AU
de son empire asiatique ; TOxiis, qoi le terminait de ce cAté, porte encore la dénomination de Géan oo Djilumn, anciennement attribuée au Nil, et le pays qu'il arrose était nommé, an XIII* siècle, par les Arabes, Zâm ' (Cham, Egypte).
On trouve les traces d'un établissement semblable à l'oaest de la Caspienne. L'Araie s'y s'appela aussi primitivement le Djihoun, de Ghé-on pays du Soleil, et la contrée, aujourd'hui la Géorgie, que ce fleuve traverse, se nomma jadis Chemi diminutif de Châm. La Syrie, longtemps après le Christ, était encore connue des Orientaux sous la dénomination de Seham. Edrisi désigne sous le nom à'eUKam la chaîne du Taums. Toute cette région, dont Babylone était le centre, s'appelait la terre du Soleil. Celte grande ville, sans doute fondée par les Égyptiens, devint la capitale de leur empire asiatique, et la tour de Bel, avant d'être consacrée à Jupiter sous l'empire de la race arienne, avait été le temple de On, le Soleil égyptien ; bab-el'On signifiait la Porte du Soleil, en termes modernes la Sublime Porte, probablement à cause de la coutume des souverains de rendre la justice au seuil de leurs palais.
Lorsque les populations ariennes vinrent se grouper autour de l'Egypte asiatique, elles traduisirent dans leur langage le mot soleil, et donnèrent le nom Hôr, our à une partie du pays qu'elles occupaient depuis la B'abylonie jusqu'à la Colchide. Plusieurs localités le portent encore : c'est le Gouriel, l'une des provinces ocddentales du Caucase; le Ifour, fleuve qui s'embranche avec l'Araxe; YAouran, cette terre montueuse et peu connue qui s'étend au nord du Liban ; c'est enfin ce mystérieux pays d'Our, portion de l'Arménie qu'habitait Tharé, le père d'Abraham, et d'où ce patriarche partit
1 Duryer, Préf. du Coran, Moïse de Klioren. Edrisi, clim. iil, § 5.
pour aller s'établir en Chanaan. Our Casdîm était alors la demeure des Chaldéens et des Égyptiens ; Joseph nous apprend quAbraham discutait des choses du ciel dans Our des Chaldéens et qu'il y était fort applaudi des Egyptiens \
Le mythe d*Hôrus, né d*Osiris et d*Isis, nous semble caractériser cette Egypte asiatique, fille du conquérant civilisateur et de l'Egypte africaine. Hôrus est l'ennemi de Typhon qui représente la race couschite ; le peuple de Hôr demeura fidèle aux Pharaons ses suzerains, jusqu'au temps où les tribus deNemrodet d'Assur, descendues du Caucase, vinrent fonder Ninive, la rivale de Babylone, et soumirent à leur autorité les pays environnants.
Nous ne pouvons qu'indiquer ici ces vues que nous reprendrons plus en détail en étudiant la marche et le développement des migrations asiatiques. 11 convient d'abord, poursuivre l'ordre des temps, de s'attacher de préférence à la colonie déposée aux bords de TEuxin par Séosiris , et sur laquelle il ne peut planer aucune incertitude, car l'antiquité tout entière s'accorde pour constater l'origine égyptienne des établissements de la Colchide et du Palus-Méotis. Il n'est pas de peuple d'Orient ou d'Europe qui n'en ait conservé des souvenirs.
C'est là en effet qu'il faut placer cette région des cosmogonies, patrie d'une race ardente et audacieuse, dont les innombrables générations ont fait, par leurs actions et leurs aventures, l'admiration et l'effroi du monde ancien. Cette race est célèbre dans la fable grecque sous les noms de Titans et <leCyclopes ; de Diveset de Djinns, de Darouks, d'Adityas et d'Asouras dans les poèmes arabes, perses et hindous. L'his-
' f. Joseph Antiq.f 1. I,ch. vin. Tulmud, 91, 4. Berose ap. Easeb., ^'■^. evangel.
toire a nommé les fils de cette race Pelages en Europe, el dans rOrient Cooschites.
Chus^ dans la Genèse, est fils de Cham. La dénomination originelle fut probablement Os, ous; le K initial provenant, comme dans Cham^ Ham, de l'aspiration gutturale que les hommes du Nord prodiguaient dans leur langage.
Par mille preuves bien connues des érudits, il est démontré que Cus est l'éponyme des Éthiopiens. L'existence en Asie d'une race dite éthiopienne, que ses traits européens et ses cheveux longs distinguent profondément, malgré son teint rougeâtreou bronzé, des Libyens crépus au nez aplati, est un fait incontesté, auquel cependant on ne parait pas avoir attribué l'importance ethnologique qu'il doit avoir. On a pensé à tort qu'il s'agissait seulement d'une race adventice au lieu d'une population fort ancienne qui s'effaça graduellement absorbée dans le mélange scythique. L'intérêt qu'on éprouve à faire revivre les races éteintes, est ici d'autant plus grand, que nous sommes tous plus ou moins les fils de Coush, père de la plupart des nations mixtes engendrées dans le Caucase, la Chaldée et la Syrie, et dont les familles, mêlées aux multitudes du septentrion, leur enseignèrent la vie sociale, les arts, les sciences et les institutions de l'Egypte, base sur laquelle se sont, sans exception, construites toutes^les civilisations de l'antiquité.
L'historien Joseph^ commentant la Genèse, dit que les enfants de Cham occupèrent la Syrie et tous les pays qui s'étendent depuis les monts d'Aman (le Taurus), et du Liban jusqu'à la mer Océane (le Palus-Méolis). « Ils donnèrent, ajoute-t-il, à ces pays des noms dont les uns sont entièrement ignorés aujourd'hui, et les autres tellement corrompus qu'à peine les peut-on reconnaître. Il n'y a que les Éthiopiens^ dont Chus,
l'un des quatre fils de Cham, fut le prince, qui aient toujours conservé leur nom, non-seulen)ent en ce pays, mais encore dans toute T Asie ; on le^ nomme Chtiséens (Couschites) ' . »
Quel lecteur assidu des récits de la Bible et des vieilles traditions de la Perse, de l'Arabie et de la Grèce, n*est parfois demeuré perplexe en voyant si souvent intervenir les Éthiopiens dans les affaires de l'Asie, et ne s'est pas demandé comr ment une contrée aussi peu connue des anciens, située aux extrémités de l'Egypte et du monde ancien, a pu jouer un rôle aussi important dans l'histoire ?
Pourquoi des conquérants asiatiques sont-ils surnommés par les Arabes et les Perses, Tazi, c'est-à-dire Éthiopiens? D'où venaient ces Éthiopiens, qui figurent parmi les nations de rinde, de Syrie et de Colchide dans la revue de Xerxès racontée par Hérodote ^ ? Comment se fait-il qu'Homère, quand il cite dans l'Iliade et l'Odyssée , les peuples de l'Asie mineure et autres riverains du Pont-Euxin, fait à peine mention, comme le remarque Strabon avec beaucoup de sagacité, des Paphlagoniens, Phrygiens et Mysiens, des Amazones et des Phéniciens, tandis qu'il parle fréquemment des Égyptiens et des Éthiopiens ^ ?
Un passage de Pline, qui vient à l'appui des paroles d'Homère, achève d'obscurcir la question : cet auteur mentionne souvent l'Ethiopie ; il nous apprend qu'elle était renommée et puissante, même au temps du siège de Troie, et que son empire s'étendait sur la Syrie *.
Clésias raconte que le vingtième roi d'Assyrie, Teut-Ham, '^ait au temps de la guerre de Troie, et qu'il envoya au se- <^Ufs de Priam dix naille Éthiopiens et autant de Susiens
^^t. des Juifs, trad. d*Arnaod «rAndiliy, liv. I, ch. vi.
'^^«^d., l. Vil. — 3 Strab., I. XII. — * Plioe, VI, ch. xxxv. X. 12
sous le commandement de Memnon, fils deTithon, satrape des Perses. Diodore rapporte à ce sujet que les Éthiopiens voisins de rÉgypte réclamaient Thonueur d'avoir donné naissance à Memnon, et qu'à Tappui de cette prétention ils citaient le Memnonium que ce prince, dit-on, fit bâtir, et la statue si fameuse dans l'antiquité qui rendait des sons lorsqu'elle était touchée par un rayon de Taurore ' .
Les noms à double sens font le fond de cette histoire comme de la plupart des fables de la mythologie grecque. Eoûs l'Aurore, c'est la race de Cous, dont descendait Memnon onMenhôn, chef de la lune et du soleil. Lorsque le héros eut succonibé sous les coups d'Achille, des oiseaux que la fable nomme Memnonides, sortirent de ses cendres et se séparant en deux bandes se livrèrent un combat acharné et s'immolèrent aux mânes de Memnon. ilillien dit que ces oiseaux étaient noirs et qu'ils ressemblaient à des éperviers. *
U ne faut pas une sagacité bien vive pour reconnaître ici les officiers éthiopiens de la troupe de Memnon , que , suivant l'usage égyptien, représentait l'insigne de l'épervier, et qui s'entre-tuèrent près du bûcher de leur prince pour lui faire honneur.
Suse ou plutôt Sotis, était l'une des principales cités de l'Ariana oii les tribus ariennes et couschites se trouvaient disséminées. Là des régions entières appartenaient à la race éthiopienne, si l'on en juge d'après leurs dénominations, Khousistan ou pays de Cous, Arachosie, Ara-cous ;Uemnony fils de Cous, était le prince de ces peuples.
Homère remarque que les Éthiopiens sont situés aux dernières limites de la terre habitée et qu'ils se divisent en occi-
> Died., 1. II, ch. xviu
dentaux et en orientaux ' . Pline classe aussi les Éthiopiens en blancs et en noirs ; ceux-ci, ajoute-t-il, sont appelés Maures en Afrique, mais les premiers se nomment Hyperborées,
Eschyle, Euripide, cités par Strabon , font clairement entendre que les extrémités de la terre, tant an nord qu'au sud, sont habitées par les Éthiopiens.
Ménélas, racontant, dans TOdyssée, ses aventures à Téléniaque , lui dit : « J'ai erré dans bien des lieux : j*ai visité Chypre, la Phénicie, l'Egypte et les Éthiopiens, puis les Sidoniens, les ErembesetlaLibye^... » Strabon demande quels Ethiopiens Ménélas put visiter en revenant d'Egypte et quel peuple sont ces Erembes,
C'est en revenant de chez les Éthiopiens et du haut des monts Solymes que Neptune aperçoit Ulysse naviguant paisiblement sur le Pont ^. Hésychius et Ortélius n'hésitent point à nommer les Solymes, Seythicos populos, et les monts an sommet desquels le dieu découvre le Pont-Euxin ne peuvent être évidemment que la chaîne du Caucase.
Hérodote, en énumérant les nations tributaires de Darius, ^i^iiime ensemble les Paricaniens situés près de l'Oxus et les éthiopiens d'Asie ^. Les Saces et les Caspiens formaient la Quinzième satrapie; les Parthes et les Khorasmiens formaient 1^ seizième et les Éthiopiens étaient situés dans la dix- ^ptième. La dix-huitième se composait des Matianéens, des Saspires, des Alarodes ; les Moschiens, les Tibarènes, les Matons, les Mosynèques se trouvaient dans la dix-neuvième ; ^** ces sept derniers peuples , d'après Strabon et les autres géographes, occupaient la Géorgie, l'Arménie jusqu'à l'Asie "Mineure. La Parthie et le Kharisme étant à l'est et au sud-est
* 0dy«8., ch. I, V. 22. — ^ Odyss., ch. iv, v. 84. — 5 Odyss., ch. v, V. asa. - 4Hérod., K 111,94.
de la Caspienne, le dénombrement court donc de l'orient i Foccident; ainsi ces Éthiopiens d'Asie devaient se troarer dans la Géorgie et dans la contrée que les Perses ont nommé depuis l'Âderbidjan. C*est précisément la région que Moïse de Khoren désigne sous la dénomination de Kushdi-Eabgokh^ comprenant la Perse, la Médie, la Babylonie '. Cette donnée est confirmée par la situation des Paricaniens comptés a?ec les Éthiopiens, et qu'Hérodote rai^ de nouveau dans la dixième satrapie, comprenant, dit-il expressément, Ecbatane et le reste de la Médie.
Un peu plus loin , le même historien donne des détails sur les Éthiopiens Macrobes qui habitent sous la terre, puis il passe de suite aux habitants de Colchos, qui étaient, comme eux, soumis aux rois Perses^. Nous pensons que ces Macrobes sont les Maghreb {magh^er-ab), les pères des cavernes , qui occupaient les grottes nombreuses creusées dans les rochers delà MingréÛe, Mégréli dans la langue des peuples caucasiens.
Dans l'admirable description de la revue des peuples par Xerxès, Hérodote nous dit qu'Arsames, fils de Darius, com-
mandait les Arabes et les Ethiopiens qui sont au-dessus de l'Egypte ; cette expression chez les anciens signifie constamment au nord. « Mais*, ajoute-t-il, les Éthiopiens qui habitent à l'orient , car il y en avait de deux sortes dans l'armée, marchaient avec les Indiens et n'en différaient que par leur accent et leur chevelure. »
Ceux-ci sont des Éthiopiens du Khorassan ou de la Bactriane. Hais les premiers sont évidemment des Caucasiens. En effet, en contiouant son discours, Hérodote remarque que les cavaliers bactriens étaient armés comme leurs gens de
> Géographie de Moïse de Khoren, St-Martio, Mém, sur V Arménie, t. Il, p. 371, 392. — 2 Hérod., 1. 111, 97. Liv. Yll, p. 69.
pied; il en était de même, dit-il, des Libyens qui avaient les mêmes armes que leur infanterie , mais qui étaient montés sur des chars. Puis il reparle des Caspiens et des Arabes.
Xerxès, dans sa harangue aux Perses, se vante d'avoir soumis les Saces, les Indiens, les Éthiopiens et les Assyriens ; âans cesse l'Ethiopie est confondue avec les provinces asiatiques.
Diodore offre aussi bon nombre de faits du même genre. Nous les citerons en leur lieu, en nous bornant à faire remarquer qu'il y a une erreur manifeste à supposer, d'après ce qu'a écrit cet auteur, que la reine Sémiramis ait jamais fait la conquête de l'Egypte et de l'Ethiopie, avant d'entreprendre celle des Indes. 11 suffit pour s'en convaincre de suivre la marche de l'expédition qu'elle entreprit après avoir terminé les travaux d'embellissements de la ville de Babylone : ff Sémiramis marcha, dit Diodore, avec une grande armée contre lesMèdes qui sont au nord-est de la Babylonie; de la Hédie elle passa chez ies Perses, puis elle entra de là dans l'Egypte et subjugua une partie de la Libye. Ensuite elle pénétra chez les Éthiopiens. » Justin, dit également que non contente de conserver les conquêtes de son époux, Sémiramis ajouta rÉthiopie à son empire.
Après avoir décrit la manière dont les Éthiopiens ensevelissent leurs morts, Diodore nous apprend que la reine ayant réglé toutes les affaires en Ethiopie et dans l'Egypte, revint à Bactres avec son armée, et là prépara la guerre coptre les Indiens. Cet itinéraire est impossible suivant les données les P^us élémentaires de la géographie. Il n'a rien au contraire 9"c de naturel du moment qu'on admet que cette Egypte
' Just., 1. I, ch. 11. Dîod., 1..II, ch. xii, xiii.
et cette Ethiopie étaient situées dans FAsie septentrionale.
Comment expliquer le passage suivant de TAncien Testament/. « Zerapfa Éthiopien sortit contre Asa roi de Juda avec une armée d*un million d'hommes et trois cents chariots, et il vint jusqu'à Marésa. L'Étemel frappa les Éthiopiens» et Asa et le peuple les poursuivirent jusqu'à Guérar ; et il tomba tant d'Éthiopiens qu'ils n'eurent plus aucune force ^ »
11 faudrait, selon la distribution géographique actuelle, supposer que ce roi Éthiopien avait conquis l'Egypte et qu'il traversa l'Arabie pour aller se faire battre par les Israélites en Judée. Le livre saint ne dit rien de semblable : « Zeraph sortit contre Asa. » Il s'agit de deux princes peu éloipés l'un de l'autre ; le premier sort de son royaume pour assaillir son voisin. On ne doit donc voir ici raisonnablement querÉthiopi( asiatique, le Koush arménien.
Il est très- vraisemblable que la fameuse reine de Saba qui visita Salomon ne venait pas d'Abyssinie où il ne devait guèi être question d'Israël , mais bien plutôt de ce mémo pays di Koush, situé dans le Caucase qui avait de fréquents rapport; de commerce avec la Syrie.
Presque à chaque chapitre des Prophètes, il est question d ae
l'Egypte, et beaucoup de passages s'appliquent assez mal à celle du Nil. Ainsi il est très- vraisemblable que c'est l'É^p^r^te asiatique dont parle Esaie, lorsqu'il dit que le roi d'Assyr — rie emmènera d'Egypte et de Cus, les jeunes et les vieux, l- ^4es nus et les déchaussés ^. — En ce jour-là il y aura un chem^Hnin battu d'Egypte en Assyrie. — Israël sera joint pour la trc^^oisième partie à l'Egypte et à l'Assyrie, etc.
Dans un verset célèbre Ézéchiel s'écrie : — « Je rédui^ârai
1 Chroniques, i. Il, ch. xiv. — "^ Esaie, ch. xx, 19, :2d.
le pays d'Egypte eu désert de sécheresse et de désolation, depuis la tour de Syène jusqu'aux marches de Cus ' . »
La Syène antique, aujourd'hui Assouan, est située près des cataractes, d'où il résulte que si, Cus est l'Ethiopie actuelle, la malédiction du prophète n'aurait frappé que la Haute-
%ypte, depuis Assouan jusqu'à l'Abyssinie, ce qui n'est pas adaiissible. Mais si l'on transporte au contraire Cus dans le Caucase, on a deux limites extrêmes qui durent, en effet, comprendre les deux Égyptes africaine et asiatique, depuis Assouan, frontière méridionale oii commençait l'Egypte <l'Afrique, jusqu'à l'Arménie oii commençait le Cus d'Asie s'élevant par degrés depuis les plaines de la Babylonie jusqu'aux cimes neigeuses du Caucase. Ces deux points enferinaicnt, croyons-nous, toute l'antique puissance de l'Egypte du sud au nord.
des témoignages conduisent donc à l'idée que, longtemps
avant la formation des royaumes d'Assyrie et des Mèdes, la
souveraineté de l'Egypte s'étendait sur toute l'Asie centrale.
Si en outre l'on remarque que la plupart des expéditions
en :Âsie d'Osortasen, de Thotmès, de Séti et des Rhamessès
eurent pour but, comme le disent les inscriptions, de ramener
à l'obéissance les peuples révoltés de la Bactriane et du Pont,
on peut en induire avec quelque certitude qu'il y eut un temps
^^ ^autorité des Pharaons était reconnue depuis le Sabra jus-
9« aux steppes du Don, et de l'Asie mineure à TOxus:
^^«ch., ch. xxïx, V. iO.
On ne peut donc se refuser à reconnaître l'existence de populations éthiopiennes: établies en grand nombre dans TAsie septentrionale, tant à TOrient qu'à l'Occident, et ce.fait cooimence d'ailleurs à être admis sans contestation par l'exégèse moderne. Mais du moment que la plus grande part des événements qui ont fait une place si grande à l'Ethiopie dans l'histoire ancienne, se trouve revenir à ces populations asiatiques, il semble que l'importance de l'Ethiopie africaine en doit être considérablement amoindrie. Ce serait en effet une anomalie bien extraordinaire dans l'histoire de l'humanité, qu'ainsi que plusieurs auteurs l'ont pensé, de la race noire d'Afrique vouée à une éternelle barbarie, fût sortie la civilisation du monde. On le sait, la race nègre proprement dite n'a enfanté aucune société réglée, et lorsque Diodore dit que les Egyptiens tenaient des Éthiopiens une grande partie de leurs lois , que la sculpture et l'écriture ont pris naissance chez ce peuple, ainsi que les rites observés aux funérailles des rois \ il faut l'entendre seulement des Éthiopiens d'Asie, qui eurent de nombreux rapports avec l'Egypte et lui fournirent même des souverains.
On est surpris en effet, lorsqu'on étudie l'Ethiopie africaine, de la stérilité de ses traditions, et de sa profonde impuissance auprès de la féconde et majestueuse Egypte. Elle n'offre aucun des grands traits qui caractérisent les civilisations primordiales. La vieille capitale d'Axoum étale une magnificence
« Diod., I. III, 5, 2.
barbare dans ses monuments, dont le type est en grande partie arabe. Les traditions rassemblées par la chronique abyssinienne débutent par Noé et Cham, comme les légendes asiatiques, et passent tout de suite à Menilek, fils de la reine de Saba, prétendu père des rois abyssins. Rien n*y rappelle l'Afrique avant les dynasties éthiopiennes des Negosch ou Négus, qui nous transportent au moyen âge.
Le royaume d*Abyssinie, à part l'empreinte chrétienne qu'y ont laissée les apôtres chrétiens venus d'Alexandrie au IV® siècle, présente une société au niveau des vieilles royautés d*Asie. Ce peuple ne tient en effet à TAfrique que par sa couleur. Suivant M. d'Abbadie , toute la partie orientale de ce continent offre des traces nombreuses d'influence sémitique. L'Abyssinie et tout le sud de TÉgypte sont arabes comme la côte opposée du Yémen. Le roi Juba avait fait la même observation trente ans environ avant notre ère, à propos des peuples qui habitaient entre Méroé et Syène, et M. Lepsius affirme la naéme chose pour toute la vallée du Nil jusqu'à Khartoum et n^ôme plus au sud encore *.
Le Ghèz, langue savante des Abyssins, n'est qu'un vieil '^iaoyarite très-dur. Ce fait, signalé par Bruce, est devepu une ^^ïnitude par les recherches de MM. Cruttenden et Arnaud sur *^^ anciennes inscriptions himyarites de Mareb et de Saba, et ^ ^té confirmé par les travaux de l'académie de Berlin. L'Am- *^5^rique, beaucoup plus doux , est plein également de racinCvS **^aibes, mais il manque, comme Je Ghèz, des formes gramma- ^'oales qui caractérisent les langues d'Asie. Ce dernier idiome '^Ous semble devoir représenter d'assez près le parler des Gonschites d'Asie au XX* siècle avant notre ère. Tandis que
' ï*line, VI. 34, Lepsius, Briefe aus jEgypten.
chez les Iraniens, les Syriens, les Hébreux, les Arabes, ce langage, élaboré par une race intelligente et méditative, s'enrichissait et s'améliorait en se réglant, la langue Ghëz, transportée parmi les nègres, a dû demeurer ce qu'elle était, imparfaite et comme figée dans l'immobilité intellectuelle de la race.
Les Abyssins, Habesh, qu'on traduit par peuples mélangés, ont le profil droit des Européens ou le front et le nez busqué des Arabes ; leur angle facial est donc très-différent de celui des nègres ; en outre leur chevelure longue, plate et brillante les sépare nettement de la race indigène africaine. Suivant les observations de l'Institut d'Egypte, la couleur de l'Abyssin est plutôt bronzée que noire ; Bruce la compare tantôt à une encre pâle délayée, tantôt à un brun olivâtre.
Les traditions de l'Abyssinie disent positivement que nations qui la peuplèrent arrivèrent par le nord : « Les enfants de Cush, petit-fils de Noé, se fixèrent dans la Basse — Egypte et de là vinrent dans l'Abyssinie ' . » Il s'agit ici des pasteurs Hiksos que Manéthon nomme aussi Hicoussos (pasteurs de Cous) et qui s'emparèrent d'abord de la Basse-Egypte. Un grand nombre des tribus faisant partie de cette invasion, ne se trouvant pas assez au large dans le Delta, refluèrent des deux côtés du Nil, le remontèrent et vinrent se fixer au sud d'Assouan ; là s'arrêtait TEgypte proprement dite, près du Maris d'où étaient partis leurs aïeux pour la conquête du monde.
Lorsque Cambyse vint en £gypte, il résolut de soumettre les Éthiopiens Macrobes, qui habitaient en Libye vers la mer du Sud. Il fit venir de la ville d'Éléphantine des Ichtyophages qui savaient la langue éthiopienne et les envoya auprès de ee
' Bruce's travels, 1. 1, p. 37,
peuple. Ces Éthiopiens étaient les plus grands et les mieux faits de tous les hommes; et vivaient la plupart jusqu'à cent vingt ans. Leur roi fit répondre à Cambyse qu'il pourrait venir attaquer les Éthiopiens lorsqu*il serait en état de bander l'arc qu'il lui envoyait '.
Ces Macrobes ne sont autres que ces mêmes Maghreb, habitants des grottes du Caucase et qui figurent dans les satrapies de Darius; ils ont conservé leur nom en Afrique, et ce sont eux qu'on a nommé successivement Maugrebins, Maures et Morisques.
La chronique d'Axoum rapporte que TAbyssinie fut peuplée par les pasteurs Agazi ou AgazianSj 1808 ans avant Tère chrétienne. Quatre siècles après, vers 1400, un grand nombre d'hommes parlant divers langages vinrent aussi occuper le pays. Comme ils étaient amis des Agàzi, qui habitaient les hautes régions du Tigré, ils s'établirent paisiblement, et chacun prit la terre qui lui convenait le mieux. Cette colonisation s'appelle Angaba dans la chronique, qui traduit ce terme par Entrée des nations. Ce peuple venait, dit-on, de Palestine, et les historiens arabes l'identifient avec les Berbères, qui passèrent, disent-ils, en Afrique, lorsque Josué eut chassé les Amalécites de Palestine. <( Les Berbères, dit Ibn-Khaldoun, étaient un rassemblement de tribus Himyarites, Modérites, Coptes, Amalécites, Chananéennes et Koréischites rassemblées en Syrie et^i parlaient un langage barbare ^. »
Les nouveaux immigrants de l' Abyssinie s'appelaientiljfou;^. Ils s'établirent à Damot au-dessous des sources du Nil. Ufte troisième colonie fut celle des Agows de Lasta ou Ghératz. Les Agows donnaient à leurs rois le nom de Hannès, dont
1 Uérod., 1. 111, p. 10, — "2 Jbn-KhaldouD, 1. 1, trad. da B. de SUne.
s'est formé celui de Johannës, Jean, très-fVéqueDt dans les dynasties abyssines. Or, suivant Tinterprétation que nous proposons du symbolisme ethnique de TÂsie, an^ès signifie seigneur xle la Lune.
Les deux royaumes anciens à'Adel et à'Aous (Ad et Cous) dont se composa TÂbyssinie, sont encore habités par une race basanée aux cheveux lisses nommée Ghébertîs, vocable évidemment identique à Gheber et Heber ou confédération des Eri, dont une partie se trouva mêlée à l'invasion des pasteurs Hiksos, qui eut lieu d'Asie en Afrique dans le cours du XXP siècle, suivant la très-juste estimation de ChampoUion. Le radical as, asi d'Agazi concorde aussi avecl noms des premiers chefs pasteurs rois d'Egypte, Assis et Janias et nous remarquons d'autre part que cette appellation égyptienne de la planète Vénus est fréquente chez les Syriens, dont Astarté fut la principale divinité ; sur cinq villes des Philistins, trois se composent du radical As, Gaza, Ascalmiy As- ({od. Ces rapports semblent donc confirmer la tradition d'Axoum et l'opinion des chroniqueurs arabes, qui rattachent l'immigration des populations abyssines aux grands mouvements qui poussèrent et chassèrent alternativement d'Asie en Afrique et d'Afrique en Asie, des masses de tribus dont le premier point de départ est resté inconnu.
Les Falashas, tribu abyssine qui professe le judaïsme et qui prétend posséder le véritable texte des Écritures, se rattachent, assure-t-on, aux Felischtim ou Philistins, auxquels la Palestine doit son nom. Cette peuplade, comme les Agazi, pratiquait la circoncision qu'elle disait tenir d'Abraham et d'Ismaël.
La dénomination Ag, de racine égyptienne, prit le sens de chef dans la famille de Coush. Agag est le nom biblique du
W foi des Amalécites. Nous avons fait observer que ce terme ex- ' primait l'attribut royal que les Couschites tenaient des Egyptiens, le serpent, naga en sanscrit, aje, aja^ aga en arabe et encophte;or, la chronique d*A\oum raconte en effet qu'un serpent conquit la province de Tigré et y régna.
Ce sont encore des Ethiopiens d*Asie que ces Foules ou
-f^ouleSf dont la domination s'étend sur l'Afrique centrale, de-
Puis Timboktou et le Niger jusqu'à Yola dans FAdamawa.
Capperton et le major Denham qui guerroya avec eux, les
nomment Fellatah; le docteur Barth a donné aussi de curieux
détails sur ce- peuple cuivré, intelligent et belliqueux, si diffé-
^^Di des populations noires qu'il a partout subjuguées.
Les Foules sont sans doute lés mêmes que le peuple PAuI de l^*^Élcriture, parfois nommé avec Cus ; l'un des rois d'Assyrie ^ïinemi d'Israël, porte ce nom. PAmî, Phd (ap-hol) sont des variantes du radical ol, haut, puissant, en langue gothique. Plusieurs tribus Phul émigrèrent probablement de Syrie avec les berbères et les ChananéeQs. Une de leurs familles, les Barabras de Nubie, a conservé un trait caractéristique de sa parenté avec les anciens Égyptiens : c'est la chevelure étagée circulaire- ^^ent et tressée en petites nattes que l'on remarque également s^i* les têtes des statues de la V® et de la VP dynasties. Ce ^^Siie tout particulier reparait parfois chez les Diospolites ^^ la XVIIP. Peut-être est-ce le même usage perfectionné ^^€ nous retrouvons dans les chevelures et les barbes à triple r^Hg de boucles qui impriment un cachet si particulier de l^Xe efféminé aux têtes puissantes des rois et des satrapes assyriens et perses.
Qu'il y ait eu des populations celtiques mêlées aux Éthiopiens qui vinrent d'Asie en Afrique , c'est ce dont il paraît difficile de douter. Les peuplades qui remontèrent le Nil jus-
qu*à ses sources faisaient partie des familles de la Lune ([ui comprenaient d'innombrables tribus de races différentes, et il se peut que le massif des monts de l'Afrique centrale leur doive son titre de Gebel-el-Kumri, montages de la Lune. Ce terme de Kumri qu'on croit dérivé de camar , lune en arabe, a une étymologie beaucoup plus ancienne, et désignait le dieu Lunus des Égyptiens, G6m, dont s'est formé le Gamer de la Bible, premier fils de Japhet, d'où Gomeri les En de 1» lune. Les Romains appelaient les Éthiopiens HomerUœ, Gomérites : u Les Sabéens et les Homérites, dit Proeope, sont un même peuple séparé par la mer Rouge ' . »
Le nom d'un des royaumes d'Âbyssinie, Amhara^ qui rappelle si complètement VAmhray cri de perre national des Kimri ou Kumri, n'est qu'un des nombreux rapprochenaents qui font présumer l'existence, à une date reculée, de familles d'origine celtique en Abyssiuie. Prichard nous apprend, sans faire connaître, il est vrai, la source où il a puisé ce renseignement, que l'ancien nom de cette contrée fut Alberogran, haut pays. Ce serait du pur celtique, car Âlbères (al-ab-er) est une appellation de montagne que les Celtes ont répandue dans toute l'Europe, et gran signifie soleil en irlandais. On pourrait donc conclure de ceci, qu'en Âbyssinie comme en Asie, dans l'Inde et en Europe, le sol fut d'abord partagé entre les deux familles primitives du Soleil et de la Lune.
On a donné, de temps immémorial, aux deux grands cours d'eau qui se réunissent pour former le Nil , les noms de Nil bleu, Bahr elAzrek, et de Nil blanc, Bahr elAbiad. 11 n'existe, d'après les récits des voyageurs, aucune raison physique de ces dénominations, qui nous semblent dériver, comme toutes
' Procop. ad très Reg. in Commodo.
les appellaiioDs locales des premiers âges, de la différence des races qui habitaient au bord de ces fleuves. Le nom à'Azrèk, appliqué à la branche orientale qui vient du lac Dembéa, signifie proprement noir; Azrek un cheval noir. Ce serait donc la rivière des noirs, et le Bahr el Abiad aurait été la rivière des blancs.
Les inscriptions déchiffrées par M. Mariette, sur un pylône deThoutmès, donnent les noms d'un grand nombre de peuples éthiopiens désignés sous la dénomination générique de Kern, qui est encore usitée dans le sud de l'Egypte. Il est difficile de ne pas être frappé de l'analogie de ce terme avec celui de £en, qui signifie en gaélique, chef S c'était en effet la coutume chez les Éthiopiens de se donner ce titre orgueilleux, et tel fut le sens des noms d'Âmalek ou Halek, de Âg dont on a fait Aga, d'Ad, la puissante tribu arabe ; tous ces peuples s'intitulaient les princes ou les seigneurs.
Au surplus, il ne faut pas s'exagérer la portée de ces rapprochements ; Germains et Éthiopiens , réunis pendant plusieurs siècles dans une même contrée d'Asie, ont dû avoir en commun un certain nombre de dénominations qu'ils appliquèrent chacun de leur côté aux localités où ils s'arrêtèrent après leur séparation, les uns pour marcher à l'ouest et au nord, les autres pour retourner au midi. Il n'est donc pas plus surprenant de retrouver des vestiges de scythisme dans le centre de l'Afrique, que de découvrir des radicaux identiques dans les vocabulaires sanscrits et irlandais.
Croit-on par exemple que ce soit un pur hasard qui ait transporté dans l'oraison dominicale, traduite en gothique par Ulphilas, en l'an 360 du Christ, le mot Atta, qui signifie
^ Ken,\caput, Tiem albanicè dominus latine inlerpretatur^ Bollandii acta sanetorum.
Seigneur en abyssinien : Atta insar thu in Himinan^ notre Seigneur qui êtes aux deux ' ?
Bruce, qui séjourna longtemps dans l'Âbyssinie, pensait qu'une comparaison entre le celtique et Tidiome des Gallas voisins de ce royaume donnerait de curieux résultats. Ce peuple africain est divisé en sept tribus qui adorent la lune et ils ont aussi un culte pour certaines pierres et un arbre sacré qu'ils appellent Ouanzé, sous lequel ils couronnent leurs rois ^.
Ces Gallas, qui vivent isolés et redoutés des populations noires dont ils sont entourés, ont conservé peut-être dans sa pureté, le type originel qui régna à une certaine époque dans l'Asie, sur la zone de jonction des races noire, blanche et rouge, aux bords de TEuxin et de la Caspienne, dans la Bactriane et dans le Caucase ; type qui répandit ses familles à la fois dans TÂsie, dans l'Europe et dans l'Afrique, se conservant rougeâtre dans l'Inde et en Egypte, mais passant au blanc en Europe parla prédominance de l'élément blanc, et au noir dans TAbyssinie par un effet inverse.
M. Botta, le savant explorateur des ruines assyriennes, a fort bien reconnu l'influence des mélanges dans l'Arabie, dont il visita les régions les plus retirées ^ : « Dans la province du Tehâma, voisine de la mer Rouge, la population , dit-il, est presque noire par suite de l'immixtion des populations venues d'Afrique. Dans les montagnes de l'Yémen, au contraire, où la race est beaucoup moins mélangée, elle est presque com-plétement blanche et remarquable par la beauté de ses traits
> AUa, Ibn-Khaldoun, Ilist, des Berbères, t. II, p. 108. Deux siècles plus lard on écrivait en germanique, Fatter unseer.. — ' Bruce's travels, 1. 1, p. 460. — 3 E. Botta, Relation d'un Voy. dans VYémen^ ch. xii, p. 142.
presque européens. Les femmes sont presque italiennes par les traits et par la couleur. »
Un phénomène semblable s'opérait en même temps, en sens contraire, au nord de TÂsie et en Europe où ces mêmes Éthiopiens Ag eiEr que nous connaissons sous les dénominations de Pe-Uag et d7bA-er, s'établirent au sein des hordes à peau blanche et à chevelure blonde. Par la conjonction des sousraces, la couleur éthiopienne s'éclaircit graduellement, et réiément blanc domina sans toutefois absorber complètement le type méridional. Il s'en forma des populations basanées, à cheveux noirs, au crâne oblong, d'où sortirent les Hellènes, les Latins, les Ibères, les Gaëls et les Slaves bruns, et dans l'Asie centrale, les Persans, les Hébreux, les Hindous, les Arabes, chez qui le type scythique apparaît avec plus ou moins de sève et d'abondance '. Tous ces peuples ont eu pour premiers parents des familles de cette race érythréenne de laquelle Pline a dit qu'on lui donoa plus tard le nom' d'éthiopienne.
La raison pour laquelle les Hébreux et les Arabes font en-* trer dans leurs généalogies tous les peuples de Tantiquité, c'est qu'en effet leurs ramifications nombreuses viennent toutes se rattacher à la tige de Koush sortie de la souche de Chapm. Ces flots de Berbères Himyarites venus du nord se divisèrent à l'isthme de Suez, les uns s'avauçant vers le sud allèrent
1 Quelques naturaUstes philosophes ont reconnu récemment dans la
formation des races une tendance des types inférieurs à s'élever par le
mélange au type supérieur, et à s*y fixer en formant une race nouvelle.
Ils ont érigé cette tendance en loi sous le titre de Sélection naturelle.
Il y a de fortes probabUités pour cette opinion parfaitement conforme à la
marche du développement progressif qui régit Thumanité. Mais la théorie
proposée n*est pas encore fondée sur un ensemble de preuves suflisantes
pour qu*il soit permis d*en faire une base dMnduction dans des travaux
historiques.
fonder dans l'Arabie les États de Saba, d'Hadranuut et d*0^ inan ; les autres entrant en Egypte devinrent les pères des Maghreb et des Kabyles de l'Atlas, des Berbères du Litliam, des Touaregs Nubiens, des Agazi et des Agows d' Abyssmie , des Foules de l'Afrique centrale, et même des peuplades canopées aujourd'hui près du cap de Bonne-Espérance qui, telles que les Cafres Amazoulous, ont conservé dans les mœurs de frappantes analogies avec les Hébreux primitifs.
Une opinion généralement admise fait, il est vrai, rayonner de la Babylonie les migrations qui altèreat s'établir dans les diverses parties de la terre. Il suffit cependant de lire arec attention la Genèse pour se convaincre que la marche des peuples, qui sont énumérés au X** chapitre, s'opère du nord au midi. Dans les livres des prophètes hébreux» le peuple deCus^ dont ils parlent si souvent, habite évidemment au nord de la Judée. Il est l'allié de Gog et Magog, personnification des nations scythiques qui résidaient dans le Caucase ; dajiâ la pro*
phétie d'Ezéchiel contre oes peuples, il est dit que ceux de Perse, de Cus et de Put sont avec eux ; Gomer et toutes ses. bandes viennent du fond de l'Aquilon '. Gog et Gomer désignent les Germains et les Kimris ou Gètes ; Put iindique les tribus du Pont, poutj^pount des inscriptions d'Egypte ^. Tous ce& peuples sont voisins, et le prophète n'a voulu décrire qu'une de ces confédérations des hordes caucasiennes dont les invasions étaient la terreur des empires du midi.
Même aux temps postérieurs à l'ère chrétienne, le Caucase fut habituellement désigné par le nom d'Ethiopie. Saint lérôme emploie plusieurs fois cette dénomination ^. Ainsi, il nous apprend qu'André, frère de Simon Pierre, prêcha ppès des
« Ezéch., ch. XXXVUI, V. 4, 5, 6. — 2 Wilkins., t. II, ch. m, p. 378. — 3 Hieronym.^ CataL script, eccl. I, de Apost. Matliâ.
rivières Âpsarus et Phasis, cLez les Éthiopiens de rintérieur. Ailleurs il rapporte que Matthias, successeur de Judas, prêcha rËvangile dans l'autre Ethiopie, in altéra Ethiopie ubi est irruptio Apsari et Hyssi portus, deux rivières mentionnées par Arrien * .
Sopbronias dit de saint André qu'il prêcha, près de TApsarus et du Phase, dans le pays habité par les Éthiopiens.
On lit encore dans saint Jérôme que saint Thomas convertit à la vraie foi les Syriens, les Chaldéens, les Parthes, les Perses, les Mèdes, et les Hindi ou Éthiopiens ^.
Les Arméniens appellent Koushan tous les peuples situés ea dedans des portes Caspiennes, et Benjamin de Tudèle donne le nom à'Ethiopia à la contrée à Torieut des sources de FAraxe ou Gihon '.
Rabbî Petacha de Ratisbonne écrit en ces termes : » On compte en Babylonie plu& de 600,000 juifs, et TÉthiopie el la Perse en comptent autant *.
L'appellation de Cus implique une idée de très-haute anti-^ qttité en Géorgie, car on y désigne par le mot Kusari les caractères^ cunéiformes qu'on trouve gravés sur les monuments, et qui se rapproebenl, suivant quelques savants, des formes les plus anciennes du Devanagari.
Il fut un 'temps oii l'ancien monde fut inondé d'une marée de peuples dont la couleur rougeâtre, plus foncée que celle des Égyptiens, a été reproduite sur leurs monuments, principalement sur le mur dit de Thoutmès, que l'on date du xvRi® siècle. On y ?oit les portraits et les noms de 115 tribus éthiopiennes soumises par ce monarque, parmi^ lesquels
* Arrien, Périple de VEuxin. Hist. eccles., liv. I, ch. xix. — ^Hyeroo. Asseniani, hibl, orient., liv. IV, ch. xxv. — 3 B. de Tudela, trad. par Deiioft, p. 36, 37. — ^Nottv. Journal asiat., t. IX, p. 988.
MM. Mariette et Birch oDt lu les noms à'Atoury de Barabara, les Barâbra ou Berbères d'aujourd'hui. Ces Ethiopiens ont la peau d'un rouge foncé, et par une extrême singularité, ils ont les cheveux rouges et lisses.
Cette anomalie physique, dont il n'existe de nos jours aucun exemple, est peut-être due à cette mode particulière aux Germains de se rougir les cheveux eh les imprégnant de chaux. Peut-être aussi y eut-il un moment où les Éthiopiens eurent à la fois le teint cuivré des Africains et la chevelure rutilante de la race germanique. On ne saurait en effet se rendre compte aujourd'hui des phénomènes qu'ont dû produire les croisements par grandes masses et durant de lonpes périodes, entre les trois races. En tout cas il faut bien reconnaître ici ces peuples pasteurs désignés sous les noms A*Edomites, Erythréens, Himyarites, Phoinïké ou Phéniciens, c'est-à-dire rouges. Dans les peintures égyptiennes, les nègres sont toujours représentés avec les cheveux laineux et le front fuyant qui caractérisent la race africaine aulocthone, or ceux-ci en sont trèsdifférents. On peut donc conclure de ces faits que les Éthiopiens d'Afrique ne prirent qu'avec le temps, et peut-être depuis environ quinze à vingt siècles seulement, cette teinte noirâtre que leur attribuent les plus modernes des auteurs de l'antiquité, et qu'ils ont aujourd'hui. Cela expliquerait le sens de la dénomination primitive de la mer d'Édom ou Erythrée, qui prit sans doute des peuples Hiksos, dont ses deux rives étaient couvertes, l'appellation de Mer des hommes rouges.
La coloration est le seul signe qui rattache les Abyssins aux nations noires d'Afrique, or cette teinte d'un fauve glacé de noir, pour parler le langage des peintres, est celle des races brunes qui retournent au noir. Les Couschites d'Asie, revenus dans l'Afrique centrale exclusivement peuplée de nations
noires, y prirent des fenomes, et cette immixtion, éliminant par degrés l'élément blanc, ramena chez ces Éthiopiens la couleur de leurs ancêtres. 11 advint alors des blancs transportés en Afrique ce qu'il advint des noirs transportés dans le nord qu'Hérodote vitaux bords de l'Euxin et dont il n'existe plus de trace ; puis il s'opéra dans les générations éthiopiennes cette bifurcation de race qu'on remarque dans les familles issues d'un blond et d'une brune, une partie des enfants tient du père, et une autre de la mère. Ainsi, l'on voit chez les Abyssins, comme chez les Berbères, les Nubiens Chégias et les Arabes une population double, dont l'une a les traits du nègre, et dont l'autre, fidèle au type du nord, conserve sous la peau noire ou cuivrée, le crâne développé, la haute stature, les traits réguliers, les cheveux longs et parfois les yeux bleus de la race germanique.
11 n'échappera pas au lecteur que les divers auteurs cités plus haut placent TÉthiopie caucasienne au bord de la mer Noire, près de l'embouchure du fleuve Phase, c'est-à-dire dans l'ancienne Colchide. Colchos, h'oUchous est, en effet, le haut pays de Kous. Le radical est os, ous, modifié par la prononciation gutturale des peuples du nord. Pline donne le nom A*Eous au prolongement septentrional du Caucase. Un passage intéressant du poëte Nonnus rattache la forjpation du peuple de Colchide à l'expédition de Bacchus : « Ce dieu, dit-il, après avoir réparti le butin entre ses soldats après la guerre de l'Inde, renvoya tous ses auxiliaires dans leurs foyers. Asterius seul, au lieu de rentrer dans sa patrie, s'établit dans la froide contrée voisine du PJiase. Là, près du golfe des Massagètes, il habite au-dessous des genoux neigeux du Taureau céleste auteur de sa race, car il préfère à son pays la Scythie *. »
' DioDysiaca, ch. XL.
A Taide du symbole et de Tattribut indiqués dans ce passage, nous pourrons retrouver Torigine et la filiation du peuple africain de.Colçhos. Asterius, Aster-Iou^ est un des surnoms de Jupiter, et c'est ainsi que le nomme la fable grecque, lorsqu'il prend la forme d'un taureau pour, enlever la jeune Europe. On peut eu induire que le peuple de Ghos, Hos, Ou8 tira son nom de Où, la planète Jupiter, et que son emblème distinctif fut le Taureau. Nous lisons en effet dans l'Argonautique d'Apollonius de Rhodes, que Jason, avant de conquérir la toison d'or, eut à combattre des taureaux d'airain vomissant du feu parles naseaux ^ Il est très- vraisemblable que la ville à' Ma n'est autre que la cité du Taureau et du feu, Hah, en égyptien, dont la tribu régnait en Colchide conjointement avec celle de Jupiter.
Chez les Assyriens, des taureaux gigantesques à tête humaine gardaient les entrées du palais souverain, et les rois portaient une tiare ceinte par trois paires de cornes ; il en résulterait qu'ils étaient une branche des peuples du Taureau, descendant, par conséquent, de la race couschite de Colchos. C'est, en effet, ce que dit la Genèse : « Cus engendra Nimrod, qui bâtit quatre villes au pays de Sinhar d'où sortit Assur *. » Ainsi les Assyriens, race basanée et légèrement cuivrée , étaient fils des Éthiopiens érjthréens, nés, dans le Caucase, de la conjonction des races rouge et noire d'Afrique avec la blanche. Nous voici donc de nouveau conduits à placer vers une époque qui précède de beaucoup le premier empire connu d'Asie, l'expédition de Bacchus ou plutôt de Séosiris, ce grand voyageur que les Circassiens adorent encore sous le nom de Séosérès.
* Argon., ch. ii. — '^ Genèse, liv. X, 8, li.
La présence d'une population noire existant encore dans la Colchide quatre siècles avant notre ère, ne peut faire l'objet d'un doute. Hérodote, qui visita le- pays, déclare que les habitants de la Colchide sont noirs et ont les cheveux crépus <x>iiiine les Égyptiens. L'historien confond sans doute les Libyens avec les Egyptiens ; il ajoute que, d'après certaines coutumes, telles' que la circoncision, la manière de flier le lin et même par le langage, les Colchidiens paraissent Égyptiens d'origine, et qu'ils sont, cotnme d'ailleurs ils le disent eux-mêmes, les descendants d'une partie des troupes du grand conquérant égyptien ^ On peut donc ranger parmi les faits avérés iiont se compose l'histoire, ce fait que depuis des temps fort reculés jusqu'à une époque voisine àS notre ère, le Pont- Euxin était bordé au nord et à l'orient par un cordon de peuples noirs, d'où lui vint sans doute la dénomination de mer Noire, mare Nigrum, la nier des noirs.
La supposition que cette population était aborigène, n'est point admissible ; la patrie originelle des noirs a toujours été l'Afrique, et cette distribution ethnographique ne saurait être contestée que par des hypothèses qu'aucun fait connu ne viendrait appuyer. Puisqu'il y avait des hommes noirs à cheveux crépus au bord de l'Euxin, ainsi que Taffirme Hérodote, il faut donc qu'ils y aient été importés, et nous ne pouvons qu'adopter la conclusion de cet historien et attribuer cette immigration à la colonie laissée en cet endroit par le roi d'Egypte afin de proléger sans doute son vaste empire d'Asie contre les irruptions d^ sauvages dû nord, et pour initier ceux-ci à la vie civilisée.
Hérodote nous a conservé ube observation curieuse : en dé-
«Hérod.,^iv. Il, p. i04.
crivantle costume des Éthiopiens du Caucase qui faisaient partie de l'armée de Xerxès, il remarque qu'ils se peignaient le corps de deux couleurs, une moitié avec du plâtre, l'autre moitié en rouge (sans doute un ocre rougeâtre *). Ils devaient ressembler ainsi aux costumés mi-partie armoriés des guerriers du moyen âge, dont la tradition héraldique remonte peutêtre au tatouage des Scythes éthiopiens. Il est possible en effet que leur peinture moitié blanche et moitié rouge ait eu pour but de rappeler les deux races de couleur différente dont ils descendaient.
Un tel sujet comporte bien d'autres développeinents que ceux que nous pouvons donner dans cette rapide esquisse. Notre but, on le sent bien , consiste seulement à mettre en relief les grandes masses et les mouvements principaux des races primitives. Les détails viendront plus tard ; nous croyons toutefois en avoir dit assez pour être en droit d'avancer qu'il est temps de revenir de cette vieille erreur qui tend à faire considérer les Éthiopiens comme un peuple d'Afrique et comme les ancêtres des Égyptiens. Il n'est peut-être pas un peuple au monde qui soit aborigène du pays qu'il habite. La race de Coush ne fait pas exception à cette règle ; elle est asiatique et son berceau est le Caucase.
En cherchant dans les localités du Caucase les vestiges qu'a pu y laisser la colonie de Séosiris on est surpris de retrouver les dénominations à peine altérées de plusieurs villes d'Egypte.
* Hérod., liv. Yll, 69.
Il se peut, il est vrai, que les peuples de Coush aient porté ces dénominations dans la Basse-Egypte, lorsqu'ils l'envahirent sous le nom d*Hiksos ou Hicoussos, comme l'écrit Manéthon ; mais il est plus probable encore qu'ils les tenaient de leurs pères du Caucase, qui à leur tour les avaient antérieurement reçues des Égyptiens. Il est d'ailleurs à remarquer que les localités du Nil auxquelles elles s'appliquent remontent à une très-haute antiquité. Ainsi Patoum de Colchide nous rappelle Pithom de Libye, qui signifiait, suivant Champollion, lieu resserré entre des montagnes, ce qui est en effet la situation de la ville caucasienne pressée entre la mer et les hauteurs ^
Le petit port Eschsoumouni^ sur la mer Noire, est voisin du bourg Djani, comme en Egypte le nome Eschmoun est proche aussi de Sjani. Le nome Pemsjé a conservé le titre de Pemsé dans le Caucase, et Pschati, placé dans le Delta entre les branches Canopique etPhatmétique, a son homonyme dans la vallée caucasienne de Kchat^.
Le Mercure égyptien a laissé son nom à la montagne de Thot et, suivant Pallâs, il y a encore, auprès de Bakou, sur la Caspienne, des adorateurs du feu qui nomment la divinité Tant.
En suivant le littoral au nord de la Colchide, on rencontre le pays des AbaSj restes du peuple des As, dont les migrations retournèrent habiter l'Afrique sous les noms A'Agady Abassiy dont on a fait Abyssinie.
Après les Abas venaient les Akkaïy que les Grecs prirent pour des Achéens, anciens compagnons de Jason ; c'étaient les fils de Kaï ou Vulcain, de la tribu du Feu.
< Chainppll., Egypte sous les Pharaons, 1. 1 et II. 3 Klaproth. Voy, au Caitcase, D. de Montpéreux, elc.
LesSoanes, qui habitent le versant occidental de lacbainedu Caucase, nous montrent un débris du nome d'Assoan, les As, pasteurs de la Lune, Sô-an, Us s'appellent efitre eux ChnaaUy identique à Chruiy abréviation de Chanaan. Indépendamment des astres et des attributs particuliers aux tribus, elles se trouvaient edcore classées dans les deux séries du Soleil et de la Lune d'où sortirent toutes les autres. Les populations de la Lune, souvent en guerre avec celles du Soleil sont désignées dans les légendes sous le titre Djân ou Ghân. Les anciens Arméniens appelaient le Caucase Djenasdan et les Perses Djinnistan *; les poëmes en font la patrie des génies J)jinn ou Djdni, êtres malfaisants, maîtres des hommes et doués d'une puissance surnaturelle.
C'était encore la Lune qu'adoraient les Scythes de la Grinoée et à laquelle ils faisaient des sacrifices humains. Le nom de cet astre est resté attaché au Tanaïs, At-ana, et au Borysthène Boruz-at-ana, le bourg du peuple de la Lune. Il y avait en effet une ville de ce nom près d5 l'embouchure du fleuve.
Les coûtes d'ogres recueillis par Homère, et qui remplissent un chant de l'Odyssée, ont la Crimée pour théâtre. Suivantles recherches de M. Dubois de Montpéreux, les Lestrigons habitaient la baie de Balaklava très-bien décrite par Homère ^ Ce nom annonce une ville libyenne, Baal-àk4âAa, ainsi que LabinsMa située plus à l'est. Les géants du poëme grec étaient donc des descendants directs des Germains et des noirs. Polyphème le Cyclope, descendant de Gog {Eout^Uop), portait en signe du vasselage de sa race, l'œil d'Osiris peint au milieu du front.
La montagne d'Inkerman montre encore les grottes qu'ha-
1 Sailli-Martin, Mém. $UT V Arménie, U II, p. i^, — ^ Odyss., ch. x. V. 87.
bitaient ces Éthiopiens de Crimée. C'était la ville de Seb ou de Saturne; Séb-astu, dont les Russes ont fait Sébastopol. Kaffa, apa (comme Anapa, la ville de la Lune) dût sans doute à la beauté de son golfe d*étre un des premiers établissements des Égyptiens. C'est aussi un signe que ce nom de Criometopon, front du bélier, donné au promontoire le plus saillant de la côte méridionale de Crimée. • Le bélier d'Ammon, le cerf, le sanglier, la chèvre et les autres emblèmes des tribus de THeptanomide et du Maris qu*on remarque sur les zodiaques, se livrent souvent des combats sur les bas-reliefs de Panticapée, aujourd'hui Kertch. Mais ils sont vaincus habituellement par le Griffon et le Lion , le premier, signe héraldique de Panticapée, et le second, celui de Phanagorie, qui s'élève en face, sur le bord oriental du Bosphore Cimmérien.
Les animaux fantastiques tels que le griffon, le dragon, le sphinx, furent sans doute inventés pour exprimer l'union de deux tribus. Le serpent ailé indiquait le mariage de la tribu d*Ag avec le peuple scythe de l'Aigle. Ce signe se répandit parmi les populations nomades de l'Asie et gagna jusqu'à la Chine, où il devint le symbole national.
Le griffon, composé de la tête de l'aigle et du corps du lion, indique une alliance semblable avec un nome égyptien ou iranien. Le sphinx réunit les deux constellations du lion et de la vierge.
Le sphinx se trouve fréquemment parmi les*monuments de la Chersonèse où peut-être il a pris naissance. M. de Montpéreux l'a vu sur des poteries extraites des tumulus, et sur la mitre d'un roi Leuconide du Bosphore Cimmérien. Un fait curieux est celui signalé par M. le prince Démidoff. Ce voyageur rapporte que les innombrables tumulus qui couvrenties
plaines de la Tauridesur plusieurs lieues d*étendue, sont tous surmontés, à partir de Taganrok, d'un cippe de pierre sculpté grossièrement en forme de sphinx * .
On connaît l'histoire de ce roi scythe nommé Scylès, qui avait dans sa ville du Borysthène un palais à Tentour duquel étaient des sphinx et des griffons taillés en pierre blanche ^. Cet emblème a été rencontré aussi dans le nord de l'Asie, au fond de la Sibérie et dans la gran<le Tartarie. Parmi les objets trouvés dans les tombes et les vastes ruines des villes qui bordent les rives de l'Obi et de Tlénisei, la forme la plus commune est le sphinx. Cet emblème figure sculpté au manche des miroirs et dans les pierres des édifices, presque aussi fréquemment qu'aux bords du Nil. Un voyageur allemand, M. Von Ledébour, a vu dans le vestibule du musée de Barmaul un sphinx taillé en pierre et reposant sur un bloc carré long de quatre pieds sur un et demi de large ; on lui dit que ce monument avait été trouvé dans un tombeau tchoude fort ancien *.
Lorsqu'on considère ces sphinx des Tuileries que notre armée a conquis dans une ville russe sur une terre tartare, on incline à penser que, pareils à ceux du roi Scylès, ces symboles, transmis de peuple à peuple et comme attachés au sol, perpétuent une tradition locale dont Torigine se perd dans la nuit des âges.
La Crimée a conservé dans ses montagnes presque inhabitées, les vestiges les plus curieux de la vie troglodyte des Scythes éthiopiens à une époque contemporaine au moins de la XII® dynastie, trente-trois siècles avant notre ère. Nos soldats de l'expédition de Crimée ont visité ces avenues de cryptes
* p. DémidofT, Voyage dans la Rume mérid,, p. 3î7. — ^ Herod., I. IV, 79. — 3 Reisedurch dos Altdi gebirge unddiesoongorische Kirgisen steppe, 1829, p. 371.
taillées carrément dans le roc d'Inkerman par un peuple inconnu. Nulle inscription, nulle image sculptée ou seulement incisée sur les murs, aucune forme architecturale ne vient fixer la pensée sur une époque quelconque. Ces demeures ont évidemment appartenu à une race qui ne possédait point encore récriture ni les arts graphiques, et les grottes de Crimée n'ont pris une date qu'à l'époque de l'apparition du christianisme ; alors la chapelle byzantine avec ses faisceaux de colonnes trapues, s'installa à la place du Midrach noirci oii le feu avait été adoré, et la croix s'éleva sur l'autel où la pierre noire fut arrosée du sang des victimes.
Ces grottes sont spacieuses et commodes ; plusieurs forment des appartements complets. On y voit l'âtre à cuire le pain, des réceptacles pour caser les effets ; des caves ou des silos sont creusés sous le sol de la cuisine. Dans la chambre à coucher on aperçoit des cavités simulant des alcôves, et les rainures creusées dans les murailles nues montrent que des cloisons en bois et des portes divisaient ces vastes demeures souterraines ' .
 Mankoup, dans l'intérieur de la péninsule, on voit des villes entières composées de grottes semblables à celles d'Inkerman, mais taillées avec plus d'art ^; comme à Katchila« kène et à Tépékerman, elles communiquent par des escaliers, des terrasses, des galeries. Les fenêtres s'ouvrent sur le flanc à pic de la montagne percée de jours comme une forteresse, et d*oii l'on domine sur une vue magnifique. Cette face tournée au midi reçoit la brise tiède de la mer ; de Tautre côté la vallée présente une véritable rue de cavernes superposées qui tantôt grimpent en serpentant dans les anfractuosités des ro-
* Dub. de Montpér. Voy, autour du Caucase, t. V, Vï, p. 260, 281, 319. * ^ Man^Hopt Him-Kerman, demeure des Ker de la Lune.
chers, tantôt s'allongent sur une seule lipe comme uneTasfe avenue. A Tépékerman Tinégalité des conditions se rév^ aussi visiblement que dans nos cités, car il y a des cryptes simples comme des huttes où Ton ne trouve qu'une niche pour la couche, tandis que d'autres composées de plusieurs appartenvents offrent les principales commodités de la vie*
La chronique d'Âxoum pourra nous éclairer sur l'ori^ne de ces demeures singulières. « Les enfants de Cush, dit-elle, creusaient avec une industrie étonnante et à Taide d'outils inconnus, des demeures non moins commodes qu'adonrables dans les nK>ntagnes de granit et de naarbre. Ces habitations se sont conservées en grand nombre jusqi^à nos jours '. ».
Les frères des Cyclopes pélagiques et ces Âdites géants qui remuaient les plus grosses pierres, comme k dit la chronique arabe ^, ont pu seuls avoir assez de force et de persévérance pour se creuser ces nombreuses denoeures, fraîches l'été et chaudes en hiver. Partout oh les Couschites primitifs ont résidé, ils ont fouillé le roc pour y déposer leurs familles. Da»s le Caucase méridional, les flancs de quelques montagnes en sont criblés, et c'est un spectacle étrange et pittoresque que œlni de ces alvéoles humaines s' échelonnant les uBes au^essus des autres comme une ruche. Rien d'ailleurs n'offrait plus de sécurité que ces aires d'aigle souvent creosées an bord d'un âbime, et oii conduisaient des rampes abruptes qu^on rendait facilement inaccessibles. La chronique géorgienne rapporte que la reine Thaman, qui convertit à la foi chrétienne les montagnards du Caucase après les avorr soumis, se plaisait à faire sa résidence dans les grottes si admirablemeal
» Bruce's Truvels, vol. I. — « Tabari. Ibn Khald., ch. vm.
situées, d<vnt la Mingrélie, ainsi que les rives du Kour et de l'Araxe soBt semées.
Le Taurns, les monts de la Perse, le Koush indien aboiH dent en ces sortes de refuges ; auprès de la très-ancienne cité de Bamian s'élève dans la montagne une ville de grottes, la Bamian des Éthiopiens primitifs. L*Inde offre une foule de ces monuments de la patience des Couschites. Les rochers de la Sicile sont percés de cryptes du travail le plus ingénieux ; elles sont communes en France, dans le midi surtout. En Arabie, on montre aux voyageurs les antres où logeaient les Thamoudites et les Horréens. Quand les tribus laissèrent les montagnes pour habiter la plaine, elles construisirent des villes et les cavernes furent laissées aux morts. Telle est l'origine de ces vastes nécropoles de TEtrurie oii les Lucnmons dorment an milieu de leur peuple. La Bible nous dit le prix que paya Abraham aux Héthiens pour la grotte de Makpelah, dans laquelle il enterra sa femme Sarah, et du haut de leurs sarcophages taillés dans le roc perpendiculaire, les rois AehéméAftdes et Sassanides dominent encore la terre où ils ont régné.
Il existe auprès de Kertcfa non-seulement des tumulus coniques d'une grande élévation, mais encore une véritable pyra*mide de plus de 1 00 pieds de hauteur siir|14S de diaa>ètre, bâtie comme celles d'Egypte, en gros blocs de pierre de trois à quatre pieds de long, disposés en retrait sans ciment ni doortier. On n'est parvenu à y entrer qu'en 4832, et on a trouvé Tintérieur voûté à l'égyptienne, c'est-à-dire à grandes assises superposées sans ciment. Une petite salle carrée au centre du monumeat était vide et semblait attendre encore le cercueil du souverain inconnu pour qui cette tombe fut bâtie et qui trouva peutêtre dans quelque défaite lointaine une mort sans sépulture.
Une quadruple couche de peuples ensevelis, Tartares d'abord, Génois ensuite, puis Romains et Grecs, couvrent les rois Scythes couchés dans les tertres cyclopéens des environs de Kertch ; sous ces cinq générations de morts git la poussière de la première colonie égyptienne. Les tombes de Crimée ont été si souvent violées par les chercheurs de trésors, les cendres y ont été tant de fois bouleversées par des mains avides que F investigateur demeure consterné en présence de ces profanations successives exercées par chaque peuple sur les restes de celui qui Ta précédé. Cependant un voyageur a été assez heureux pour découvrir quelques vestiges des premiers colonisateurs de cette contrée. Tune des plus anciennement civilisées du monde, et retombée depuis longtemps dans l'obscurité des temps barbares.
Dans la vallée du Salghir, en Crimée, sur la route de Simféropol, M. de Montpéreux a rencontré un tumulus à demieffacé qui avait déjà été fouillé, mais pas assez profondément. Ayant continué l'œuvre abandonnée, notre voyageur trouva à sept pieds de profondeur les ossements de quatre à cinq corps d'hommes couchés la tête vers TOrient. Ils avaient au cou des colliers de cuivre tordu enfilés de grosses perles en verre de plusieurs couleurs travaillées avec soin; d'autres perles étaient en mosaïque et en pâte bleue et verte, dite égyptienne, imitant de petits dessins ou des damiers noir et blanc exacte* ment semblables, à ce qu'assure M. Jomard, à ceux qu'on trouve dans les tombes des bords du Nil, et dont le musée du Louvre offre dans ses vitrines des spécimens charmants. 11 y avait aussi un disque d'ambre jaune comme ornement de collier, et des perles véritables, ainsi que des boules de jayet, d'agate, et des chaînettes de petites perles en verre d'une forme exquise.
Chaque mort avait sur la poitrine soit un scarabée sacré, soit un petit lion couché ou un autre emblème qui semble être un Priape. Les scarabées sont parfaitement identiques à ceux d'Egypte, et portent sur le revers un serpent replié dans la position du Knouphis qu'on voit au front des divinités égyptiennes ; les bras et les jambes portaient des bracelets de cuivre très-légèrement travaillés avec des ornements aux
branches de jonction ' .
A côté des corps il y avait un glaive en fer et quelques flèches, dont l'une était restée plantée dans le tibia de l'un des guerriers. On trouva aussi un kados d'une forme grossière, très-épais, haut de sept à huit pouces et différent des vases élégants de style étrusque qu'on trouve dans les tombeaux plus modernes de Panticapée.
Cette sépulture avait été garantie de la violation par une moins ancienne, qui avait été ouverte et qui remontait évidemment à l'époque de la domination des Scythes sur le Bosphore. A deux ou trois pieds au-dessus des Égyptiens était enseveli le corps d'une femme reconnaissable par le miroir en cuivre déposéauprès d'elle. On y voyait aussi une coupe de forme étrusque et une masse considérable de pierres à feu. Il était dans les usages des Scythes de se déchirer le corps en signe de deuil avec des silex aiguisés qu'ensuite on jetait ensanglantés dans le tombeau.
II est à présumer que le sol de la Crimée recèle beaucoup d'autres vestiges non moins intéressants que celui que nous citons. Mais, excepté alentour de Kertch et de Caffa que pressent de longues rangées de tumulus funéraires, cette contrée n'a pas encore été explorée avec le soin approfondi qu'elle
1 M. Dubois de Atonlpéreux, Voy, autour du Caucase, t. V, p. 382. 1. 14
mérite. Il est vrai que rattenlion des savants ne s'est jamais tournée de ce côté, et ce que Ton sait de son histoire n'est pas fait pour tenter la curiosité. Les colonies génoises, romaines et grecques n*ont occupé que les rivages, et c*est dans un vague brouillard que Ton croit entrevoir derrière les colonies milésiennes qui vinrent s*y établir sept à huit siècles avant notre ère, d'autres colonies fondées, disait-on, par les Phéniciens. Ammien Marcellin parle d'une ville phénicienne située au bord du Tyras. Au-delà c'est la nuit profonde et sauvage oii s'agitent les Gètes pères des Celtes, les Sarnaates ancêtres des Slaves, les Kimmériens aïeux des Kimris, les Scythes, Scoutoï, de qui descendent les Scotes gaéliques, mais nul n'a parlé de la race civilisée qui, antérieurement à cette barbarie, vécut pendant plusieurs siècles au nord et à l'orient de TEuxin, et y déposa les notions et les institutions dont les germes cultivés dans ce lieu se dispersèrent pour refleurir à tous les coins du monde.