‹ Ethnogénie CaucasienneChapitre 15 sur 18 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

iSliUOR.

« L'Atlantide disparut sous la mer en un seul jour et en ^^e nuit fatale, à la suite de grands tremblements de terre. » ""-^ Telles sont les paroles de Platon. L'inattendu et la rapidité delà catastrophe, la grandeur de ses effets «e permettent I^cts de douter qu'elle ait été causée par un phénomène volca- ^ique. C'est ce qui résulte avec évidence de la constitution S^ologique de cette partie du globe où nous avons reconnu l*lle de Platon.

Les plus récents explorateurs du Caucase ont constaté que

^^ massif granitique dont se forme la base de cette chaîne

^^ montagnes a dû, pendant la période plutonienne du

S'obe, être soulevé par l'action puissante des feux souterrains.

^iusieurs cratères, sept au moins, y vomissaient naguère des

"anniûes à des hauteurs considérables, et le géologue recon-

nait sans peine à la coupe de lenrs reliefs les coulées porphyritiques qui en sont descendues. Tiflis, renommée pour ses eaux thermales est bâtie sur la lave. Dans la province de Bakou, les fontaines de naphte abondent comme dans les îles de Taman, et jaillissent à plusieurs milles de distance à la surface même de la Caspienne ; le contact d*une lumière y enflamme les vagues sur une assez grande étendue.

A l'e^^trcmité de la presqu'île d'Abchéron, des colonnes de feu sortent des entrailles du sol et les Hindous viennent de leur pays en pèlerinage adorer dans ce lieu la divinité de leurs premiers pères. Ils disent que leurs livres saints leur apprennent que, vers Textrémité de la quatrième partie du monde, le feu sacré brûle éternellement au bord de la mer Hizr ^

On voit aussi à Bakou un volcan de boue ; on sait ce que sont ces miniatures de volcan dont les Gevsers d'Islande sont les exemples les plus remarquables. C'est un petit cône dont la hauteur et la circonférence varient, ayant à sa cime un cratère et sur ses flancs des fumerolles éclatant, comme une vraie solfatare en éruptions soudaines après des silences de plusieurs années, parfois de plusieurs siècles, et vomissant des torrents de boue liquide, de bitume et de soufre. De cette vase épaisse se d^agent de larges bulles degaz hydrogène qui parfois s'enflamment et détonnent; alors tout s'ébranle, le liquide noir se soulève et déborde à flots sur les pentes du tertre et sur la plaine voisine. L'aspect désolé de ces tumulus purulents, que n'entoure pas la terreur imposante des hautes cimes ignées, éloigne les hommes des lieux que leur présence attriste. Ils ont cependant leur expression dans les phénomènes de la vie du globe; ils témoignent de l'extinction

I Voyage de Cliodzko; les pèlerins de Djoula-Màt.

gndaelle de la volcanicité, autrefois énergique sur certains points, et des derniers efforts de sa puissance affaiblie.

La presqu'île de Taroan est semée de ces volcans de boue

^, chose remarquable, ils gissent principalement près du

golfe de Taman autour duquel ils sont rangés comme un

cordon ^ Le judicieux observateur que nous avons déjà cité

6t qui a fait une étude particulière de cette région aussi étrange

que peu connue, la décrit comme une terre amphibie où l'eau,

i^ terre et le feu se livrent de perpétuels combats qui lui font

subir sans cesse de nouvelles transformations.

Sur le promontoire méridional de Tlle Fontan, l'ancienne Me Kimmérienne où nous avons placé l'une des colonnes d'Hercule, on voit un immense tumulus élevé, dit-on, en l'honneur de Satyrus P', roi du Bosphore, qui régna de 407 ^ 393 avant J.-C. Ce tertre, qu'on nomme Koûkouoba, domine le Liman d'une hauteur d'environ 250 pieds. Il est couronné d*tio cratère éteint de 88 pas de tour dont le fond est recouvert de gazon. D'autres cônes inactifs sont semés sur la pente, mais il en est un qui jetait encore en 1832 des torrents de boue et des pierres, avec des gerbes de feu ; tant que l'éruption dura, la montagne s'agita comme sous le coup d'un tremblement de terre ^. Au nord-ouest de l'tle existe aussi tout près de la mer, un vaste entonnoir de cent pas de diamètre, d'où jaillissent sans cesse des flots de boue et de bitume.

Dans le fond du Liman, jusqu'à la mer d'Azoph, s'élève une 'igné formidable de volcans de boue distribués en trois groupes, dont la principale sommité est le mont Choumoukaï ou

' l^allas, Voy, aux gouvernements mérid, de la Russie, t. II. ^ Éraptions de i794 et de i832. Dub. de Monip., t. V, p. 26, 53, »0. etc.

KuU'Oba. G*est le plus rapproché du fond du golfe et celui dont les éruptions ont comblé le bas-fond qui séparait l'ile Kimmérienne de la partie centrale située entre le Liman et le lac Aftaniz, et que nous considérons comme un fragment de l'Atlantide. A Test de cette Ile, dans la position la plus riante était assise la ville de Kepos, mentionnée par Strabon, et parmi les ruines de laquelle on a trouvé des débris sculptés d'un travail exquis.

A partir de Tancienne embouchure du Kouban, qui s'ouvrait un passage dans le golfe et aboutissait par là au Bosphore cimmérien, commence une autre série de cônes boueux et de sources de naphte, dont le principal groupe est YAssodagh (montagne des As), qui prolonge le littoral occidental d YlleAsia.

Ainsi, presque tout ce bassin, aujourd'hui rempli par Is. mer, est cerclé d'un chapelet de collines volcanique et d cratères, les uns éteints depuis des siècles, les autres enco bouillants ou flamboyants. L'idée qui se présente naturelle ment à l'esprit, serait de les considérer comme les exutoir d'un vaste cratère placé jadis sous le Liman , mais qu se trouvant comblé par un écroulement soudain, se sers ouvert des bouches latérales, par lesquelles s'échappent dL fusées de gaz enflammé à travers l'épaisse couche de terre e de limon qui le recouvre.

La profondeur de la iner dans la baie de Taman n'est, ea moyenne, que de huit à dix pieds ; à rentrée du Bosphore, un vaste banc de sable, YHermata de Scylax, rejoint presque les deux caps de Fontan et de Taman, comme pour indiquer le bord de Tabîme sous-marin où fut engloutie TAtlantide.

Les roches d'Qpouk, jetées en travers du Bosphore, offrent bien les caractères volcaniques, et précisément en face du golfe

sur Iq littoral de la Crimée, « on reconnaît, dit M. de Montpé-

reux, qu*un effort plutonien a soulevé le calcaire à couches

borizontales du sol de Kertch. La montagne même d'Opouk

est déchirée par une fente large de trente pieds, pareille aux

fissures des glaciers. De gros blocs disjoints sont tombés

dessus comme des ponts ; des blocs de porphyres épars sur la

côte, les roches Karavis arrachées du continent, attestent

qu'il s'est fait là, sous la mer, une explosion qui a été cause

de ce soulèvement isolé ^ »

On ne peut mieux deviner, et nous arriverons peut-être à faire rhistoire du bouleversement dont M. de Montpéreux a ï^ecdhnu les effets.

Après avoir constaté l'action graduelle des dépôts d'alluvion qui ont relié entre elles les Iles dont se composait jadis le petit archipel du Méotis, nous avons exprimé l'idée que ces Hes étaient autant de projections volcaniques recouvertes d'une couche calcaire et d'humus végétal. Ceci n'est nuUent^ent une supposition, car la force dont nous parlons agit encore et n'a point cessé de créer ou de détruire.

Le S septembre 1799, après un bruit souterrain accompagné de tremblements de terre et de tonnerre, on vit subitement sortir du sein de la mer d'Azoph, vis-à-vis de Temrouk, une We qui avait 721 toises de long, 48 de large et 7 de hauteur. A^i3 centre de cette terre nouvelle s'ouvrait un cratère qui P^^jeta d'abord de la vase, puis se couvrit de feu et de fumée, ^^pendant cette apparition ne fut pas de longue durée, car, * ^nnée suivante, l'île disparut aussi subitement qu'elle était

Une autre île surgit en 1814, mais elle n'avait qu'une demi-

• I>aboi8 de Montpéreux, t. V, p. 255. - « td., t. V, p. 32, I. 19

yerste de tour et ne tarda pas non plus à rentrer sous les flots.

Changeons les proportions avec les temps, et supposons, ce qui est conforme aux lois de la physique du globe, qu'il y a 45 siècles, les forces volcaniques agissaient avec une énergie infiniment plus grande que maintenant sur la portion de la planète où sont situés le Caucase et la mer Noire ; admettons même que ces deux bassins circulaires de TEuxin et de la mec^^ d'Àzoph furent, à une période géologique antérieure, de vastes*^ foyers en ignition, comblés et recouverts ensuite par la me et Ton se rendra clairement compte de la formation des !1 Méotides et de la Crimée par les soulèvements successifs cette puissance qui crée maintenant des lies dans Focéan Pr^ -* cifique, comme elle en créa jadis dans la mer Noire et dans Méditerranée. Âmmien Marcellin nous apprend, en pffr^ m qu'Ophiusa et Rhodes ont surgi de la sorte, et il en a été doute de même de la plupart des Iles de Tarchipel grec. C l'histoire des îles Santorin et Julia. Ce fut aussi celle de 1' lantide ; la force qui l'avait créée la détruisit. Un jour est oii, miné par des ébranlements souterrains, le sommet de Yil s'est effondré et a ouvert aux gaz enflammés une route d9 ^ fond de la mer vers la surface ; alors dans ce cratère béanà c^ tout s'est précipité, la montagne 'et la plaine avec les de---'meures que les hommes avaient bâties sur ce sol perfide. La ^' mer, refoulée par l'explosion, revint à son tour, et remplissant ^ ^ de ses flots bouillants le vide laissé parla terre disparue, •«' acheva d'en dissoudre les débris, puis le volcan rassasié s'a- - — paisa, et la mer étendit son niveau calme sur les ruines de la contrée naguère vivante. — « Cette mer, dit Platon, a cessé d*étre navigable par la quantité de limon que l'Ile abîmée laissé à sa place. » En effet, les navires ne pénètrent pâs

(ianslabaie deTaman, et la barque du Tarlare sillonne seule cette lagune fangeuse, tombe ignorée d'un grand peuple.

Ceci n'est pas un rêve ; il est certain, il est prouvé que sous ^cttemer git une terre qui fut habitée, et qui plus est, civilisée, ^ abîme lui-même est venu porter témoignage !

Le savant Pallas a décrit avec soin un de ces volcans de ^Oue par lesquels s'exhalent les restes du feu qui dévora l'At- '^Utide. Le Choumounkaï ou KulUoba, situé au fond du ffolfe de Taman, très-près du rivage, est maintenant paisible, ^ t. l'on n'a même jamais cité de lui d'explosions violentes, F^^reilles à celles des autres volcans. La preuve de sa longue ^"•^ activité se tire d'ailleurs des grands tertres de forme très- ^ci^nique qui recouvrent sa cime et son flanc. Depuis les temps ^^ isloriques sa forme n'a donc guère changé, et Pallas assure ^ue l'époque de l'éruption du Rull-oba est inconnue*.

Or, ce voyageur, en visitant la cîme du mont, y a trouvé un Souffre vaseux, et a été fort surpris de voir mêlés à cette boue, irmi des racines, des roseaux et des joncs projetés de l'inîfieur du volcan, des débris nombreux de poterie et d'amie lores; cette découverte lui a fait supposer que l'éruption s^' était fait jour à travers quelque tombeau ancien du voisi- Tiage, hypothèse qui n'a rien de satisfaisant.

Les matières, que les gaz souterrains entraînent avec eux, pour les vomir à la surface, sont prises souvent à de grandes profondeurs. Le Vésuve rejette, avec sa lave, des torrents d'eau contenant des algues, des coquillages et des poissons^, ^® qui prouve que la force éruptive a traversé la mer avant de ^'échapper parla cheminée du volcan, il n'y a donc nulle

* Dubois de Montpéreux, l. V, p. 56. Pallas, Voy, dans les gour. ^^^'^'idUmaux de la Russie, t. H, p. 337. — ^ Der Vesuv eine mom- ^^^«Mje, t)on J. Roth, i857.

invraisemblance à penser que ces fragments de poterie aperçus par Pallas dans le cratère du KuU-oba, ont été arrachés de la terre qui git au fond du golfe de Taman, et que ce sont des spécimens de l'industrie des Atlantes. Les vases recueillis dans les pyramides et les peintures des monuments attestent que la céramique avait atteint déjà, sous le premier empire égyptien, un grand degré de perfection. Il ne serait pas impossible que, malgré ia date reculée de la catastrophe de Tlle égyptienne et l'épaisseur du lit de vase qui la recouvre, des essais de draguage parvinssent à ramener au jour quelques-uns des débris précieux qui y sont enfouis depuis 4400 ans.

Malgré les détails que donne Platon sur Fexistence de l'Atlantide et sur sa destruction, détails qui, aux yeux de tout observateur consciencieux, ont un grand caractère d'authenticité, on pourra objecter qu'il a été à peu près seul à en parler, et qu'il est étrange que de tant de peuples issus de la colonie du Méotis, les prêtres égyptiens aient été seuls à s'en souvenir. Cette objection est parfaitement juste, et nous allons y répondre en démontrant que nulle tradition, au contraire, n'est plus célèbre ni plus répandue que celle de ce grand désastre. Elle figure invariablement dans les premières traditions des peuples, et au milieu de leurs cosmogonies, avec de nombreuses variantes sans doute, mais offrant partout un fond d'idées commun qui relie entr'elles ces diverses légendes. Il ne faut pas perdre de vue que l'Ile du milieu où s'élevait le volcan, fut la seule qui s'effondra dans le grand abîme, comme dit l'Écriture, et que l'énorme volume des eaux refoulées couvrit les îles adjacentes d'une vaste inondation. Cette irruption fut soudaine comme l'explosion du volcan sous-marin; une partie des tribus qui habitaient ces îles y périrent, et le reste eut grand peine à gagner le con-

tinent et à fuir dans les montagnes voisines du* Caucase. La submersion de l'Atlantide se confondit donc, dans les traditions de ces peuples, avec le souvenir d*une grande inondation qui couvrit la terre qu'ils occupaient, renversa les cités et engloutit leurs habitants. C'est ce que les nations d'Asie et d'Europe ont appelé le Déluge.

Au temps où dominaient les théocraties, les grands désastres étaient présentés par les guides spirituels des nations comme des manifestations de la colère divine et des châtiments de l'indifférence ou de l'impiété. Nous lisons dans le Critias cette page frappante :

« Tant que les habitants de l'Atlantide conservèrent quelque

chose de leur extraction divine, ils obéirent aux lois et res-

peclèrent le principe divin qui leur était commun à tous; leurs âmes attachées à la vérité ne s'ouvraient qu'à de nobles sentiments; leur prudence et leur modération éclataient dans toutes les circonstances et dans tous leurs rapports entre eux. Ne connaissant d'autre bien que la vertu, ils estimaient peu leurs richesses et n'avaient pas de peine à considérer comme un fardeau Tor et les autres avantages du même genre. Au lieu de se laisser enivrer par les délices de l'opulence et de perdre le gouvernement d'eux-mêmes, ils ne s'écartaient point de la tempérance; ils comprenaient que la concorde avec la vertu accroît les autres biens et qu'en les recherchant avec trop d'ardeur on les perd, et la vertu avec eux. Tant qu'ils suivirent ces principes et que la nature divine prévalut en eux, tout leur réussit, mais quand l'essence divine commença à s*altérer en eux pour s'être tant de fois alliée à la nature humaine, et que l'humanité prit le dessus, incapable de supporter leur prospérité, ils dégénérèrent. . . Alors Jupiter, le Dieu des dieux, qui gouverne tout selon la justice et à qui rien

n'est caché, voyant la dépravation de cette race jadis si vertueuse , voulut la punir pour la rendre plus sage et plus modérée. II. rassembla tous les dieux dans le sanctuaire du ciel placé au centre du monde d*où il domine toute les générations, et il leur dit... »

Là s'interrompt le fragment que Platon nous a laissé, et que Ton peut considérer comme une paraphrase philosophique d'une parlie de la tradition sacerdotale d*Égypte, où le châtiment des Atlantes était expliqué par leurs fréquentes alliances avec les femmes scythes et éthiopiennes qui amenèrent la dégénérescence de la race. L'esprit exclusif des castes supérieures dans les temps anciens, condamnait toute alliance en dehors de la caste comme une déchéance. Au reste, cette légende, empruntée par les Grecs aux Égyptiens, est absolument la même qui nous a été transmise par les livres hébreux. La Genèse nous apprend que les fils de Dieu se joignirent avec les filles des hommes, et qu'elles leur donnèrent des enfants qui furent des géants et des hommes de grand renom. Jéhovah voyant alors combien la malice des hommes était grande, résolut de les exterminer *.

Les peuples religieux sont enclins à attribuer à l'intervention divine les événements dont la cause naturelle leur est inconnue. Toute société naissante se laisse conduire par ces deux mobiles, l'espérance et la crainte, et pour discipliner les hommes, les législateurs ont dû agir sur ces sentiments par la perspective continuelle de la récompense et du châtiment. C'est ainsi que la destruction des Atlantes devint un puissant ressort, dont les guides spirituels des peuples, se servirent pour leur montrer dans cet événement ce que d'ailleurs ils croyaient

A Genèse, ch. vi, 4, 5, 7. i

lix-mônies, une manifestation de la colère céleste suscitée ar l'impiété d'une race idolâtre. Cette idée du châtiment domine surtout chez les mono^ liéistes, et elle fait le fond des lyriques imprécations d'Ëzéhiel et d'Ésaîe.

Le Coran a recueilli cette doctrine : « Rappelez-vous, dit- 1^ l'extermination de ceux qui vivaient auprès du Puits et de a ruine des gens de Noé, d'Ad, de Thamod et de leur «posté* ité que personne n'a connus que Dieu ; ils ont été ingrats, et X^ieu les a châtiés ' . »

Sous l'influence d'une idée semblable de moralité religieuse, les auteurs du troisième et du quatrième siècle, Denys d'Alexandrie, Diogène Laêrce, Âmmien Marcellin ne manquèrent pas d'attribuer la destruction d'Herculanum et de Pompéï aux impiétés commises par les idolâtres de Syrie, et à la reprise des persécutions contre les chrétiens d'Orient et de la grande Grèce. Sous Domitien et ses successeurs, le Vésuve fut représenté généralement par les légendaires chrétiens comme l'instrument terrible des vengeances du Très- Haut.

A l'époque où une catastrophe semblable frappa les îles Méotides , les croyances qui se sont partagé les nations de l'Orient ne paraissent pas avoir encore pris naissance, te culte du feu et des astres formait la seule religion des tribus formées sous la tutelle de l'Egypte. Ce n'est qu'au sortir du Caucase, lorsque les tribus couschites et scythiques vinrent s'établir dans l'Asie centrale, que le sentiment religieux, sous Tinspiration de quelques grands patriarches, commença la transformation du sabéismeen polythéisme et en monothéisme,

i Coraa, Surate d'Abraham, d'Àd,

et cette élaboration mystique des esprits semble surtout le résultat de l'impression profonde produite par la destruction de la colonie ^yptienne.

L'époque, le caractère et les effets de cette catastrophe coïncident tellement avec ceux du grand événement connu sous le nom de Déluge, qu'on est conduit à les considérer comme n'en faisant qu'un seul. Cependant, de graves objections s'élèvent contrç cette supposition : d'abord la destruction de l'Atlantide est un événement local et tout à fait partiel, tandis que le déluge passe pour avoir été universel, et pour avoir fait périr le genre humain tout entier ; en second lieu, suivant les données les plus généralement reçues, cette destruction s'opéra parle débordement des eaux, tandis qu'il n'y a point à douter que l'Atlantide ait été détruite par l'explosion d'un volcan. Il ne semble pas impossible de répondre à ces deux objections.

Les théologiens modernes qui ont voulu défendre la doc^ trine de l'universalité du déluge, se sont appuyés sur les découvertes de la science. Nos géologues ont en effet constaté la présence des eaux marines au sommet des plus hautes montagnes par les dépôts fossiles qu'elles y ont laissés. Mais ce témoignage est plutôt contraire au texte de TÉcriture, car il est certain que la période neptunienne du globe remonte à une époque incommensurablement plus éloignée de nous que ne peut l'être, d'après les calculs de la Yulgate ou des Septante, le déluge de Noé.

Commençons donc par distinguer nettement l'événement dont rÉcriture nous a transmis la connaissance et dont témoignent d'ailleurs les traditions de tous les peuples, des grands cataclysmes géologiques dont la science moderne a reconnu l'empreinte à la surface du globe. On doit s'en prendre de cette confusion aux savants eux-mêmes qui, faute d'une

étuie approfondie du Déluge historique. Font identifié avec ces vastes inondations par lesquelles les continents ont été couverts, et qui, en leur appliquant ce nom vague de déluge, or^t faussé la notion scientifique.

Il est évident qu'à Tépoque où la mer battait les hautes ûî inaes du globe, l'Europe et les steppes d'Asie n'étaient que *^s fonds de mer et la Babylonie, le plateau d'Iran, la pénin- ^ *^le de l'Inde, le Sahara avec l'Egypte et l'Arabie étaient entiè- ^^ ment submergés. En supposant, ce qui est douteux, que l'es- F^^ce humaine existât antérieurement, il est difficile d'admettre ^ ^:i'elle ait pu survivre durant les longs siècles que nécessitèrent ^^ Roulement et l'évaporation de cette masse d'eaux. Or, la ^ible compte dix générations au moins de patriarches avant le ^^uge. L'Arménie était connue, non - seulement l'homme existait, mais il vivait en société, Caîn fondait des villes, Tul>alcaîn forgeait l'airain et le fer, Jubal jouait du violon et des OTgues. Les Arabes comptent soixante-douze Solimans qui régnèrent dans le Caucase avant le déluge. Il faut donc bien se persuader que le déluge dont parle la Genèse est un événement tcuià fait différent des cataclysmes qui déposèrent, au sommet des montagnes, ces coquilles que Voltaire, dans sa négation sjstématique des faits rapportés par l'Écriture, supposait ^voîr été laissées par des pèlerins revenant de la terre Sainte, lia déjà été établi par d'autres écrivains que, si, au lieu d'un ^^y the empruntant le secours du merveilleux pour mieux frapper les imaginations, on accepte à la lettre le texte de l'Écriture, les théologiens eux-mêmes renonceront à croire que le re humain ait péri tout entier et ait été reformé par les trois de Noé avec une telle promptitude, qu'il en soit résulté les

* ^'Quèse, ch. IV, V. 17, S2, 13.

innombrables générations mentionnées au chapitreX, les villes - -^ construites, les pays partagés, les migrations se succédant e remplissant rOrient, TEurope et l'Afrique. Quiconque cherch ici franchement une donnée historique sur cette phase intéres---,..^ santé de l'histoire de l'humanité, et la Genèse est l'un des plu importants documents qu'on puisse consulter, se voit doi^ conduit nécessairement à douter que le déluge ait été réelle ment universel, et ce doute prend une grande solidité lorsqu'on — ^ remarque que les traditions de plusieurs peuples sont lo/ ^g d'être unanimes sur ce fait d'universalité. Les uns n'eureinir^it point connaissance du déluge et les autres assurent qu*il ne ft que partiel. Aucun souvenir n'en avait été conservé pât l'Egypte antique. Dans le Timée, le discours du prêtre de Sais- ^ ^' que nous avons cité plus haut, atteste que les Égyptiens con — ^^" naissaient la tradition du déluge par les peuples étrangers, « ^^' mais ils affirmaient que leur pays avait été à l'abri de ce fléau, « *^^ et ils attribuaient à ce fait la conservation de leurs aunalesde — ^^^ puis les temps les plus reculés.

La cosmogonie phénicienne^ qui nous a été transmise d'à — près Sanchoniaton par Philon de Byblos, ne fait point roention^^ du déluge. Il est vrai que ce document ne parle, croyons-nous, *- ^ ^ que des événements antérieurs à cette catastrophe; mais, si \^&^ déluge fut universel comme on le dit, comment cette traditiouc* ^^^ antérieure a-t-elle pu parvenir jusqu'à nous? si elle a pass&^* de Noé aux Phéniciens, n'est-il pas singulier que ceux-ci nc^ ^^^ fassent de ce fait aucune mention?

Le Zend-Avesta ne contient rien de positif à ce sujet; ce — ^ pendant un passage du livre pelhvi, le Boundehesch, sembl»^ ^^ s'y rapporter, sans rien affirmer toutefois quant à Tuniversa — lité de l'inondation dont il parle : « Taschter étant entré daik s le Cancer, fit la pluie qui produit tout, et porta Teau en haut

par la force du vent. La terre fut toute couverte d'eau à la hauteur d*an homme. Les Kharfesters (les méchants) qui étaient sur la terre périrent tous par cette pluie... En quelle prodigieuse quantité cette pluie tomba ! par gouttes plus grosses que ia télé d'un taureau ! comme la tête d*un homme! plus grosses 9ue le poing. Tascliter lança la foudre contre le Dew Apevesch 9Ui cherche à faire le mal... Il plut ainsi longtemps, et les fleuves furent produits. Il est dit dans la loi que, pendant tï^ente jours, Taschter répandit la pluie *. »

L'historien Ibn Shahna assure que plusieurs classes de Ma- S^s, enu*'autres ceux de Tlnde et ceux de la Chine, nienl qu*il 1 ait eu un déluge universel. Selon le savant Langlës, les historiens arabes n'adoptent pas, à beaucoup près, les idées de leur législateur touchant le déluge^. Un des plus érudits d'entre eux, Aboul Ryhhan al Byrouny, assure que les Persans et les Hages ne croient point que le déluge ait été universel. Quelques-uns pensent seulement qu'au temps de Tehmouras, il y eut une inondation dans la Syrie et dans TOccident ; mais Us ajoutent qu'elle ne s'étendit pas au-delà de Hholouan et ue pénétra pas dans l'orient de l'Asie. Hholouan ou Nohavend est une ville du quatrième <;limat dans l'Irak persique, selon Abulféda ; ce serait là la limite où se serait arrêtée la nappe diluvienne. Ces Mages affirment en outre que l'opinion de Zoroastre était que le monde n'avait pas été submergé*.

Maintenant, si Ton examine attentivement les relations du <iéliige transmises par les traditions des Hébreux, des Grecs, d^ Celtes, des Hindous , des Chaldéens, on se convaincra

^ JZmd'Avesta, t. II, p. 363, trad. d^Anqaelil, cet aiUear pense HUq réloile Taschter est la plaoète Jupiter, en arabe moschteri; d'Her- ^ ^^oi, Ormuzd — '^ Notes du Voyage de Norden, t. lll, p. J65. — ^yde, de VeU Pers. relig,, ch. vni.

que c*est partout le métne récit avec de légères variantes^^

Selon Bèrose, Xisuthrus, le chef de la dixième génération fut averti en songe par Saturne que, le quinzième jour du moi .^^ Drœsius, le genre humain serait détruit par un déluge, et reçut du dieu l'ordre de mettre par écrit l'origine, l'histoire la fin des choses, et de cacher cet écrit sous terre dans la vift de Sipparay qu'on a cru être Ispira ou Hispiratis, ville sitiB. dans les montsGordiens au cœur de l'ancienne Ghaldée. Xisi thrus construisit un navire de cinq stades de long et deux #g u large, et s'y retira avec ses parents, ses serviteurs et les oiseau^Eux et les quadrupèdes. A peine y fut-il que la terre fut ioondé^^e. Comme Noé, il lâcha, vers la fin du déluge, des oiseaux quîSs- 't la seconde fois, revinrent avec un peu de boue aux patttô la troisième fois ne revinrent plus. Puis le navire s'arrêta suE^ une montagne ^

Xénophon compte cinq déluges : le premier eut lieu, dit-iU sous Ogygès, fils de Neptune, le premier roi d'Athènes et fuf^ causé, dit-on , p'ar un débordement du lac Copais. Le second, au temps d'Hercule, dura un mois. Le troisième, sous un autre Ogygès, dévasta l'Attique ; le quatrième, deux cents ans après à ce qu'on suppose, eutlieu au temps de Deucalion; il couvrit la Tbessalie durant trois mois ; le cinquième qui survint à l'époque de la guerre de Troie, et qui fut appelé Pharoun^ submergea une partie de la Sicile.

Il est impossible de tenir aucun compte de la chronologie des Grecs ; aussi tous ces déluges ne nous paraissent devoir n'en faire qu'un seul. On remarquera d'ailleurs qu'il n'est question ici que de localités peu étendues, telles que l'Attique, la Thessalie, la Sicile que l'on supposa avoir été les divers

1 Eusèb. Prcep. evangel,, Strab. 1. XI, p. 5S9,

tt^héâtres de ce grand événement dans Fignorance où Ton du véritable lieu où il s'accomplit. La Grèce fut peulée par des migrations qui vinrent successivement d^Orient endant une période d'environ mille ans depuis Timmigralon des Pelages jusqu'aux colonies amenées par Pélops et les éraclides. Or, chacune de ces colonies apporta avec elle sa égende diluvienne ; les Pelages apportèrent celle d'Ogjgès, es Hellènes celle de Deucalion, leurs successeurs celle de haroun. Chacune d'elles raconta son déluge sans rechercher i ce n'était pas le même que celui dont ses voisins avaient ardé le souvenir et les générations suivantes le datèrent selon Tépoque de l'arrivée de leurs pères en Grèce. Le déluge de Deucalion fut placé au XV® siècle parce que ce fut en effet le temps où les Hellènes passèrent d'Asie en Grèce. Les historiens se trouvant en présence de cinq traditions, en ont conclu qu'il s'agissait d'autant de déluges différents, bien qu'il n'y en ait eu au fond qu'un seul, dont le désastre laissa dans la mémoire des populations Méotes et de leurs descendants, un profond sentiment d'épouvante.

Diodore parle souvent de déluges partiels. Presque tous ses récits des origines de la Grèce commencent par là. Il dit entre autres que le Nil déborda une fois d'une façon si terrible qu'il subnaergea presque toute l'Egypte, particulièrement la province dont Prométhée fut le régent. Peu d'hommes échappèrent à ce déluge * . Or , suivant tous les mythologues, Prométhée régna dans la Scylhie et Deucalion fut son fils. Les deux légendes se rejoignent et s'expliquent mutuellement. Sans avoir besoin de recourir à P. Mêla qui nous apprend que le Kouban s'appelait le Nil, on voit qu'il s'agit ici d'une Egypte Méotide où les Pharaons entretenaient un régent.

1 Diod., liv. I, ch. i.

Toutes ces traditions de Tantiquité, en apparence si absurdes et sans nul rapport les unes avec les autres, se tiennent, s'expliquent pourtant et se complètent les unes les antres, il ne s*agit que de trouver le nœud qui les lie.

Deucalion, si nous étudions son nom, dût être on pontife de la tribu de Jupiter-Soleil, lô-on, Deo-al-Iôn, dont se forma la qualification phénicienne Elion^ très-haut. Le mattre des dieux voulant punir la malice des hommes, décida que le genre humain périrait submergé. La terre entière fut inondée, hormis une montagne de la Phocide, oii vint s'arrêter la barque qui portait Deucalion et sa femme Pyrrha. Lorsque les eaux furent retirées, ils allèrent consulter Foracle de Thémis qui leur ordonna de jeter derrière eux les os de leui grand'mère. Deucalion ayant compris qu'il s'agissait de la terre, il se mit, ainsi que sa femme, à ramasser des pierres et à les jeter derrière eux ; ces pierres se changèrent en hommes et en femmes et ce fut ainsi que la terre fut repeuplée'.

Le poëme sanscrit Bhagavata rapporte que, sous le septième Menou, nommé Yaîvâswata ou fils du soleil, toute Is terre fut submergée et le genre humain fut détruit à l'exception de ce pieux prince et de sept Richis ou saints personnages. De ce Menou sont sorties les deux familles du Soleil e de la Lune, dont les descendants mâles en droite ligne régnèrent dans les villes d'Aypdha et de Prastilhana.

L'histoire de Satyavrata et de ses trois fils Shema, Charma et Jyapéti, rapportée par William Jones, est tout à fait calquée sur la Genèse. La ressemblance est trop complète pour

1 Voyez sar les déluges des Orientaux et des Grecs, Hérod., 1. VIT, p. If 9. Pauson., 1. I, ch. XL. Slrab. IX, p. 443. Piudare Olymp. IX, 64. Apollonius Arg. 111. Steph. Byz. Ë. Renau, Hiat. des langues sémit., 1. 1, p. 458, MM. Gaigniaal, Maary, Hist. des rel, de h Grèce, t. I.

c]ue cette légende n*ait pas été introduite dans l'Inde, à une

époque relativement récente et postérieure à la cono position

<3es livres hébreux ; il y est dit que le patriarche» s*étant

enivré, il fut tourné en dérision par son fils Charma et qu'il

le maudit à son réveil par les propres paroles que la Genèse

3préle à Noé : — « Tu seras le serviteur des serviteurs de tes

:f rëres. » C'est un fai^ avéré que des colonies juives s'établirent

^ans rindostan et dans la péninsule à une époque ancienne,

peut-être au temps de la Captivité. Anquetil raconte des

<lélails curieux sur la ville juive de Cananore qu'il visita lors

de son voyage • .

Quant aux traditions nationales ou religieuses propres à l'Inde elle-même, on n'en connaît aucune qui atteste le souvenir d'un déluge universel dont cette péninsule aurait été le théâtre.

Les inondations et les éruptions volcaniques occupent une place considérable dans les Triades celtiques. Elles parlent surtout du débordement du lac de Llion qui couvrit toute la surface de la terre, en sorte que l'espèce humaine fut noyée, excepté Dwyhan et Dwybach qui échappèrent dans un vaisseau nu (sans voiles), et par qui Tile de Bretagne fut repeuplée^. Ce vaisseau, suivant une autre tradition, s'appelait Nevydd nav Neivion ; il portait un mâle et une femelle de chaque espèce d'animaux quand le lac de Llion se souleva, et huit personnes se sauvèrent dans le navire sacré.

Taliesin, le dernier barde de Gaëls, raconte qu'Âeddon,

1 William Jones, AsiaU res.t t. I. Chron. Ind,, t. L Id. OËavres coiDpl. V. II, p. 249, trad. da Padma-Pourâoa. E. Buroouf, Bhagavata- Pouràna, t.'lll, p. 31. Zend-Âvesta, irad. d'Anquelil Duperron, 1. 1. — « Trioedd ynys Prydairif t. II. Myvyrian archeoL of Waîes, vol. II, p. 59 et 71.

préfre de Bu (Jon, JojMter), le poissant emperair de la terre et des mers, vist de la terre de Gm/dian^ dans la forte fie de SaoD, an temps da déluge. Taliesin a fait dans ses hymnes un mâaoge des légendes nationales et de la tradition biUiqne, mais on y reconnaît cependant sans peine le même mythe r^té dans la Genèse, dans les Yédas, dans Bérose et dans le Coran . (Test toojonrs l'inondation nnÎTerselle et quelques jnstes édiappant seuls h la destruction du gau% humain.

La mythologie des Scaldes, comme celle des Triades celtiques, se rapproche de la version grecque de Deucalion. Bdgemer se sauve seul du déluge avec sa femme dans une barque ; Ton a pu remarquer, au contraire, que la tradition chaldéenne est plus conforme à celle de la Bible.

Si Ton voulait démontrer que les peuples dont nous venons d'exposer sommairement les traditions concernant le déluge, sont tous frères et originaires d'une même patrie, nous n'en ' voudrions pas de preuve plus convaincante que cette adoption presque uniforme d'un même mythe, comme explication de la catastrophe qui frappa leurs premiers pères. Ce fut, en effet, pendant la période d'environ trois à quatre siècles qui suivit le déluge et qui précéda la dispersion des peuples, que se forma le mythe diluvien tel qu'il nous a été transmis par les Hébreux , les Grecs , les Celtes , les Ger* mains, les Hindous, les Chaldéens et les Arabes, car ces différentes nations sont les rameaux d'un même peuple, ou plutôt d'une même confédération de tribus rassemblées dans h Chaldée, la Babylonie, et dans les provinces de cette Egypte asiatique qu'on nommait le pays d'Our ou d'Horus.

Cependant l'idée, de l'universalité du déluge ne dut naître que beaucoup plus tard, car elle tient surtout à l'interprétation d'un seul mot, important il est vrai, mais qui

a suffi pour altérer la notion première de révénement, telle ^u'on la comprenait encore aux temps antérieurs à la séparation.

Il s*agit du mot terre dont le sens, comme celui de beaucoup d'autres termes, se modifia à mesure que les connaissances des hommes prirent une plus grande extension. Nous avons déjà fait cette remarque à propos des dénominations de la mer, telles qii^okéams, pélagos, thalassoSj qui désignèrent d'abord le golfe et le lac voisins des iles des tribus atlantiques, et qui graduellement prirent Tacception générale que les auteurs anciens et modernes leur ont donnée. Nous avons cité un frappant exemple de ce changement de signification dans le passage où Hérodote ne peut s'expliquer comment ghé^ la terre, a pour limites au sud le Phase, et au nord le Tanaîs et le Bosphore cimmérien ■ .

La terre dont parle la Genèse est exactement le ghé de rhistoriengrec; ce terme n'exprime que le lieu habité par Noé et par son peuple. Que dît rÉcriturc? « Je ferai pleuvoir sur la terre pendant quarante jours... Le déluge vint sur la terre... L'arche fut élevée au-dessus de la terre... et les eaux restèrent sur la terre durant cent-cinquante jours'. » Il n'est pas un de ces versets oii l'on ne puisse substituer le mot pays, sans que le sens en soit altéré. En localisant la tradition on obtient même l'explication d'un passage qui n'est point intelligible si l'on admet Tuniversalité du déluge : « Tant que la terre sera, dit l'Éternel, les semailles et les moissons, le froid et le chaud, l'été et Thiver, le jour et la nuit ne cesseront point. Ces paroles ne sauraient s'appliquer qu'à une région particulière où le froid et le chaud se font sentir alter-

• Hérod., H?. IV, p. 45. — ^Gen. ch. v, vi, vu, x, xvil. I. 20

nativement, et nullement aux contrées du globe où il n'y a jamais d'hiver.

Il s*agit donc dans la Genèse, non de la terre considérée comme planète, mais d'un pays particulier, d'une terre, telle que la terre de Sinim ou la terre de Canaan. Il est vrai que l'Écriture ne lui donne point de nom particulier, maià appliqué à la contrée oîi se forma la race hébraïque, le tùoi Terre signifiait le pays natal, le pays par excellence, comme le tell des Arabes, la tellus des Latins, et équivaut à ce mot ghè^ conservé par les Grecs, que les migrations couschites appliquèrent successivement au Caucase {Adighe)^ à la Mésopotamie {Alghézira) et à TAbyssinie [Ghèz).

On peut donc conclure de cet examen que le déluge dont parlent les légendes primitives de la plupart des peuples, fut un fait local, ainsi que l'assuraient les prêtres d'Egypte et les mages de la Perse, et que les textes relatifs à cet événejnent doivent s'entendre comme désignant une région particulière qui eut à sou£frir d'une grande inondation.

Une suffirait pas, cependant, d'établir que le déluge ne fût que partiel, pour démontrer son identité avec la submersion de l'Atlantide. Il est dit dans la Genèse qu'il plut durant quarante jours,, et que l'eau couvrit la cime des plus hautes montagnes. Le déluge, suivant nos idées, est une destruction par l'eau, et la disparition de l'Atlantide fut une destruction par le feu, comment ces faits pourraient-ils se concilier? Il convient de remarquer d'abord qu'il est rare qu'un violent tremblement de terre ou une éruption volcanique ait lieu sans une pluie abondante. II semble qu'il y ait attraction entre l'électricité intérieure du globe et l'électricité ambiante de l'atmosphère, et que l'explosion de l'une provoque les foudres de l'autre. II se passe alors un phénomène qu'on pourrait com-

parer aux typhons par lesquels les eaux des mers sont sou* tirées par les nuages ; sous Tépais rideau des vapeurs abaissées, le feu, la terre et Fonde s'étreignent et se confondent dans un hymen formidable.

Les annales de la météorologie en fournissent, de nos jours, des exemples fréquents : La ville de Brousse, en Asie mineure, a été agitée, il y a deux ans, par de violentes secousses verticales du sol suivies de grondements sourds comme des décharges d'artillerie lointaines. L'air était étouffant, et durant huit jours et plus, la pluie ne cessa de tomber ni jour ni nuit; tout était inondé, et les rivières débordèrent de toutes parts *.

La Genèse dit que l'Éternel fit pleuvoir des deux sur Sodome et Gomorrhe du soufre et du feu ; ce qui fait présumer qu'un orage éclata en même temps que l'explosion du volcan qui' dévora les deux villes*.

Les historiens grecs et latins sont remplis des récits de tremblements de terre, d'explosions de volcans, de soulèvennents et d'irruptions soudaines de la mer dans la Grèce et l'Italie, accompagnés de pluies violentes. Âmmien Marceliin raconte que de son temps, il y eut d'horribles tremblements de terre dans la Macédoine, l'Asie et le Pont. Des villes entières furent renversées, Nicomédie fut ruinée. Des rochers énormes se détachaient des montagnes. Presque constamment, des pluies extraordinaires concordèrent avec l'éruption des feux souterrains : « Un orage furieux, dit Ammien, se déchaîna comme si le Dieu suprême eût poussé les vents de tous les coins du monde. On ouït un gémissement de montagnes entrechoquées, un fracas du rivage entr'ouvert suivi

• Moniteur univ., 14 mai i85d.— ' Ch. xix, v. 94.-3 Ara. Marcel., 1. VII, ch. 17.

de tourbillons de vapeurs bitumineuses» les maisons roulaient sur le flanc des collines, et au milieu des ténèbres épaisses qui voilaient la terre, couraient des flammes incessamment jour et nuit, pendant cinquante jours, de sorte que tout fut consumé.»

Ces faits, ainsi que beaucoup d'autres qu*il serait oiseux d*énumérer ici, attestent qu'il existe une intime liaison entre les phénomènes de Félectricilé terrestre et ceux de l'atmosphère. Les physiciens sont d'ailleurs d'accord sur ce point, et c'est plus qu'il n'en faut pour rendre admissible l'hypothèse d'orages prolongés et de pluies torrentielles, combinés avec une éruption des volcans du Caucase et l'ouverture du cratère sous-marin où s'enfonça l'Atlantide.

La saison d'ailleurs, si l'on s'en rapporte à Plutarque, coïncidait avec le temps des grandes pluies : « Le déluge, dit-il, commença le 17 du deuxième mois après l'équinoxe d'automne, et c'est le moment précis où Osiris entra dans l'arche ^ » À cette époque, la steppe méridionale de Russie, la Crimée, lé Nord du Caucase subissent, sous la domination des vents du nord, des tempêtes de pluie et de neige qui durent souvent, non pas quarante jours, mais deux et trois mois.

Quant au soulèvement des eaux débordées qui couvrirent les pays voisins de la catastrophe , il s'explique naturellement par le déplacement des eaux de la mer et du fleuve, que refoula violemment l'immersion soudaine d'un territoire étendu contenant une montagne assez haute, une ville considérable avec de vastes monuments, des villages, des jardins, des bois, des terres cultivées. Les îles adjacentes durent

1 Ce nom d'Osiris que Plularqne donne au persohnage que nous appelons Noé , semble la continaalion héréditaire parmi les chefs égyptiens de Tîle de Jupiter Ammon, du nom du Roi fondateur de la colonie.

être couvertes à une grande élévation par un débordement énorme, et les eaux inondèrent à une grande distance les rives plates de la mer d*Azoph et la plaine septentrionale de la Crimée, dont la surface stérile couverte d'un dépôt salin et de coquilles marines, témoigne d*un long séjour de la mer.

Mais, dira-t-on , il n'est nullement question dans la Genèse de volcan ni d'éruption ; les eaux seules ont tout fait?

Il convient d'abord de s'entendre sur les mots. M. Cahen, dont la traduction de la Bible fait autorité parmi les hébraisans , nous apprend que ce mot Déluge , par lequel nous croyons ne désigner que les ravages des eaux, a dans l'hébreu un sens beaucoup plus étendu ; il signifie confusion, bouleversement par l'eau, la neige et le feu ^ Voilà donc la signification réelle qu'il faut attacher à ce terme, et les docteurs des Juifs, loin de l'entendre suivant l'idée restreinte que nous nous sommes faite du texte de l'Écriture, considèrent tous ces éléments comme s'étant combinés pour la destruction des hommes.

Le mot français dut même avoir autrefois un sens analogue, car Déluge semble dériver du celte dè-eug, espèce de météore qui, suivant les montagnards d'Ecosse, présageait la mort des grands personnages ; ils tenaient, disaient-ils, cette croyance des anciens Druides '. Dè-/-ettjf, le météore sacré, implique l'idée de feu et d'électricité, et la •tradition druidique remonte sans doute au déluge de oug que les Grecs appellent Ogygès.

La version que lés Rabbins donnent du Déluge est curieuse, et semble devoir écarter les dernières objections qui pourraient être soulevées contre l'origine volcanique de cet événement :

1 Câhen^ id., notes de la Genèse, ch. vu. — ^ Edda^ Uythol.f lexic.

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leurs, dérive également de Op ou Oph ^ la ville d'Ammon. U est à présumer, ainsi que nous Tavons dit plus haut, qu*il s'agit ici delà ville qui s'élevait à l'eitrémité ouest de l'Ile de Taman, sur l'emplacement même oii est aujourd'hui la petite bourgade de ce nom. On voit auprès, sur la hauteur, un puits qui donne en tout temps une eau abondante et pure, et qui doit probablement son origine à la colonie égyptienne. Il semble que le Coran fasse allusion à ce puits lorsqu'il répète fréquemment ces mots : a Et ceux qui vivaient près du puits furent frappés par le déluge comme Âd et Thamod. »

Le patriarche et sa famille gagnèrent la pleine mer à force de' rames, et la tempête, les flots soulevés- chassèrent rapidement le navire loin du lieu oh, en un jour et une nuit, selon Platon, se consomma la ruine de l'Atlantide. Toute terre avait disparu à leurs yeux, et l'arche erra longtemps, jouet des flots, au milieu du Pont-Euxin, battue par une pluie incessante. En ce temps d*enfance de la navigation, un pilote se croyait perdu quand le vent le poussait au large. C'est cette sensation qu'Ovide a décrite dans sa peinture du déluge : Omnia Pontus erant, deerant quoque littora Panto. Le Pont n'avait plus de rivages. Le barde Taliésin l'exprime par ces mots : « Le Juste navigua sur un Océan sans rivages qui couvrait les débris des hommes et des animaux du vieux monde ' . »

Poussé sur la côte d*Ârménie, le patriarche, à son débarquement, fut accueilli par les populations, qui regardèrent son salut comme un prodige. Lui-même put croire que seul il avait échappé à cet épouvantable désastre et qu'il était l'unique survivant d'un monde englouti. Cette croyance se répandit et devint populaire parmi les tribus égyptiennes et cous-

datione ut ferunl, Pline, 1. V, ch. xiii. Cumberland in Sanc/ton.p. 230. 1 Davies, Archaïology of Wales, lom. II, 59, 71, etc.

chites alors établies dans l'Ânnénie et sur les versants du Caucase, jusqu'aux plaines où s'élevait Babylone.

Si nous nous reportons maintenant à la chronique cbal- 4éenne, nous apprenons .que Xisuthrus, le même que Noé» fut chargé par Saturne, sat-our-anùy le roi d*Our, de mettre par écrit l'histoire des premiers temps du monde, c*est-à* dire l'histoire de la création de la colonie des iles Méotides et des événements qui suivirent. Cet écrit fut déposé à Sippara, en Chaldée, ville que l'on a supposée être Ispira ou Sispiratis de Strabon et de Ptolémée , située en effet dans le Taurus supérieur. Nous inclinons cependant à prolonger la primitive Chaldée jusqu'aux vallées du Kour et de l'Araxe; alors Sippara pourrait être Sephar^ où l'on voit un monastère fort ancien. On sait que les lieux sanctifiés à leur origine, conservent, malgré le changement des cultes, leur caractère sacré, et que les temples ont été bâtis, pour la plupart, sur les points où les populations avaient jadis coutume d'adorer les astres.

Il n'y a nulle invraisemblance à admettre que, de la tradition déposée dans le collège sacré de Séphar et traduite ei chaldéen , procéda la tradition diluvienne telle qu'elle fui recueillie et conservée par les tribus rassemblées dans k Caucase, dans la Chaldée et l'Âlghézira. Les migrations arien nés et sémitiques, monothéistes ou idolâtres, en se détachai successivement de l'agglomération que formaient les tribus i ce carrefour de l'Asie, emportèrent, chacune de son côté, a^HU nord, au sud, à l'occident et à l'orient, cette tradition que le sacerdoce modifia à son gré selon le génie de sa caste et ^^e son peuple, et en fondant sur cette grande catastrophe la o^ oraie de son culte.

Les récits de cet événement sont de deux sortes : le déluge mythique transmis par les écrits sacrés et le déluge traditionnel conservé dans les souvenirs populaires ; le premier est presque partout le même, le second au contraire a subi de nombreuses variantes, tantôt amplifié par le prisme brillant de la poésie des civilisés , tantôt rapetissé dans les contes naïfs des pèlerins illettrés de TOrient.

Platon raconte que ce fut après une guerre soutenue par les Athéniens et les Égyptiens contre une ligue formidable de peuples que survint tout à coup la ruine de l'Atlantide et de ceux qui l'habitaient. Selon Âpollodore, Erechtée, roi de l'Athènes primitive, fut frappé de la foudre et englouti dans la mer après avoir vaincu Eumolpe , roi d'Eleusine. Dans Hésiode, c'est pendant la guerre des Titans contre Jupiter qu'édatent les phénomènes attribués par le poète à la puissance divine. Dans son imagination ou plutôt, suivant la tradition ^haldéenne qu'il paraphrase, l'éruption inopinée du volcan ievient l'arme dont le dieu irrité frappe les rebelles et les impies :

« Un bruit formidable retentit sur l'étendue des mers, la terre pousse des clameurs, le ciel est ébranlé et le vaste Olympe tremble sous les pas des immortels. L'horrible secousse de la marche des dieux, du choc des Heures {Hôr, chefs) , des rocs que lancent les combattants, retentit jusqu'au fond du Tartare. Les dieux, les Cyclopes, les Titans s'appellent les

1 Sanchon. Fragm. Lips., édit. OreUi, p. 6. Ë. Renan, Mém. de l'Acod. des Inscript., t. XXill, p. U4.

uns les autres ; leurs cris percent Téther. . . Le maître des dieux se précipite sur la terre, renflamme de sa foudre; les forêts , embrasées craquentavec un bruit affreux, le monde est dévoré^ par le feu, la mer bouillonne ; une noire vapeur, déchirée pai^ la lumière des éclairs, environne les Titans; une flamme im — . mense s'élève jusqu'à la voûte éthérée. L'Érèbe aussi est ei? feu; l'œil découvre les mystères cachés jusqu'à ce jour dans les entrailles de la terré qui s'entr'ouvre ; les éléments se confondent, les vents se mêlent avec les sifflements du tonnerre, d'immenses tourbillons de poussière obscurcissent le centre de la mêlée Mais Typhon saisit à son tour la foudre qui gisait mal éteinte dans un antre ; aussitôt les Dragons, ses frères, s'unissent à lui pour faire la guerre au dieu qui gouverne le monie.. . Hesper.Eoûs, Hora (les pays d'Hesper, de Cous, du Soleil), tout est envahi; la clarté du jour est obscurcie par la chevelure des géants ; la lune se trouve poussée près du soleil (les deux familles sont confondues); Typhon bouleverse les montagnes et les mers; il arrache des lies entières et lance

leurs débris contre le ciel Enfin les Titans foudroyés sont

précipités dans les enfers aux racines mêmes de la terre, et ils y demeurent plongés dans d'éternelles ténèbres K »

Il y a dans ce tableau un mélange de vrai et de merveilleux que l'esprit a d'abord peine à discerner. Cependant, à certains traits que les études qui précèdent ont pu rendre familiers au lecteur, il luiserafaciledefairela part de la fable et d'apercevoir la trame sur laquelle elle est brodée. Il s'agit simplement d'un phénomène volcanique oii la mer joue un rôle important; les noms des divinités qui s'y trouvent mêlées sont précisé-

' Hésiode, Théog.^ v. 630, 714, etc. On ne peut h ce sujet qnc rappeler au lecteur les beaux travaux de MM. Gui^oiaut et A. Maury sur le' symbolisme et les religions de la Grèce,

ment ceux des tribus principales du Méotis* U est aussi trèsxemarquable que le mot jxfMov enclume, qui est aussi le nom du carreau de foudre que lance Jupiter, est identique au sanscrit diçman, rocher, pierre. Lespremièresenclumesfurentsansdoute «n pierre de lave. Or açman en sanscrit, désigne aussi la foudre que lance Indra ^ Ajoutons ici que, suivant Hésiode, Yak" mon met dix jours à tomber sur la terre, ce qui ne peut s*appliquer au tonnerre, mais très-bien à la lave brûlante coulant du sommet d*un volcan élevé comme le sont ceux du Caucase.

Diodore nous apprend quelle fut Torigine de ces Titans qui sont restés la personnification d*une race géante intermédiaire à rhomme et aux dieux ^. Us naquirent d'Ouranos, roi des Atlantes, et de plusieurs femmes, au nombre de quarantecinq dont dix-huit de la nymphe Titœa. Ici les deux races africaines du Soleil et de la Lune, H6r-an, s'unissent aux Ghètes scythiques représentés par Titœa ou par Thétis at- Het'is, déesses des eaux. Les Titans, at-Het-an, furent donc une des premières familles issues de T union des Libyens et des femmes germaines, et Ton retrouve en eux ces Ethiopiens primitifs qu'on appela d'abord Atlantes.

Le même auteur rapporte ailleurs que, suivant les traditions de la Crète, les Titans naquirent des Kourètes, Hor-Het, le peuple du soleil et les Ghètes. Les Kourètes, les Corybantes, Hor-ah-Anty les Telchines, at-el-Sin^ formaient des tribiis vouées au culte de Rhéa, le soleil, qu'on adorait en Colchide. ils pratiquaient la magie, jetaient des sorts, prédisaient l'avenir, faisaient à volonté tomber la pluie et la grêle. On les appelait, dit Diodore, démons ou génies de l'Orient (Dives et Djinn), et il y eut parmi eux des géants. Voyant qu'ils com-

^ Piclet, Orig. ind. europ,, t. I. 129. Roih. II, 44, Théog^^ v. 723. * 3 Diod.. 1. 111, § 29.

mettaient de grands excès, Neptune, pour les punir, voulut engloutir leur honte au fond des entrailles de la terre. Les Telchines prévoyant une inondation prochaine, abandonnèrent l'île oii ils vivaient et se dispersèrent. Ceux qui demeurèrent dans l'île, périrent par les eaux qui couvrirent toutes les plaines. Quelques-uns cependant, principalement les fils de Jupiter, réussirent à se sauver dans les montagnes '.

Ce passage résume toute notre explication du déluge ; il n'y a rien à y retrancher. Le recueil de Diodore est ainsi fait ; cet auteur a puisé à toutes les sources , aussi au milieu des fables les plus extravagantes, on voit soudain apparaître quelques lignes où éclate la réalité historique.

Les Héliades, fils du soleil, ne furent pas moins illustres que les Titans. « Ceux-ci, dit la fable, s'élevèrent au-dessus des autres hommes par leur savoir, surtout dans l'astronomie. Ilspartagèrent l'année en saisons et firent une science de la navi— gation. Les uns passèrent en Grèce ; Actin vint en Eg}'pte, y^ bâtit la ville d'Héliopolis et enseigna le cours des astres auic Égyptiens. Puis un grand déluge qui survint dans la Grec© emporta non-seulement des peuples entiers, mais encore tous les monuments écrits et jusqu'à la science des lettres qui bien longtemps après ce désastre, fut rapportée en Grèce par Cadmus« »

Les Grecs se disaient redevables aux Titans de leurs connaissances astronomiques et la Titanide Mnémosyne (men-' Mousa), leur apprit l'art du raisonnement et l'emploi des noms propres qu'ils avaient ignoré jusqu'alors. Thémis, sa sœur, institua chez eux les oracles, les sacrifices, et les rites religieux.

Tels sont les Titans de la tradition; ils rappellent le^

» Diod., liv. V, §§ 34, 35.

\tlantes de Platon , mais diflfôrent beaucoup de ceux de la poésie. Les renseignements que nous ont transmis les souveairs des premiers âges varient sous Tinfluence des passions, 3t telle famille rangée parmi les dieux, DevaSy par un peuple, 3st traitée de diables, Devih, par un autre. Le même mot change de sens comme les personnages changent de caractère, suivant que la tradition vient d'un allié ou d*un ennemi.

Cependant la mémoire d'une race audacieuse et impie révoltée contre le Dieu protecteur dé la race hellénique et anéanfie par ses foudres, domine toute la mythologie ancienne et se lie partout à Tidée d*ab!me, d'éruption et d'ébranlement souterrain. Dès que les Grecs rencontraient un volcan, ils couchaient aussitôt un Titan sous la montagne. En Sicile, ce fut Ëncelade enseveli sous l'Etna, dont le nom, Het-ana^ rappelle tout à fait la ville des Atlantes et le four Âtanor d'où se précipitèrent les eaux bouillantes qui forcèrent Noé à s*embarquer. Selon Eschyle et Pindare, l'Etna c'est Typhée qu'Homère place aux monts Arimes. Dans la Thessalie, aux champs Phlégréens, en Macédoine, en Cilicie, partout c'étaient les géants qui lançaient des flammes ou faisaient trenoibler le sol en se retournant sous le poids qui les accablait.

L'Ecriture se sert de la même image qu'Hésiode, lors^ qu'elle montre les Réphaîm précipités dans un abîme scellé par les eaux. Ailleurs c'est Hillel, la brillante étoile du matin (Hesper) qui est plongée dans le Schéol oii sont les Réphaîm.

Le Coran parle fréquemment des peuples d'Âd et de Thamod ; c'étaient des hommes d'une taille et d'une force colossale : « Nul, dit le livre, ne sera aussi fort que les Âdites, ils remuaient avec facilité les plus grosses pierres. »Onrecon-

nait à ce trait les constnictenrs des remparts cyclopéenset des monuments indestructibles de Saba et de Mareb dans l*Yémen. Les vestiges prodigieux semés dans l'Italie et dans la Grèce, les dolmens gigantesques des Gaules et de l'Angleterre attestent la puissance de cette race de forts qui semblait avoir puisé dans un sol chauffé parles feux intérieurs du globe, son éneipe et son ardeur indomptables.

La tradition musulmane représente les Adites (Aditan) comme des idolâtres, que le prophète Hoûd , communément

appelé Heber, envoyé de Dieu, s'efforça de ramener à la vraie foi. Les Adites ayant refusé de l'écouter, Dieu envoya un vent brûlant qui souffla sept jours et sept nuits, et fit tomber les hommes comme des palmiers déracinés *. Ce vent pénétrait par les narines dans les corps, les consumait et extermina les Adites, à l'exception d'un petit nombre de fidèles qui se retirèrent avec le patriarche Hoûd.

Un autre prophète, nommé Saleh, fut envoyé vers les Thamoudites : il vivait entre le temps de Hoûd et celui oii parut Abraham. Pour preuve de sa mission, ce prophète fit sortir d'un rocher une chamelle et son petit. Les Thamoudites la tuèrent, ce qui déplut à tel point àl'Eternel, qu'un tremblement de terre survint soudain accompagné d'un bruit formidable et les Thamoudites périrent tous sous leurs maisons abîmées. Saleh et ceux qu'il avait convertis furent seuls sauvés de la destruction.

Les Arabes ont aussi des traditions particulières que leurs historiens, postérieurs, comme on sait, à l'Islamisme, ont interprétées d*une manière erronée, soit par défaut de connaissances géographiques, soit pour ne pas contrarier le texte du

1 Coran, surate de Hod.

Coran qui affirme, d'après les Hébreux, 1* universalité du déluge. C'est ainsi qu'ils placent en Arabie la scène d'un évé- :anement demeuré fort obscur, quant à ses causes, et qui parait iBi'être qu'une version populaire de l'événement qui nous ^Dccupe.

cr Abd'shem, suruommé Saba, avait bâti une ville de son '■lom qui fut appelée dans la suite Mareb, et il avait fait un ^^aste bassin avec une écluse pour recevoir les eaux qui veisiaient des montagnes \ Ce bâtiment était comme une montàgne qui dominait la ville. L'eau s'élevait presque à la hauteur de vingt brasses et étai^retenue par un massif si épais, qu'on avait construit dessus plusieurs maisons. Mais Dieu, indigné de l'orgueil et de l'insolence du peuple de Saba et voulant rhumilier et le disperser, envoya un terrible déluge qui rompit l'écluse et emporta la ville et les villes voisines avec tous leurs habitants tandis qu'ils étaient endormis. »

Huit tribus furent forcées d'abandonner le pays qu'elles habitaient et quelques-unes d'entre elles donnèrent naissance aux deux royaumes de Ghassan et de Hira, situés dans l'Irak- Arabi, en Syrie. Cette inondation eut lieu, dit-on, un peu après le temps d'Alexandre le Grand et elle est désignée sous le titre ff inondation d'Aram ^.

La date ne fait rien ici; on sait ce que vaut la chronologie des orientaux. Mais si l'on examine le fait en lui-même, il est tout à fait hors de croyance qu'une population aussi considérable ait été expulsée de ses demeures par la rupture d'une écluse et le débordement d*un réservoir, si vaste qu'il ait pu être. Le colonel Chesney a visité en Arabie l'ancienne digue de Mareb et a admiré la grandeur et la solidité de cet ouvrage,

1 Pococke, spec, 57. Caussin de Perceval, Les Arabes av, Visla' misme, t. I. — ^ Géogr, nubien, p. 52.

oh Ton reconnaît la main des fils des Âdites , mais rien de v— ^ ^ qu'il raconte, ne peut faire supposer un monument en rap^ ^ port avec Timportance de la catastrophé. On se deman#^ d'ailleurs, comment ces huit tribus établies à l'extrémité dv Yémen, se trouvent tout à coup émigrées en Syrie, en Médi^, en Mésopotamie. Â Tépoque, infiniment plus ancienne que celle d'Alexandre le Grand, où apparaissent dans Thistoire trois de ces huit tribus, les Bekr, les Modhar, les Rebia, on les Irouve, la première dans le Diarbekir entre TÂrménie et le Liban, la dernière dans le 0iar-Rebia qui s'étendait près de la Médie, non loin de la Caspienne. Quant aux Modhar dont le t nom s'identifie avec celui d'une famille de princes Circassiens ^ les Moudarié, ils se rattachent aux plus antiques origines de TAsie. On peut donc conclure de ces observations que la tradition populaire arabe aura confondu quelque débordement réel de la digue de Mareb avec le grand déluge du Pont- Euxin dont elle avait gardé le souvenir, mais dont elle n savait où placer le théâtre.

Le poëme Harivansa, Genèse des Aryas, s'accorde ave Hésiode, lorsque celui-ci nous montre le déluge intervenan au milieu de la guerre de Jupiter et des Titans. Voici dan quels termes la Terre adresse ses plaintes à Brahma :

<t le fus formée par le Dieu qui sortit du lotus. En mém

temps que moi, parurent deux grands Asouras terrestres * Madhou et Kelabha. Ces deux Détyas se mirent à parcours. 'X* le monde, intrépides et demandant le combat. S'étant appro' — chés de Brahma et de Vishnou endormis, ceux-ci se réveillfe — rent et les combattirent dans les trois mondes couverts d' déluge universel * . »

* Harivansa, trad. de M. Langlois, t. î, lect. 52.

C^est encore ce que nous apprend TAvèsta/lorsqu^au inl^ a de la description du déluge, il dit que Taschter (l*astre »ter) lança la foudre contre le Dew Apevesch qui cherche à re le mal '. Partout l'explosion yolcanique, le débordement

là mer, Tengloutissement des géants coïncident avec la erre de Jupiter', souverain d*Asie, contre les tribus révoltées

Caucase.

Les Védas intitulent Agui, Dieu du feu, le chef invisible des bus. Il a été enchaîné et délivré comme Prométhée, et Juter ici s'appelle Indra ^. La guerre qu'il fait aux Asouras du ncase est décrite avec un éclat remarquable : « — Ils sont tranchés dans des forteresses au sein des nuages ; le Dieu ippe de ses foudres ces nuages qui ne touchent pas à la tfa:ce de la terre, et qui cachent celui qui est riche de détttiDes. » Cet autre passage semble se rapporter au déluge iscité par le Dieu irrité : « 0 Indra! tu as donné la mort au oient Ahi (Kal) qui enchaîne les eaux. Tu as précipité les ides vers la mer; tu as brisé Tenveloppe compacte des lages, tu as ouvert la porte à ces ondes qui se sont élancées ^ toutes paris ^. »

Malgré le style vague et diffus, à force d'abondance, des ^Ëmes sanscrits, un hasard heureux a fait qu'une de leurs iditions les plus .précises et les plus claires se rapporte aux sa Méotides. Un savant indianiste, dont les travaux sont usignés dans cet admirable recueil des Recherches asia- |ues qui, avec les travaux de W. Jones, de Colebrooke et de Jrnouf, constituelabase solide de Tarchéologieindienne, Wilrd, a publié un travail fort curieux sur les Pourânas, chrohi- 'es mythologiques des Hindous. Cette étude est restée jusqu'à

' Boundehesch, trad. dAnqaelil, t. III, p. 363. — ^ Rig-Véda, t. \\, ^66. -^ > RigVéda, t. H, p. 447, t. I, p^ 44, elc.

présent dans l'oubli malgré les inappréciables renseignement qu'elle renferme. Au premier rang se place la légende i^ File Blanche, dans laquelle Wilford, par un singulier mirage de nationalité , a cru reconnaître Albion ^ et dont il a vonln faire la patrie commune des Celtes et des Aryas primitifs. Nous sommes assez bien renseignés aujourd'hui pour ne pas tomber dans cette invraisemblable erreur, et les recherches qui précèdent nous ont préparé à reconnaître dans ce pays perdu les ties Atlantiques. La relation indienne en donne une description si conforme à celle de Platon et de Proclus, qu'il nous semble réellement impossible de douter de l'identité des < deux contrées, bien que les deux récits viennent, l'un de bords du Nil et l'autre de ceux du Gange.

Swèta-Dwipa S l'île Blanche, était composée de sept Qesr tellement rapprochées les unes des autres, qu'elles semblaien/ unies, et que quelques-unes étaient considérées, tantôt comme n'en faisant qu'une, tantôt comme en formant deux. Cependant chaque ile avait son nom, et selon les Brahmes, il y en avait trois principales; les quatre autres étaient plus petites. Les Bouddhistes prétendent qu'il y en avait cinq. On les nommait/ambô, Cusha^ GomedaonGomayany Salmàlay Crauncha^ Swetaraca et Pusheara. Crauncha était un détroit à trois ouvertures, placé au milieu de ces iles.

Il est dit que Priyavrata, fils du premier homme, eut dix fils, et qu'il voulut partager la terre entre eux. Trois ayant renoncé au monde, il divisa le monde entre les sept qui res-

^ DtDipa , île, circoDscriplion, province ; swèta, blanc en t.-inscrit. çpaëta en zend. Burnouf, Comment, sur le Yaçna. En gothique kweU^ lithuanien kwetis, angl. while. Ces roots sou-et, açpa'et, nous ramènent an nom du peuple blanc Het, Ghète. Sou, pasteur, oçpa, cheval. swètttt signifie donc le pays des pasteurs blancs.

-talent, mais une terrible convulsion de la nature fit disparaître six des Dwipasqu ils habitaient; Jambû seule échappa au désastre « Suivant une autre opinion, et c'est la plus accréditée, ces lies souffrirent beaucoup, mais ne furent pas détruites.

Swetam^ la plus grande de ces iles, est située au nordouest de la terre. Elle a trois caps , Tricutadri (l'équivalent du trinacria des Grecs) et ces trois caps s'appellent Iranya, Maris et Raina.

Nous n'insisterons pas sur la ressemblance de ces noms avec XAyrana des Parses et des Hindous, le Maris ou Haman, Himeri des Égyptiens, des Scandinaves et des Grecs; mais il est impossible de ne pas être frappé de la forme triangulaire de Tricuta, qui se rapporte parfaitement avec celle de Fontan , l'île Kimmérienne. On retrouve dans cette description jusqu'au détroit placé au milieu , et qui correspond à celui des colonnes d'Hercule.

On remarquera que l'île échappée au désastre s'appelle Jambû, c'est Ham-Hoû, Jupiter Ammon, l'île de Taman, qui devint la plus fréquentée après la destruction de l'île du milieu. Ce qui achève d*établir d'une manière incontestable les rapports des Aryas primitifs avec les îles Blanches , c'est que le nom qu'ils donnèrent au premier établissement formé par eux entre le Gange et la Jumnah, futcelui àeJambû'dwipa,

Swetam s'appelait aussi Chandra, la Lune. Chandra-vasta est une grande rivière dont les rivages sont couverts d'arbres. Diodore raconte que les Amazones, avant de soumettre les Atlantes, s'emparèrent de toutes les îles de l'Hespéride S excepté de la ville sacrée de Men, la lune, qui était habitée par

1 Diod.y 1. m, ch. xxyi). Asiat. res.y t. XI, p* 58, 60.

des Éthiopiens. Nous avons également reconnu que at-4'an signifiait pays sacré de la lune.

Il y avait quatre cités dans ce pays ; Tune, la plus ancienne, était située sur Ylkshu (nom indien du Ponl^Ëuxin, suivant Wilford). Deux étaient situées dans Swetam; Tune était nommée Soua-Nandapouri , la cité des délices (probablement YÉriéné des Parsis, que TAvesta nomme aussi le séjour des délices, et peut-être THéden des Hébreux et des Arabes). Trois autres villes appartenaient à Ganèsa, le dieu à tête d'éléphant, l'inventeur des arts et des sciences. Une troisième ville, ajoute le poëme sanscrit, s'élevait près du Uhan de Mahadèva. C'est ainsi que les Hindous désignent le souverain desDevas, Dives ou Éthiopiens. Cette ville fut probablement i£a de Colchide.

L'une de ces îles, Sourya'Dwipay l'ile du soleil, est habitée par les dieux et on y adore le soleil ; mais la plus célèbre, suivant les Pourânas, est celle nommée Tricuta ou TrisrinyaA'H^ aux trois caps; elle parait au milieu d'une mer pleine de vagues qui Tentourent comme d'une guirlande ; c'est là qu'est l'arbre sacré cshira.

La mer qui avoisine ce pays est nommée calasadodha , c'està-dire fermée, et pareille à un chaudron posé sur le feu. Cette comparaison a été suggérée sans doute par les volcans qui bordent la baie de Taman comme la flamme autour d'un chaudron.

Au sud de la chaîne des montagnes de Swèta et au nord de la chaîne Sringavan est le pays iïlliranmaya; puis au'sud de Nila, et au nord de Swèta est le pays de Ramyacam^ où l'on voit un fameux nyagrodha (ficus indica) et des hommes blancs qui vivent 1500 ans. Le pays Jatudlii abonde en cavernes.

u Dord de la chaîne Swèta on voit le pays SHirairCyava^ ifT» et la rivière Haimavati, ou pleine de neige; lès habitants ivent là 110 ans. Au sud de l'Océan du Nord sont les deux [oorous ; le Kourou sud est proche du Mérou, là est la de-^ aeore des saints, siddhas '.

Cette description dont les traits sont entassés pêle-mêle et ans ordre , contient cependant les mêmes caractères que oims avons déjà observés dans les récits des. Grecs sur les lyperborées, ce peuple religieux et juste, dont la sobriété et * IcDgévité sont extraordinaires. On peut reconnaître le Ta-^ ^îs dans la rivière pleine de neige, Ripheœ pruinœ de Virgile, *s deux Kourous au sud de l'Océan du Nord, avec leur ^Uple de saints, désignent les deux grandes lies du Méotis. ^*^utres indications s'appliquent au Caucase; ainsi Taiyàna, ^ demeurent les Pitris, représente Derbend qu'Henri Lord ^tume Dei-pen, et dont le château- fort, où Ton a trouvé ^^ucoup de pierres gravées de lettres cunéiformes, remonte Id plus haute antiquité.

Les iles Blanches jouent un rôle trèsrimportant dans les '^^ditions sanscrites, qui y rattachent très-positivement les **îgines de la race. Ainsi, les dix Avatars de Viscbnou se ^Bt, dit- on, tous accomplis danâ cette contrée, ti ce dieu ^clare, dans le Brahma Vaîvastha, qu'il retournera, avec les i^uxet les déesses, habiter dansSwèta-Dwipa, la demeuré ^ la Justice, pour y vivre avec les pasteurs.

Les lettrés de l'Inde, dit Wilford sont d'accord pour dé- 1 arer que les nations brahmaniques ne sont pas aborigènes '«l'Inde, et les livres sacrés enseignent que la lumière dés •^édas fut apportée d'Oceidont, des îles Swèta, où les Védas

^ Asiat, researcheSfUïlf^. i6: ^ • —

résidaient squs une forme humaine. Us ajoutent que les mystères fondamentaux de la religion védique, sont intimement liés avec ce pays , et que les grands événements dti monde^ tels que la création, la punition des hommes^ la régénératioi de l'espèce humaine, se sont accomplis dans Swètam et danr la mer quiFavoisine'.

Suivant d'autres traditions fort répandues dans l'Inde, c!es de ce même pays de Swèta-Dwipa que partirent de noi breuâes tribus, au temps de Crishna, pour venir s'établir d; l'Hindoustan ; mais on ignore absolument où fot ce pays, tout ce qu'on sait, c'est qu'il était situé très-loin au nord el l'ouest de l'Inde.

Cette légende jette une telle lumière sur les temps prii tifs dont nous nous efforçons de débrouiller le chaos, qu'eX-Z^ peut se passer de commentaire. Le passage qui suit, extr^K m t aussi des Pourânas, résume en quelque sorte notre trava i 2 ^ tant l'explication en semble naturelle en l'appliquant à Tord des faits primitifs et à la marche du mouvement civilisâtes tels que nous les exposons :

« Idris (le seigneur sacré} porta les Védas du séjour des dieux au sommet du Mérou, puis aux iles sacrées, ensuite aux frontières de l'Inde ^. »

Les Védas expriment la science et la religion; le séjou' des dieux, c'est l'Egypte, d'oii le seigneur sacré, Séosiris porte la science au mont Merou, dans le Caboul oii nous sa vous, en effet, que le Pharaon s'arrêta pour faire reposer so armée, et près duquel il fit bâtir une ville de Nysa. Puis ^ ' se rend aux iles sacrées, Swèta-Dwipa, les iles Atlantique et c'est de là que plus tard, le Véda fut apporté dans l'Inde.

^ Asiat. res,, t. XI, p. 69, 87. — ^ AmU res., t. V, p. 260.

Le poète Djayadeva, dans une ode ou il célèbre les avatars du dieu Vischnôu, mentionne clairement le déluge, et confQBd ainsi les origines des Aryas avec celles des autres peuples Chaldéens :

« 0 Cesava qui prends la forme d'un poisson, tu v^s chercher le Yéda au fond des ondes de Tocéan de la destruction ; tu le places joyeusement dans le sein d'une arche fabriquée par toi. Sois victorieux, ôHéri, seigneur de l'univers ^ «

Ainsi voici, sous les traits de Vischnou, ce même personnage si fameux sous les noms de Noé, Deucalion, Xisuthrus, et il est représenté (ce qui est nouveau) sauvant des eaux le dépôt de la science et du culte. N'est-il pas permis de supposer que ce Yéda primitif était cette fameuse stèle où Hermès avait écrit l'histoire du premier âge du monde? Transportée en Chaldée, elle y serait devenue le modèle des Ammonea grammata^ archives sacrées de la Phénicie, ainsi nommées parce qu'elles reproduisaient la tradition antédiluvienne gravée sur la stèle de l'île d'Ammon ^

Nous terminerons cette revue des légendes théogoniques relatives au mythe diluvien, parle fragment suivant extrait des chroniques de la Chine. Le peuple chinois, conservateur des anciennes traditions, est peu poète de sa nature ; aussi a-t-on plus de chances de découvrir la vérité dans ses récits incolo-

» De Brotonue, Ilist,de la filial, des peuples, t. II, p. 425.- ^Moyerg^ die Pkœnizier, 1. 1, p. .104 ; Sanchoo. fragiiu, Ëus^b, Dio^-Uv-Y» $^9,

res que dans les brillantes épopées et les hymnes enthousias*-' tes des Ariens et des Sémites :

« Mamigasima était une île fameuse dans les tendps an* ^ ciens, riche et fertile surtout en argile propre à faire la por^^ celaine. Son roi, Peirumi, était vertueux et religieux. Un rêve Tavenit que Dieu voulait punir la perversité de ses sujets, et qu'il eût à s'enfuir, lorsque le visage de deux idoles placées à l'entrée du temple, deviendrait rouge. Ce prodige .ayant eu lieu, le prince se retira avec sa famille à bord de ses navires et vint aborder à Foksju en Chine. Dès qu'il fut parti, rUe fut engloutie avec tous les infidèles qui l'habitaient, et une énorme quantité de terre de porcelaine K »

Par une particularité qu'on ne rencontre que vaguement indiquée dans les poëmes cosmogoniques, la légende du déluge et du patriarche sauvé seul avec sa famille, se trouve ici liée très-clairement avec la submersion d'une île qu'il habitait. Ce qui achève de faire de cette tradition lointaine une précieuse confirmation de la donnée historique que nous essayons de développer, c'est ce nom de Piroumi que porte le patriarche. Hérodote nous apprend, en effet, que les Égyptiens nommaient ainsi leurs grands-prétres, et on lui montra à Thèbes, dans une des salles du temple, les statues colossales de trois cent-quarante-cinq Piromis, qui s'étaient succédés sans interruption dans le gouvernement religieux de la ville. Ce terme, ajoute Thistorien, signifie bon, vertueux ^. .

Si, comme il parait difficile d'en douter, l'histoire de Mamigasima s'applique à l'Atlantide', on est conduit à conclure également que le patriarche sauvé de la destruction fut un Piromi, ou grand-prêtre de race égyptienne, consacré

1 Kœrapfer, Voy, en Chine et au Japon, — ^ Hérod. 1. Il, 144.

^^ans nie d'Ammon au culte de Jupiter. Au surplus, cette assimilation ne peut 'laisser d'incertitude, lorsqu'on voit ^ae Peir&un est le nom que les Slaves donnent à Noé.

Il n'est pas, au reste, plus surprenant de retrouver à la Chine l'bistoire de l'Atlantide et de Noé, que de la voir connue en Afrique et en Islande. Les hommes font bien du chemin en quelques siècles, et ils emportent avec eux et sèment sur la route les traditions qui ont étonné leur enfance. Quelque migration caucasienne aura porté celle-ci à la colonie égyptienne de la Bactriane , puis de là, d'étape en étape, la légende aura pénétré jusqu'à l'extrême Orient, d'où elle sera revenue en Occident avec les Mongols.

On comprend d'ailleurs, qu'un désastre aussi inouï, frappant précisément le premier centre de civilisation florissant dans le nord, ait dû émouvoir profondément l'imagination neuve et impressionnable des populations asiatiques initiées, depuis quelques siècles seulement, aux institutions sociales par la colonie égyptienne. Le bruit s'en répandit promptement de tribu en tribu, et le souvenir s'en perpétua de génération en génération, avec des variantes et des couleurs diverses, selon le caractère religieux ou barbare, poétique ou positif de chaque peuple.

Cette empreinte particulière du génie diflérent des races à une tradition commune, apparaît d'une façon bien remarquable dans le poëme cosmogonique des Scaldes, intitulé Volospâ (vaticinium Valœ), dont le sens obscur s'est jusqu'ici dérobé à toute interprétation. Sous une forme fatidique, la sibylle du nord raconte les origines de la race germanique et les faits mémorables qui s'y rattachent, elle expose dans une prophétie qu'obscurcit à peine le symbolisme emprunté à la Ghaldée, l'histoire de la fondation delà colonie des iles Méotides

par les familles du Soleil et de la Lune» leur alliance avec les femmes du Caucase, la désunion éclatant parmi les tribus par le meurtre d'un des chefs, Balder, le plus blanc des hommes, enfin la guerre éternelle s*allumant entre les deux races éthiopienne et germanique, puis le volcan s'entr*ouvrant et la terre s'engloutissant dans la mer.

Nous citerons les parties principales de ce poëme , non moins intéressant, comme renseignement, que FAtlanlide de Platon :

c( Avant que les mondes célestes eussent été formés par les fils de Bor, qui créèrent Midgard, le soleil éclairait au midi les pierres des palais, et la terre donnait à foison des herbes vertes.

» Le soleil était au midi, la lune était sa compagne, à droite les cavales célestes les entouraient ; le soleil ne savait oii habiter, les étoiles ne savaient oii s'établir, la lune ne savait quelle demeure elle aurait.

» Alors tous les rois {oft regin), divinités saintes, s'assirent sur leurs sièges élevés ei délibérèrent entre eux. Ils donnèrent des noms à la nuit et aux lunaisons; ils divisèrent le jour en matin, midi, après-midi et soir, afin de compter les années.

» Les Ases se réunissent dans Idavalli *, (le champ Ida) où ils construisent des «temples et des palais élevés. Us établisi^ent des forges et fabriquent des objets précieux. Ils utilisaient leurs forges, ils essayaient de tout, ils firent des tenailles el des outils pour fabriquer.

» Us jouaient joyeusement aux dés sur la place. Il n'y avait

< Ida de Id, sid^ seigneur. Les Hindous ont leur Ida, résidenre des dieux. Ce nom a voyagé avec les peuples Méotes. 11 y avait plusieurs Ida en Grèce et dans TAsie mineure. Alcid^ Amhi4 et Hidda ville d'Arabie, se rapporlem au même radical.

pas un de ces dés qui ne fût d'or. Alors trois jeunes filles géaates parurent» venant de Jolunheim.

u Alors tous les rdis, divinités saintes, s'assirent sur leurs sièges élevés et délibérèrent de ceci : Quel Dieu a créé les Dwerga du sang et des os d'Océan?

Ji Modsogner est le plus éminent de tous les Dwerga, mais Durin est le second. Ils décrivent les formes des hommes, et DuriJrénumère les familles des Dwergi ^ n

Cette liste est longue et se compose d*un grand nombre de fioms parmi lesquels figurent An^ Anar^ FUi, KilU Hepti, Lofar qui habitent les régions terrestres près des champs dIorovaUa, et dont la généalogie sera illustre tant que les hommes vivront.

» Les dieux délibèrent du premier meurtre commis parmi les peuples. Vengeront- ils le sang versé ou bien, tous réunis, célébreront-ils un repas, et feront-ils alliance avec la race des ' géants en leur donnant la vierge Odi? Mais Thor, qui se repose rarement, s'enflamme de colère en entendant ces propositions : les serments sont violés, s'écrie-t-il, les géants ont rompu le pacte solennel que, devant les dieux, on avait fait avec eux. »

Suit une description de la corruption des hommes: — « Le siècle sera dur; les frères se combattront l'un l'autre, les adultères seront fréquents, c'est IMge des épées qui fendent les boucliers; l'âge vindavid^ vargavid^ des vents et des bêtes féroces. Le vieux monde se précipite à l'abîme , et l'homme n'épargnera plusThomme. »

1 Modsoqnir, le chef d'une des trois classes de Dwergi a donné son nom à une des divisions de Tannée Scandinave. Dans ce nom de Dwergi^ on reconnaît les Dew des Perses, Dhou des Arabes, deus, theos des Latins et des Grecs \ Deou-arg, les chefs des Arg.

«Tandis que»les.AIs de Minis jouent près de Tarbre àwMi milieu, Heimdall a fait retentir son cor formidable. L'antiqu arbre Ygdrasiil tremble , tous sont épouvantés dans les r( gions d'Héla, ils craignent que le feu de Surtur ne les d( vore.

n Hrym arrive d'Orient ; la mer se gonfle en sa présence. Jormungandr^ le serpent, vient en rampant de JotunheiiD. L'aigle bat des ailes, et le navire Naglfar se détache mi rivage.

» Les Muspell arrivent d'Orient par mer. Loki les coni-> mande; les monstres, parents du. loup, l'accompagnent.

» .... Que se passe- t-il parmi les Ases? Que se passe-t-il chez les Alfes? Le monde des géants frémit, les Ases s'as^ semblent, les Dvergar, qui ne connaissent point les demeures de pierres, se lamentent à l'entrée de leurs grottes. Comprenez-vous ce que je dis? Savez-vous ce que je veux dire?

» Surtur vient du midi portant la flamme. Le glaive du Dieu céleste brille comme le soleil, les rochers énormes sont lancés, les géants se précipitent en foule; les hommes marchent dans le sentier de la mort, le ciel se fend.

» Odin commence le combat contre le loup., le brillant Beli attaque Surtur, alors tombe le dieu si cher à Frigga.

» Vidar, le père des victoires, se présente pour combattre la bêle furieuse. Il plonge son épée jusqu'au cœur du géant et venge ainsi la mort de son père.

» L'illustre fils de Hlodyn attaque le monstre ; il frappe le dieu de Midgard et le tue. Tous les hommes abandonnent leurs demeures.... le soleil commence à s'obscurcir, la terre s'engloutit dans la mer, les étoiles sereines disparaissent du ciel, un vent de feu souffle autour de l'arbre qui nourrit le monde, la haute tiamme se joue dans les ciçui^.

» Od voit de nouveau la terre reparaître du fond de l'Océan, l)elleet verdoyante. Les cataractes s'écoulent, Taigle vole sur ]es montagnes et y prend les poissons.

» Les Ases se réunissent dans Idavalli ; ils parlent du serpent qui environne la (erre, ils se rappellent mutuellement les grandes choses , ils parlent du roi très-puissant et des runes antiques.

» Et puis se trouvent dans Therbe des tables d*or admirables, que dans le commencement des temps, possédaient le chef de la troupe divine et la race de Fiolnis.

» On porte le froment des champs, et désormais tous les maux vont cesser; Balder reviendra, Hodur et Baldur habiteront le palais d'Odin et des dieux-astres *.

»> .... On voit s'élever Gimle, cette demeure étincelantc recouverte d'or. Là les hommes pieux, probes et fidèles habiteront et jouiront du bonheur pendant des siècles ^. »

Nous n'hésitons pas à assimiler la lutte décrite dans les strophes de la Volospâ à la guerre de Jupiter et des Olympiens contre les Titans, en d'autres termes des Chaldééns contre les Ethiopiens du Caucase. Surtur, qui arrive du Midi armé de la foudre, c'est Zeus, Indra, Taschter accourant à la tête des tribus de sa race pour réduire les Couschites soulevés.

Les fils de Bor (Boreas, ab-Hor) et les fils de Minis désignent les familles du soleil et de la lune. Les Ases sont les chefs des peuples scythiques; les Alfes ou Elfes, génies bienfaisaflts, frères des fées, ont une étymologie égyptienne (pè, el'pè, le seigneur). Les Dwergari, qui demeurent dans les rochers, représentent les Libyens, habitants des grottes de Crimée et du Caucase.

* Sphcerici dit vel Valtivor, les dieux des sphères. — ^ j^dda Sœmunda^ 1. 111,

On remarque la mention fréquente de la mer et celle du navire nag-eUPari^ le cheval des Péris. A l'origine, le navire s'appelait cheval ou taureau, suivant remblème qu'il portait. Dans ce récit, les symboles sont animés et servent indistinctement, comme dans les mylhologies Perse et Hindoue, à désigner les races et les tribus. Ainsi le Soleil et la Lune cherchent un lieu pour se fixer; les cavales ou les Scythes de la tribu du cheval les entourent. Le serpent, l'aigle et le loup s'assemblent pour résister à l'attaque des dieux. Soudain, au milieu de la lutte, le soleil s'obscurcit, un vent de feu souille autour de l'arbre sacré. Au sommet des monts jaillit la flamme qui se joue dans les cieux, et la terre disparait dans la mer.

L'éruption volcanique et l'ouverture du cratère sous-marin où s'enfonça l'Atlantide, ne sauraient être mieux décrites. La fin du déluge est indiquée dans la strophe suivante :

« Les cataractes s'écoulent et la terre renaît verdoyante du fond de l'Océan. »

Les hommes dispersés se rassemblent , ils expliquent le fléau qui les a frappés par la malédiction du serpent, attribut de la race des Titans idolâtres, et l'on retrouve dans l'herbe les ornements des temples renversés par le débordement de la mer.

L'Edda junior ajoute au même récit des détails plus circonstanciés, qui ne laissent pas le moindre doute sur la nature du prodige décrit par la Volospâ ; ce poëme est un des fondements principaux de la cosmogonie Scandinave qui offre tant de ressemblance avec celle des Grecs , des Hindous et des autres peuples originaires du Méolis.

Thor, le Dieu du tonnerre , est fils de la terre, Fiorgyn, ce qui indique clairement que le tonnerre des anciens peuples

anit Qiie origine terrestre '. Ce Dieu est le provocateur de^ foadres et des tempêtes ; le chemin de la lune gronde sous son cbar (les Ponrânas citent souvent aussi mandaJa la route sacrée de la lune). —Les régions aériennes s'enflamment, le ciel brûle au-dessus des hommes, upphima manna brann...^ les géants périssent par les hautes flammes du ciel, ham loga Himim,.. Des yeux ronds semblables à des lunes sont formés par les flammes dans les cieux, la terre se déchire, les roches ébranlées se détachent, le sol est couvert d*une grêle; en même temps les Ases sont engagés dans une guerre terrible contre les géants sous la conduite de Thor, qui défend vaillamment Asgard avec les soldats d'Odin. Ailleurs les poëmes runiques comparent la foudre lancée par Thor à une masse de fer brûlante. Tantôt c'est son marteau qu'il jette' à travers la tempête en ébranlant le monde. Or, ce marteau s'appelle hamar qui veut dire aussi rocher, comme ïaçman ou foudre d'Indra et Yàkmôn de Jupiter. On voit que, de même que les Grecs et les Hindous, les Scaldes et les Runoyas expliquent sans cesse le réel par le surnaturel, et dans leurs chants les dieux agissent tantôt comme des hommes, tantôt comme forces de la nature. Rien n'est perçu clairement dans les cerveaux des poètes primitifs ; ignorants des causes, et ne voyant que des efiets, la forme chez eux n'est pas mieux arrêtée que l'idée. Puisant leurs renseignements dans des traditions formulées en un idiome insuffisant

1 Edda, t. 111, Lex. myth.pp, 910. EddaJanior, p. 117. Thor s*appeUe Pèrkunas chez les Lithuaniens, et en ancien allemand Firgun; en gothique fairguni signifie montagne. En sanscrit Parganya est le naage qol porte la foudre; Pictet, orig. lnd,-Europ.t 1. 1, p. 1118. Le même mot, sauf de légères variantes, servait donc dans plusieurs langues, à désigner montagne, nuage et tonnerre. Les modernes Tout appliqué aux premières armes à feu, fire-gun.

«t borné, o& U même mot comprend plusieurs significatio et confond l'homme avec les astres et les animaux, il n'est p surprenant que l'impossible et le surnaturel aient pris si so ti vent dans leurs récits la place de la vérité.

L'exposé qui précède fait connaître, sous ses principalesforn>es religieuses ou populaires, la tradition diluvienne tellér qu'elle s'est produite et propagée dans l'ancien monde, et^ peut-être même jusque dans le nouveau. En cherchant à ra-mener aux proportions d'un fait géologique et historique, cet événement si grand par ses conséquences, on ne nous accn-* sera pas sans doute d'avoir voulu, de parti pris, le découronner de son auréole mystique. Loin de là, si l'évidence d'une providence supérieure présidant aux grandes évolutions de l'humanité avait besoin d'être démontrée, c'est surtout dans cette catastrophe qu'elle parait éclater. Il suffit de considérer quels furent ses résultats et son influence sur la vie morale des peuples pour y reconnaître, non pas comme le crurent d'abord le$ nations terrifiées, et comme l'enseignèrent les sacerdoces afin d'éveiller en elles le sentiment religieux, un châtiment de la colère divine, mais un de ces accidents jetÀ à un moment donné sur la route de l'humanité, pour ac* célérer sa marche et féconder son génie.

Quand un peuple s'est une fois fixé, et qu'il possède tranquillement les jouissances de la civilisation, il lui répugne de se déplacer et de reprendre la vie errante qu'il menait lorsqu'il était encore sauvage. La lumière dont il est le foyer n'éclaire que d'étroites limites, et au-delà de son rayon le monde

^^ste plongé dans rimmobilité et la nuit. C'est alors qu'on oit surgir ces génies inquiets et turbulents, tels que les siris, lesNinus, les Rhamessès, les Alexandre, et que, pour réunir deux continents ennemis, deux hémisphères qui s'igno- Tent, la Providence suscite un Pierre THermite ou un Christophe Colomb. Parfois elle se sert de moyens purement matériels, et se contente de faire germer dans de lointains déserts Tor, dont elle a mis Tinsatiable désir au fond du cœur de rhomme.

Tout sert à Dieu pour provoquer ces grands mouvements de rhumanité, dont le but semble être d'amener l'élévation progressive de l'espèce par la fusion des races inférieures avec les supérieures, et de conduire l'homme, par l'expansion croissante de son génie, à Toccupation complète du globe qui lui a été donné pour demeure.

La colonie égyptienne des iles Méotides s'endormait dans la paix de l'âge d'or. Pour disséminer les germes civilisateurs et les répandre sur la terre, il fallait une commotion violente qui, en détruisant le centre autour duquel s'étaient rassemblés les nomades des déserts, les obligeât à de nouveaux efforts et à chercher eux-mêmes leur route vers cette existence brillante et fortunée qu'ils avaient entrevue. Ce souvenir est devenu l'aspiration constante de l'homme, et le regret de l'Éden lui a mis au cœur le désir éternel d'un Paradis, soit dans ce monde, soit dans l'autre.

En résumé, de l'étude qui précède il résulte les données suivantes : Que c'est à tort que l'on a confondu le déluge dont parlent les cosmogonies et l'histoire, avec les cataclysmes géologiques qui ont bouleversé la face entière du globe, et dont l'empreinte est encore marquée aux sommets de nos

plus hautes montagnes. Ces révolutions de notre planète rei. 22

montent, ainsi que Tatteste la science, à des époques infininient au-delà des calculs ordinaires, et antérieures, sinon à l'apparition de l'espèce humaine, du moins à l'existence de toute société et à toute tradition. Le déluge cosmogonique, au contraire, tel que les souvenirs des peuples le retracent, suppose une société toute formée et des traditions antédiluviennes, ce qui contredit, ainsi du reste que nombre d'écrivains l'ont déjà établi, la possibilité de l'universalité de cette catastrophe et de la destruction complète de l'espèce humaine.

En second lieu, du moment que le déluge est considéré comme un désastre local, tous les renseignements et toutes les déductions conduisent à placer cet événement dans la mer Noire, et une série de coïncidences trop nombreuses et tro{> frappantes pour n'être que fortuites, obligent à l'assimilei— avec la destruction de Tîle Atlantide, racontée à Solon par les^ prêtres égyptiens. Ainsi se résolvent les deux mystères l'um par l'autre.

Que devinrent les îles Méotides, après que la destruction de l'tle des Atlantes et l'irruption des eaux marines qui les couvrirent eurent rendu ce pays désert? Ici se présente une troisième énigme restée inexpliquée comme les deux premières, parce qu'elle leur est étroitement liée, et qui n'offre pas moins d'intérêt, au point de vue de l'éclosion de certaines idées dans le cerveau du genre humain et de leur diffusion dans le monde.

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