LES ILES ATLANTIQUES
II faudrait tripler l'étendue de ce travail si Ton entrepreuait d'exposer et de réfuter les nombreuses hypothèses qui ont été publiées sur l'existence et sur la disparition de l'Atlantide. Les uns ont vu cette ile en Afrique. La plupart la placent dans l'Océan Atlantique, et les Canaries seraient les débris de cette ile engloutie ^ Le savant Olaûs Rudbeck, dont la renommée fut grande il y a deux siècles, a composé trois énormes infolios bourrés de recherches savantes, pour démontrer que l'Atlantide n*est autre que la Suède. Jean Eurémius la retrouve dans l'Orient , et M. Baër dans la Palestine ^, Tournefort parmi les îles Canaries, un autre a cru la recoginaitre dans Saint-Domingue. Ces travaux ont leur côté utile, car les frappantes analogies découvertes par ces écrivains, établissent que les Scandinaves, les Celtes, les Grecs, les Romains, les Hindous, les.Hébreux, les Syriens, les Arabes, les Perses, s'ils ne sont pas les mêmes que les Atlantes éthiopiens, procédaient d'eux ou tout au moins avaient eu longtemps des rapports étroits avec ce peuple.
Notre illustre Bailly, dans ses lettres sur l'Atlantide, a été plus d'une fois bien près de la vérité ^, mais il lui manquait, pour appuyer ses déductions ingénieuses, le riche faisceau de
> Beckcl, ?num/us subterraneus. — ^Atlantica, Upsal, 4689. Atlantica orientalis trad. en lai. parOlaf Renhorn, 1764. Essai hist. et crit sur V Atlantide des anciens, par F. C. Boér, 1835, 2« cdit. — ^ Lettres sur l Atlantide a M. de Vo'laire; par Biilly.
documents dont nous disposons aujourd'hui ; c esl pour cela qu'après avoir erré dans l'Asie, pressentant instinctivement €]ue le berceau des races et des civilisations modernes était au nord, il s'égare tout à coup et se décide à placer l'Atlantide dans la mer Glaciale, après avoir supposé préalablement un refroidissement considérable dans la température du globe.
L'exact d'Ânville, effrayé des écarts d'imagination où une €.elle recherche pouvait l'entraîner, a ppis le parti de nier l'existence de l'Atlantide. Selon lui, le récit de Platon est :ffabuleux. Fatigué des longues incertitudes et des ténèbres que «haque nouvelle investigation semble épaissir autour de ce sujet, le public éclairé a fait comme d'Anville, et il a relégué l'Atlantide dans le pays des chimères. Les plus indul> ^ents n'y ont vu qu'une allégorie critique des gouvernements «t deleur corruption, c'est-à-dire tout simplement un roman du grand poète Platon, dans le genre de la Salente de*Télémaque. Pourtant Proclus, en commentant le Timée, ne doute pas de l'existence de l'Atlantide : « Il y a sept îles, dit-il, dont deux sont consacrées à Proserpine, trois à Pluton , une à Ammon ; la troisième au milieu a 1000 stades et appartient à Neptune. De ces Iles on peut passer à la terre ferme, qui n'est pas éloignée, et près de laquelle est la vraie mer. »
Ammien MarccUin^ après avoir énuméré les fles qui, telles que Anaphe, Rhodes, Ophiuse, furent soulevées du fond de la mer, parle des iles qui furent englouties par xles gouffres qui s'ouvrent ; c'est ainsi, dit-il, que, dans la mer Atlantique, à côté de V Europe, il y eut jadis une grande ile qui s'abima. Il est peu d'auteurs anciens qui n'aient fait allusion à la disparition de l'Atlantide. Cetle catastrophe terrible et mysté-
1 Amiii. MarceUÎD, XVil, 7.
rieuse avait tellement frappé Timagination de l'antiquité, qu*il semble impossible qu'elle ait pu se préoccuper ainsi d'un roman. N'est-ce pas, d'ailleurs, faire trop bon marché des enseignements d'un de ses plus beaux génies que de le condamner ainsi sans plus ample informé ? Le récit que Platon donne dans, le Timée et qu'il reprend dans le Critias, a un caractère de bonne foi et présente des détails si circonstanciés qu'on ne peut réellement prétexter contre la véracité de l'auteur que le charme puissant dont son récit est emprernt. Et pourtant, qu'on y fasse attention, le style même du "philosophe y prend un caractère très-distinct de ses autres écrits ; on dirait la Genèse habillée à la grecque. En lisant ces pages ndutilées où retentit l'écho lointain de la sagesse antique, on sent que la tradition des anciens jours, recueillie par la docte É^pte, s'y est déposée pour prendre des aîles brillantes et voler à travers les siècles jusqu'à nous.
Il résulte des recherches, dont nous allons exposer le résultat, que l'Atlantide fut une des îles du Méotis, la septième dont on ne retrouve plus la trace, lorsqu'on essaie de rétablir dans son état primitif le petit archipel qu'elles composaient. D'abord nous irons au-devant d'une première impression qui saisira le lecteur, car nous l'avons éprouvée nous-mérae avant de nous rendre à l'évidence. Comment, pour un si grand événement, un si petit théâtre! Cette île Atlantide, qu'on a assimilée à un continent, se réduirait aux proportions diminutives d'une terre de quelques kilomètres de longueur, et le grand peuple qui l'habitait à une poignée de tribus?
N'oublions point l'époque toute primitive où nous sommes transportés ; rappelons-nous toujours que les populations qui furent témoins de la catastrophe et les générations qui en conservèrent le souvenir, étaient pour la plupart neuves et
ignorantes. L'événement fut considéré par elles comme un prodige et un châtiment céleste ; il ne faut donc pas s'étonner que tout, dans la tradition de ce fait, ait pris des proportions exagérées. Le tremblement de terre qui renversa Lisbonne fut probablement un désastre plus terrible encore, et, il y a 3 à 4000 ans, on en eût fait une légende semblable à celle de TÂtlantide ; mais rien ne nous surprend plus aujourd'hui, nous autres vieux civilisés qui créons des destructions plus formidables que celles de la nature, et l'on ne s'émeut pas davantage d'un tremblement de terre que de ces éclipses qui, naguère encore, jetaient des; nations entières dans la consternation.
— « Un jour, dit Platon \ Solon voulut engager les prêtres de Sais à parler de l'Antiquité ; il se mit à leur raconter ce que nous savons de plus ancien ; Phoronée, Niobé, le déluge de Deucalion, leur postérité, supputant le nombre des années et essayant de fixer l'époque des événements. Un des prêtres les plus âgés lui dit : « 0 Solon , vous autres Grecs, vous serez toujours des enfants, il n'y a pas de vieillards parmi vous. — Et pourquoi cela? dit Solon. — Vous êtes tous, dit le prêtre, jeunes d'intelligence, vous ne possédez aucune vieille tradition ni aucune science vénérable par son antiquité. En voici la raison : le genre humain a subi et subira plusieurs destructions, les plus grandes par le feu et l'eau, et les moindres par mille autres causes... Vous, Grecs, ne parlez que d'un déluge, quoiqu'il y en ait eu plusieurs auparavant, et que de la plus belle, de la plus vaillante race qui ait jamais existé dans votre pays, vous n'en faites pas mention, bien que toimême et tous tes compatriotes vous tiriez votre origine d'une des familles de cette race échappée au commun désastre. Vous
1 limée, trad. de M. Cousin, t. XII.
ignorez tout cela parce que les survivants et leurs descendants demeurèrent longtemps sans avoir la connaissance des lettres, car déjà autrefois, Sokn, avant la grande destruction opérée par le déluge, la ville qui est aujourd'hui Athènes excellaikL. dans la guerre, et elle était renommée par la perfection de ses lois... Parmi les grandes actions de votre ville, dont la mé-moire est conservée dans nos livres, il en est une qu'il faut placer au-dessus de toutes les autres. Les livres nous apprennent quelle puissante armée Athènes a détruite, armée qui, venue à travers la mer Atlantique, envahissait l'Europe et TAsie. Car cette mer était alors navigable, et il y avait audevant du détroit que vous appelez colonnes d*Hercule, une ile plus grande que la Libye et TAsie. Cette ile était de forme carrée, et de là on pouvait facilement passer aux autres iles, et de celles-là à tout le continent qui borde la mer qii*oa appelle Pontos ; car ce qui est en deçà du détroit dont nous parlons ressemble à un port ayant une entrée fort étroite. Là est le Pélagos, qui est une véritable mer, et la terre qui l'environne est un véritable continent.
» Dans cette ile Atlantide régnaient des rois d'une grande et merveilleuse puissance ; ils avaient sous leur domination rile entière, ainsi que plusieurs autres iles et quelques parties du continent. En deçà du détroit, ils régnaient sur la Libye jusqu'à rÉgypte et en Europe sur la Tyrrhénie... Dans la suite des temps, de grands tremblements de terre et des inondations engloutirent en un seul jour et en une nuit fatale tout ce qu'il y avait de guerriers... L'île Atlantide disparut sous la mer; aussi, depuis ce temps, la mer est-elle devenue inaccessible et a-.t-elle cessé d'être navigable par la quantité de limon que l'île abîmée a laissé à sa place. »
Nous prions le lecteur de ne rien omettre de ce passage. Il
:b) y a pas un mot, il est vrai, qui ne soit une énigme, mais ces énigmes vont devenir des indices ; commençons par l'étude ^éc^raphique.
L*ile Atlantide était au-devant du détroit des Colonnes d'Hercule. Ou l'étude à laquelle nous venons de nous livrer est complètement inutile, ou nous avons ici par cette seule indication la situation véritable de TÂtlantide ; les deux problèmes sont solidaires, et la solution de Tun conduit à celle de Tautre. Si l'on se transporte à l'endroit où nous plaçons ces deux colonnes, c'est-à-dire entre les deux caps d'Europe et de Libye, en d'autres termes de Taman et de Fontan, on se trouve en face du golfe qui fut l'ancien Palus-Méotis. Platon nous apprend que, depuis la submersion de l'Atlantide, la mer a cessé d'être navigable par la quantité de limon qui s'y trouve déposée. C'est précisément l'état oii, de temps immémorial, on a représenté la baie de Taman ; les barques seules peuvent s'y risquer. Â présent, le maximum est douze pieds d'eau ; mais, presque partout, on n'en trouve guère que cinq à six.
Mais, dira-t-on, comment une baie de quelques kilomètres de profondeur a-t-elle pu contenir une ile plus grande que l'Asie et la Libye ?
Ici les interprétations que nous avons obtenues nous mettront promptement sur la voie. Rappelons-nous la définition du Méotis par Scylax : la Libye est une péninsule; et celle de Suidas : la Libye est au nord de la Colehide ; et l'on reconnaîtra qu'il s'agit ici de l'île Kimeri, oii s'étaient établis les Libyens du Maris égyptien.
Apollodore rapporte que les pommes d'or des Hespérides étaient chez les Libyens, et, suivant d'autres traditions, chez Atlas, roi des Hyperboréens. D'un autre côté, l'Edda fait aussi mention des pommes d'or et les place chez le roi Gimeri,
le père de la race Scandinave. Gimeri est évidemment le même que Kiméri , File des Kimmériens.
Cette légende des pommes d'or se retrouve dans les mythologies du Nord, jusque chez les Lapons. On ne peut supposer que les Scandinaves soient venus la chercher au fond de l'Afrique. Il est bien plus naturel d'admettre qu'ils la reçurent aux bords de l'Euxin des Égyptiens qui s'y établirent. On sait que les Âses sont les dieux-ancêtres sur qui repose toute la théogonie du Nord. On découvre donc ici, au point de jonction des races scythiques et africaines, l'origine des mythes des Scaldes empruntés au symbolisme chaldéen. Thor, au lourd marteau, dieu de la foudre, est à la fois l'Indra des poèmes hindous et le Jupiter des Grecs ; son nom at-Hor rappelle l'Horus égyptien ou le soleil. Le sage Odin, Oud, est sans doute Hermès; le noir Loki, ennemi acharné des dieux, correspond à Typhon , la belle Fréya représente Athor, Héré et Vénus. Ces douze Ases, égaux ^n nombre aux signes du zodiaque, offrent le tableau de l'empire égypto-germanique ou chaldéen qui domina dans l'Arménie et dans le Caucase, à partir du déluge jusqu'à l'empire assyrien.
Avant de devenir un grand peuple, les As avaient été d'abord une petite tribu libyenne du Méotis ', qui se multiplia rapidement par ses alliances avec les Scythes germaniques et se fondit graduellement dans les tribus blanches auxquelles elle légua son nom et son symbole.
Strabon place près du Kouban ou Vardanes une contrée
i Gesnerii de nav, extra col. Hercul, 11 est établi par les historieos anciens que des fruits mieux cultivés et plus délicats furent apportés jadis eu Grèce de Libye. Cetle introduction n*a pu avoir lieu qu'entre climats peu diiïérents, et il est tout à fait invraisemblable qu*il soit question ici de l'Afrique.
appelée Asia, entre les derniers sommets du nord du Caucase et le Palus-Méoiis*. C'est à peu près dans la même région que TEdda localise la patrie des dieux : « A Torient de Tanaquisl, sur les frontières de l'Asie, la contrée nommée Asaheim est située entre le Tanaïs et le Vardan ^. »
Pline range les Asiœi parmi les nations scythiques. Ce peuple fut compris par les Grecs dans l'empire qu'ils fondèrent près du Bosphore et qui devint ensuite le royaume de Pont. M. Dubois de Montpéreux décrit, dans son voyage, un autel trouvé au bord du lac Aftaniz dans le village d'Akdenghisofka, qu'il présume devoir occuper la position de l'ancienne ville de Kepos, indiquée par Strabon. Suivant l'inscription, cet autel fut élevé par Parisadous, archonte du Bosphore et de Théodosie, roi des As, des Maètes et des Thates ^.
Enfin Strabon donne un détail qui précise la situation que ce peuple occupait de son temps : « Une montagne, dit-il, sépare le Rhombitès (liman de Temrouk) du golfe grand Kandaour. Sur cette montagne était située l'antique ville des^^purgi {as'pyrgoSf forteresse des As) ; le pays de ce peuple s'étendait entre Phanagorie et la Sindique, sur une longueur de 500 stades. »
M. Dubois de Montpéreux a reconnu que la partie méridionale de Taman fut autrefois séparée en deux îles qui se sont jointes depuis. La plus proche de l'Euxin était la Sindique^ résidence de la tribu de Jupiter Ammon. La seconde, et la plus grande, fut occupée par les As. Les villes de Pha-
nagoria et d'Hermonassa, situées dans cette partie de la pénin-
suie, sont appelées par Pline, insignes urbes Asianorum. De cette analyse il résulte, qu'à l'origine les noms de
■ « Str., liy. XI, p. 472. Ritter, ch. vil, p. 299, t. I. — « Edda, Icx. Myth,, l. lU, p. 560. ^ 3 Voyage au Caucase, t. V, p. 60.
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Libye et d'Asie ne désignaient Bnllement une vaste contrée d'Afrique ni le pins étendu des continents, mais que ces appdlations s'appliquèrent d'abord à ieax petites Des du Pont- Euxin imperceptibles sur la carte. Cest à ces lies que la tradition redite à Selon comparait l'Atlantide située entre elles deux dans le même archipel. Ainsi compris, ce rapprochement n'a plus rien d'exagéré, et donne, an contraire, une idée fort restreinte des proportions de l'ik defenoe si célèbre par le récit de Platon.
An moyen de ces notions, on se rendra aisément compte des paroles de Platon : « De l'Atlantide on pouvait passer facilement aux autres îles, et de ces lies au continent qui borde la mer dite pantas (le Pont-Euxin). Car ce qni est en deçà du détroit dont nous parions, ressemUe à an port ayant une entrée fort étroite. Là est la mer dite pdagoê. •
Aujourd'hui on n'a que le Kouban à traverser pour passer de la péninsule au continent. Autrefois les bras de mer ou du fleuve, qui séparaient ces iles, n'étaient guère moins faciles à franchir, et, comme le dit Platon, on pouvait communiquer aisémait d'une île à l'autre et de là au continent.
Nous avons fait remarquer ailleurs qu'il n'y avait point chez les peuples primitifs, de noms de mer proprement dits. L'étendue maritime, comme la localité terrestre, prenait le nom de la tribu maîtresse du pays. Ainsi, ces termes : pelages^ thalassos^ ckeanas, maris^ ponfos^ sont tous, sans exception, des noms de peuples habitants des iles Méotides, et ces dénominations s'appliquaient, par conséquent, à des espaces très-limités. Le mot Océan, que Diodore fait dériver d'Okéamj ancien nom du NiP, se compose des deux noms Og et Uam^ dont l'un désigne la race germanique et l'autre TE-
»D;od., liT. I, g I.
gypte. Og est synonyme de och, grand, en cophte; les Asiatiques appelèrent ainsi les Germains, et ce terme, Tun des plus anciens sans doute que Ton connaisse, révèle l'union des deux races.
De la tribu le nom passa à la terre qu'elle habitait, puis à la mer qui l'entourait ; les migrations, parties plusieurs siècles après la fondation de la colonie, emportèrent avec elles ces dénominations comme un souvenir de la région sacrée où étaient nés leurs pères, et elles les imposèrent aux contrées lointèines où elles vinrent s'établir. Les noms de Gadès, d'Atlantique, d* Océan remontent donc aux premières colonies celtes, ibères pélagiques qui émigrèrent des bords de TEuxin pour venir fixer en Italie, en Espagne et dans les Gaules. Le mot maris appartient aux descendants des Éthiopiens du IMaris Méolide, aux Ham-ari ou Himerij Kirneri, qui nac^uirent dans la colonie du mélange des hommes bruns et noirs ^vec les femmes de race scythique. Cette appellation de Mdri s'appliquait^ en Egypte, à une grande cité située entre le lac IMaréotis et la Méditerranée, sur la frontière libyque S connue sous le nom àtMaréa ou Mari-Niphaïat ; ce demitr mot, chez les Égyptiens, servait à caractériser la chaîne des monts qui bornent TÉgypte à l'ouest ^ et fiH transporté au Caucase que les Grecs nommaient Riphées.
Le grec thalassos dérive évidemment de at-al-ASy la demeure des As. C'est le même nom qu'Atlas, le roi des Allantes et le père des Bospérides. Pelagos s'applique, tantôt à la mer
1 Les habilaDls de Marée et d'Âpis, villes frontières de TÉgypte, da côté de la Libye, ne se croyaient pas Égyptiens mais Libyens. Hérod., liv. Il, i8. Cette remarque détermine positivement la séparation originelle des deui races. — ^ D*Anviile, Mém. sur VÈgypte, ChampolL, Egypie sous les Pharaons, t. lî, p. 265.
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d*Azopli, tantôt au lac Âftaniz; lagos, lacus, lac, dérive évidemment de ag, ak, nom de la race. Platon décrit avec soin rentrée étroite ressemblant à un port qui donne entrée dans lepelagos, et qui n'est autre que Temboucliure du Kouban ou Hypanis dans la baie de Kiziltache.
On se demandera peut-être comment les mers ont toujours gardé les dénominations les plus anciennes et n'en ont point reçu de nouvelles tandis que les pays, en changeant de possesseurs, changeaient souvent de nom. Le Péloponèse s'appela d'abord Pelasgiotide, puis Hellade, sans parler des fractions de la Grèce qu'habitèrent tour à tour les Danaens, Âchéens, Minyens, Hellènes, etc. Il n'en fut pas de même des mers qui n'appartenaient à personne, et que, par conséquent, on continua de désigner par leurs noms primitifs : ceux-ci avec le temps, prenant un sens purement matériel, n'exprimèrent plus qu'une certaine étendue d'eau, et l'usage s'en généralisa avec cette signification. Grâce à cette immutabilité, l'on peut constater quels furent les premiers colons de la Grèce et de l'Italie, et conformément aux données de l'histoire, nous trouvons le moi pelagus^ pè-l-as-cus, Pelages dans la langue des deux contrées.
Pontos, pontu^, qui a pris aussi le même sens général en grec et en latin, ne s'appliqua sûrement jadis qu'à la mer de l'archipel Méotis, d'où elle s'étendit au Pont-Euxin. Le Palus- Méotis, le Bosphore cimmérien, une partie de la Crimée et du littoral nord du Caucase constituèrent, au temps de Mithridate, le royaume de Pont, qu'il ne faut pas confondre avec le Pont de l'Asie mineure, voisin de la Cappadoce. Celui-ci est vraisemblablement le Put ou Phut des prophètes hébreux, ordinairement allié avec Cus. Le passage du mot Put à Pontos nous est fourni par une inscription hiéroglyphique de
de Thëbes, dans les peintures qui accompagnent les victoires d'Amoun-m-Gori. On y voit désigné sous le nom Pount un peuple à peau d'un ion rougeâtre-clair, aux traits aquilins, au costume riche et indiquant un climat tempéré. Les Égyptologues n'hésitent pas à le considérer comme un peuple de Syrie ou d'Asie mineure ^ .
La dénomination Photit est fréquente parmi les villages de la péninsule de Taman et de la Crimée. L'île Kimmérienne de Strabon s'appelle aujourd'hui Fontan, qui est une altération légère de Pont.
« Nos livres, dit le prêtre égyptien à Solon , nous apprennent qu'une puissante armée dirigée par les rois Atlantes envahit Y Europe et Y Asie. » Il est à croire que, dès le temps de Solon, les Égyptiens avaient eux-mêmes perdu le sens antique €3e ces deux noms ou qu'ils négligèrent de l'expliquer à Solon. Quoi qu'il en soit, il n'est pas douteux qu'il ne s'agisse ici en réalité de la conquête des deux îles du sud de l'Arcîhipel, l'île des As, qu'on a prise pour l'Asie, et l'île à'Ourop ^u de Jupiter Ammon.
On raconte qiie les Athéniens, dans un temps de peste, s'^tant inutilement adressés à leurs dieux ordinaires pour détourner le fléau, cherchèrent dans les souvenirs de leur race une divinité plus secourable. Ce fut alors qu'ils dédièrent un temple au Dieu inconnu et étranger, qu'ils appelèrent le Dieu d'Europe, d'Asie et de Libye. Tertullien rapporte qu'à Rome il y avait.un temple semblable voué aux dieux inconnus, Diis ignotis. A trois mille ans de distance, l'instinct de la race ra.menait ces peuples, descendants des colonies pelages émigrées du Méotis, vers les dieux de leurs preiniers pères.
Wilkinson. Manners ofold Egypt, t. I.
Hérodote remarque que les Ioniens disaient que la terre était divisée en trois parties, l'Europe, l'Asie et la Libye *. Rien ne prouve mieux la confusion d'idées dans laquelle les auteurs anciens étaient jetés par les modifications qu'avaient subies les appellations des vieilles traditions, que le singulier exposé de la terre donné par cet historien dans son IV* livre consacré à la description de la Scythie. Il parle des Hyperborées, des Perses, des Mëdes, des Sapires, des Colchidiens, qui sont bornés par la mer Erythrée et par la mer Noire; puis il nous dit tout à coup que la terre est divisée en deux péninsules, dont l'une est l'Asie et l'autre la Libye. « — Je ne puis comprendre, dit-il, pourquoi la terre n'étant qu'une, on lui a donné trois noms qui sont des noms de femmes, et pourquoi on lui a fixé pour ses limites le Nil, fleuve d'Egypte et le Phase de Colchos. D'autres veulent qu'elle soit bornée par le Tanaïs, fleuve du Méotis, et Porthmia dans le Bosphore cimmérien. Je n'ai pu découvrir ceux qui établirent ces divisions, et pourquoi on a donné aux trois parties de la terre ces noms de Libye, d'Asie et d'Europe ^. »
Il est évident qu'Hérodote est en présence d'une tradition fort ancienne à laquelle il ne comprend rien, par cette simple raison qu'il donne au mot ghè, terre, la signification étendue qu'elle avait de son temps, tandis ^ue dans la tradition, il ne s'agit que de la tene qu'habitaient les tribus de la
• Liv. Il, 10. — ' Oùo exoj <rufJt.€aX£<yôai iit* OTrev [xîv Iouoy) y5j j ouvdaaTQi Tpt(pa(7ia x^exai eiub)vua(aç ^xovTa y^vaixâSv xotl ouptajAOïTa ^ auT^ NeTXoç xai (paŒiç o KoXxoç; etc. Hérod., liv. IV, 45. Nous citons ici M. le texte, parce qae dans la traduction de M. Larcherquiest entreles mains^ de tout le monde, ce savant a corrigé ce passage en intercalant le motf « Asie : « Et pourquoi on donne à VAsie pour bornes le Nil et le Phase, etc. ^ Cette addition change le sens de la phrase d'Hérodote où rien n'indiquer j qu'il y ail en omission. C*est bien n la /erre que s'appliquent ces limites ^
colonie de Séosiris. Il y a lieu de penser que le monosyllabe grec ghè est d'origine asiatique, et signifiait, dans le Caucase et en Arménie, pays, région. Nous ne rechercherons pas s'il n'y a pas là une simple altération de gah, feu en zend, de l'égyptien ah, et qui dut être le nom de la tribn couschite du Feu et.du Taureau, établie en Colchide, et dont la capitale fut .^a; on peut supposer ce qu'on veut en linguistique, lorsqu'il s'agit de voyelles. Nous nous bornerons à remarquer que, aujourd'hui. Ton dit encore dans le Caucase, Abasghé, ^dighé pour désigner la peuplade des Âbases et celle des Kerkëtes ou Circassiens. Le mot Géorgie offre, sans doute, ^n radical semblable : glté-Hor, terre du Soleil, ce que dut signifier aussi ghé-on, l'ancien nom égyptien de l'Araxe et du Nil.
On voit encore sur les cartes la dénomination A^Alghésira, le pays sacré; que les Orientaux donnaient à la région située au nord de Babylone, et qui fut l'ancienne Mésopotamie, lieu célèbre que la Genèse appelle la plaine de Sinhar, et où les tribus caucasiennes, qui vinrent s'y établir après le déluge, se séparèrent pour s'acheminer vers les quatre points du monde. Le Ghèz, que parlaient les Éthiopiens quand ils arrivèrent en Abyssinie, fut probablement cette langue unique, suivant la Bible, qu'on parlait dans l'Asie centrale : « Alors la terre avait un même langage et une même parole \ » Terre a ici le sens local que nous attribuons au ghé grec. Ce fut de cette même région que partirent les Chaldéens de Danaûs et les Phéniciens de Cadmus, dont une tribu, les Ioniens, lô-on, Jupiter-Soleil, porta en Grèce la tradition que recueillit Hérodote, avec ce mot gft^, dont l'acception s'élargit à mesure
i Gen., ch. xi.
que les Dotions gé<^;nipbîqaes embrassèrent nn plus vaste espace, et qui finit par prendre cette signification générique que nous donnons au mot terre.
En résumé, le Ghé primitif, sui?anl Hérodote, avait pour limites, au sud le Phase, au nord le Tanais, le Bosphore dmmérien et le ILouban, qu'on appelait le Nil. Ces limites comprennent les îles Méotides et la Colehide, dont se composa la colonie de Séosiris; là étaient rassemblées les tribus ^yptiennes et libyennes dont Hérodote aperçut les vestiges.
Au surplus, tout n'est pas pure interprétation dans cette analyse. Aujourd'hui encore, les deux principaux affluents du Kouban, qui descendent du Caucase septentrional, s'appellent Ourop et Laba.
La géographie de Scylax nous dit que les colonnes d'Hercule étaient situées, l'une en Libye, l'autre en Europe; la Libye est l'ile Fontan, et dès lors TEurope ne peut être que Taman, ce qui s'accorde parfaitement avec Platon On peut donc affirmer que, dans cette partie du pays, il y eut une cité égyptienne du nom d'Op ou Ourop. Nous supposons qu'elle occupa l'emplacement même de la ville actuelle de Taman, et voici sur quoi se fonde cette assertion : au sommet d'une éminence proche de cette ville, on voit un bassin circulaire rempli en tous temps d'une eau douce et pure, i quelques toises seulement de la mer. M. Dubois de Hontpéreux est loin d'attribuer à la population tartare de la Péninsule, aussi indolente qu'ignorante, la découverte de cette source précieuse qu'il attribue aux filtrations pluviales dans un sol volcanique. Nous croyons y voir plutôt la main d'une race industrieuse, et il nous semble reconnaître ici Tun de ces puits artésiens que les Égyptiens ont percés souvent à d'assez grandes profondeurs dans la Libye, el que les Arabes retrou-
vent de temps en temps ensevelis soOs les sables. Ce qu'il y a de remarquable, c'est qu'une source semblable existe aussi au milieu de Fontan, sur le point le plus élevé, d'oii elle se déverse en alimentant toutes les fontaines de l'île. Aucune tradition locale n'explique l'origine de ces eaux sans lesquelles le pays serait inhabitable.
Il est à présumer que, suivant l'usage oriental, qui consiste à assurer d'abord l'eau dans un établissement, le puits de Tçiman, comme celui de Fontan, fut compris dans l'enceinte où résidaient les guerriers et la caste sacerdotale. Op était donc construite sur cette éminence couronnée par une ancienne forteresse turque, d'où l'on domine d'un côté la mer, et de l'autre le territoire de l'île couvert jadis d'admirables jardins et de riches vergers qui subsistaient encore au siècle dernier, jusqu'à la venue de Souwaroff dont les soldats dévastèrent et ruinèrent sans retour la péninsule de Taman.
Des différentes dénominations de pays et de mers dont l'interprétation erronée rendait incompréhensible le récit de Platon, une seule reste encore obscure : « Les fils de Posidon, dit-il, et leurs descendants demeurèrent dans l'Atlantide pendant une longue suite de générations, et leur empire s'étendait sur d'autres îles en deçà du détroit jusqu'à TÉgypte et la Tyrrhénîe. »
On a cru qu'il s'agissait ici des Tyrrhènes, parents des Étrusques, et l'on en a conclu que les rois Atlantes régnèrent sur l'Italie. Il est inutile de faire ressortir l'invraisemblance de cette hypothèse et il faut ici en rabattre comme de tout le reste, car il ne s'agit simplement que d'une tribu de l'archipel Méotis dont le nom et la situation nous sont révélés par l'argonautique d'Orphée : près du Bosphore cimmérien, les Argonautes rencontrent les Turhuas, près des Sinles orgueil-
leux. La Sindique est, en effet, relativement à l'Egypte, située en deçà des colonnes d'Hercule ; il ne faut pas oublier que c'est un Égyptien qui parle et qu*il se place à l'Orient pour regarder l'Atlantide. Or, c'est dans la Sindique que Strabon place les Toréâtes *, Arrien la ville de Toricos et A. Marcellin celle de Tyras. Ces diverses dénominations ont pour racine Ttfr, Tour, Tune des familles les plus considérables de l'ancienne Asie, qui laissa son nom aux Scythes Tauriens de la Crimée, au mont Taurus, et de qui descendirent les Ty riens, les Astôr ou Assyriens, les Touraniens de la Soghdiane, et ces mêmes Tyrrhéniens, colonie pélagique émigrée du Caucase en Italie, où elle apporta les arts et les traditions de la civilisation égyptienne et couschite.
Les récits du Timée et du Critias, ainsi dépouillés des exagérations apparentes auxquelles ils doivent ce cachet d'invraisemblance qui les a fait reléguer parmi les fables, rentrent dans les proportions de l'histoire. Cette légende nous apprend simplement que les rois des iles Atlantiques avaient sous leur domination les tribus libyennes et scythes établies dans l'archipel Méotide, dans le Caucase, et probablement dans la Crimée. Cela est plus naturel que de supposer que leur empire ^ embrassait l'Espagne, l'Italie, l'Europe, l'Asie et la Libye.
On remarque dans les récits de Platon une grave contradic — tion : il y est dit que l'île Atlantique fut engloutie en un jourv et une nuit ; puis, dans un autre endroit, l'auteur rapports, que Neptune donna une des extrémités de l'île en partage £ son fils Eumelos qui est Gadir dans la langue du pays. Cett»^ partie de l'île, ajoute Platon, est située vers les colonnes d'Her ^ cule, dans la contrée qui de nos jours est appelée Gadiricc
* Orph. Arg., Str. liv. XI, p. 405.
Gadir survécut donc à la destruction de l'Atlantide? si cette région faisait partie de Tile, comment ne fut-elle pas engloutie aussi? II y a, ce nous semble, réponse à cette question ; Nous avons reconnu plus haut que Gadir ou Gadès était cette même île où s'élevait Tune des colonnes d'Hercule et qu'elle n'est autre que l'ilejde Kimmériens. La contradiction apparente qui ressort du récit de Platon, vient de ce qu'en parlant de l'empire des rois Atlantes, il comprend les sept tles et une partie du continent, tandis qu'il n'est question que de nie seule de la tribu Atlante, lorsqu'on fait mention de sa destruction. Il est vrai que dans son récit Platon ne dit rien qui fasse présumer qu'il y eût d'autres îles que l'Atlantide; il paraît même l'avoir ignoré, et ceci ressort de ce passage où il dit qu'après avoir mis fin aut guerres sanglantes, Jupiter plaça les héros et les dieux dans Yîle des Bienheureux, la très-auguste Atlantique.
Hais nous avons vu plus haut, dans le curieux paragraphe où Hérodote décrit l'oasis d'Ammdn, que, suivant l'historien, ce pays s'appelait en grec les tles des Bienheureux. Il était donc reconnu qu'il y eût plusieurs îles de ce nom parmi lesquelles d'autres écrivains placent en effet l' Atlantide. Ce sont aussi les tles Fortunées que, d'après la description de Ptolémée, on a cru être les Canaries, et qu'on a désignées comme telles sur les cartes du moyen âge.
Dans la mystérieuse catastrophe dont parle Platon, l'Atlantide seiile périt; les îles voisines survécurent et furent connues' des anciens, celle du nord sôus les nofifis divers d'Érythie, de Gadès, d'île des Libyens,, des Kimmériens, de Tricarénà, etc. ; celle du sud sons les dénominations d'Ogygie, d'île de Borée, d'Éole, de Calypso, de Géryon, des Hyperborées, îles Hespérides, îles Fortunées, etc.
Si l'on ne savait généralement ce que valent les chiffres dans les traditions des Grecs, on serait fort embarrassé des dimensions extraordinaires que Platon donne à TAtlantide ; mais un chiffre se change comme une lettre, et la méprise qui en résulte est beaycoup plus grave.
Ici l'exagération est évidente, soit de la part des prêtres égyptiens, soit de la part de Platon ou des intermédiaires qui lui transmirent cette histoire. Suivant lui, TÂtlantide avait 3000 stades de long et plus de 2000, en partant du milieu jusqu'en haut, c'est-à-dire jusqu'au' nord. Que Ton calcule d'après le stade olympique de 24 à la lieue ou selon le stade égyptien plus court d*un cinquième, suivant d'Anville ' ; que Ton adopte même le stade de 51 toises, dont Hérodote se sert habituellement, au dire de M. Larcher^, on n'arrivera point k réduire ces proportions à celles de la presqu'île, de Taman. L'invraisemblance perce d'ailleurs dans le rapprochement de cette ile de 3000 stades, avec la plaine de 10,000 stades qu'elle était censée contenir.
Proclus, rabattant les deux tiers, donne à l'Atlantide 1000 stades seulement. Ces évaluations cesseraient sans doute d'être exagérées, si l'on admettait qu'elles s'appliquent h l'empire des rois Atlantes, comprenant les iles Méotides et le territoireduCaucases'étendant jusqu'au Phase. Mais toute cette partie de la tradition se perd dans le vague de l'éloignement des temps qui, semblable à celui des distances, efface la précision des détails et ne laisse entrevoir que les grandes masses. Il y a donc peu de sûreté à faire de ces chiffres une base de déductions. Les Égyptiens du siècle de Selon n'en savaient sans doute pas davantage que les Grecs du temps d'Hérodote : or,
* Mém. sur VÉgypte, — ^ Hérodote, Irad. de Larcher, liv. I, p. 178. Note.
celui-ci prétend que le Palus-Méotis n'est guère moins grand que lePont-Euxin *.
Les Égyptiens et les Grecs mesurèrent Timportance de l'Atlantide à la grandeur de son désastre et au retentissement qu'il eut dans le monde. On se fera donc une idée plus juste de la réalité en s'en tenant à certains traits caractéristiques ^ui se sont gravés mieux que le reste dans la mémoire des j)eiiples ; or, ces traits généraux s'adaptent avec une parfaite exactitude à la localité que nous désignons.
Récapitulons maintenant ce qui nous reste des indications ^ ^ Platon é mondées de leur luxe poétique, et essayons de us faire une idée de la distribution des îles Atlantiques, oclus nous aidera à mettre de l'ordre dans la géographie un «u nébuleuse du Timée.
« Il y a, dit-il, sept îles, dont deux sont consacrées à Pro-
^.rpine, troiç à Pluton, une à Ammon ; la troisième (il y en a
*'ois principales) est située au milieu; elle a 1000 stades et
ppartient à Neptune. »
C'est celle-ci qui fut l'île des Atlantes, car Platon nous ap-
rend que Neptune et ses descendants y régnèrent. L'île
'Ammon ou de Jupiter est au sud ; c'est aujourd'hui Taman,
éparée jadis par un canal de l'île des As.
Pluton avait trois îles; le nom ou plutôt le titre d'Aïdonée
^ Kaï'doun, le roi des Kaï), nous indique un chef des Akhaï
îablis sur le littoral voisin du Caucase, et qui s'empara pro-
• Hérod., liv. IV, p. 86.
bablement d'une partie deFarchipel. La prise des tles de Proserpine sur la tribu de Ker, par ce chef éthiopien, nous explique la fable de la fille de Cérës, enlevée par le dieu noir.
Les noms de Proserpine et de Persé'phone ne sont pas d'une très-haute antiquité. Le vrai nom primitif est Perisattay qu'on trouve dans quelques poètes grecs anciens. Perisatta signifie le pays des Péris, ce qui nous conduit à la source des origines de l'Iran, car les Péris sont ces génies femelles d'une rare beauté, que les Perses et les Arabes placent, selon leur mythologie, dans le voisinage des Djinns et des Dives. Nous n'hésitons pas à identifier les Péris avec les Hespérides {Aspéri) vierges consacrées à l'étoile Hesper ou Vénus.
Parmi les îles Méotides, celle qui rejoint l'île Kimmérienne à l'île de Temrouk, présente une localité à laquelle on a conservé le nom grec de Pérésippe, c'est-à-dire les Éris ou Péris de la tribu du Cheval, précisément le même sens qu'aurait en Zend le nom Asp-eri. Nous retrouvons donc ici l'un de ces attributs d'animaux auxquels on étendait la même appel- ^ — j lation qu'à l'astre et à la tribu : as, as-ap, asp. Pérésippe ful,^ ^ suivant notre conjecture, l'une des deux îles de Perisatta ovim- ^ Proserpine et le berceau des peuples Iraniens si souven.^:^désignés par la dénomination de cavaliers, et chez lesquels' «c presque tous les héros ou chefs de tribus portent le radies ,^3* asp joint à leur nom '.
Hyde a fait l'observation que Pharis ou Farii dont s'e^^esi formé le mot Perse, signifie cheval ou cavalier en arabe, et
il se demande pourquoi cette appellation aurait été attribuKz^ée
1 Hérodote,. liv. III, 56, 58, 70, «t6. Pfexaspes.Pharnasp, Aspathif Hystaspes, etc., voyez dans i*Âvesta, la généalogie de Zoroastre, t. Ul,
p. 50, d Anquetil. Le Yaçna, passim. Les Ârimaspessont plac<^s pai ka
poètes, Eschyle entr^autres, entre le Caucase et le Méotis.
au peuple Perse, de préférence à d'autres peuples non moins bons cavaliers que lui ^ Le fait de Tattribut distinctif delà tribu-mère nous semble expliquer complètement cette particularité.
La race ap-Ari ou arienne, se forma donc du mariage des familles germaines avec les générations nées de Tunion des premiers Scythes avec les Égyptiens et les Libyens. La couleur africaine se perdit au bout de quelques siècles dans la multiplicité des croisements, mais les appellations as et er furent conservées comme un héritage sacré, par les nations sorties de ces premières tribus. Plus tard, Tune donna son nom à l'Asie; l'autre se répandit à l'Orient sous la varianie £ri'èné, Ari-ana, les Eris de la Lune, et à l'Occident sous celle de Her-man, Gher-man, qui a exactement le même sens.
Le nom de Perisatta s'est perpétué dans les dynasties de la Perse, dont les princesses et les princes s'appelèrent souvent Parisatis. On l'a même retrouvé au lieu où il est né, dans Pairisadous, roi des As et des Maètes, suivant l'inscription de l'autel votif découvert au bord du lac Aftaniz dans l'île même de Proserpine.
Voilà donc, avec celle d'Ammon, les six îles de Proclus, et l'on peut encore deviner leurs contours dans la Péninsule actuelle, en suivant le cours des ruisseaux marécageux et des lagunes qui relient les massifs des Iles anciennes.
Mais la septième, qu'on disait située au milieu, oii estelle? Nous ne pouvons plus la retrouver, puisqu'elle disparut en un jour et une nuit,; engloutie dans la mer, mais nous pouvons du moins reconnattre-son gisement, car d'après les
» Hyde, de ni. vet, Persarum, cap. xxxv.
indications très-précises de Platon, l'Atlantide était sitaée au devant du détroit que les Grecs appellent les colonnes d'Hercule. Or, ces colonnes étaient placées sur les deux petits caps des îles Fonfan et Taman qui se projettent en face l'un de l'autre au devant du golfe de Taman. Là fut donc l'Atlantide. Après avoir passé le détroit, on se trouvait dans une baie enfermée de toutes parts, au fond de laquelle étaient situés le port et la ville des Atlantes.
(( Depuis la submersion de l'Atlantide, poursuit Platon, la mer qui la recouvre n'est point navigable à cause de la quantité du limon qui s'y trouve déposé. » Nous avons déjà fait remarquer que tel est encore l'état où se trouve la baie trèspeu profonde de Taman. Tous les indices se réunissent donc pour nous révéler l'emplacement de l'île submergée.
« L'île Atlantide, dit Platon, avait la forme d'un carré oblong; ses côtés étaient presque partout réguliers. On avait corrigé le fossé d'un stade de large qui entourait la plaine. »
Il est difficile de trouver une localité qui justifie mieux cette description que la baie de Taman telle qu'elle existe aujourd'hui. Elle présente un parallélogramme à peu près parfait, et il semble que tous les angles en aient été jadis nettement équarris et les bords tracés au cordeau, tant cette configuration trahit l'ouvrage des hommes. Que le lecteur veuille bien jeter les yeux sur la carte qui présente l'état actuel de Ja Péninsule, et il lui sera aisé de remplir en idée le cadre de la baie en y replaçant la contrée disparue, que les deux bras du Kouban séparaient des îles voisines.
On remarquera que la régularité du carré n'existe plus à la partie Est qui correspond au fond du golfe et où l'on voit une profonde échancrure. Nous inclinons à croire qu'il y eût
de ce côté rupture ; ainsi la portion de terrain qui s*étend entre le fond du golfe et le lac Âftaniz, et que des terrains marécageux rattachent au nord à Tile Fontan et au sud à celle de Taman, faisait primitivement partie de TÂtlantide dont les^deux tiers seulement se seraient effondrés.
On a trouvé dans ce fragment de l'île de Platon, les vestiges d'un grand nombre de monuments et de plusieurs cités : Phanagorie, Képos et Comosarye. Une de ces villes a laissé des restes considérables; ces ruines appartiennent pour la plupart à des villes grecques, mais celles-ci se seront superposées aux édifices renversés ou abandonnés qu'y élevèrent autrefois les Égyptiens.
Après nous être transportés par Tétude topographique et géologique au lieu où fut jadis TÂtlantide, nous allons maintenant essayer de faire ressortir du récit de Platon les preuves qui rattachent d'un côté la colonie des Allantes à Texpédition de Séosiris, et qui de l'autre font de cette colonie la source d'où découlèrent les migrations mères des anciens peuples' d'Asie et d'Europe.
« La ville était située dans une plaine en pente douce, mais pour ce qui concerne le reste de l'île, le sol en était très-élevé au-dessus de la mer et le rivage à pic. Un cercle de montagnes enserrait la plaine située au midi et la protégeait contre le vent du nord. Elles renfermaient un grand nombre de villages fort riches et fort peuplés, des lacs, des pâturages, de vastes forêts. »
On remarquera cette nécessité de s'abriter du vent du nord
qui éloigne complètement l'idée des régions niéridionales, où Ton recherche au contraire ce souffle rafraîchissant. Cette circonstance dénote une région tempérée, bien qu'exposée au froid, comme l'est en effet la Crimée et le Palus-Méotis où Ton trouve la végétation et le climat de l'Espagne dans la partie du Midi, protégée par les montagnes contre la bise arctique.
Le trait principal de la description qui précède est la montagne qui s'élevait au milieu de l'Atlantide et où ron peut deviner le volcan qui causa sa destruction. Le cercle de montagnes qui entourait la ville , laisse soupçonner l'aire d'un cratëre ancien comblé par des attérissements et qui dut se rouvrir tout à coup, engloutissant les bourgs et les habitations construites daus son enceinte.
Les mythologues parlent souvent de cette montagne qui prit des peuples qui l'habitaient les noms d'Atlas et d'Atlante que les migrations berbères portèrent à la montagne d'Afrique que nous connaissons. Quelques auteurs ont'déafpié ainsi le Caucase, guidés sans doute par la vague idée que le véritable^ ^ Atlas avait existé dans cette partie du globe. De plus on I^^ croyait un volcan, comme l'indiquent ces vers de Claudien * r ^ i
Hinc volucrem vivo sub pectore pascis Infelix Scylhicâ fixus convaUe Promethous, HiDC Atlantis apex flnmmantia pondéra fulcit Et per caniliem glacies asperrima durât.
Virgile et Silius Italiens font aussi du vieux mont urm-^i description qui n'a rien d'Africain * :
Canes barba gelu frontemque immanibas umbris Pinea sylva premil.
Glacie ri gel horrida barba gela.
, * In cons, Stilic, liv. II, v. 142, et Gigant., v. 22, p. 799. — « r SU, Ital., liv. I. JUneid., liv. IV, 250.
Apollodore fait arriver Hercule à THyperborée Atlas et au Jardin des Hespérides ' .
Par ce nom d* Atlas, les Grecs exprimaient un roi , un peuple, une mer, une montagne, une Ile. Tout cela se con- /ondait dans leur imagination et exprimait en résumé une contrée volcanique située dans le Nord, aux dernières limites du monde qu*ils connaissaient. Ce terme caligine mersœ^ îoDage des brumes dont les Iles Atlantiques étaient enveloppées, dépeint très-bien le brouillard de fables oii flottaient les vagues notions qu'ils avaient sur ce pays perdu dans le passé plus que dans la distance.
Ce n*est cependant ni du Caucase, ni de TAllas africain
que les anciens ne connurent que fort tard, qu'il s'agit dans
les premières traditions mythologiques, mais du mont qui
^^élevait dans Tile Atlantique , et que ne sachant plus où
tirouver, les anciens mirent, soit en Asie, soit en Afrique,
c^omme ils firent des colonnes d*Hercule. C'est cette montagne
^ur laquelle Owranos, le premier- roi des Atlantes, montait
;pour étudier les astres, et d'oii son fils Hypérion fut emporté
;par un vent impétueux. C'est aussi la montagne de hauteur
:Ki)édiocre qu'habita la première génération née dans TAtlan-
mide, de Neptune et de Clito.
« Sur les flancs de l'Acropole étaient établis les artisans <t les laboureurs. La caste des guerriers résidait seule au sommet autour des temples de Minerve et de Vulcain. Une seule enceinte les renfermait comme le jardin d'une seule famille. » Cette descriptiou retrace avec exactitude la disposition circulaire des premiers établissements fixes des tribus et dont elles gardèrent longtemps l'habitude. Nous l'avons déjà décrite en étudiant ces plans de l'empire égyptien que
1 Apollod., ch. vni, § 3.
— in —
Ton croit des zodiaques. Et elle reproduisait la forme défensive qu'affectaient les camps des peuplades nomades. La position élevée du chef et de la caste militaire leur permettait de surveiller le pays environnant et de découvrir au loin Tennemi) du haut du Borg à triple enceinte qui les enfermait.
Nous voyons par les temples d'Âténé et d'Héphaîstos, que les Atlantes, at-alran, adoraient la lune et le feu. At-énéy variante de at-ana, fut . la divinité des eUèné^ Hellènes, comme des Pelages italiques qui rappelaient merirar^ba. On a traité de vanterie extravagante la tradition des Arcadiens, qui prétendaient que leurs ancêtres habitaient les montagnes de la Grèce avant l'apparition de la lune et des étoiles. Cela ne signifie pourtant pas autre chose que ce que nous savons déjà> c'est-à-dire que les Pelages occupaient l'Arcadie avant la venue des Hellènes, confédération des peuples de la Lune.
La haute antiquité du dieu Ptah (ap-atrah) fait présumer que le feu, Haï, altération euphonique de AK^ était adoré des Egyptiens avant leur établissement sur les bords de TEuxin, mais il est à croire que ce culte prit une grande importance dans l'esprit des populations habitantes d'une contrée fréquemment ébranlée par les feux souterrains, et où les volcans de boue, beaucoup plus actifs qu'aujourd'hui, vomissaient sans cesse la flamme et l'eau bouillante. A l'horizon, les cîmes du Caucase s'embrasaient d'éruptions fréquentes. Cet ensemble de phénomènes dut pénétrer d'une terreur religieuse Timagination des hommes, et les préparei à la croyance de puissances souterraines dont il fallait apaiseï la colère par des offrandes et des sacrifices.
Platon ne nomme point la ville des Atlantes, mais nom n'hésitons pas à croire qu'elle dut s'appeler du nom deTastn protecteur de la race, at-Ana; ce fut ce nom que les Hellène
donnèrent, en effet, à leur principal établissement dans la Grèce. L*Attique reçut d'abord l'appellation A'Àctéy qui n'est autre chose que le nom Haktè, Hàk-at^ dont les Grecs firent Hécate, l'une des formes de la lune, et qui dérive de l'Hak égyptienne.
« * Trois fossés circulaires entouraient le palais des rois qu'avait habité le dieu des ancêtres des Allantes : les rois qui le recevaient tour à tour en héritage, s'efforçaient de se surpasser les uns les autres dans les embellissements qu'ils y apportaient, en sorte qu'on ne pouvait voir la grandeur et la beauté de leurs travaux sans être stupéfait d'admiration. Le plus grand de ces fossés communiquait avec la mer et avait trois stades de large.
» Les deux enceintes suivantes^ l'une d'eau, l'autre de terre, avaient chacune deux stades. Enfin, l'ile où se trouvait le palais avait UB diamètre de cinq stades ; on revêtit d'un mur de pierre le pourtour de l'île où était ce château et on éleva des tours et des portes à l'entrée des voûtes où pénétrait la mer. On se servit pour ces constructions, de pierres blanches, noires et rouges que l'on tira de l'ile.... On recouvrit d'airain, en guise d'enduit, tout le mur de l'enceinte extérieure, d'étain la seconde, et les bords de l'ile d'une ceinture d'orichalque qui étincelait comme du* feu.
» Le temple où Neptune et Clito avaient engendré et mis au monde les dix dynasties royales, était construit sur une hauteur. C'est là que chaque année les dix provinces de l'empire faisaient ai ces deux divinités l'offrande des prémices. Le temple était long d'un stade, haut à proportion et large de trois arpents, mais son aspect avait quelque chose de bar-
* Crilias, Iraci. de M. Cousin.
bare. L'extérieur en était revêtu d'argent, excepté les acrôtères, qui étaient d'or; à l'intérieur, la voûte était recouverte d'ivoire enrichi d'or et d'orichalque; on y voyait de nombreuses statues d'or et, entre autres, l'image colossale du dieu sur son char, guidant six coursiers ailés, et si haute que sa tôte touchait la voûté du temple. Autour de lui cent néréides étaient assises sur des dauphins.
» II y avait des bains formés par deux sources naturelles. Tune froide et l'autre chaude, autour desquelles s'élevaient des maisons et des plantations d'arbres. On avait formé des bains ouverts pour l'été et d'autres fermés pour l'hiver : îl y en avait pour les rois et pour les particuliers, d'autres séparés pour les femmes, d'autres pour les chevaux et les bêtes de somme. Un^ partie de ces eaux allait arroser le bois de Neptune, où la fertilité du terrain produisait des arbres d'une beauté surprenante ; le reste se rendait dans les digues extérieures par des aqueducs.
» Sur ces digues, qui formaient des iles, il y avait des temples consacrés à un grand nombre de dieux, des jardins, des gymnases, des hippodromes... Des casernes pour les troupes, don) une élite dévouée demeurait dans l'Acropole, auprès des rois. Au-delà des trois enceintes et des ports, était une autre enceinte remplie d'une foule d'habitations rapprochées les unes des autres. Le canal et le plus grand port étaient couverts de navires et de marchands, qui arrivaient de tous les pays du monde et dont la foule produisait la nuit et le jour un mélange de tous les langages et un tumulte continuel. »
Après ce poétique tableau, l'auteur grec expose ainsi l'ordre politique d'après lequel la nation était régie :
« Chacun des dix chefs contribuait pour la sixième partie d'un chariot et le nombre des chars de guerre était de dix
. Il fourDissait entre autres deux chevaux avec leurs ca*
^'^aliers, ud attelage de deux chevaux sans le char, un com«
battant armé d'un petit bouclier, un autre pour conduire les
^^hevaux, deux fantassins pesamment armés, deux archers,
^eux frondeurs, deux fantassins armés à la légère, puis des
soldats armés de pierres, d'autres de javelots, trois de chaque
<^pèce et quatre marins pour la flotte de ISOO voiles. Telle
^tait l'organisation militaire de la capitale ; quant aux neuf
autres provinces, elles avaient chacune leurs lois particu*
lières.
» Chacun des dix chefs avait dans son canton une autorité absolue et droit dévie et de mort. Quant au gouvernement général de Tile, la règle était la loi de Neptune, gravée sur une colonne d'orichalque, placée dans le temple du dieu. Les chefs se rassemblaient là tour à tour, d'abord au bout de cinq ans, pais au bout de six ans, pour faire alterner les nombres pair et impair, et ils y délibéraient des affaires pu^ bliques. Lorsque quelqu'un d'eux avait violé la loi, ils le jugeaient ; l'épreuve consistait à boire le sang d'un taureau immolé au pied de la colonne avec des rites particuliers. y>
Sans doute l'imagination aura suppléé aux lacunes de la tradition dans le récit que fit à Selon le prêtre de Sais, et le Grec aura à son tour enchéri volontiers sur l'Égyptien, sur* tout dans les chiffres. Ces dix mille chacs, cette flotte de 1200 voiles dépassent la mesure du vraisemblable, et la couleur athénienne, dont la description est empreinte, en rendent les détails un peu suspects. Néanmoins, le fond est vrai, et il résulte de l'ensemble de ce tableau Tidée d'une civilisation très-avancée, telle. qu'on devait l'attendre d'une colonie fondée par la douzième dynastie égyptienne, et que les Pharaons, durant les plusieurs siècles de son existence.
ne flégligèreot sans doute point de surveiller et de développer.
Le prêtre de Sais lui-même constate que rAtlantide fut Tantique patrie des Égyptiens et des Athéniens : € Vous autres Grecs, dit-il, tirez votre origine d'une des familles de ce peuple échappée au commun désastre. » Toutes les premières traditions de la Grèce témoignent en effet de cette parenté primitive; Cécrops TÉgyptien est le fondateur d'Athènes; Cadmus bâtit Thèbes de Béotie, en mémoire d'une Thëbes d'Egypte où il était né; les mystères de Bacchus et d'Eleusis, le mythe des enfers, les dieux de l'Olympe hellénique, qui ne sont que la personnification des héros, des rois, des patriarches égyptiens et chaldéens auxquels furent soumises en Asie les tribus pélagiques et ariennes dont les descendants peuplèrent successivement la Grèce, tous ces indices et bien d'autres que nous citerons en leur lieu, établissent d'une manière incontestable l'origine égypto-germanique de la race hellénique. C'est accepter avec trop de facilité les explications aventureuses des Grecs, que de sup* poser qu'une poignée d'Égyptiens, venus, sous la -conduite de Danaiis, sur ces galères anciennes qui portaient au plus quarante ou cinquante hommes, ait suffi pour subjuguer et transformer les populations pélagiques du Péloponèse. Les cinquante filles de ce prince représentent certainement autant de tribus, et cette migration indique un déplacement de familles s' élevant au moins à deux ou trois cent mille personnes, ce qui éloigne toute idée d'un transport maritime.
D'ailleurs, l'absence complète de toute expérience nautique chez les Grecs, attestée par l'expédition des Argonautes, au Xlir siècle, confirme l'idée que les Égyptiens n'eurent point à traverser la Méditerranée pour arriver en Grèce.
S'ils eussent été capables cFune telle entreprise^ au XVUl^ et ^uXV siècle, il est évident que, trois ou quatre cents ans jplus tard, Jason et ses compagnons ne se fussent pas bornés â longer les côtes de TEuxin pour se rendre en Colcbide, en tirant chaque soir leur navire sur le rivage, et les anciens n'eussent pas célébré à Tenvi cette expédition maritime «omme la première et la plus audacieuse qui eât jamais été tentée. N'est-il pas plus naturel d'admettre que les migrations hellènes descendues des nomes égyptiens du Méotis, se réfugièrent dans le Caucase après la destruction de leur colonie, puis de là, vinrent s'établir dans l'Arménie et l'AIghesira ou Mésopotamie, oiielles séjournèrent plusieurs siècles? Forcées, après ce temps, de subir le joug d'une race rivale, les tribus chaldéennes ou Hellènes, car el-Ana et at-at-Ana n'offrent qu'une simple variante dans le qualificatif a^ ou ad, résolurent d'abandonner leurs établissements et se mirent en marche vers l'occident par l'Asie mineure; arrêtées par la mer à l'extrémité de la péninsule, elles y fondèrent les sept États fameux sous les noms de Phrygie, Mysie, Lydie, lonie, Doride, Éoiide et Carie, puis enfin passant le Bosphore ou gagnant les iles, elles se répandirent dans toute la Grèce.
Hérodote prétend que les noms des dieux des Grecs leur sont venus d'Egypte, excepté ceux de Neptune, des Grâces, des Dioscures, de Junon, Yesta et Tliémis. oc Les Pelages, dit-il, ont appris des Libyens le nom de Neptune ^ » On ne comprendrait pas ces exceptions, si la connaissance des dieux s'était transmise aux Grecs directement d'Egypte. Elles s'expliquent au contraire, du moment qu'on reconnait que Neptune, objet de la vénération des Libyens Atlantes, fut un
<f,iv. Il, 50.
roi divinisé en Asie, dont le culte passa en Grëcei L'Egypte par conséquent n*en pouvait avoir eu connaissance.
Parlant à un Grec, les prêtres de Sais se gardèrent bien de désigner, comme fondateur de la colonie Atlantique» le dieu Osiris, dont le nom ne pouvait être prononcé sans sacrilège. Aussi est-ce par cette phrase vague que Critias entre en matière : <( Quand les dieux se partagèrent le monde, chacun eut une contrée grande ou petite, dans laquelle il établit des temples et des sacrifices. L'Atlantide étant échue à Posidon, il plaça dans une partie de cette île les enfants qu'il avait. eus d'une mortelle. »
Dans les légendes mythiques qui se rapportent à cet événement, les peuplades sauvages, les Scythes, sont appelées les hommes, et les Égyptiens civilisés sont les dieux. Ce terme auquel les mythologues donnèrent par la suite un sens surnaturel, caractérisait à l'origine la caste sacerdotale et la caste guerrière, que les Hindous nommèrent Brahmanes et Tchattryâs,^cm, radical de téous, théos^ deé, fut le nom des seigneurs de Jupiter (at-Hoû). Au lieu du mot dieu, qu'on lise chef, et pays au lieu de terre, le passage de Critias s'explique de lui-même. La suite confirme d'ailleurs cette interprétation : « C'était une plaine située près de la mer, et, vers le milieu de l'ile s'élevait une montagne peu élevée où résidaient Evenor et Leucippe ; Posidon ou Neptune épousa Clito leur fille. »
Evenor, c'est ab-an-hôr, le père de la Lune et du Soleil. Quant au nom de Leucippe, cheval blanc, il caractérise la race blanche. Cet attribut de la famille scythique fournit un frappant exemple de la fidélité héréditaire des races à leur emblème primitif. Lorsque les Saxons débarquèrent en Angleterre, au cinquième siècle, les deux chefs de leurs tribus
portaient les noms d*Henghist et de Horsâ, l*étalon et le cheval; leur étendard était un cheval blanc.
La fréquence du mot hippos dans la région supérieure du
Caucase, que Pline nomme les motits hippiques; Élasippus,
selon Platon, Fun des di& chefs de T Atlantide; Périsippe,
appellation actuelle de l'ile, que nous considérons comme
ayant été Tile de Proserpine; la ville de Goi'ghippia dans la
Sicdique, sur THypanis ; les Centaures de la Thrace, moitié
homiues moitié chevaux, sont autant de témoignages de Texis-
tence au nord de la mer Noire, d'une grande tribu dont le
symbole était le cheval^ comme le taureau fut celui du peuple
deColchos. V hippos grec est la traduction de To^u'a sanscrit,
asp en zend ; or, Pline, Eschyle ' et Orphée nous montrent les
c€£valiers Arimaspes au nord du Caucase et sur les bords de
la mer d*Âzoph, dans ces plaines qu'occupent aujourd'hui les
Cosaques du Don. Les Égyptiens et les peuples éthiopiens,
suivant Wilkinson, ne se servaient guère des chevaux que
pour traîner les chars, et on ne connaît qu'une seule figure
à *liomme à cheval sur les monuments du Nil. Les Germains
de la steppe, qui vivaient à cheval, comme aujourd'hui les
Arabes, durent donc surprendre les Africains par leur audace
e^ leur habileté à manier le coursier; de là ce litre de peuple
^^^ cheval que les Égyptiens donnèrent aux familles scythes,
Qui devinrent leurs vassales ou leurs alliées, titre qui se
P<^rpétua parmi les hordes de race blanche, et qui motiva
^^ culte du cheval, tant parmi les populations gauloises
^^^ chez les Perses, issus d'un mélange égypto-scythe.
I-fes Turcs, originaires de la steppe, et nés de la conjonc- * ^^ des races germaine et tartare, ont conservé dans leurs
Aug. Thierry, Cotiq, de lAïKjleterre , t. I. p. 1. — ^ ^sq\i, Proméf T. 8Ï5. Orphée, V. i060.
étendards le double s\nd)ole sidéral et animal qui distinguait leurs ancêtres au temps de la domination égyptienne en Asie : la queue de cheval surmontée da croissant.
C'est sans doute pour la même raison que Neptune, le roi de r Atlantide, eut le coursier pour attribut. Souverain des îles maritimes, son char est traîné par des chevaux marins.
Clito, fille d'Evenor et de Leucippe, offre un nom traduit ; Platon nous prévient, en effet, qu'il a pris parfois cette liberté ordinaire aux auteurs grecs. Clito, qui signifie colline, correspond à coU hol, terme gothique, dont le sens est haut, dominant, équivalent à haut-chef, haut-père, dii superi^ métaphore qui doit son origine à la résidence du souverain, toujours placée sur une hauteur.
« Cinq couples jumeaux naquirent, dit Platon, de Neptune et de Clito. Alors le dieu divisa l'Atlantide en dix parties, et en donna une à gouverner à chacun de ses fils. Al'ainé, Atlas, il assigna le pays oii résidait sa mère, qui était le meilleur de tous. Il le fit roi des autres et nomma ceux-ci archontes. »
Cette division par dix nous reporte aux décans égyptiens, chefs chacun d'une tribu, et qui furent sans doute à l'origine au nombre de dix. Sept de ces tribus étaient établies dans les Iles Atlantiques, et trois autres dans le Caucase ; car Platon nous a déjà dit que la domination des rois Atlantes s'étendait sur le continent.
Ces dix chefs étaient subordonnés à Atlas ou Atlante, ainsi nommé selon qu'on le considère comme chef des As ou des Ames, des Scythes ou des Éthiopiens. Ce fut le régent du nome. On lit en effet dans Diodore qu'Osiris nomma Antée gouverneur des lieux voisins delà Libye ^ Mais, ce qu'il y a de
1 Diod.Jiv. i,§ 1.
plus intéressant ici, c*est ce nombre dix, qiron voit invariablement apparaître au début de toutes les cosmogonies. Selon les Védas, la race brahmanique doit le jour à dix Habarchis, 00 saints personnages ' . Bérose compte dix premiers rois pères àe la race phénicienne. Les généalogies des tribus arabes dé- '>utent par dix chefs, comme celle des Hébreux par dix patriarches. La première amphictyonie grecque se composait des députés de dix tribus, et ce n*est que plus tard que le nombre s*en éleva à douze '. Cette division est encore rappelée par le classement en décuries des trois premières tribus dont se composa d'abord le peuple romain *.
Cette répétition d'un même chiffre chez les six plus grands peuples de l'antiquité au début de leur histoire, ne saurait 6tre un jeu du hasard, et personne ne mettra en doute que les Aryas, les Phéniciens, les Arabes, les Hébreux, les Grecs et les Romains n'eussent conservé, chacun de leur côté, ce Souvenir de leur commune origine. Que ces nations soient issues des Atlantes éthiopiens établis au nord de l'Euxin , • c'est ce qui commence, ce nous semble, à devenir très-probable,et nous espéronsdonneràcetteproposition toute l'évidence possible lorsque nous étudierons séparément les premières cbroniques mythiques de chacun de ces peuples.
Une relation de Denys de Mitylène, dont les écrits sont perdus, mais qui se trouve heureusement conservée parmi les fragments recueillis par Diodore, donne une idée moins exagérée de la grandeur de ce peuple Atlante vanté par Platon, et 'ïous apprend ce qu'il fant croire de leur puissance militaire.
^ Lois de Mafwu, Mv. l, s\Qka 34, 35. Easeh, Prœ pas, emmj. \\m ^•^aldoun, t. 1. Genèse, ch. v. — ' Faasan,, liv. X, ch. via. — ^ IMut. •^ Jiotn. Denys d'Ualic, liv. il.
Il parail qu'à une certaine époque, ils furent conquis par les Amazones. Cette nation de femmes, dont Torigine est des plus reculées, et qui parait avoir constamment résidé sur les rives de l'Euxin, mériterait une étude particulière ; ici, nous nous bornerons à constater le pays qu'elles habitaient il y a 5000 ans. — « On prétend, dit Diodore, qu'elles occupaient une ile appelée Hespérie, située au couchant du lac Triton ; ce lac prend son nom du fleuve Triton qui s'y décharge, lequel est voisin des Éthiopiens ; il passe au pied de l'Atlas, qui domine sur l'Océan. »
Puisqu'on ne connaît en Afrique aucune localité dont 1 description corresponde à celle-ci, on nous permettra de 1;^ chercher ailleurs. Le fleuve et le lac Triton représentant^ selon nous, le Kouban et le lac Aftaniz, l'Hespérie, située au couchant, désigne l'ile Kimmérienne. L'auteur grec la diï semée d*arbres fruitiers et occupée par des pasteurs possédant de grands troupeaux qui leur fournissent la chair et le lait dont ils vivent. Les femmes guerrières soumirent par les armes toutes les villes de cette ile, excepté une seule, qui s'appelait Men, et qui était sacrée ; elle était habitée par des Éthiopiens, et il en sortait des vapeurs enflammées.
Ayant vaincu les autres nations africaines du pays, les Amazones bâtirent sur le lac Triton une ville qui fut appelée Cherronèsê. L'auteur confond ici les localités, car il s'agit sans doute de la ville de Kheron, que Mêla place en Crimée, sur le Bosphore cimmérien, et probablement la Kertch d'aujourd'hui.; les Grecs par suite étendirent à la Crimée le nom de Kheron-nésos. Mêla ajoute que la fondation de cette ville était attribuée à Diane, vierge et guerrière comme les Amazones et déesse de la Lune, qu'elles révéraient. Auprès, dit le géographe, est située la grotte de Nymphœum, cousa^
crée aux Nymphes. Nympbée était, en effet, peu distante de Kertcfa, et M. Dubois de Hontpéreux en a retrouvé les vestiges ^
Les Amazones attaquèrent ensuite, au nombre de 30,000, les Atlantes, le peuple le plus civilisé des Africains, et dont.le pays était riche et rempli de grandes villes. Les Atlantes prétendaient que c'était sur les bords maritimes de leur pays que les dieux avaient pris naissance. Les femmes guerrières vainquirent en bataille rangée les Atlantes de la ville de Kerkène et massacrèrent tous les hommes et réduisirent les femmes et les enfants en servitude. Les Atlantes épouvantés se soumirent à Myrine, reine des Amazones, qui les accueillit avec bonté et s'engagea à faire rebâtir une autre ville à la place de celle qu'elle avait détruite. Elle la remplit des prisonniers qu'elle avait faits dans ses expéditions et des natifs du pays. Les Atlantes, en reconnaissance, lui apportèrent des présents magnifiques et lui décernèrent les plus grands honneurs.
Les Amazones, à la prière des Atlantes, allèrent ensuite attaquer les -Gorgones, autre tribu de guerrières qui harcelaient et pillaient le pays. Ils espéraient sans doute qu'elles se détruiraient mutuellement; en effet, les Amaxones furent 'i^iotorieu9es, mais après avoir subi de grandes pertes. Le narrateur termine ce curieux passage en disant que le lac Triton disparut par la suite des temps, tout le terrain qui le séparait de l'Océan s'étant rompu et effondré ^.
Il est peu de traditions primitives qui ne finissent par un déluge ou un bouleversement du sol ; Diodore en rapporte un grand nombre de ce genre, sans paraître se douter qu'il s'agit toujours de la même catastrophe.
> De situ Orbis, liv. U, ch. i. Dab. de Montpér., t. V. — ^Dioc|., liv. 111, 98.
Les indices qiio fournit ce fragment, si peu précis qu ils soient n'en confirment pas inoins d'une manière positive la situation que nous sommes conduits à assigner à TAtiantide. Toute rhistoire des Amazones nous les montre, dès l'origine jusqu'au temps d'Alexandre, constamment établies sur le littoral de la mer Noire, d'abord dans la Crimée, ensuite dans le Caucase et dans l'Asie mineure sur le Thermodon. Elles . n'ont donc pu conquérir d'île que dans ces parages, et il n'y a eu d'iles dans l'Euxin que les îles Atlantides.
Nous arrêtons ici notre étude sur l'intéressant récit de Platon. Nous en avons rapprocbé tout ce qui pouvait contribuer à l'éclaircir, et nous n'avons omis aucun des détails nombreux dont il se compose ; sauf les chiffres et quelques descriptions empreintes d'exagération poétique, il n'est aucun de ces détails qui ne trouve sa définition et qui ne s'encadre comme un indice révélateur dans la solution géographique et historique que nous proposons de cette vieille énigme, offerte depuis tant de siècles à la curiosité des hommes. Cependant, cette interprétation de la légende égyptienne transmise par Platon serait incomplète si nous ne cherchions à déterminer, avec autant de précision que possible, la c£^use et la nature de la catastrophe dans laquelle File Atlantique disparut avec son peuple.