous les voyageurs. >;

Eustathe, dans son commentaire sur Denys le géographe, confirme ce dernier fait ; il dit que Sésostris l'égyptien, ayant parcouru nne grande partie du globe, inscrivit son voyage sur des tables, ouvrage admirable, et qu'il en fit don aux Égyptiens et aux Scythes^. Ces tables géographiques devaient res-

1 Argonautiœn, 1. IV, v. 260, — ' Eusth. ad Dion. PeriégéLf v. 1158.

sembler beaueoup à ces tableaux de l'empire égypti^D qu'on appelle des zodiaques. S'il en est ainsi, leur antiquité serait énorme et le remarquable perfectionnement des arts à l'époque de la XIP dynastie ne rend ce fait nullement improbable.

On remarquera qu'Apollonius attribue à son héros égyptien la fondation d'un grand nombre de cités et que c'est justement l'un des traits distinctifs d'Osiris qui fit bâtir en Asie dix villes du nom de Nysa, dont on a retrouvé deux ou trois dans le Caboul et sur l'Oxus. On peut donc induire du passage d'Apollonius que c'est bien Osiris qu'il a eu en vue, et que c'est à lui par conséquent qu'on doit attribuer l'établissement d'une colonie égyptienne dans le Caucase où son nom a été si miraculeusement conservé par la tradition populaire.

Eustathe remarque aussi que ce ne fut pas Bacchus fils de Sémélé qui combattit les Indiens, ni celui que les Athéniens adoraient comme fils de Jupiter et de Proserpine, mais un autre Bacchus dont l'origine était inconnue. « Quel est ce Bacchus, demande à son tour Arrien * ? Quand a-t-il porté la guerre dans l'Inde ? Yenait-il de Thrace ou du Tmole ? obligé de traverser les nations les plus belliqueuses, alors inconnues aux Grecs, comment n'a-t-il soumis que les Indiens ?

On peut aujourd'hui répondre à la question d' Arrien. Il n'a pas fallu moins de tous les matériaux accumulés parles peuples civilisés depuis leur naissance, et de la conquête tardive de la liberté dans les travaux de l'esprit pour arriver à cette solution. L'exact et sage historien des conquêtes d'Alexandre aurait peine cependant a reconnaître le dieu des orgies inventé par la Grèce sensuelle, dans l'imposante figure qui nous apparaît aujourd'hui au bord du Nil , voilée du double mystère

1 Arrien, exp.d*Aîex,, 1. V, ch. i, p. 195. Rolle, du Culte de BacchiAS^ passion.

d'une aitîquUé sans date et d'une civilisation morte. Ce son- Yerain de Thumanité sauvage, qui embrassa sous sa loi le plus vaste empire qui ait jamais existé , transformé en dieu des buveurs, a subi une singulière déchéance , et pourtant cela vaut encore mieux que Toubli.

Qu'on se représente, à Fépoque où il parut , le monde sans villes et sans culture; Tlnde n'était qu'une jungle immense infestée de tigres et de serpents , les forêts et les marécages couvraient l'Europe, l'espèce humaine, éparpillée par groupes de quelques familles, habitait les cavernes péle-méle avec les bétes fauves ou se creusait des trous dans la terre. Les peuplades, sans cesse en guerre, se dévoraient entre elles , tandis que la civilisation née depuis un millier d'années, fleurissait isolée aux bord du Nil. Mais tout dans l'ordre moral, comme dans l'univers matériel, doit avoir sa période d'expansion et de rayonnement. Pour répandre au loin les germes accumulés de cette civilisation, il fallait un guerrier aventureux, un chef initiateur. Alors surgit le génie providentiel dont nous essayons de restituer la mémoire ; l'inspiration lui vint de parcourir le monde et d'y répandre les découvertes et les institutions dues à l'esprit inventif du peuple égyptien.

Cette œuvre, il la réalisa en neuf ans, et c'est à ce grand événement que commence, à vrai dire, l'histoire de l'humanité. Dans l'Asie centrale , à la Bactriane, dans l'Inde, sur l'Euphrate, au Caboul, au Caucase, s'implantèrent à la fois une même langue ou du moins des dialectes analogues, une '^ même organisation politique modelée sur la marche des cieux, une même religion, celle des astres qui se confondait avec le culte des ancêtres, une même industrie déjà divisée en arts et en métiers nombreux. De ces divers foyers partirent ensuite de nouvelles migrations qui, aux extrémités de l'Orient, au ^

Thibet, à la Chine, à Ceyian, dans la Sibérie, puis en Europe, dans la Grèce, l'Italie, la Celtique, la Germanie, Tlbérie, dans Albion et THibernie, jusque chez les Lapons, répandirent ce langage, cet ordre politique, cette religion , ces industries et ces sciences.

Les vestiges de cette civilisation uniforme et antérieure aux civilisations particulières, apparaissent comme des débris fossiles dans les premières couches de toutes les sociétés de l'ancien monde. Dès le siècle dernier, ils excitaient la curiosité des savants, mal servis il est vrai, par des documents insuffisants. Quelques-uns, tels que Huet, Bailly, de Guignes, Yaissière la Croze, William Jones, n'hésitaient pas à signaler l'Egypte comme la fondatrice des sociétés en Perse, dans l'Inde, à la Chine. D'autres cependant plaçaient le berceau de la civilisation dans le Nord ou en Chaldée, plus tard ce fut dans l'Inde et l'on incline maintenant à le voir dans la Bactriane. Tous ont raison, car elle éclata à la fois avec plus ou moins de perfectionnement, sur plusieurs points du vaste eoipire asiatique fondé par Séosiris, et des débris duquel se formèrent, quelques siècles après, les empires deBalkh, de Ninive, de Babel, de Canya-Cubha dans l'Inde, de Colchos, de Sidon, auxquels succédèrent ensuite Jérusalem, les villes puissantes de l'Asie mineure, Rome, l'Hellénie et tant d'autres États devenus aussi distincts, par leur développement individuel, que le sont entre eux les divers organismes qu'on ^ trouve dans les couches tertiaires du globe.

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