CHAPITRE IV
liES ËTHIOPIRIV».
Les forces militaires de TÉgypie se divisaient, selon les bistoriens grecs, dès le temps de Sésostris, en deux classes, les Calasiris elles Hermolybies. Les premiers, au nombre de â50,000, occupaient les nomes de Thèbes, Bubaste, Apluhis, Tanis, Mendës, Sebennytus, Âthribis, Pharbœtis, Thmui, Onuphis, Anysis, et l'île de Myecphoris. Les Hermotybies, au nombre de 160,000, résidaient à Bousiris, Sais, Chemmis, Papremis et Prosopitis. On n'aperçoit point la raison politique d'un tel partage. Il en fut sans doute de cette coutume comme du culte des animaux qui avaient servi d'enseignes aux tribus de l'expédition de Séosiris. Les Égyptiens considéraient comme sacrées les institutions qu'ils tenaient de leurs premiers rois, particulièrement d'Osiris, leur dieu
favori, et le caractère religieux dont elles (prent ainsi em- 1. 11
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preintes, leur assura une durée illimitée. Nous inclinous donc à croire que cette division des forces militaires de l'Egypte n'était que la tradition de celle effectuée par le monarque, lorsqu'il emmena une partie des guerriers de son empire et laissa l'autre à son ministre Hermès, chargé par lui du soin de gouverner et de défendre l'Egypte pendant son absence. Les troupes qui suivirent Séosiris prirent le nom de leur chef, Al-Osiri, et celles qui restèrent s'appelèrent du nom d'Hermès, Hermd'tobba.
Le costume et les armes des Égyptiens offrent très-peu de modifications dans les peintures des différentes époques. La peau du Nebriz ou daim d'Afrique y couvre les épaules d'Osiris, mais le dieu est souvent aussi habillé d'une robe de lin blanc croisée par devant. Les Calasiris portaient, comme leur roi, la tunique de lin ornée d'une frange et se couvraient d'un manteau d'étoffe; cependant, en campagne ils devaient faire bon marché de ce luxe, et, sauf les armes et la peau de béte qui leur servait habituellement d'insignes, les soldats de la XH^ dynastie n'étaient pas plus vêtus que les héros d'Homère.
Avant de partir pour la conquête de l'Asie, dit Diodore, Sesostris distribua à ceux qui devaient l'accompagner la meilleure partie des terres d'Egypte, afin, qu'étant assurés de la subsistance de leurs familles, ils le suivissent avec plus de confiance et moins de regrets; ce passage fait supposer que les <^ Égyptiens n'emmenèrent point avec eux leurs femmes. Mais,
de son côté, Nonnus affirme, dans les Dionysiaques, que tous les peuples d'Afrique et de Libye suivirent leur roi Bacchus dans son expédition des Indes. On peut en conclure que les nègres comptaient dans l'armée pour un nombre considérable. Cette armée étant de 600,000 hommes, accompagnés de
S7,0OO chariots, on peut supposer que le chiffre traditionnel de 250,000 Calasiris maintenu sans changement par la piété de la nation, représente le contingent militaire que les nomes égyptiens fournirent à l'expédition ; dès lors le surplus, c'està-dire environ 380,000 hommes, aurait été fourni par les peuples Libyens dont parle Nonnus. Nomades pour la plupart, ils furent suivis de leurs familles, ce qui explique cette quantité de chariots en un temps où l'on n'emportait guère de bagages.
Les portraits des dieux peints sur les monuments donnent l*îdée de ce que dût être cette armée à moitié sauvage, et ^^s hiéroglyphes nous retracent le costume et les coiffures symboliques qui distinguaient les chefs des principales tribus. ^n y voit Amoun le front ceint d'un bandeau rouge orné de âeux plumes droites et au-dessus plane le Cneph sacré, la tête de bélier entourée de la vipère insignes du nome de Thèbes. ï*tah a sur son front pour signe un scarabée d'or et son étendard porte le taureau avec un globe et un bouquet de plumes entre les cornes. Hobs et Hâk, dont la bannière est surmontée du globe solaire, sont vêtus de la peau du lion. Sabak, le chef 4'Offlbos, a la tête ceinte d'une mâchoire de crocodile pareille ^ la couronne des Francs Mérovingiens. Antéou est orné de ^'aigrette du héron; tous portent de larges anneaux aux oreilles, des colliers flottants, des bracelets d'or et des ceintures de cuir richement travaillées.
ï^s troupes étaient précédées par des bandes de musiciens J^^ant du sistre et des cymbales et sonnant du chnotm, espèce ^^ ^î^ompette circulaire dont parle Eustalhe et qui fut inventée P^ï* Osiris. Après les guerriers venaient, debout sur des cha- ^^ots, vêtues de blanc et couronnées de lierre, les Pallacides Prêtresses d'Amoun-Rha, choisies dans les plus anciennes
familles. Elles chantaient des hymnes en l'honneur du soleil et de la fécondité; dont le symbole taillé en pierre et d'une énorme proportion, était porté sur un pavois décoré de palmes par des hiéraphores couverts de peaux de tigre '.
A la suite des tribus de la famille solaire venaient les peuplades du Maris, les Zendj, les Abas^ dont les enseignes portaient une foule d'animaux, entre autres le chien, Tibis, l'hippopotame, le poisson, le scorpion. Les Lahâb, les iVoub, les plus célèbres des tribus africaines, se précipitaient autour de leur prince Anubis, coiffé d'une tête de chacal et dont le visage noir était doré. Ces hordes imitaient dans leurs cris et dans leurs gestes , les animaux qui les caractérisaient , formant un terrible concert de jappements, de hurlements, les uns traduisant dans leurs danses les gambader des singes, d'autres bondissant comme des chèvres et se ruant la tête en avant comme les boucs. Ceux-ci étaient les at-hôr ou satoufy que les Grecs ont appelés satyres et qui, suivant les mythologues, formèrent les troupes légères de l'armée de Bacchus. On racontait que des hommes nommés satyres et dont, le corps était couvert de poils, furent présentés à Osiris tandis qu'il traversait l'Ethiopie ; voyant qu'ils étaient experts à la danse et aux exercices du corps, il les retint à sa suite. Durant les haltes de l'armée ils égayaient le monarque par leurs jeux et leurs danses.
Ces satyres avaient pour vêtement des peaux déjeune mulet ou de bouc qu'on nommaitûan^n eitrage^. Ils portaient aussi des peaux de panthère, laissant traîner derrière eux les queues et les pieds pour mieux imiter les animaux dont la peau les couvrait. Il n'en fallut pas davantage pour que les Grecs en fis-
* Wilkinson, t. I, ch. m, 1" série. — * Ce terme, dérivé sans doale de l'arabe, signifie encore costame, vêtement en espagnol.
sentdes dieux cornus moilié homme tooitié chèvre, doués d'ailleurs des vices et des passions de l'espèce humaine ' . Il n'est pas douteux que les satouras aient existé réellement, car il existait une tribu fort ancienne, les Sethoura^ sœur des Afflalek, nation berbère. Slrabon nous apprend qu'une vieille dynastie de rois du nom de Satyrus régnait' encore sur le ' Bosphore Cimmérien, trois siècles environ avant l'ère chrétienne ^
Les Corybanies, Hor-ah-nnï^ compagnons de Bacchus, se
rangent paiement parmi les Africains de ia famille des
Antes du soleil. C'étaient, suivant les mythologues, des
koinmes d'une force extraordinaire, habiles à fondre les mé*-
teux et à fabriquer des armes. Un peuple des Ortho-Cory-
bantes est rangé par Hérodote dans la liste des Satrapies de
Darius, et Arrien et Ptolémée le placent au nord de TOxus.
^tiit position est confirmée par Strabon qui nous apprend que
'es Corybantes, prêtres armés de la déesse Rhéa, vinrent de
^ Colchide et de la Bactriane '. Les débris de cette tribu
/dispersés sans doute dans l'Asie comme le sont parmi nous
'^ Juifs, demeurèrent avec constance voués spécialement au
culte primitif d'Osiris, sous le nom de Dionysos ou Bacchus
^^ d.€ la grande déesse Rhéa, personnification du peuple du so-
'®'l. D'autres familles telles que les Satyres, Tityres, Mimal-
'O'ïfes, Nymphes, Naïdes, Kourètes, furent aussi des tribus con-
^cr'^es au culte de Bacchus ; elles entremêlaient aux rites des
FaraceUe el Pic de la Mirandole se sont erforcés de démontrer que ^f ^alyres étaient des êtres humains, mais différents do la race adaini^^^^ L'abbé d'Aubignac a écrit sur ce sujet un livre intitulé : Des Sa- <t/^««, 5rtt/C5 c( démonSj etc., 1677, I vol. in-S'». Le docte abbé pré- ^^^^ que ce sont des singes.
^ Caassin de Perceval, t. I, ch î. Str., 1. XI. Wilk., ch. xiv, p» 7, ^* ^^rie. Rolle, Culte de Bacchus, — 3 Strab., 1. X, p. 472.
danses militaires, dojit les plus fameuses étaienl la Cordace et la Sicinnis qu*on exécutait au bruit des tambours, en choquant les lances et les boucliers pour célébrer les victoires du dieu. La Pyrrhique représentait particulièrement les combats livrés par Bacchus aux Indiens '.
Les BacchaAtes (ab-ak-ant)^ ou satyres bacchants et leurs femmes se joignaient aux prêtres dans la célébration des mystères. Euripide rappelle leur origine dans les premiers vers d*une de ses tragédies : « 0 vous! dit Bacchus, qui renonçant au Tmole protecteur de la Lydie, formez maintenant ma cour, femmes que j'ai tirées des pays barbares pour me suivre et m'acconipagner partout, prenez en main les tambours qui servent aux rites phrygiens et que la vénérable Rhéa et moi nous avofts inventés*.
L'allure furieuse des Ménades était renommée dans l'antiquité. Le nom de men-at^ en dialecte dorien menad^ indique qu'elles furent consacrées d*abord au culte de la Lune. Elles se vouèrent ensuite k celui de Bacchus dont elles célébraient les rites en parcourant les campagnes le thyrse à la main ; ce thyrse* fut h l'origine une arme véritable, et Nonnus décrit avec éclat l'ardeur des Ménades se précipitant sur les Indiens et les frappant de leurs lances cachées sous les pampres.
On représente les Monades et les Bacchantes avec un nez aplati, un front bas, des pommettes saillantes qui accusent leur origine africaine. Elles dansaient sans cesse au son des crotales et des tambourins. Ce goût frénétique pour la danse est un des caractères de la race noire. La transformation en rites sacrés de ces actes d'un délire sauvage, et leur conservation au milieu des mœurs raffinées de la Grèce attestent le
» Athénée, 1. I, ch. xiv. Eastalh. lliad.. 11. — ^ Earipid. Bacch ^ V. 75.
respect profond de Tantiquité pour les moindres faits qui se rattachaient aux origines.
Ces femmes enrégimentées en troupes armées ne le cédaient aux hommes ni pour la force ni pour Tardeur. On peut se figurer d*aprës les poèmes qui racontent les conquêtes de fiacchus, ce que devaient être la licence et la marche désordonnée de ces hordes battant sans obstacles plaines et mont^agoes, recrutant sur la route les familles nomades et les troglodytes sortis en foule de leurs antres pour regarder passer c^tte marée humaine roulant vers TOrient.
Le Pharaon dut renoncer bien vite à la tâche impossible de 'régler les mouvements d'une telle multitude dont les rangs débandés couvraient de longs espaces, en se mêlant aux longues files des chariots, des chevaux, Aeè mulets et des dromadaires. Au surplus, il suffit pour se convaincre que nous n'inventons rien dans cette description , de se reporter aux récits, que nous ont laissé les anciens des fêtes Dionysiaques qu*on célébrait à Athènes et qui, comme on sait, représentaient, d'après la tradition fidèlement conservée d*âge en âge, la marche de l'armée de Bacchus.
On voyait à ces fêtes deux chars, Tun figurait la marche de Bacchus vers Tlnde , l'autre le montrait au retour. Les Faunes, les Satyres, les Pans ouvraient le cortège, puis venait la troupe des Bacchantes , des BassaHdes et des Ménades couronnées d'if et de lierre , agitant des thyrses enlacés de pampres , portant des congés et des urnes et entonnant le chant du pressoir qui se chantait, disait-on, à Athènes avant que les lettres fussent inventées. Des boucs, des chèvres et des panthères apprivoisées se mêlaient à cette foule que suivaient les ânes montés par les Silènes et des troupes de chameaux, d'éléphants et dç bubales attelés aux chars portant les enfants ;
les mulets tiraient d*autres chariots pleins de femmes. Éthiopiens menaient en laisse de grands dogues de Flnde, puis au son redoublé des cymbales et des tambours, des chœurs d*hommes et de femmes vêtus de peaux de faon et de pan* thëres dont la queue traînait dans la poussière , exécutaieitf leurs danses convulsives en poussant de frénétiques ehou^ jou, évohé !
L'Egypte célébrait de son côté la même cérémonie et pro* menait le bœuf Âpis en commémoration du voyage triomphal d'Osiris. Nous, Français du XIX* siècle, descendants d'une des colonies asiatiques du Pharaon, nous célébrons chaque année la même fête par la promenade du bœuf gras. Vénus et TAmour y représentent Isis et Tenfant Hôrus qu'on ajouta à la cérémonie égyptienne, lorsqu'elle eut été transportée en Asie '.
Les tribus de la race de la Lune sont difficiles à classer avec exactitude. Cependant nous avons cru reconnaître que les peuples de Mars et de Vénus étaient issus de cette grande famille, ainsi que lafamille de Thot (Mercure), qui comprenait les nombreuses tribus des pécheurs du Nil rangés sous la bannière du Poisson. La mythologie grecque a conservé le souvenir des principaux chefs des peuples de la Lune.
Diodore rapporte que Bacchus emmena dans son armée les Silènes qui étaient leâ plus nobles des habitants de Nysa dont le premier chef fut Silène {séléné, el-aruiy lune). Son origine est si ancienne, dit-il, qu'elles est restée inconnue. On lit dans
^ Rolle, du Culte de Bacchus^ t. I. Carnaval, Kam-Boal, le seigoeor à la corne. Le taureau, nous l'avons dit, était la personnificatiou de It puissance et de la royauté, parmi les nations asiatiques qui adoptèrent le symbolisme égyptien. Sur la stèle hiéroglyphique, donnée par M. Prisse à la bibliothèque impériale de Paris et qu'on date de 1300 avant J.-C, Horus est intitulé Taureau puissant, au cœur ferme.
Catulle que Bacchus alla à la recherche d'Ariana avec les Silènes nysigenœ; aussi toutes les villes du nom de Nysa ont prétendii à l'honneur d'avoir vu nattre les Silènes dont le cuite se répandit avec celui de Baccbus.
Dans un des hymnes attribués à Orphée, Silène est nommé Je véritable père nourricier de Bacchus : « 0 toi qui Tas élevé ch£i.ste initiateur! respectable conducteur du Thiase des pasleii rs M » Dans la guerre des Indes, Silène commandait l'aile dï"oî(e de l'armée de Bacchus et rendit au roi d'importants services par ses sages conseils et son éloquence. Comme beaucoup de grands hommes. Silène ne payait pas de mine; si la ^r^dîtîon est véridique, il était de petite taille, chauve et avait le nez camard. Avec ce masque socratique, il cheminait, assez m^l vêtu, sur un âne, comme font encore aujourd'hui beaucoup d'habitants du Caire.
Les Faunes ne sont point un peuple imaginaire inventé par 1^ caprice des poètes ; ce fut une tribu fort ancienne représentée dans l'année égyptienne par le mois Paiiin. Strabon constate leur existence dans le voisinage des Ortho-Coryban- '^s <ie la Bactriane,'car il nous apprend que les rois grecs de cett^ contrée soumirent les Syri et les Fauni ; il y avait, ^JOtA te-t-il, une province entre l'Arménie et la Médie, nom- *ïiée Phaunité, qui se révolta contre Antiochus^. Au surplus *Gs j>auni et les Pans ne font qu'un seul peuple. '
L.^ dieu Pan, qui commandait les Pans et les Égipans, fut ^D des héros de l'expédition ; suivant Diodore, il partit avec ^ï^ubis et Makedo. Nonnus et Pausanias racontent les exploits de Pan dans la campagne des Indes, oii il fut un des généraux d'Osiris. Ce personnage offre tant de rapports avec
^**ph.. Hymnes, 43, p. 15. - « Diod., I. f. Slrab., I. XVIII.
le dieu Hanouman, roi des singes qui aida le dieu Rama à prendre l'île de Ceylan , qu'il y a tout lieu de croire, avec William Jones, que le Pan des Grecs et le dieu Hindou ne sont qu'un; tous deux ont pour attribut le Lingam et sont inventeurs , l'un de la cithare indienne, l'autre de la flûte à six tuyaux, appelée sebi en égyptien. Le génie de Pan était universel , car Polyen lui attribue l'invention de la disposition des troupes en trois corps , le centre et les deux ailes.
Une ville, Mendès [men-hès), que les hiéroglyphes marquent du signe de la lune, était consacrée à Pan ; ce dieu, à en juger par son nom ap-an, dut être la personnification delà famille de la Lune. On le rangeait parmi les huit grands dieux des
Egyptiens, ce qui veut dire qu'il remonte au temps oii ce peuple ne comptait encore que huit tribus. Toutefois, c'est le compagnon d'Osiris que les Égyptiens fêtaient aux Pamylies fort semblables aux Dionysiaques. Son culte pénétra, dit-on, en Grèce vers l'époque du siège de Troie, bien que tout porte à croire que les Pelages Arcadiens l'adoraient longtemps auparavant. En tout cas, les Grecs paraissent n^avoir connu de Pan que son attribut, le Priape, phrê-apa, par lequel ils le figuraient. Sous cette forme, il devint le symbole de la puisr sance fécondante de la nature. À une époque plus rapprochée, '^cette appellation, que les innombrables générations de la lune avaient répandue en tous lieux, prit un sens encore^plus abstrait et sous l'influence de la philosophie panthéiste, exprima l'idée du grand Tout, de la vie de l'univers.
(( Osiris aimait, dit-on, la joie etprenaitplaisirauchantetàla danse. Il était toujours accompagné d'une troupe de musiciens, parmi lesquels étaient neuf vierges instruites dans tous les arts. Elles étaient conduites par Apollon [On, le soleil), un
«les officiers d'Osiris, dont Hercule fut aussi l'un des généraux '. M
Les Muses étaient filles de Mnémosyne, Men-Movsa ; \esMusa
\j Mouça sont une faniille illustre qu'on retrouve dans l'Inde ;
hor-Musa est un port près de l'Indus où s'arrêta Néarque,
^ ^s Musicans que soumit Alexandre occupaient le cours supé-
^ î eur de ce fleuve. La Mysie et la Mœsie, provinces de l'Asie
^^^ineure et de la Thrace, sont la traduction grecque de Mousa^
^^:iousata. La ville de Moka qui, dès une haute antiquité, fut
^mn emporium célèbre, porta d'abord le nom de Mtiza ^, et l'on
^onne également ce titre h une tribu arabe ou berbère, jadis
X^uissante dans le Maroc, d'où sortit le fameux Mouça ibn
^oceir qui envahit le premier l'Espagne sur l'invitation du
comte Julien '.
Bacchus, dit la fable, avait été élevé par les Muses ; leur nombre qui était d'abord de trois, s'éleva ensuite h neuf, ce qui fait supposer qu'il correspondait aux trois tribus dont chaque nome était composé ; c'étaient sans doute les prophétesses de la peuplade, car les oracles formèrent, on le sait, une partie importante du culte égyptien.
Des prétresses de Mousa descendirent les Pythies de la Grèce, les sibylles de Rome, les druidesses de la Gaule, les prophétesses des Hébreux et des Arabes. Les chants dont elles distrayaient le monarque égyptien durant les belles nuits de rinde et de la Perse, consistaient probablement en prières à la lune et aux astres dans le genre des invocations du Rig- Véda et des hymnes orphiques.
Ce nom de Musa est resté attaché en Egypte à une espèce depalmierfortcommunencepays. Les anciens lui attribuaient
1 Diod., I. 1. — ^Edrisi, climat III, p. 203. —3 Ibn Kbald., t. I, p. i06, 70, etc.
— nâ —
des vertus mystiques et il figure fréquemment dans les hiéroglyphes. La couronne d'Isis est faite parfois des feuilles du palmier Musa, qui était dédié à la lune, disait-on, parce qu'il pousse une palme à chaque lunaison.
.Ce n'est ici qu'un bien court exposé des travestissemeats souvent burlesques, que l'imagination populaire fit subir en Grèce à la donnée primitive de l'expédition dé Séosiris. Les inventions des poètes enchérissant sur ce Xhème le surchargèrent d'ornements nouveaux, de telle sorte que le point de départ s'efiaça presque tout à fait. Plus de deux mille ans après Séosiris, les mythologues avec leur vive imagination idéalisèrent tous ces personnages, et confondant l'attribut avec la tribu qu'il caractérisait, ils substituèrent le peuple fabuleux des Centaures aux hommes de la tribu du cheval, les Dryades aux prétresses du chêne, les Sirènes et les Triions aux femmes et aux pécheurs de la tribu du Poisson. Eu y i-egardant de près, on reconnaîtra que ce monde de petits dieux qui animait la nature, caractérisa les générations antérieures aux preaiiëres sociétés sédentaires d'Asie, et nous montre l'humanité à deoiî* plongée dans l'état sauvage, encore errante et à l'état de promiscuité, vivant de chasse, de pêche et de combats.
11 y a de fortes raisons de croire que le roi Séosiris ne ramena avec lui en Egypte, au bout de neuf ans que dura son expédition, qu'une partie de sa nombreuse armée, non qu*elle eût eu beaucoup de pertes à souffrir dans les combats qu'elle livra. Il ne semble point en effet que les nations qu'elle ren-
contra lui aient opposé une résistance sérieuse. Nonnus ne parle que de la guerre faite aux Indiens et de la soumission de Dériade, leur roi. Pourtant la campagne dans l'intérieur de rinde fut meurtrière à cause des fièvres et des contagions qu^engendra dans l'armée Tair brûlant el empesté des jungles. Le roi, en revenant de ce pays, se hâta de conduire ses soldats sur les hauteurs du Caboul, où la pureté des eaux et dé TatiDosphère dissipa les maladies. Séosiris, qu'ici la tradition appelle Bacchus, bâtit dans ces montagnes une ville qu'il nomma Nysa du lieu de sa naissance. Les habitants de cette ville, lorsqu'ils vinrent en offrir les clefs à Alexandre le Grand, se dirent descendus de l'armée de Bacchus, et le roi de Macédoine, en Thonneur du conquérant dont il s'efforçait de suivre les traces et d'égaler la renommée, célébra l'orgie sacrée dans le mont Merou, où le camp du dieu avait été jadis situé*.
Séosiris avait probablement laissé dans l'Inde d'autres colonies semblables à celle du Caboul. On dit en effet qu'il fit construire, sur les différents points où il s'arrêta, dix cités toutes du nom de Nysa. On en connaît une sur les bords de rOxus, que TAvesla appelle Nesaé dans Ténumération des lieux donnés au peuple Parse par (Hmuzd. Lorsque Alexandre, poursuivant les Scythes, traversa i'Oxus, il trouva un rempart de pierres et d'arbres liés ensemble et qu'on nomïwait la frontière de Bacchus * ; un peu plus loin, dans la Bactriane, s'élevait un groupe de sept villes dont une, bâtie en .pierres, s'appelait Koureschata, Hor-âtta, la ville du Soleil. Nous n'hésitons point à voir ici une autre colonie égyptienne ou éthiopienne laissée par le monarque à la frontière nord-est
* Arrien, 1. V, p. 495. - ^ Quinte-Corce, i. VII, ch. IX.