OSIRIS
Les graves difficultés qui s'opposent à ce qu'on puisse identifier le Sésostris des Grecs avec le Rhamessès de la XIX" dynastie, n'ont pas échappé à la sagacité du savant anglais Wilkiuson , car, amené à se prononcer sur l'époque de l'existence de Sésostris, il reconnaît l'insuffisance des efforts tentés pour percer le mystère qui enveloppe ce grand nom ; il rappelle que Manéthon le range dans la XIP dynastie, que suivant Diodore et Hérodote, il précéda les Pharaons qui construisirent les pyramides et il conclut de la manière suivante ^ : « Je présume, dit-il, que Sésostris fut un ancien roi
t Diod. Sic, Uv. I, sect. «. — « wilkinsoji, 1. 1, p. 64, V série.
fameux par ses exploits et le héros de la primitive Egypte ; mais Rhamessès ayant surpassé sa gloire et étant devenu à son tour le héros de son temps et de son pays , la célébrité de Tancien monarque passa avec son nom à celui d*un âge plus récent. Il est à remarquer en effet que quand Germanicus visita rÉgypte, les Thébains ne lui parlèrent pas de Sésostris et lui citèrent Rhamessès comme le plus illustre de leurs rois c(mquérants. »
Germanicus s'étant trouvé en présence d'un obélisque chargé d'hiéroglyphes , demanda aux prêtres qui raccompagnaient ce que signifiaient ces signes, et ils lui traduisirent ces inscriptions oii étaient racontées les conquêtes du Pharaon Rhamessès qui soumit la Libye, l'Ethiopie, la Médie, la Perse et laBactriane*.
On a conclu de ce fait que Rhamessès devait être le Sésostris des Grecs. D'autres Pharaons cependant, tels que Osortasen et Thotmès, avaient fait avant lui de grandes expéditions en Asie, et on pourrait, au même titre, les assimiler au souverain dont parlent Hérodote et Diodore. En second lieu, on ne voit pas pour quelle raison les prêtres de Thèbes n'auraient pas prononcé ce nom de Sésostris qui devait être plus connu du prince romain que celui de Rhamessès, dont les historiens grecs ne font point mention.
On comprendrait cependant que les prêtres égyptiens se fussent abstenus de parler de Sésostris, si, sous cette appellation dénaturée par la prononciation grecque, se cachait quelque mystère religieux important; s'il eût fallu déclarer, par exemple, que Sésostris et Osiris n'étaient qu'un seul et même personnage, et que le dieu protecteur de l'Egypte n'était rien de
' Tacit. annal., iiv. il, 772.
plus qu'un grand homme. Ces dépositaires de Tantique sagesse avaient trop de prudence pour commettre une telle indiscrétion qui eût porté une atteinte irrémédiable au crédit des dieux anciens, déjà fort ébranlé à Tépoque dont nous parlons parles progrès de la philosophie.
Diodore nous apprend qu*Horus et Isis mirent Osiris au rang des dieux aussitôt qu'il fut mort. Des rites, des sacrifices furent institués en son honneur et la popularité du nouveau culte se répandit dans toute la partie du monde alors soumise ii la domination deTÉgypte. Pendant longtemps, sans doute, la mémoire des bienfaits et de la gloire du souverain se mêla au culte qu'on lui rendait, mais ce qu'il y avait de réel dans ce souvenir s'affaiblit par degrés, et sous l'influence des interprètes sacrés de Thèbes et de Memphis, le culte subit une seconde phase : Osiris cessa d'être un roi divinisé et devint un dieu incarné pour le bonheur des hommes. Puis au bout de deux mille ans, l'idée religieuse avait fait tant de chemin que les collèges sacerdotaux niaient qu'Osiris eût jamais vécu ; c'est ce qu'ils répétèrent à Selon, à Hécatée, à Plutarque et à tous les voyageurs instruits qui les visitèrent, en insistant sur le caractère purement abstrait et divin du suprême Dieu de TÉgypte.
En cela on ne peut nier que le sacerdoce égyptien se soit montré plus habile que celui de la Grèce, dont le paganisme irréfléchi continua d'attribuer à ses héros divinisés une foule d'actions beaucoup trop humaines, qui de bonne heure ruiné* rent par le mépris la foi des peuples.
Cependant comme il était impossible de supprimer le souvenir des grands services du monarque civilisateur sans diminuer la gloire de l'Egypte, les prêtres prirent le parti de reporter sur un nom imaginaire les exploits et les conquêtes
du roi Osiris, et par un léger changement dans l'orthographe du nom auquel les aida sans doute Thabitude commune aux Hellènes de modifier à leur guise les noms étrangers, ils remplirent par Sésostris la lacune qu'avait laissée dans la XIP dynastie l'apothéose d'Osiris.
Les Égyptiens se défiaient de la langue légère des Grecs, et quand Hérodote vint interroger les prêtres de Thèbes sur les actions du roi Sésostris, ceux-ci lui racontèrent la conquête de la Thrace et la colonisation de la Colchide et du Palus- Méotis qu'avaient accomplies Osiris, mais s'ils lui révélèrent ce nom qui était devenu un mystère redoutable, ce dût être sous la foi du serment qu'on exigeait des initiés. En effet, dans plusieurs endroits de son histoire, Hérodote s'excuse de ne pouvoir prononcer le nom d'Osiris. « A Sais, dit-il, les Égyptiens se réunissent à un jour fixe pour célébrer les funérailles d'un certain dieu que je ne nommerai pas. * »
Or, Hérodote fut l'oracle de l'antiquité savante ; tous ceux qui ont écrit après lui n'ont guère fait que le répéter, et nous autres modernes qui ne le comprenons pas toujours, nous ne croyons savoir que ce qu'il nous a appris.
Le njom de Sésostris n'est en réalité que celui d'Osiris corrompu par la prononciation grecque. La syllabe préfixe se qu'on trouve en tête de la majeure partie des noms pharaoniques, est ce même terme honorifique qui subsiste encore dans Sire, séir, sê-hor dont nous avons fait senor, seigneur. Cette qualification fut retranchée quand le monarque passa après sa mort à l'état de divinité. C'est donc sé-Osiris qu'il faut dire et la transition de Séosris à Sésostris, en passant d'une langue dans l'autre, n'a rien de forcé. Le terme Séosirî est
^Liyrell, 86, 132.
employé assez souvent dans les inscriptions comme surnom des Pharaons, mais si on Teutle retrouver dans sa pureté originelle, c'est au fond des montagnes du Caucase qu'il faut l'aller chercher. On ne s'étonnera point que la mémoire du roi ^Syptien s'y soit conservée, puisque toutes les traditions s'accordent pour affirmer qu'il fonda une colonie dans la Colchîde, où il s'arrêta dans le cours de sa grande expédîtîoB.
.I^eu de voyageurs ont exploré avec fruit ce curieux pays d '^ Caucase, berceau de la race asiatique-européenne. Cepend^nt, outre le consciencieux Pallas, MM. Klaproth, Dubois de **^ï^ tpéreux, Bell, Taitbout deMarigny, le comte Potocki ont "^^ïi né des descriptions et des renseignements qui jettent le JOuï* ig plus intéressant sur les coutumes des Circassiens, ^éoTgîens, Soanes, Ossètes, Mingréliens et autres peuples desc3ants des tribus belliqueuses sur lesquelles régnait Eélès, de Médée et roi de Colchide au temps des Argonautes. IMalgré les nombreuses irruptions des peuples de la haute i ^ qui ont tour à tour occupé le Caucase, il y est resté une ^^"^^ <he immobile de traditions et d'usages qui remontent évi- ^^^^^nment à des temps très-reculés. Parmi ces usages que les ntagnards pratiquent par habitude et dont ils ne peuvent iliquer l'origine, il faut placer la fête d'un dieu qu'ils n'ont prunté à aucune religion connue, hébraïque, persane, grec- ^^^^ou latine, et qui n'appartient ni à l'islamisme ni auxléles chrétiennes. Suivant ce que les Circassiens racontèrent :x voyageurs qui les visitèrent à différentes époques ', ce ^i^u fut jadis un grand voyageur qui commandait aux vents aux eaux. On le figure par le tronc d'un jeune poirier
> BeU, Voy. au Caucase, t. ï, p. 248. — ' Dub. de Montpéreax, 1. 1, t^- i37.
ébranché sur lequel ou plante des cierges, et qu'on promène un certain jour de l'année. Chaque famille le fête par des danses et par de copieuses libations versées sur une hacbe et une charrue. Les voyageurs que nous citons s'accordent tous pour donner à ce dieu le nom de Séosérès.
Séosérès ou SéosiriSy car on ne peut se méprendre sur la complète identité de ces deux appellations, est donc le véritable nom du roi voyageur qui poussa ses conquêtes de l'Inde à la mer Noire, et dont le souvenir est demeuré un objet de vénération chez les peuples Caucasiens, aux ancêtres desquels il enseigna l'art de fabriquer des outils de fer et de cultiver la terre, ce qu'indiquent la hacbe, la charrue et le poirier. L'état sauvage où se trouvaient alors ces Scythes primitifs est révélé par la naïveté de l'image sous laquelle ils représentaient Séosérès : un arbre à peine dégrossi illuminé de cires flambantes pour figurer le Roi-Soleil. Ce culte, fidèlement conservé sous sa forme primitive, remonterait donc au temps oii les Asiatiques ne savaient pas encore sculpter leurs idoles.
Il n'y a rien au surplus d'étonnant à ce que les mœurs patriarcales des Circassiens, qui n'ont guère plus changé que celles des Arabes depuis le temps d' Abraham, aient conservé une tradition aussi reculée. Les souvenirs des anciens âges ne se gardent intacts que parmi les peuples montagnards et pasteurs qui vivent dans l'immobilité intellectuelle , se bornant, comme ils disent, à marcher dans le sentier où ont marché leurs pères. C'est parmi eux que se font les découvertes archéologiques et philologiques les plus précieuses , tandis que les inconstants civilisés avec leurs perfectionnements incessants effacent bien vite les moindres vestiges du passé.
On s'explique maintenant pourquoi les rites d'Osiris étaient entourés d'un secret inviolable. De l'aveu unanime des auteurs
anciens, ii était formellenàent interdit aux initiés des mystères d'Osiris à Memphis et de Bacchus à Eleusis, qui étatent les mêmes, de jamais révéler <3e qu'ils savaient et surtout de prononcer le nom d'Osiris : « A Memphis, dit Plutarque, ce mystère s'attachait surtout à la manière dont on prétendait que le dieu s'était manifesté sous la forme humaine , et ce secret û'était confié qu'aux initiés de l'ordre le plus élevé *. »
Encore au temps de ce philosophe, les prêtres égyptiens ne parlaient qu'avec une grande réserve d'Osiris, même dans ses fonctions bien connues de divinité des morts. Le grave histol'î^n nous a fidèlement transmis, augmenté des interprétations de son génie subtil, le symbolisme abstrait dont l'Egypte avait progressivement enveloppé le mythe d'Osiris^. Et cependant, P^^ une de ces contradictions dont abondent les traditions sur iesq^^elles on a cherché à jeter un voile, les rites funéraires et Visages conservés par un respect traditionnel attestent irréiblement la mortalité du dieu.
Si vous croyez vos dieux des dieux, disait aux Égyptiens lOphanesle Colophonien, pourquoi les pleurez-vous? S'ils
"■ Plut, de Iside. % 43, 79, 1^.
Voici qnelqaes-unes des interprétations qui n*ont pas peu contribué ^^embrouiller l'énigme de TÉgypte : — Osiris symbolise Tinondation ^ Nil. — Isis est la partie fertilisée par le fleuve. — Horus, leur fils, ^^vésente les vapeurs qui se résolvent en pluie. — Buto ou Latone ^^nifieles marécages de la Basse- Egypte qui nourrissent ces vapeurs. — ^^phthys est le bord du désert que baignent parfois les inondations. — ^^ubis, fils d'Osiris et de Nephthys, est le produit de ce sol aride fécondé ^r le Nil. — Typhon est la mer qui engloutit le Nil. — Les 28 ans de la vie d'Osiris sont les 28 coudées maximum de l'élévation des eaux à Éléphantine. — La reine d'Ethiopie Aso, qui conspire avec Typhon, est l'emblème des vents du sud qui arrêtent les nuages sur l'Egypte, etc., etc* — Origèn. Y, in Celsum, p. 65. Heliod. lib. IX. Ciem. Homél., Yl, 9.
méritent par leur mort d'être pleures, pourquoi en faites-vous des dieux * ? »
L'anniversaire des funérailles d'Osiris était /en Egypte, Tune des cérémonies les plus importantes du culte. Tous les ans on promenait, au milieu des lamentations universelles, le Baris ou navire sacré d*Isis, celuimême peut-être que Sésostris consacra au soleil en mémoire de l'expédition maritime qu'il tenta le premier sur la mer Rouge.
A Bousiris, ainsi nommée, disait-on, parce qu'Osiris y avail été enseveli , on célébrait une fête funèbre , et le cercuei' du dieu était promené dans toutes les villes en procession On exposait un taureau couvert d'une toile noife très-fin au milieu de signes d'affliction générale destinés à représe ter la douleur d'Isis ; la cérémonie durait quatre jours à partÊr :
du 17 du mois d'Athor, et s'appelait la perte d'Osiris. Le 1
du mois Pachon, une autre fête se célébrait en Thonneiizz i
d'Osiris retrouvé ^.
Athénagore assure que non-seulement on montrait la toml — H d'Osiris, mais même son corps embaumé. Ce dieu est en en~ — ^i fréquemment représenté dans les peintures sous l'apparen d'une momie. C'est ainsi qu'on le voit, à Thèbes, adoré p un Ptolémée couché à plat ventre devant lui. Les Égyptie avaient pour coutume, après leur repas, d'introduire dans salle une momie d'Osiris en bois, de trois à quatre pieds haut *. « Les plus beaux modèles de momies, dit Hérodot. sont ceux de celui dont je me fais scrupule de dire le nom. il répète encore ailleurs qu'on montrait à Sais le tombeau cl celui dont il ne lui est pas permis de redire le nom *. Gepei^'
» Plnur. delsid. § 7«. — « Plut. Isid. § 36, 39. — 3 WilkinsoD, ch xm, t I, 2« série. — * Hérod., liv. Il, 86, 170.
^^ot on croyait généralement qu'Osiris était enseveli dans le
?'*^Tid temple de l'île de Philœ, oii 360 coupes, rangées dans
^ ^xiceinte, étaient chaque jour remplies de lait. 11 était sévè-
'^^■^ent défendu d'entrer sans permission dans l'île, et le ser-
'^ ^nt qu'on prononçait par le tombeau d'Osiris des roches de
^*^^ ilœ était réputé inviolable.
Dans son caractère de dieu, Osiris était le juge des morts
le président de l'Amenli. Son culte, de même que celui
is, était universel, sur les bords du Nil, et on les adorait
fflme les plus grands des dieux de l'Egypte. Les peintures
s monuments représentent fréquemment Osiris assis entre
3s et Nephthys sur un trône porté par un lotus sortant des
ux, assisté des quatre génies funèbres qui gouvernent les
ions inférieures ; le dieu écoute le rapport de Thoth sur
^■^^ actions d'un mort qui comparaît devant lui amené par
orus.
Ce mythe repose évidemment sur une réminiscence, histoique, et il est aisé d'y voir le Pharaon divinisé par la piété eson peuple, continuant après la mort l'office de grand jusicier qu'il avait rempli avec intégrité de son vivant. Diodore déclare d'ailleurs positivement que les Égyptiens ieurent des dieux terre.v res et humains qui, par leur sagesse <t leurs bienfaits, obtiutent l'immortalité. On peut donc admettre, en toute vraiseniulance, qu'il y eut un Osiris, dieu bienfaisant de l'Egypte, W régulateur suprême du monde, le président de l'Occident, le seigneur d'Abydos, la divinité myrionyme adorée sous dix mille noms ; et un Osiris humain qui régna sur l'Egypte et fut le fondateur de la civilisation dans le monde ancien. Diodore, qui visita l'Egypte au temps de Jules César, à une époque oii l'autorité des anciens mystères s'était considérablement aflFaiblie, recueillit par lui-
même et par d'autres voyageurs, les détails de la vie d'Osiris . Voici le récit qu'il en donne :
« Osiris naquit à Nysa, ville de l'Arabie, située au bord du Nil, d*oii il tira son nom de Dionysos. Ayant épousé Isis et succédé au trône de son père, il éleva un grand nombre de temples aux dieux et un plus petit à son père Ammon. Il régla la religion, institua des prêtres pour son maintien et protégea les arts el les inventions utiles. Ayant trouvé le secret de cultiver la vigne, il fut le premier qui en tira le vin, et il apprit aux hommes la manière de l'obtenir. Il combla d'honneurs Hermès dont le génie inventif établit les principes:^ de l'astronomie et imagina la lyre à trois cordes.
N Osiris aimait aussi la gloire, et il assembla une grand^^ armée dans le dessein de parcourir toute la terre pour y répan dre l'usage du blé et du vin. Ayant fait le serment de ne s» point couper les cheveux qu'il ne fût revenu dans son pay il partit accompagné de deux de ses fils, Anubis et Maked et de Pan, dont la ville de Chemmis a conservé le nom ", prit d'abord son chemin par l'Ethiopie. Il n'eut pas besoin s'occuper beaucoup d'exercices militaires ni d'éviter les p rils, car on le recevait partout comme un dieu qui apporta avec lui l'abondance et la prospérité. Ayant fait fleurir l'a culture en Ethiopie et bâti plusieurs villes considérables, y laissa des officiers pour gouverner cette province et y lev les impôts.
» Osiris fit border le Nil de puissantes digues pour régi le cours du fleuve, puis il parcourut l'Arabie le long de mer Rouge, continua sa route jusqu'aux Indes et atteignit le extrémités de la terre. Il éleva de grandes villes dans l'Inde^
1 Chemmis, de Chemif Cham Egypte, fut appelée par les Grecs Paaopolis.
entre autres Nysa, à laquelle il donna ce nom en mémoire de
la ville où il était né. C*est là qu'il planta le lierre qui ne
erott encore qu'aux environs de cette ville *. Il se donna le
plaisir de chasser les éléphants, puis il fit aussi dresser des
colonnes pour conserver le souvenir des grandes choses qu'il
avait faites, et laissa diverses marques bienfaisantes de son
passage dans ces contrées. Aussi les Indiens, qui le regardent
comme un dieu, prétendent qu'il est originaire de leur pays.
» De là, Osiris visita les autres nations de l'Asie. L'on dit
naénae qu'il traversa rHellespont et qu'il aborda en Europe,
^^ il tua un roi de Thrace qui s'opposa à son passage. Il donna
les lÈtMs de ce roi barbare à son compagnon Maron, et laissa
^^ïi fils Makedo dans la province qui fut depuis nommée
^^Ciédoine. Il chargea aussi Triptolème de cultiver le terri-
*oîï-^ Je l'Attique. Ayant rencontré des peuples dont le pays
^ ^t^it pas propre à la vigne, il leur enseigna l'usage d'une
"^isson faite avec de l'orge (zythum), qui, pour la saveur et
^ ^orce, diffère peu du vin ^. C'est ainsi qu'Osiris laissa par-
^^'^^t sur sa route les fruits de sa sagesse et de sa bonté. De
''^t.cur en Egypte, il fit part à son peuple d'une infinité de
^*^oses curieuses et utiles qu'il rapportait de ses longs voyages
^'- mérita le titre de dieu et le culte qu'on rend aux divinités.
^^^rsqu'il eut passé de la terre au ciel, Isis et Hermès lui firent
^^s sacrifices et instituèrent en son honneur des cérémonies
^^térieuses dont la connaissance n'appartenait qu'aux ini-
» Bien que les prêtres se fussent efforcés de tenir cachée la "^ort d'Osiris, elle fut enfin connue, et le bruit se répandit
* Nyssa dans le Caboul, près d*iï(5rat. Voy. Quinte Curce, Arrien, etc. ^ Diod., liv. I, S i. Coiûmell. De cuit, hortorum.
qu'il avait été tué par son frère Typhon, homme violent et injuste qui voulait usurper le trône. Il coupa, dit-on, le corps de son frère en vingt-six parties, et en distribua les morceaux aux complices qui l'avaient secondé dans son .crime. Mais Isis, aidée de son fils Horus, entreprit de venger son époux, et ayant réussi à se saisir de Typhon, elle le fit mettre à mort, ainsi que ses complices. »
Diodore ajoute que les opinions sur le lieu de la sépulture d*Osiris sont très-partagées, parce que les prêtres, qui savent la vérité à ce sujet, ne veulent pas la répandre, de crainte de s'exposer. aux peines dont sont menacés ceux qui révèlent les secrets des dieux. Mais il cite une inscription en caractères sacrés qu'on voyait encore, assure l'historien, dans la ville de Nysa , sur deux colonnes consacrées, Tune à Isis Fautre à Osiris.
({ J'ai pour père le moins ancien de tous les dieux; je suis le fils aine de Saturne et père du Soleil. Je suis le roi Osiris qui, suivi d'une armée nombreuse, ai parcouru la terre entière depuis les sables inhabités de l'Inde jusqu'aux glaces de rOurse, et depuis l'Ister jusqu'aux rivages de l'Océan, j'ai porté partout mes découvertes et mes bienfaits. » Ce style trahit sans doute l'amplification d'un traducteur grec, mats on y sent percer aussi l'enflure propre aux inscriptions pharaoniques. Quoi qu'il en soit, il est certain qu'elle pourrait, sans y changer une syllabe, servir d'épitaphe au roi Sésostris.
Les analogies entre l'histoire et la légende sont tellement évidentes ici qu'il est presque superflu de les faire ressortir. Comme Sésostris, Osiris exécute de grands travaux de canalisation et d'endiguement dans la vallée du Nil. Tous deux
1 Plut, de Mc/e, §i5et21.
soumetteDt la Lybie et l'Ethiopie, qui, suivant Hérodote, ne fut subjuguée qu'une foi» par les Égyptiens. Tous deux traversent l'Arabie en longeant la mer Rouge (l'Arabie est ici la côte africaine) . Comme Sésostris, Osiris est en butte à son retour aux embûches de son frère qui cherche à le faire périr.
Sésostris est bien certainement le seul conquérant de l'antiquité qui ait pénétré dans l'Inde ; voici cependant qu'Osiris se trouve avoir accompli le même exploit extraordinaire. Tous deux bâtissent de grandes villes dans l'Inde. Est-il présumable, nous le demandons, qu'il y ait eu en Egypte deux rois qui aient mené à fin une pareille entreprise? Peut-il y avoir deux hommes qui, ayant touché à l'Océan Indien, soient revenus ensuite parcourir la Scythie, dresser leurs stèles victorieuses près du Danube, et déposer des colonies au bord de la mer Noire.
Au point de vue littéraire, l'œuvre de Diodore n'est sans doute qu'une assez médiocre compilation ; mais les documents auxquels il a puisé, les voyageurs qu'il a consulté ne nous sont pour la plupart connus que par lui ; d'aileurs sa naïveté même fait son mérite. Contes populaires, mythes -religieux, symbolisme des races, il a tout rassemblé dans un certain ordre qui n'est pas dénué de méthode ni même de philosophie. Bien qu il s'abstienne habituellement de toute réflexion, cette abnégation de sa personnalité est une garantie de fidélité qu'on ne rencontre pas dans des écrivains d'ailleurs supérieurs, tels que Plutarque, chez qui la subtilité du rhéteur nuit souvent à l'abondance des informations et à l'étendue du savoir.
Il résulte chez Diodore de cette absence de critique, qu'il reproduit parfois la même histoire recueillie à des sources différentes et sous des noms divers. Telle est, nous n'en doutons point, la double légende de Sésostris et d'Osiris qni, I. 10
sauf quelques variantes peu importantes, au fond se rapporte à un seul personnage.
Cette identité est confirmée par le contrôle même des monuments. Osiris, dit-on, construisit une ville à cent portes, Thèbes Hécatompyles, et y consacra un tempk à son père Ammon. Or, tous les égyptologues savent par cœur la fameuse inscription de Thèbes qu'on est convenu généralement d'attribuer à Sésostris : « Le Seigneur du monde, Soleil gardien de justice, approuvé par Phré, a fait exécuter cet édifice en rbonneur de son père Âmoun-Rha. »
Les Dieux étaient classés chez les Égyptiens par ordre chronologique, ce qui s'accorde assez mal avec l'idée que nous nous faisons de la divinité. Ptah passait pour le plus ancien ; après lui régnent Pan , Âri et Kai, et trois incarnations da soleil. Ensuite viennent les IIP et IV' dynasties divines, et Osiris n'apparatt qu'à la V% après 1089 ans écoulés sous les règnes des dieux précédents.
M. de Rougé, remarquant qu'Osiris était le dieu d'Abydos, ajoute que l'époque la plus florissante de cette ville paraît avoir été la XIP dynastie, et il en conclut que ce fut alors que le culte d'Osiris se répandit dans toute l'Egypte. Cela s'accorde parfaitement avec notre proposition, car on disait que Sésostris reçut les honneurs divins immédiatement après sa mort, et on compte encore après lui deux souverains de la XII® dynastie. Nous possédons au Louvre une stèle représentant un acte d'adoration adressé à Osiris et datée de Tan huit du roi Amenemhé II, lequel, suivant la liste de Manéthon, fut le troisième roi de la XIIP dynastie ^ Ce monument aurait donc plus de cinquante siècles d'antiquité et remonterait bien près de l'époque où fut institué le culte d'Osiris.
> Notice da Loavre, p. 411 et 37. '
On peut conclure de l'ensemble des témoignages qui précèdent, qu'Osiris, avant de passer à l'état, d'abord de dieu incarné, puis de divinité pure et ensuite de symbole abstrait de la puissance et de la justice, fût un grand roi qui régna sur rÉgypte, pendant la période la plus florissante du premier empire. C'est donc son nom, ce nom redoutable à'Osiris ou plutôt de Séosiris^ qu'il était défendu de prononcer sous les peines les; plus sévères, qui doit être substitué au nom purement de convention de Sésostris adopté jusqu'à ce jour d'après la tradition grecque ' .
I BaUiy cite nne observation astrooomiqae attribuée A Hermès, dont il n'indique pas, il est vrai, la source, et que nous ne meotionnonsici que pour appeler sur elle les vérifications des savants. Cette observation plaçait l*œil du Taureau^ Aldébaran, dans iS** 17' des Poissons, et Bailiy caleale que cette étoile dut se trouver dans cette position, 3,362 ans avant J.-C. Hermès fut, suivant Diodore, le ministre d'Osiris et le régent de TEgjpte durant son absence. Il divisa le ciel en deux, quatre, douze et irente-sii parties, ce qui répond exactement à la division de TÉgypte, d*abord en Haute et Basse, ensuite en quatre : Delta, Heptanomide, Maris elÉthiopie; puis à la seconde subdivision en douze tribus et en trente-six Domes exécutée par Sésostris. Le mot ciel désignait TÉgypte, comme il désigne aujourd'hui la Chine. Cet Hermès parait d'ailleurs avoir existé, ear Manéthon lui attribue la composition de 36,5S5 ouvrages de science, sans doute des papyrus, volumen.
Solvant les calculs de M. Lesueur, Sésostris monta sur le trône en 3,389 et régna 33 ans. L'observation du ministre d Osiris aurait donc eu lieu précisément è la 87* année de son règne. Chronol. des Rois d*Égypte,
Voici le calcul de BaUly : en 1750, l'œil du Taureau était dans 2', 6% 17'. 11 a donc avancé depuis Hermès de 71", ce qui, à raison d'un degré en 73 ans, fait 5,112 ans. Hist, de VAstron., p. 356. ln>4<^.