CHAPITRE VIL
liES EMFEB8.
Pendant la période qui suivit la destruction de Tile des "atlantes, les peuples Méotes échappés au désastre et dis-* t^^rsés sur les rivages de TEuxin, dans les montagnes de ^clcbide, de rÂrménie et du Taurus, restèrent sous l'impression profonde du prodige qui les avait foudroyés, et il s'é- ^H>ula quelque temps avant que de nouveaux habitants osas- ^nt remettre le pied sur cette terre bouleversée. Cependant» H résulte de plusieurs indices , qu'une colonie nouvelle vint Occuper les lies qui n'avaient souffert que du débordement. Ces nouveaux habitants réparèrent les ravages causés par l'irruption des flots et firent écouler les eaux qui couvraient en partie la terre. On lit dans le poëme de Volospâ, que les dieux reparurent sur la Terre après le déluge, et qu'ils retrouvèrent dans l'herbe les vestiges du vieux monde. Odin»
Yè et Yili, rapporte ailleurs l'Edda, revinrent habiter le liei où jadis avait été la ville d'Asgard.
La fable grecque raconte aussi qu*Âmpbion et Zethus^^ ^^ {Ham-pè'Ion et Heth, les Chaldéens et les Ghètes) rebâtirent 3 •! Thèbes, atniba, la ville-mère, qui avait été détniite par le dé- — =luge de Deucalion, et, ce qui précise mieux les localités, ^ «, Platon nous apprend, qu'après avoir mis fin aux grandes ^^s guerres, Jupiter plaça les dieux dans Ftle des Bienheureux, ^ z^ Tauguste Atlantica.
Ce mot dieux exprime ici, selon le sens ancien, la caste^^.e sacerdotale, et en rassemblant les données épàrses des myth< logies, on peut en induire que le pieux monarque, afin d'honorer la mémoire des ancêtres de sa race, s'empressa de rele— . ver le temple de Jupiter-Soleil dans l'île d'Ammon et qu'il 3^^ y établit des prêtres chaldéens pour célébrer les rites et chanter ^r les louanges des rois-astres. La langue arienne que j)arlaien / les Chaldéens désignait le soleil sous le nom de flor, ab-Hor^^ d'oii vint la dénomination de Borèades qu'on donna à 1^ population sacerdotale qui vint occuper l'Ile d'Ammon, e/ celle d'Hyperborées attribuée beaucoup plus tard aux peuples d'origine éthiopienne habitant l'Ile Kimmérienne, située au nord.
Les Borèades formèrent de la sorte une petite république patriarcale et théocratique dont l'existence paraît s'être prolongée jusqu'aux derniers temps du paganisme. Eusèbe et Diodore nous ont transmis la description d'un pays inconnu 1 oii il est aisé de reconnaître l'Ile des Borèades. Bien que Plu- 1 r tarque traite de fabuleuse l'Ile de Panchaîe assez célèbre dans l'antiquité, nous n'hésitons pas à voir dans la relation qu'en donne Evhémère, un tableau intéressant de la situation des Iles Méotides vers une époque peu éloignée de l'ère chré-
tienne, tableau qui nous reporte en même temps, par l'effet de la persistance ordinaire aux coutumes religieuses, à la période florissante de l'empire chaldéen, du xxy* au xx* siècle avant Jésus-Christ '.
L'historien Evhémëre, ami de Cassandre, roi de Macédoine, deuxième successeur d'Alexandre, et chargé par ce roi de missions dans les pays éloignés, voyagea, dit-on, dans le sud de l'Arabie ; s'élant embarqué sur YOcéan, il rencontra plusieurs lies, entre autres celle qu'il appelle Panchaïe. On comptait trois îles principales ; la première est nommée l'tle Sacrée et il est défendu d'y enterrer personne; les morts sont transportés dans l'île voisine, distante seulement de sept stades. Nous n'avons pas besoin d'insister sur l'invraisemblance de ce voyage dans l'Océan indien, accompli sur l'ordre d'un roi de Macédoine. Cet Océan, source continuelle de méprises, c'est toujours le golfe de Taman. Au surplus, Lactance rapporta aussi, d'après Evhémère, que Jupiter alla dans Panchosa à la tête d'une nombreuse armée de Cretois (lisez Kourètes), et qu'il y fit la guerre aux Titans, les vainquit et délivra ses parents de la prison où ils étaient retenus. La suite du passage que nous citons prouve surabondamment que les îles Panchaïe ne sont autres que les tles Méotides, et qu'Evbémère fit simplement un voyage dans le nord de l'Euxin à une époque antérieure d'un peu moins de trois siècles à l'ère chrétienne.
ff Les habitants de Panchaïe, outre ceux qui sont nés dans le pays, se composent de Scythes, d'Indiens et de Cretois (ces derniers sont les Kourètes et les Sindes d'Hérodote, d'Orphée et de Strabon). On voit dans cette contrée une ville nommée Panata (ville de la lune) ;les habitants n'obéissent à aucun roi,
« Easèb, Prœp. evang, l II. Diod. 1. V, $ Î9.
mais tous les ans ils élisent trois magistrats, qui prononcent sur toutes les peines , sauf la mort ; les causes entraînant la peine capitale sont renvoyées aux prêtres, car ce sont eux qui gouvernent tout. On les appelle les pr<^tres de Jupiter Triphulien. Le temple élevé en l'honneur de ce Dieu est bâti en pierres blanches, et il en posa de sa main les premiers fondements. La longueur du temple est de deux arpents; il est soutenu par des colonnes massives admirablement sculptées. On y voit les statues des dieux d'une dimension fort grande. Les maisons des desservants sont rangées autour du temple de Jupiter, lequel s'élève au milieu duchampsacrécouvert d'arbres de tonte espèce. Là, parmi les arbres fruitiers croissent les lauriers, les cyprès, les myrthes arrosés par des eaux vives ; dans le bois attenant au temple, il y a une fontaine si abondante qu'dile forme plus loin une rivière navigable. On l'appelle la source du soleil. Les habitants passent l'été sous les ombragés de ces jardins, et les arbres et les fleurs en font par leur beauté un séjour digne des dieux. » Cette île contient trois villes dont Tune se nomme Océanis. Suit une description des richesses du pays et Evhémère y mêle la tradition de la^ montagne élevée d'oii Uranus, premier roi de l'Atlantide, observait les astres. 11 fait aussi mention de la conquête de Ttie et de la fondation de la colonie par Ammon.
(( Les habitans de Panchaie s'habillent à la façon des Perses (ceux-ci en effet descendaient des Cbaldéens). Les prêtres sont vêtus de lin blanc ou de laine très-fine et couvrent leurs têtes de mitres d'or filé. Orphée, en visitant les Héotes, remarque qu'ils sont vêtus de fines étoffes \ L'unique occupation des Panchéens est de servir les dieux, de chanter des hymnes en
* Orph, fArg», v. 1056.
leur honneur et de célébrer les biens dont les hommes leur sont redevables. Ils prétendent qu'ils sont Kourète$ d'origine etqueJupiter, lorsqu'il vivait parmi les hommes, transféra leurs pères dans l'ile Pancliaîe ; l'on montrait dans le temple des caractères tracés de sa main ' .
« Ce qu'on voit aussi de remarquable dans le sanctuaire, c'est le lit du Dieu qui a sixcoudéesdelong et quatre de large. Il est d'or massif et d'un travail exquis. Auprès est une table d'orpresque aussi grande, et au pied du lit est placée une haute * colonne dont l'inscription est en caractères sacrés égyptiens. Elle contient l'histoire d'Uranus, de Jupiter, de la Lune et du Soleil, écrite de la main d'Hermès. »
Ce lit placé dans un temple donne lieu à des rapprochements instructifs : Hérodote rapporte que dans la plus haute tour du temple de Bel, à Babylone, était une chapelle où l'on voyait un beau lit bien garni et une table d'or placée auprès. On n'y voit point de statue et ce lit ne sert à personne si ce n'est à la femme dont le Dieu a fait choix, ainsi que le disent les Chaidéens qui sont les prêtres dju Dieu ^.
Ce lit rappelle aussi la description qu'Ovide fait de la demeure du sommeil située dans une grotte près du pays des Cimmériens :. « Au milieu s'élève un lit d'ébène, voilé d'un rideau sombre ; c est là que repose le Dieu. Du fond de la caverne jaillit le Lélhé dont le murmure berce son repos. »
Le nom grec du sommeil, oupnos , nous transporte dans l'ile d'Op ; la molle et oisive existence des princes fainéants de ce pays suggéra l'idée aux poètes anciens sans cesse en quête d'allégories, d'en faire la personnification du sommeil. On reconnaît dans le fleuve Léthé la rivière de Taman qui va re-
Busèb. ?mf. ai;. 1. IJ. Died, ]. V, $ 20. — 3 Herod., 1. 1» p. iSi.
joindre le bras d'eau par lequel Tile d'Âmmon est en partie séparée de Tile des As ou des Sindes. On disait que Jupiter Âstérius, lorsqu'il enleva Europe sous la forme d'un taureau, se jeta à la nage et prit terre dans l'ile de Crète, à rembouchure du Léthé. Or, précisément à l'endroit où dut être rembouchure de ce canal, se trouve encore dans la péninsule un village nommé Krétha, situé en face d'une petite langue de terre qui réunit les deux lies, et par laquelle passa sans doute le ravisseur avec la jeune fille qu'il avait enlevée sur la rive d'Ourop. Ce bourg de Krétha appartenait aux Rourètes près desquels habitaient les Tôr ou Astôr de la tribu du Taureau.
Les Grecs en reproduisant les récits anciens ont continuellement pris l'ile des As où Sindique pour la Crète, trompés par ce nom de Kourètes, dont la famille y prit naissance, et qui ayant passé en Colchide où elle se consacra au culte de Rhéa, se répandit ensuite dans TAsie-Mineure, en Palestine, dans les îles de l'archipel Hellénique, et entre autres dans la Crète, à laquelle leur nom est resté.
On serait surpris du retentissement qu'ont eu dans la mémoire des hommes ces récits du premier âge de la Grèce> si l'on ne songeait qu'ils ont été célébrés par les plus beaux esprits et dans la plus belle langue du monde. Au fond il ne s'agit que des aventures de quelques petites tribus tout à fait semblables à ces douars Arabes qui végètent obscurément dans un coin de l'Afrique. Quand on examine de près lesévénemens des commencements de la Grèce et d'Israël on s'aperçoit aussi que ce n'est rien de plus, mais qui ne suit avec intérêt le ruisseau qui va s'appeler le Danube ou le Rhin ?
Le livre sanscrit, où sont consignées les généalogies de la race de Hari, décrit aussi le lit divin rafraîchi par les. ondes de l'Océan, sur lequel Hari, autrement Vischnou, est couché
entouré de ses disciples, s*occupant du salut du monde et de h perte des Danavas ^
Ces rapprochemens établissent une liaison positive entre le pays des Cimmériens, la Babylonie, l'Inde et la Grèce. Il est * facile d*en conclure que cet usage du lit sacré, inconnu aux Égyptiens, dut prendre naissance dans la Chaldée d'où il se propagea dans les quatre contrées dont nous parlons.
Lors de la chute des Olympiens et de rétablissement de la puissance assyrienne, la petite république tbéocratique des Boréades, faible et isolée aux extrémités du monde ancien, se trouva souvent en butte aux incursions et aux violences de ses voisins les Akbaîet les Adites éthiopiens. Ce fut probablement alors que, tombées sous leur domination, l'ile du Sud du Méotis prit le nom de Paniaïy et celle du Nord celui àeHadès^ pays d*Ad.
Presque tous les écrivains anciens ont dit quelques mots des Boréades auxquels on prétait des liens d'antique parenté avec les peuples de la Grèce, entr'autres les Athéniens, qui avaient élevé chez eux un autel à Borée et célébraient les fêtes Boréasmes en son honneur. On vantait leur vie paisible, la piété et la sobriété dont ils faisaient preuve et qui prolongeaient leur existence au-delà desbomesordinaires. Au temps d'Hérodote, ils faisaient parvenir au temple de Délos, des présents qui étaient d'abord confiés aux Scythes et qui de main en main . allaient jusqu'en lllyriepour revenir de là en Grèce ^.
Mêla expose qu'aux confins de l'Europe et de l'Asie, près de la Scythie, les premiers qu'on rencontre sur le rivage asiatique ce sont les Hyperborées, qui vivent au Nord de l'Aquilon et des Monts Riphées. Leur terre est étroite, exposée au saleil
1 Harivansa, trad. de M.Langlois, 1. 1, $ KO, p. 233. — ^ Her., 1. IV, 33.
et fertile. Ce soDt des cultivateurs pleins de justice, qui vive plus longtemps et plus heureux que le reste des mortels. Tow^ jours livrés à un doux repos, ils ne connaissent ni les guerre -^ ni les querelles et ne s'occupent que de sacrifier aux dieu? ^> surtout à Apollon. Jadis, ils envoyaient leurs prémices à Dé/o^ ^^ par des vierges, plus tard ils eurent recours à une députa — -•' tion nombreuse, enfin ils confièrent leur offrande aux peuples intermédiaires et gardèrent longtemps cette coutume jusqu'au ce qu'elle fut violée par la perversité des hommes. Les Hyper — borées habitent les bois sacrés, et lorsqu'ils sont las de vivre,^ ils se précipitent avecjoie du haut d'un rocher dans la mer '.
Pendant que les grandes nations d'Asie et d'Europe, pour — suivaient à travers des luttes séculaires leurs rêves de gran — deur et d'ambition, les Boréades sommeillaient oubliés dan la béatitude, aux dernières limites du monde civilisé. Grecs sans cesse en proie à leurs agitations passionnées ens. viaicnt ce repos que rien ne troublait et appelaient les tl^ s de Borée, îles des Bienheureux ou îles Fortunées ; les aim ciens les réunissent habituellement avec les Champs-Elysées et Clément d'Alexandrie ainsi qu'iSlien rapportent que 1^ République des Justes se composait des Hyperborées, des vill des Arimaspes et des Champs-Elysées ^.
En expliquant quels furents ces Ethiopiens vertueux qu'< nommait Hyperborées, nous avons reconnu qu'ils habitaier:^ t l'ile Kimmérienne ; nous savons aussi par Orphée, Hérodote ^^^ Pline que les Arimaspes étaient un peuple Méote ; les Champ:=^' Élysées devaient donc faire partie du même domaine, et su f vaut toute apparence, ils furent situés dans l'tle de iBmatx qui, naguère encore, rappelait cette île Sacrée de Pancbaf^i
1 p. Mêla, 1. m, ch. v. — ' Clem. Âlei. Strom., 1. iV, / '
o^^ fleurissaient de beaux jardins dipes des dieux. Les pentes ^^ Vile de Taman» du temps ob les Turcs étaient maîtres du ^^ys, étaient, suivant M. de Montpéreux, couvertes de jardins ^^irables qui s'étendaient à travers File, jusqu'à la descente àe Bougaz, à 18 verstesde distance : — « Avant» dit-il, que les Cosaques eussent tout dévasté, on ne pouvait rien voir de plus ^u M » Us ont e&cé les derniers vestiges conservés par les Turcs de cette région fabuleuse tant célébrée par l'antiquité, 6t dans laquelle, selon les poètes, les ombres des héros se reposaient au sein d'une éternelle félicité. Le mythe des Champs*
%8ées repose donc sur une donnée vraie, puisqu'on retrouve le lieu où ils furent situés. Il est probable qu'après avoir rétabli le culte des anciens dieux Égyptiens et relevé le temple d'Ammon, le roi Ghaldéeo décida que cet antique ber- <^u de sa dpastie servirait, d'une part, de retraite aux guerriers qui avaient besoin de repos après une vie de lutte ^t de combats , et d'autre part, offrirait une sépulture aux princes et aux chefs auxquels on accordait l'honneur de ^<>riijir près de leurs pères.
Ainsi s'expliqueraientcesinnombrablestumulusqui se présent partout dans les lies Héotides, l'Ile de Taman exceptée ?^i fut l'île Sacrée. Pendant des siècles, les générations accumulèrent leurs dépouilles autour de cette terre Sainte, le long des bords du Kouban, sur les rivages de la Crimée, dans ^^^ plaines de la Tauride oii, jusqu'au Tanaîs, les tombeaux ^Ouvrent plusieurs lieues d'étendue et sont la plupart surmon- ^^ d'un cippe de pierre sculpté en forme de sphinx^.
C'est un étrange rapprochement que celui que faisaient les ^tecs en plaçant dans la même région le séjour de rélernelle
' D. de Montp., Voy, auU du Caucase, t. Y, p. S). — * Prioce DémU ^off, V$y. dam la Rusiîe mérid.^ p. 327.
félicité et celui des peines éternelles ; cette idée ne peut sriroir été suggérée que par un lieu du monde offrant d'un côté, â^^ flammes, des eaux fétides, des rivages attristés par les sstul^^ et les peupliers stériles comme le dit Homère ; de l'autre c^^^ riants ombrages arrosés par des sources limpides. Or, un ^^ seule contrée d'Europe ou d'Asie, a pu présenter celte réunie^ ^^ de circonstances opposées , et ce lieu fut l'archipel Méoti^ *s durant la période qui suivit le déluge.
Lorsque les Chaldéens revinrent habiter la région oii jadi: m. k fut l'Atlantide, ils trouvèrent qu'elle avait subi de grand JBs changements. A la place où s'élevèrent l'tle, la montagn ^ce et la ville des Atlantes, s'étendait un vaste lac que rempli: saient les eaux du Bosphore, et la masse des terres effoi drées mêlant à ces flots le limon épais dont parle Platoi leur donnait Taspect immobile d'une mer morte que^Pliirie nomme Morimarusa. Les canaux par lesquels le Kouha/? communiquait avec le Pont, le Bosphore et la mer d'Asoph, obstrués parla fange qui les encombrait, exhalaient des émanations méphitiques auxquelles se joignaient les vapeurs sul- I ^ fureuses des étangs de naphte et des volcans de boue, nombreux exutoires que s'ouvrait le cratère à demi étouffé sous 1^ le poids de File submergée. I :j^j^
Les Slaves nomment aujourd'hui ces volcans Pefcla, enfers, t^ et ce terme n'est pas ici une simple figure, c'est l'expression |^
exacte de la croyance qui prit naissance en ce lieu, et qui delà se répandit graduellement dans le monde.
Les Enfers tels que les ont décrits les auteurs anciens, se divisaient en quatre parties, dont deux principales, l'une agréable et paisible, les Champs-Elysées ; l'autre sillonnée par des fleuves infects et bourbeux et des lacs de bitume et de soufre près desquels s'élevait l'enceinte du Tartare, Nous reconnais*
sons les quatre lies principales de Farchipel MéoUde. Les bras d*eau et les lacs qui les séparaient alors, se nommaient le Gocyte, le Pblégéthon ou Pyri-Phlégéthon, le Styx, le Lethé» le lac Averne, rAchéron ou lac Acherusia. Tous ces fleuves ou plutôt ces ramifications d*un fleuve se retrouvent dans.le Palus-Méotis tel qu'il existait encore au temps d'Homère.
Ouvrons l'Odyssée : Ulysse étant près de quitter Circé, la déesse l'instruit de la route qu'il doit suivre : « Noble fils de Laerte» dit-elle» déployez votre voile, Borée la dirigera; lorsque votre vaisseau aura traversé l'Océan, vous trouverez un port étroit et le bois de Proserpine où naissent les hauts peupliers et les saules stériles. Tirez votre barque sur le rivage situé au fond de l'Océan et vous entrerez dans le royaume fétide de Pluton. En ces lieux le Pyriphlégéton se jelte dans l'Acbéron, ainsi que le Cocyte qui sort des eaux du Styx ; un rocher s'élève à la jonction de ces fleuves \ »
Ulysse, après un jour de navigation, touche au rivage indi* qué^ « c'est là, dit-il, que se trouvent et la ville et le peuple des Gimmériens. »
Circé était une magicienne renommée deColchide ; elle était sœor d'Ééthès, le roi des Heth ou Gètes de Cousch. La fable raconte qu'elle empoisonna son époux le roi des Sarmates, peuple du nord du Pont-Euxin. Ces indications localisent sufiSsaoïment le point d'oii partit, Ulysse, c'est l'Ile d'CKla située à Tembouchure du Phase.
Le héros arrive en un jour à l'Ile et à la ville des Gimmériens, dont nous avons à plusieurs reprises constaté d'après Strabon la position, il aborde à l'île de Proserpine, au fond de l'Océan, c'est à dire, au fond du golfe de Taman.
1 Odyss., ch. x, v. 505; ch. xi, v. 44.
Ulysse se trouve alors dans le royaume d'Aïdès ou Plut ^ On Vemarquera la ressemblance des mots Hadè$ Enfer^^ Gadès nom d'une des lies où sont situées les colonnes d'IB^i^ cule. L'origine de ce terme se rattache au peuple d'Ad qui ^ puissant ^ans le Caucase et l'un des pères de la race Ar^/^ Ad, le patriache de cette famille, habitait autrefois. An b chronique Arabe, une contrée montagneuse nommétAhcâf erraml *; c'est, croyons-nous, Kâfel Aram qu'on doit lire et// faut voir ici le Caucase, bien connu des orientaux sous leDom de montagne de Kâf dans laquelle résidait Éblis roi des Dives et des Génies.
L'identité des mots Hadës et Gadès est confirmée par Orphée : « Les Argonautes, dit^l, naviguent du pays des Kimmériens vers TAchéron et atteignent les colonnes d'He^ cule *. »
Homère fait remarquer que les deux fleuves des Enfers se jettent dans l'Achéron et que le Cocyte était une branche du Styx. En effet, cette île de Proserpine dont il parle et qui estsituée au fond du golfe Océan, c'est l'île centrale du Palus, le débris de l'Atlantide ; le Cocyte la séparait de l'Qe Kimeri. Le Phlégéton, coulait de l'autre côté entre l'île centrale et l'île des As. Ces deux bras aboutissaient à l'Achéron ou lac Acheru* sia, qui représentait la baie de Taman, la mer stagnante it Pline. Au confluent des deux fleuves s'élevait le KilU-oba, grand turaulus volcanique, le rocher d'Homère, et qui, à cette époque, jetait des flammes, car c'est aux flots d'eau bourbeuse, jaillis de son cratère, qu'est dû le comblement du fossé brûlant qu'on nomma le Cocyte.
» Caussin de Perceval, Hist, des ArabeSf t. I. — ' Orphée, Arg., V. 4240.
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Le Styx, fleuve principal des régions infernales était le përe de tous les autres fleuves et entourait les Enfers de neuf replis, n y avait un marais du Styx comme un marais de TAchéron; c'est le même, qu'avant le déluge, on appela le lac Triton, le Pelagos de Platon, et qu'aujourd'hui les Slaves désignent sous le nom de lac Aftaniz. Quant au Styx à l'onde noire, qu'il fallait nécessairement traverser pour pénétrer aux Enfers, c'est sans nul doute le Kouban qui 4raverse le lac Aftaniz et qui se rejoignait à l'Achéron par les deux bras du Gocyte et du Phlégéthon, en circulant par beaucoup d'autres canaux, entre les îlots de celte terre de boue et de feu.
Le Kouban est encore ce fleuve coulant tristement parmi les joncs, qu'ont dépeint les poètes. Sur ses bords habitait le peuple noir de Pluton S postérité des premières tribus Libyennes qui apparurent dans cette région, et dont un des affluents du Kouban, la Laba, à gardé le nom. Ce fleuve se rattachait donc aux racines mêmes des nations Couschite et Chaldéenne, et la vénération profonde dont les anciens entouraient tout ce qui touchait aux origines, couvrait le Styx d'un prestige sacré. Les serments qu'on prononçait par lui étaient réputés inviola^ blés. Suivant Hésiode, le Dieu qui se parjurait après avoir pris à témoin le marais Styx, Stygiampaludem, était relégué pour neuf ans dans le Tartare ^.
Le Perses connurent aussi cet usage; ils juraient par l'excellente source Ardouisour comme les Grecs par l'eau du Styx. 11 est souvent fait mention de cette source dans les prières et dans la cosmogonie de l'Avesta : « l'Albordj est une haute montagne d'où l'eau Ardouisour se précipite à la profondeur
. 1 Eschyle, Prométhée, v. 806. — 2 servius, in jEneid., liv. VI, V. 3S4. Hesiod., Théog(mie.
de mille hommes de haut *. » Le Kouban prend en effet sa source dans la partie la plus élevée de la chaîne du Caucase que les Persans nomment AWordj, la forteresse, synonyme du burz des Syriens, du bordj des Arabes et du borg des Germains.
Le nom de Styx, dont on a cherché Tétymologie dans le grec, dans Fégyptien et dansUbébreu, ne fait point exception à la loi générale selon laquelle les mers et les rivières prenaient les dénominations des tribus riveraines. D'ailleurs la fable personnifie Styx; Hésiode dit que de tous les enfants de Téthys (at-Het-is), Styx fut la plus respectable. Lorsque Jupiter, ayant entrepris de subjuguer les Titans, appela les dieux à son aide, Styx fut la première à accourir avec ses fils Zelus et Niké, la force et la victoire. Malgré ces noms grécisés par les poètes pour leur donner un sens allégorique, on reconnaît un peuple Scythe qu'une parenté d'origine liait aux Chaldéens, et ennemi par conséquent des Titans Couschites. Styx ou pour parler exactement, stoug, abréviation de As-at- Og, représentait, selon nous, une nation issue d'un mélange Égypio-Scythe, établie sur la rive nord du Kouban, tandis que les Libyens occupaient la rive sud où finit le Caucase. Og est, ainsi qu'on Ta déjà remarqué, le type de la race géante en Asie et son nom se trouve à la racine des appellations les plus anciennes : Gog etMagog, Ogygès, Og-Ham ou Ok-An dont Hésiode a fait l'Océan, père des dieux et des hommes.
Plutarque nous apprend que Timarchus fut transporté en esprit dans le pays des Morts et qu'il y vit trois génies assis en triangle, près de trois lacs. Les Enfers, ajoute-t-il, sont divisés en quatre parties qu'on peut cependant réduire à
I Boundehesch^ Anquelil, Avesla, t. 111.
itois, la première se reliant à la seconde et ainsi de suite. ^^ région qui appartient à Proserpine est une des quatre qui sont séparées des autres par le Styx. Proserpine est la ffiême que la Lune et Hermès est son compagnon.
^reclus, dans sa description des iles Atlantiques, donne deux îles à Proserpine et trois à Pluton, attestant ainsi d'une façon décisive Tidentité de ces îles avec les Enfers des Grecs. Nous avons assimilé Tune d'elles à celle actuellement nommée Pérésippe, laquelle est en effet, comme l'indique Plu- ^srqae, située au-delà du lac Aftaniz, le Styx. La réunion de ^tte lie à nie Fontan est récente, car au point de jonction, on ^^it encore une grande lagune.
« Tous les six mois lunaires, ajoute Timarchus, le Styx ^^vahit la lune. » Les mythologues, qui considèrent le Styx c^nome un fleuve imaginaire, seront sans doute surpris de le ^^ir soumis à la marée d'équinoxe comme un simple fleuve ^^ifestre. Timarchus remarque qu'alors le débordement emporte les hommes avec leurs biens et qu'ils sont forcés de se '^^ttre à la nage pour échapper à Pluton '.
Tout ceci n'est pas si absurde qu'il le paraît. On voit d'a- *^ord qu'il est question d'une région basse, voisine delà mer, et ^^jette à des débordements périodiques; quant à la dénomination qu'on lui assigne, on devine que, suivant l'abréviation '^^bituelle aux langages primitifs, ce pays est désigné par le nom ^^ peuple qui l'occupait, le peuple de la lune, men, man. Aussi ^luton était appelé ^don rex Manium, le Roi-Soleil des tribus ^^laLune. Manheim, des poëmes Scandinaves, est une des villes ^^8 dieux, et les Manous, premiers souverains des Aryas Indo- Scythes, furent, dans le langage primitif, les rois de la Lune.
1 Piutar., de genio Socr.f p. 589.
Ce radical mon a pris dans le mot Mânes une signification particulière. La caste sacerdotale qui gouvernait les Oes Héotides» trop faible et trop pacifique pour résister par la force aux belliqueuses peuplades du voisinage, eut recours à la terreur et à la superstition pour échapper à leurs invasions. Protégés par le souvenir redoutable de TAtlantide, et par le caractère d'inviolabilité attribué aux lieux de sépulture, les Boréades s'isolèrent du monde et interdirent rigoureusement l'entrée de leurs tles aux profanes. La permission d'y pénétrer ne fut que très rarement accordée et les annales mythologiques ont enregistré avec soin les noms des héros qui descendirent aux Enfers de gré ou de force. En même temps la curiosité mêlée de terreur religieuse qui s'attachait à cette terre si peu accessible, répandit parmi les nations d'Asie, des bruits étranges sur ceux qui l'habitaient. On supposa que les îles des Bienheureux n'étaient habitées que par des morts participant toutefois aux passions et aux habitudes de la vie. De là l'opinion populaire qui prêta aux Mânes cette existence vague et intermédiaire, flottant entre la vie et la mort, et durant laquelle il leur était permis d'apparaître aux mortels et de s'entretenir avec eux.
Platon nous a 'transmis aussi une description de l'Enfer qu'il aura puisée dans quelque vieille tradition ; on y lit ce trait significatif : « Le troisième fleuve tombe dans un vaste lac enflammé, plus grand que notre mer, oii se trouve un marais dans lequel l'eau et la boue sont en effervescence '. »
Ce marais, dont, suivant sa coutume, Platon exagère les proportions, c'est le lac Àverne, et une chaîne d'ilots sablonneux et d'écueils qu'on nomme la langue d'AvemaSy nous indique
< Plat, de animo, Easeb. Prœp, ev,,' 1. XI, cap. 38.
aujourd'hui sa situation. L'Âverne communique en effet avec la hie de Taman ; cette lagune encombrée de roseaux exhaie des miasmes fétides et sur le bord s'ouvre une caverne qui se "emplit parfois d*eau brûlante et de naphte enflanomé dont les lots se déversent dans la mer.
L'Averne de la campagne de Rome par oii les Latins prétenl aient qu'on descendait aux Enfers, n'était qu'une réminiscence vague de l'Âverne primitif. Rudbeck fait remarquer [ u'en Suède on trouve un lac à'Awemas et que le fond du ;:olfe de Bothnie porta jadis ce nom. Strabon et d'autres écri- ''ains réunissent habituellement TÂveme avec le pays des Ciminériens * .
Pline nous a conservé une appellation fort significative de L'Ile Kimmérienne ; il prétend qu'on l'appelait Kerberion *. Ce terme nous donne la clé de la fable de Cerbère, le dogue h triple tête, gardien des Enfers, qui fut simplement l'attribut du peuple éthiopien habitant de l'Ile Kimmérienne et descendant des Libyens du Haris, dont Ânubis à tête de chien fut la divinité symbolique, an lune, is chien. Hécate dont le temple était, dit-on, placé à l'entrée des Enfers, fut aussi représentée avec une triple tête de chien. Il est probable qu'à la porte du temple situé sur le rivage, on voyait un cippe de pierre oii étaient taillées trois têtes de dogues hurlants.
Tout s'accorde pour faire de l'île Kimmérienne VHadès des Grecs. Nous avons fait remarquer que Hadès et Gadès sont identiques; quant au mot /nfm c'est him-Peny la demeure des Péris, le même vocable que Kimméri. Une variante analo-
1 Avemum pro loco Plutoni dicato putabant et Cimmerios ibi fuisse indicatum habitare, Slrab., 1. V, p. 244. ViMdheck, Atlantica, t. 111, p. 463. Voyez la carte n° 1. — ^ piing cap. V. Cimmerios cerbirios • Crates appellabat, Ëaslaih. in. Odyss., p. 1671.
gue se reconnaît dans imperium. Il est vraisemblable que la région infernale, telle que la décrit Fantiquité classique, comprenait le Sud de THeKimmérienne entouré des vapeurs sulfureuses des fleuves et du lac Âverne, et Tile centrale ou s'élève le Kull-oba, lequel il y a quarante siècles, jetait des flammes et des torrens de vase bouillante. C'est surce point que s'élevait le Tartare, de l'autre côté d'un pont jeté sur leCocyte. Au pied du volcan, un village, Tatarskoïy a conservé ce nom, et c'est le seul de l'iie qu'on nomme ainsi. L'inscription votive trouvée dans la péninsule de Taman nomme Pairisadous roi des Maètes, des Thates et des Sindes. En admettant que les Thates s'allièrent à la famille d'Ari, leur postérité dut prendre le nom de Tatari, d'où dériverait cette dénomination de Tartare que l'on a étendue à la race célèbre qui peuple maintenant le nord de notre hémisphère depuis la Russie jusqu'à la Chine. Jadis les ondes brûlantes du Cocyte baignaient les murs cyclopéens d'un donjon situé sur la rive de l'île Kimmérienne, et dont, au temps de Strabon, il ne restait plus qu'un rempart et un fossé. Pallas et M. de Montpéreux, qui ont visité avec soin l'emplacement, y ont reconnu les vestiges de l'enceinte d'une grande forteresse. Le Tartare fut la prison des dieux vaincus. Uranus y enferma les Cyclopes et les Géants; Saturne , vainqueur , l'y plongea à son tour , Jupiter devenu maître de l'empire, y précipita Saturne et les Titans, et délivra les Cyclopes alliés de sa race. Ces péripéties sont purement politiques; il n'est plus question de justes ni de méchants, mais d'usurpation, de chute et de restauration, en un mot, du vieux cercle oii tournent les empires depuis qu'ils existent. Cependant un fait important, l'antagonisme des races, domine ces alternatives de triomphe et d'abaissement si énergiquement décrites par Eschyle, dans les vers où Prométhée en-
chainé prédit aux Olympiens leur chute prochaine. On sent dans eette imprécation palpiter la haine invétérée qui, d'un bout du monde à l'autre, a mis aux prises, durant des siècles, les Indo-Scythes et les Couschites.
Le Tartare, dit Hésiode, est une vaste région que Neptune
sk fermée avec des portes de fer ' . Là sont les Titans, au fond
cl'une nuit épaisse, Gygès {gog), Cottus {cuth)y Briarée
Çébréi-ari), le colosse aux centbras ou plutôt aux cent familles.
Virgile a accepté la tradition sous cette forme. Il dépeint
«n de sombres couleurs le Tartare surplombé par le roc et
<*eii)t d'une triple muraille. Auprès de la porte immense se
dresse une tour de fer ^,
On lit dans l'Edda que pour arrêter l'effort des Géants, les dieux construisirent un château fortifié de tous côtés, qu'on nomma Medell-Gard ou Midgard, la ville du milieu, dont l'entrée était fermée par des portes de fer '.
La cité des dieux, selon les poètes du nord, s'appelle Asgard (la ville des Ases). Près de cette ville, il y avait une forêt dans laquelle le dieu Loki, qui y pénétra, trouva des fruits très-précieux ; ici nous revenons aux Hespérides et au jardin d'Atlas. Lorsque Odin et Vali vinrent, après la destruction du monde, habiter le champ d'Ida où avait été Asgard, ils résidèrent dans Himinborg , le bourg céleste. Himinborg est la huitième des citadelles du ciel et correspond au signe d u Cancer , ce qui ferait supposer que le nome des îles Méotides était compris dans l'empire Chaldéen, sous le titre de la constellation du Cancer. On lit, en effet, dans le récit du déluge donné par TAvesta, que Jupiter étant entré dans le Cancer, fit la pluie, et la terre fut couverte d'eau à la hauteur
> Hén. de gen* deorum, -— * Mneià., 1. YT, v. 548. — 8 Edda Myth.
A'vok homme K Or, nous aTMs bit ressortir ks MMibRiix exemples qui font concorder la catastrophe ssbite ce périt r Atlantide, avec la guerre da roi Chaldéen cratie les Titans da Caucase et les Atlantes da Méotis.
Les hommes probes et vertuetu sont réonis dans la cité étincelante d'Asgard ; les méchants sont rejetés ààûsHellen, et de là dans Niphulheim^ la neuvième région. Voici encore Tune de ces modifications du sens des mots qui déroutent les philologues. Cependant Tétymologie est toujours la même : EI9 sacré, que Ton retroure dans le tell des Arabes, est deTenu le telluê latin ; eUana^ el-èné signifie pays on peuple sacré de la Lune, mais le mot A emprunte ici un sens redoutable i ridée de réclusion et de supplices que suggérait le donjon entouré de flammes oii les princes Chaldéens [Songeaient leurs ennemis.
Les poèmes sanscrits, comme ceux du nord de l'Europe, désignent dans les mêmes termes, swerga^ et narai, le séjour des dieux ou premier ciel, et les régions inférieures. Narak ne signifiait pas d*abord, comme on suppose, les lieux souterrains, mais seulement le pays plat de l'archipel Méotide, par comparaison avec les plateaux élevés et les cimes alpestres du Caucase. Le prolongement nord-occidental de cette chaîne renfermait dans ses gorges profondes une foule de tribus du mélange scythique et éthiopien, passant par une série de teintes bronzées et rougeâtres, du Libyen crépu, noir de jais, au Germain vermeil et aux cheveux roux. L'Edda les nomme
* Zend'Avesta, ADqaetil, t. H, p. 363.
Jotun, eipression qni équivaut k Géants et à Titans. Ce sont, dit le poëme, des êtres audacieux, ravisseurs de femmes, qui possèdent de grands troupeaux, des vacbes aux cornes dorées^ des chevaux, des chiens ornés de colliers d'or. Us habitent dans des grottes ; Jotunheim est situé à l'Orient.
Continuellement en guerre avec leurs voisins, ils formaient uane ligue formidable à Tappel du souverain puissant qui tïommandait à leurs nombreuses tribus de pasteurs et de cavaliers. Dans toutes les traditions de l'antiquité, ce personnage redouté est retracé sous les mêmes traits et avec les mêmes iiisignes. C'est d'abord Ahriman, le roi des Dews et des X)arvands, celui que Zoroastre appelle l'impur, le noir de peau, VApééthi (chef des Hethi), titre que rappelle Homère, lorsqu'il décrit ces lieux situés aux extrémités de l'Océan, qu'environne leTartare, et où régnent Japet et Saturne.
C'est aussi le noir Ëblis, roi des génies qui peuplent la montagne de Kàf ; de là il commande au monde inférieur où sont plongés les impies qui n'ont pas connu la vraie loi. C'est le Mahadèva Si va {Seba, Saturne, le roi des Dives), que les Hindous figurent avec un visage terrible, tenant à la main le trisula ou trident, et dont l'épouse, la farouche Bhavani, au visage noir, a le col ceint d'un Collier de crânes humains.
Le trident, sceptre des rois de Coush, arme aussi le Satan des Juifs, Séithathy au teint bronzé, et dont le front est orné des cornes de la souveraineté. Le sombre Aîdès ou Aidoun porte le trident comme Neptune , mais sa tête est ceinte de ce diadème dentelé qui a tant de rapports avec la mâchoire du crocodile. Cet attribut du nome d'Ombos, devenu dans le Caucase un signe de royauté, passa du front de Pluton à celui de nos premiers rois mérovingiens, ainsi qu'on peut le voir dans les sculptures de nos vieilles cathédrales. Les poèmes
sanscrits font souvent mention de la grande guerre qui eut lieu dans les iles Blanches de FOccident, entre les crocodiles et les éléphants ' . Ces attributs s'appliquent évidemment à des peuples éthiopiens et Indo-Scythes.
L'appellation syrienne du roi des Enfers, Adon, s'est conservée chez les Celtes bretons ; Aeddon était le nom du grand-prétre de Hu, le puissant empereur de la terre et des mers, que nous n'hésitons pas à assimiler à Jou, Jupiter, sous la domination duquel vécurent les ancêtres des Gaëls, lorsqu'ils habitaient le nord de la Chaldée. Ce druide pontife avait la garde d'une arche sainte, et seul il avait le droit de porter le lierre consacré à Osiris ^.
Souvent ce souverain est désigné par le titre Satouran^ roi du Soleil et de la Lune, qui servit plus tard à nommer Saturne Tastre de la race de Coush. Plutarque appelle Saturne, Dieu de l'Enfer et des Morts, parce que, disait-on, il accueillait les Mânes dans une région reculée située au Septentrion. Les mots dont se servent les auteurs anciens, île de Saturne, mer de Saturne, peuple de Saturne, font clairement entrevoir qu'il s*agit d'un prince et non d'un Dieu abstrait. Certains rappro* chements qu'on a dédaignés à cause de leur absurdité apparente, sont cependant justifié:^ par l'explication que nous présentons : ainsi Macrobe prétend que Saturne est le même que Borée; cela est tout simple du moment que ce chef éthiopien est le prince des iles des Boréades et des Hyperborées. Il assimile également Saturne à Saden ou Satan, qu'il dit être aussi Priape. Il est évident qu'il ne s'agit ici que de l'astre et de l'attribut qui furent les emblèmes primitifs des peuples couschites et de leur souverain.
> Asiatic Res, V. p. 158, — 'Talidsin, Myth, of brithh DruidSf 1. 1, p. IM.
Les Latins» les Sabins issus de familles soumises au roi du ^^E^ucase et du Méotis en conservèrent un bon souvenir. Pour ^ ^JKx Saturne fut le Dieu de Tâge d'or. Mais chez les nations ^X anches d'Asie descendantes des Chaldéens, le monarque ^ t-liiopien , considéré comme un pouvoir malfaisant et le '^pe du mal, fut élevé, pendant la période de formation X^8 mythes, à la hauteur d'une abstraction par opposition ^A^ec le Dieu lumineux et bienfaisant. Tous les titres par lesquels on le désigna lui et son peuple, devinrent autant de 1^ oins redoutés et de malédictions : Adi-ab-ol, le haut-père ci 'Ad ; Ad-Haï-mon; le monarque d'Ad et de Haï; Rex Ma- 'nium, le roi des tribus lunaires; RexChaûs, le roi du Chaos ou de Coush ; le souverain de FÉrèbe ou des Ariba; Orcus, le chef de Cus. Chaque tribu des montagnes et des bords de l'Ëuxin donnait un nom différent à ce suzerain terrible, et comme en résumé ce sont les peuples ariens qui ont fait l'histoire primitive et que le roi Couschite représentait la race ennemie, chacune de ces dénominations nous est parvenue avec une signification de haine et de terreur, accompagnée de l'idée d'un pouvoir surnaturel et d'un esprit de révolte contre le Dieu suprême, le souverain au visage blanc, plein de sagesse et de bonté représenté par Ormuzd, Jupiter ou Yischnou.
Les Couschites avaient la réputation d'habiles fabricants en toute sorte de bois, de pierre et de métal. Nous admirons encore ces prodigieuses constructions nommées Cyclopéennes ou Pélagiques qu'on trouve en Grèce, en Italie, en Arabie et qui furent les premiers ouvrages des Éthiopiens lorsqu'ils ces- • sèrent d'habiter les cavernes pour se fixer dans la plaine. Ils passaient pour d'excellents forgerons, et les Cyclopes de l'antiquité, le Tubalcam delà Genèse, Tob-aUKaï, ne démentent par cette renommée. Les Adites portèrent cette science dans
TYémeD et les Maures en Espagne. La Syrie, au temps des Romains, était célèbre pour la perfection de ^s armes. Les légendaires du moyen âge attribuent au Démon la construction de presque toutes nos cathédrales, et Sauvai raconte que les serrures de Notre-Dame étaient si bien travaillées qu'on disait que le Diable les avait faites. Ce caractère industrieux et habile de la race de Coush n*a pas échappéaux mythologues de la Grèce et d'Italie, qui Font personnifié dans Vulcain.
Les Latins firent de Vulcain un roi des sept îles Yulcanies qu'ils croyaient être les petites îles Lipari situées entre l'Italie et la Sicile. Sans en donner la raison, les mythologues assimilent Vulcain, YHephaïstos Grec, au Dieu Ptah des Égyptiens bien que leurs caractères soient très-distincts. Vulcain est le fabricateur du fer, l'ouvrier fondeur de njétaux, l'artiste ciseleur par excellence, Ptah est le Dieu démiurge fabricateur du monde et des hommes. Nous croyons qu'en ceci la tradition n'a point erré, et que les deux dieux représentent une même race, et probablement une même tribu à deux époques différentes. Ptah marque la tribu-mère qui M mj vint d'Egypte s'établir au Méotis , d'oii elle passa dans la .^s A Colchideety prit l'appellation modifiée par euphonie, de Hai ja et Akhaîy dont les Grecs ont hil Ap^Haî-stos, Les Akhaîoccu — paient la partie la plus proche du Palus-Méotis sur ce yaste^> J^«tc littoral qui se prolonge à partir du Phase, du sud-est au nord — fxl* ouçst.
Le nom de Vulcain dérive de Bolkat (ab-ol-Kaî) auquel^ 'el s'ajouta Ari^ Bolkaïan^ le haut père des Kaî de la Lune. Lc^-^-X^ Dieu du feu terrestre s'appelait Voïkan chez les Celtes ^ et il^^ A's avaient un pontife forgeron chargé de la conservation du feuir ^'êu
* Voyez Tanlel celtiqne du palais des Thermes, où figurent le ûieLM^^^fi Volkanus et le taureau. — Davies, Arch, of Wales^ t. I, p. 7t,
perpétuel. Les dieux forgerons jouent aussi un rôle important dans les mythologies des Finnois et des Slaves. Bolg chez ces peu[^l6s était un titre de souveraineté qui est resté au fleuve Volga, précédemment désigné par le nom Égyptien Bha^ Roi- SaleU.
Dès une époque fort ancienne, des colonies de Rourètes
veuuesdu Caucase allèrent s'établir dans les îles de la mer
^S^* Les Cyclades tiennent d'eux leur nom Kotik-lrod ; une
de leurs familles, les Cyclopes, Koui-l^op, consommée dans
Vdrt de forger le fer, établit sa principale usine à Lemnos sous
l'invocation de son roi divinisé Héphaîsros. Ces habiles ou*
^i^iers avaient acquis une grande célébrité au temps de la guerre
d^ Troie, et il en fut de leur ile comme plus tard de Damas en
^^ie, et de Tolède en Europe où les Arabes apportèrent le
^^ret de la trempe des épées.
Hephaîstos, autrement Vulcain, dut être en effet un de ces ^befs laborieux des Couschites du Caucase qui perfectionné- '^^nt les arts inventés par TÉgypte. Il mérita la reconnaissance ^^ l'admiration des peuples Scythes, en leur enseignant à ^^Tger des socs de charrue et des glaives qui remplacèrent ^^$ instruments en pierre aiguisée, dont ils s'étaient servis «l^squ'alors. La tradition hellénique et latine, en réunissant ^iilcain à Jupiter, aux Cyclopes, à Vénus, à Mars et à Junon ^li'on disait sa mère, le font contemporain de l'empire des olympiens dans la Chaldée, mais le ridicule dont il est ^^arqué, et qu'on attacha à sa personne ne pouvant atteindre ^on génie, décèle assez qu'il appartenait à une race ennemie ^t subjuguée. Retiré au fond des cavernes, le Dieu travaillait 4«uret nuit, avec ses compagnons, les énormes Cyclopes, à extraire le métal du rocher et à façonner le fer à l'aide de leurs tiiarteaux retentissants. Les pasteurs des vallées, voyant do
loin le feu de son usine luire au flanc des volcans dont la cim& vomissait des jets de flamme, se persuadèrent que les cratères servaient de cheminées à la forge du dieu, et qu'il y fabriquait ces carreaux redoutables jaillissant du haut des monts en flèches ardentes, qu'on appelait la foudre. L'enclume de Vulcain, faite sans doute de lave refroidie, portait précisément ce nom à'akmôn, qui désipa la foudre dont Jupiter était armé * .
Les rois de l'Hadès gouvernaient leurs sujets du Héotis en despotes , et les mythologues reprochent à l'un d'eux le rapt d'une princessedece pays, de Proserpine, fiUedeCérès, reinedu peuple Kher, établi dans la Khersonèse et dont la ville s*appe1a Kheron du temps de Mêla, Gherséthi au moyen «Ige ; c'est Kertch aujourd'hui. Cette légende, comme celle d'Eurydice, touche au point délicat de l'existence réelle des habitants de l'Hadès. Il faut un certain courage pour efieuiller ces fleurs de la poésie antique, afin d'en faire sortir un grain de vérité; quelle vérité, dira-t-on, vaudrait un mensonge de Virgile? Nous oserons avouer pourtant que nous ne croyons pas à la mort d'Eurydice, mais simplement à son enlèvement par un serpent, c'est-àdire par un chef de l'île d'Oph. Le nom, Ophis, servait comme celui de Taureau, à qualifier le souverain. Les mythologues, ne comprenant point le sens elliptique de la tradition, l'interprétèrent à leur façon en expliquant que la jeune femme succomba à la morsure d'un reptile, tandis qu'elle fuyait la poursuite d'Âristée, et qu elle descendit ainsi aux Enfers, où son époux vint la chercher.
On ne dérogeait que très-rarement à l'interdiction sévère de pénétrer dans le royaume des Mânes, et la permission dut
* Apollonias, dit Philoslrate, éprouva en Crète an tremblement de terre avec an coup de tonnerre qui vint de la terre çt non des nuages Vit.ApolL,l. lV,c.34.
être subordonnée à un serment et à des épreuves semblables à celles exigées des initiés aux mystères d'Eleusis qui reproduisaient, disait-on, le mythe des Enfers. Ce fut sans doute pour avoir manqué à un serment de ce genre qu'Orphée perdit irrévocablement son épouse. Virgile, en racontant cette touchante histoire, laisse entrevoir que la véritable situation de THadès ne lui était pas inconnue. Orphée, désespéré de la perte d'Eurydice, parcourut, dit-il, pendant sept mois entiers, le pays glacé des Hyperborées, les bords du Tanaîs neigeux etlesplaines.où les gelées du Riphée ne fondent jamais. Cette description indique clairement que l'amant désolé errait autour de File Kimmérienne , dans laquelle Eurydice était retenue, allant sans cesse de la Crimée au Tanafs et du Tanaîs au Caucase par la steppe du Don '.
Orphée n'est point non plus un personnage fabuleux ; Suidas prétend que son père JE^ev était le cinquième descendant d'Atlas^. Diogëne Laertes assure qu'il était Scythe de naissance et que son maître Linus et lui furent honorés comme des dieux par les Scythes comme par les Grecs. D'autres prétendent que les hymnes d'Orphée étaient d'origine égyptienne. Toutes ces assertions peuvent être exactes et l'on doit conclure de l'ensemble des notions qu'elles fournissent, que ce patriarche des musiciens et des poètes, révéré à la fois des Grecs et des Scythes, et qui puisa sa science chez les Egyptiens, fut un de ces œdes religieux par lesquels s'effectua la translation des mythes et des sciences de l'Asie en Europe. C'est par eux que commença la littérature sacrée des Hellènes, les Rhapsodes n'en furent que les vulgarisateurs. Instruit chez les Boréades du Méotis, le prêtre du soleil Hoi^è,
< Georg., 1. IV, v. 517.— ^ Soid., 1. 1, p. 1204. Jambl. In mysteriis, 1. I. Ptosao. Laœn., 1. III, c. 13, 1&. Diod., l. V.
après avoir été vietime des violences du roi de THsidës, se retira dans la Thrace et y enseigna aux Ciconiens les rites sacrés d'Eleusine. Il apporta aussi , dit-on , les mystères de Cérès à Sparte et ceux d'Hécate à Egine.
En résumé la Grèce, indépendamment de ses sciences et de ses institutions, parait être redevable de la plus grande partie de ses mythes religieux à cette terre Atlantique ou Hyperborée, d'oii lui vinrent la statue d'Ânémis Qrthia, Ârghé et Opis, les deux vierges qui introduisirent le culte du Soleil et de la Lune, et jusqu'au laurier qui servait à Olympie à couronner les vainqueurs.
Lorsque vers le VIP siècle, les Grecs vinrent déposer des coloniesen Crimée et au Palus-Méotis, les dénominations des lieux avaient changé depuis longtemps, et ils ne paraissentpas s'être douté qu'ils foulaient le sol où leur race était née, pas plus qu'ils ne reconnurent l'empire de leur dieu Pluton. L'historien de l'Atlantide, Platon, ne soupçonne pas un seul instant que la contrée dont on lui raconte la légende, était située dans ce Palus-Méotis que visitaient de son temps assez fréquemment les navires des Grecs. Cependant la relation du voyage des Argonautes, attribuée à Orphée, et qui a, très-probablement, été arrangée à l'aide de fragments authentiques et fort anciens, présente des passages où la véritable situation des Enfers est si nettement indiquée qu'on ne peut à cet égard entretenir l'ombré d'un doute. Voici ce fragment dont les détails ont un cachet bien rare de vie et de réalité':
« Ayant ramé tout le jour, nous touchons au Bosphore, si-
tué au delà du Pont, et nous arrivons chez les Méotes qui s'habillent de fins tissus, chez les Gelons et chez les nationscheveluesdesSauromates, desGëtes, des Gymnées, desKerkoph, desArsopes, desÂrimaspes, race riche en troupeaux qui habite autour du marais Méotis. Mais^ poursuivis encore ici par la colère des immortels, nous sommes portés en un lieu où le Palus exhale une vapeur empestée de ses rives basses, et roule ses flots avec bruit, en sortant d*un passage étroit vers lequel Argo est entraîné. Dans ce lieu, nous restons pendant neuf * jours et neuf nuits, travaillant à dégager le navire , au milieu des nations les plus redoutables, les Pactes (ap-akt, Pacht, la déesse égyptienne mère des Asiatiques), race des Arctéens, les Léliens orgueilleux, les Scythes Sagittaires fidèles serviteurs de Mars, les Taures homicides qui offrent des sacrifices à Hécate Munychie avec des coupes pleines de sang humain. Puis nous arrivons chez les Hyperborées. Argo pénètre en bondissant dans TOcéan que les hommes appellent la mer Cronius, Hyperborée ou mer Morte. Nous n'espérions plus échapper à la mort, si Ankaîos, pesant sur le gouvernail, n'eût dirigé vers la droite du rivage le navire entraîné avec iaipétuosité. Il avance à force de rames, mais bientôt les guerriers sont épuisés par ce rude travail et par la faim qui ronge leurs entrailles. Ankatos saute sur la plage et encourage les héros par des paroles consolantes. Alors ceux-ci, s'élançant des bordages du navire sur une éminence du rivage, attachent un long câble à la poupe et se mettent à remorquer le bâtiment le long de la côte. Heureusement le vent était tombé et la mer était calme en ce lieu, où est Hélice, et que Téthys baigne de ses derniers flots.
» Lorsque paraît le sixième jour, nous arrivons chez le peuple riche et heureux desMacrobes, qui vivent sans souffrance
près de mille ans; ils se nourrisseDt du miel des plantes, et boivent la divine rosée d'ambroisie. Toujours rayonnants d'une douce sérénité, ils n'ont, pères et enfants, que le désir de pratiquer la justice et de parler avec sagesse. Nous passons à travers leurs rangs pressés, et toujours traînant le navire, nous arrivons chez les Gimmériens, qui sont privés de la clarté du soleil. Au levant, le mont Rhiphée les couvre de son ombre, et au sud ils sont obscurcis par des vapeurs phlégréennes qui s'échappent de la terre, et dont la fumée les enveloppe comme un brouillard.
» En quittant ce peuple nous continuons à pied à tirer le navire, à cause du manque de vent, et nous parvenons à un promontoire escarpé près duquel un fleuve se décharge dans un profond abîme ; c'est l'Achéron qui roule de l'or entre ses rives glacées et dont les eaux ont l'éclat de l'argent. Il se jette dans un noir marais qu'entourent des arbres verdoyants toujours chargés de fruits, auprès est Hermiona dont les murailles sont basses, entourées de pâturages et de villages bien^nr ^n coi^struits. Là habite un peuple d'hommes justes qu'une barque:^ .ne transporte après leur mort, et de cette barque leurs âmes pas— ^ ssent dans la région que baigne l'Achéron. Près de là sont les cîtéss ^^és et les portes invincibles des Enfers et le peuple des songes *. «•« "
Homère rapproche aussi les Enfers et les Gimmériens, mais i: -^ionvoitqu'ilsuit d'anciennes légendes, et qu'il ne connaît poin ^:^ di les lieux qu'il décrit. A une époque beaucoup plus récente ^>-e, d'autres écrivains eurent conscience de l'existence des Champs- ^=^ ^' Élysées quelque part au nord de la mer Noire. Ainsi le Périé- ^^gète rapporte qu'en traversant l'Euxin on trouve, en face dw ^^ Borysthènes, une île, Leucé (l'île blanche des Pourânas), ain^^ss/
« Orphée, Arq,, v. 1103, 1125, 1140, etc.
nommée à cause des animaux blancs qui l'habitent, on l'appelle le séjour des héros. Les ombres d'Âchille et d'autres guerriers s'y promènent dans les vallées solitaires, car Jupiter leur a donné une existence immortelle en récompense de leur cïourage ^ . Les Sarmates placent aussi leur paradis dans cette île lieucè, où vont demeurer les esprits des guerriers morts dans le combat. Chez les Thibétains le paradis est à l'ouest et s'ap- -pelle Opameh (op-Ham), c'est laque résident les Yamas dans leur majesté sereine ^. Les Tagalis des îles Philippines, selon "Thévenot, ont leur Elysée à l'occident dans l'île Blanche. L'on sait que c'est aussi de ce côté que les Polynésiens et les saunages de l'Amérique du Nord croyaient qu'était la terre des âmes.
Il n'est guère de peuple de l'antiquité qui, sur la foi d'une ressemblance de nom ou de quelque lieu dont l'aspect sinistre rappelait les descriptions de l'Hadès, n'ait cru avoir dans son pays une entrée aux régions infernales. Il y eut des lacs Averne partout, un Styx en Arcadie, en Egypte, en Arabie, un Achéron en Épire, un autre chez les Thesprotes, un troisième dans la Grèce près du cap Ténare; nombre de fleuves du même nom se trouvaient dans TÉlide, en Italie, en Bithynie '. On nomme encore promontoire d'Abchéron dans la province de Bakou en Géorgie, un cap oii jaillissent des sources de naphte et où l'on trouve un volcan de boue semblable à ceux de la péninsule de Taman.
Cependant il est une condition à laquelle ne satisfait aucun de ces lacs ni de ces fleuves, et qui est digne de remarque ; au milieu de ces flammes et de ces vapeurs méphitiques, les
1 Dionys. Perieg., v. 541. Mém. de TAcad. des inscript., t. XXXV, p. 5Î9. — 2 Harivansa, t. ï, p. 6. — ' Pausan., Arcad. Nat. Cornes, 1. lil, cil. I.
plus anciennes traditions grecques rapportent qu'il fait froi» é, aux Enfers. Orphée dit que le jaune Âchéron coule entre des rivages glacés. Hésiode nous apprend aussi que l'Enfer es/ froid. Enfin Plutarque dit que Saturne accueillait les mânes dans une région lointaine située au nord ^
Les Enfers avaient donc un hiver et un hiver où il gelait? Nous n'avons pas besoin d'insister sur la parfaite application de tous les détails qui précèdent à la région qui fut d'abord les îles Atlantiques, puis les Enfers après la disparition d'une de ces tles, et enfin le Palus-Méotis, lorsque l'activité des feux du volcan se fut ralentie et que les lies jadis séparées ne formèrent plus qu'une péninsule coupée de lacs vaseux et de marécages. Mais au milieu de tous ces changements, le climat est resté le même, et personne n'ignore que l'hiver est parfois si intense en Crimée que la mer gèle à une grande distance. Hérodote rapporte que tout le Bosphore Gimmérien gelait à tel point, que les Scythes de la Chersonnèse passaient en corps d'armée sur la glace avec leurs chariots pour se rendre dans le pays des Sindes^.
Nul mortel, assurent les mythologues, ne pouvait traverser l'Âchéron, s'il n'était muni d'un rameau d'or consacré à Proserpine, lequel lui servait de sauf-conduit. Le vieux nocher Charon, dont le nom, suivant Diodore, signifie batelier en Égyptien, passait les morts dans sa barque funèbre et même les vivants. On disait que longtemps avant le règne de Pluton, Charon avait été enfermé dans le lieu le plus ténébreux du Tartare pour avoir passé Hercule qui n'était point porteur du rameau vénéré. Le prix du passage était d'une obole au moins et de trois au plus. Cependant les Herméens étaient exempts
1 Orph., Arg. t. 735. Hésiod. op. et die,, t. i43. Qttcest. Rom.t 366, 27Î. — 2 Herod.; I. IV, p. 28.
du péage parce que leur pays confinait aux Enfers. Ce détail où la réalité se fait jour à travers la fable, a son prix, car si Ton place ces Herméens au promontoire Hermœum qui fait partie de l'île Kimmérienne, on devine que ce peuple n'ayant pas besoin de traverser l'Âchéron pour se rendre au Tartare, fut ainsi dispensé du péage.
11 y eut jadis, suivant Strabon, une ville d'Ëleusine qui avait été détruite par le déluge en même temps qu'Athènes et Ogygie situées comme elle aux bords du lac Triton. Nous avons reconnu le lac Âftaniz dans ce lac Triton dont les anciens ignoraient la situation, et qu'ils ont vainement cherché en Afrique. Pausanias raconte aussi que deux villes du nom d'Eleusis et d'Athènes furent détruites par le débordement du lac Copafs, qui causa le déluge dit d'Ogygès. II ne peut donc être question ici des villes de l'Attique, mais bien d'une Eleusis située ailleurs, et que le voisinage du lac Triton. nous conduit à placer dans les îles Méotides ' .
EUIoU'Sirty le Jupiter des Sin, dut être située dans l'île des As ou Sindique, à l'extrémité occidentale, sur l'emplacement oii l'on voit encore des ruines qu'on croit être celles de Phanagprie. Ainsi placées, Atana, capitale de l'Atlantide, Ogygie ou Taman formaient avec Ëleusine un demi-cercle faisant face au Bosphore Gimmérien et aux colonnes d'Hercule. Étant aussi proches, les deux dernières villes ne pouvaient échapper au débordement causé par la submersion de T Atlantide.
Une enceinte de murs entourait le parc sacré d'ËIeusine, et le Léthé, fleuve d'oubli aux eaux lentes, coulait entre ce parc et les riants bocages de l'île des Boréades, l'ancienne île
1 Strab., 1. IX, p. 407. Paus., 1.IX, c. 34.
d'Ammon. Devantla porte d'ÉIeusine s'étendait une plaine. Là
siégeaient les trois juges des enfers, Minos, Eaque et Rhadamanthe. « Leur tribunal, dit Platon, est placé dans la plaine de la Vérité, entre le Tartare et les Champs-Elysées. » Homère nous montre le blond Rhadamanthe assis dans les Champs- Elysées qui sont aux extrémités de la terre.
L'on n'a pas oublié l'erreur où est tombé Platon en prenant pour l'Europe et l'Asie les deux petites lies de l'archipel Méotis. La même méprise a été commise par les mythologues, qui prétendent qu'Éaque était chargé de juger les peuples d'Europe et Rhadamanthe ceux d'Asie. Us disaient aussi, selon leur habitude de dénaturer la tradition pour l'adapter à leurs fables, que Rhadamanthe était le fils de Jupiter et d'Europe, ce qui veut dire que c'était un prêtre de Jupiter de File d'Ottf-op.
Il est assez curieux que l'assemblée du sénat, en Suède, s'appelle Radamannen, et le tribunal judiciaire Lagmannen. Rudbeck croit pouvoir en déduire la preuve que TAtlanlide n'est autre que la Suède. Nous y voyons un témoignage de plus des rapports étroits qu'eurent anciennement les peuples de race gothique aujourd'hui établis dans le nord, avec la colonie du Méotis. Dans l'Edda, la plaine de la Vérité dont parle Platon, se nomme Idavalli^ le champ des seigneurs. C'est là que se réunissaient les Ases pour tenir conseil, et Ton y voyait douze pierres qui leur servaient de sièges, et un trône pour Odin, le roi des Dieux.
Les juges des enfers correspondent sans doute aux trois assesseurs subordonnés à chaque Décan, qu'on voit figurer sur les zodiaques égyptiens, et leur nombre dut s'accroître proportionnellement à celui des tribus représentées au tribunal. Ainsi Minos, le président du tribunal des Enfers, reparaît
dans la mythologie hindoue sous les traits de Manou le législateur» assisté des dix Maharchis chefs des dix tribus primitives. Dans ses fonctions de juge des mocts, on le nomme Yama, régent des régions inférieures; c^est lui qui envoie les âmes pures à Swerga^ le premier ciel, et les coupables dans Narak, la région des serpents. Si le défunt a commis, durant sa vie, de graves offenses, il est condamné à retourner sur la terre sous la forme d*un végétal, ou à rester, durant un temps déterminé, emprisonné sous celle d*un minéral.
La plupart des auteurs modernes ont adopté Topinion que les Grecs devaient à l'Egypte le mythe des Enfers , tel qu'ils nous l'ont transmis, et qu'ils n'avaient fait que reproduire les rites observés par les Égyptiens à la mort de leurs rois et de leurs personnages illustres. La série de nos études nous conduit à une conclusion différente.
Nous avons développé plus haut les faits ethnologiques desquels il résulterait que rapparition des Hiksos, en Egypte, aurait été suivie, comme d'ailleurs le dit Eusëbe, de l'établissement d'une dynastie hellénique, autrement dite chaldéenne, dans la Basse-Egypte. Cette invasion fut, paraît-il, le contrecoup de celle des nations couschites descendues du Caucase dans la Babylonie et des conquêtes des Assyriens, qui détruisirent la domination des Chaldéens dans l'Â^sie centrale et les forcèrent à en sortir. Les Chaldéens apportèrent en Egypte, vers leXXP siècle, les usages nouveaux et les rites religieux qui s'étaient formés dans le Caucase et dans les lies Méotides. Un peu plus tard, les Hellènes les introduisirent par l'Asie- Mineure dans la Grèce. Il n'est donc pas étonnant de trouver dans rÉgypte des pratiques religieuses tout à fait semblables à celles des Grecs, sans pourtant qu'aucun de ces deux pays les ait transmises à l'autre. U en fut de ces coutumes comme
des signes du ;sodiaque chaldéen, qui vint d'Asie en Egypte avec les Pasteurs helléniques, et en Grèce, avec la migration de Cadmus.
Le cérémonial égyptien des funérailles n'est donc, à notre avis, que la reproduction de celui qu'observaient les Cbaidéens dans les tles Méotides, et YAmenti, la région ténébreuse de l'Occident, n'est autre que cette région que nous avons déjà tant de fois décrite. Les formalités suivies en Egypte lors de la mort d'un personnage, sont assez connues pour que nous n'ayions à en donner qu'un exposé sommaire. Le défunt comparaissait, avant d'être mis au tombeau, devant un tribunal de quarante-deux juges rangés en demi-cercle au bord du lac. La loi permettait à tous de venir alors porter plainte contre le défunt, et s'il était prouvé qu'il avait mal vécu, la sentence le privait de la sépulture. Lorsqu'aucun accusateur ne se présentait, ou que ceux qui attaquaient le défunt étaient convaincus de l'avoir calomnié, les parents prononçaient son éloge, vantaient sa piété, son courage, et suppliaient les dieux de l'Âmenti de le recevoir dans le séjour des bienheureux '. Alors le cercueil était placé dans une barque dont le nocher, appelé Charon, mot qui signifie batelier, dit Diodore, lui faisait traverser le lac Acherusia, situé près de Memphis. Le corps était ensuite déposé dans une des tombes construites dans la campagne, et cette plaine partagée en champs de blé et en champs de lotus, représentait, disait-on, les Champs- Elysées. Diodore ajoute que tout ce que les Grecs racontent des Enfers se pratiquait encore de son temps en Egypte : la pièce de monnaie donnée au batelier, le temple d*Hécate
1 Cette inquiétade du jugement de la postérité appnraît même chez les Romains ; on a trouvé dans un tombeau un écrit du pontife Sextns Anicias, certifiAnt l*honorabiUté du citoyen ci-renfermé.
aux portes d'airain placé à l'entrée de l'Enfer, sur le bord du Cocyte ; les portes de la Vérité et celles du Soleil, qu'on voit dans la ville d'Héliopolis ; Hermès, conducteur des Ames, et enfin le dogue Cerbère, représenté par un bomme portant un masque représentant trois têtes de chien * .
Quelque féconde que fût l'imagination des Égyptiens, il est difficile d'admettre qu'elle ait seule fait tous les frais d'invention du rituel infernal ; nous présumons au contraire, que selon le culte traditionnel que ce peuple professait pour les ancêtres, chacun de ces rites se rapportait à un souvenir consacré. Il est évident d'ailleurs que la description qui précède n'est qu'une copie assez médiocre d'un original disparu. La tradition grecque est conforme en tous points, il est vrai, avec le cérémonial égyptien, mais les lieux qu'elle décrit sont trèsdifférents. Les champs de blé et de lotus des bords du Nil ne ressemblent point aux riants ombrages, aux ruisseaux limpides des Champs-Elysées. Où est le Tartare avec ses flammes, ses lacs infects, son Cocyte brûlant, son Âchéron qui gèle, ses étangs de naphte et ses vapeurs de soufre ? Il est certainement question ici d'une nature tout à fait opposée à celle de l'Egypte et ce drame solennel de l'expiation et de U récompense, tel que nous le décrivent les Grecs, s'encadre mal dans les lignes -calmes de la vallée du Nil. Nous inclinons donc à penser que les rites funéraires célébrés par l'Egypte n'étaient qu'une répétition de ceux célébrés entre le XXV* et le XXP siècle dans les iles Méoiides et dont les rois Chaldlkns qui régnèrent à Memphis introduisirent l'usage dans la Basse-Egypte, tandis que les migrations Hellènes l'apportaient de leur côté en Grèce. C'est ainsi que sans copier l'Egypte, le3 Grçc^ se trouvé-
rent posséder les mêmes mythes et les mêmes souvenirs.
Les trois juges, suivant Tidée que nous nous faisons de la topographie des Enfers, avaient donc à leur droite l'enceinte des Champs-Elysées, et à leur gauche le lac Âcherusia ou golfe de Taman par lequel on se rendait en bateau de la plaine d'Éleusine au Tarlare.
Dans ce champ de la Vérité, ainsi nommé à cause de la confession qu*on était tenu d'y faire, comparaissait le vivant ou le mort présenté par Anubis et par Hermès chargé de lire la sentence. Le jugement rendu, s'il s'agissait d'un chef ayant rendu d'éclatants services, les portes de l'enceinte heureuse s'ouvraient pour lui, et le héros fatigué des luttes de la vie trouvait dans ce riant asile, à la source même des origines de sa race, cette paix religieuse que dans d'autres temps, les chrétiens ont cherchée dans les monastères. S'il s'agissait d'un mort, on embarquait sa dépouille dans la funèbre nacelle qui le transportait aux lieux de sépulture situés au-delà de l'Achéron, car personne, dit Evhémère, ne pouvait être enterré dans l'Ile sacrée de Jupiter. Arrivé à l'autre bord, le cercueil était déposé dans le temple d'Hécate à la porte duquel se dressait le simulacre d'un chien à trois têtes taillé en bois ou en pierre.
Platon nous apprend qu'avant le règne de Jupiter, la loi voulait que les hommes comparussent de leur vivant devant le tribunal pour y être récompensés ou punis selon leurs mérites. Mais il arriva que les princes avares ou cruels se présentant aux juges dans l'appareil de leur puissance, se faisaient redouter, et sortaient toujours loués et absous pour passer dans la demeure des justes, tandis que beaucoup de gens de bien sans richesse ou sans appui en étaient repoussés. Sur les plaintes réitérées qu'on lui adressa,
Jupiter changea cet ordre de choses et pour rétablir l'égalité, le jugement dût suivre la mort au lieu de la précéder. Alors furent institués trois juges : Rhadamanthe pour l'Asie, Eaque pour l'Europe et Minos au-dessus d'eux pour décider en cas de partage des opinions.
Chez les Égyptiens qui observaient le même usage, le jugement des actions se prononçait devant le corps embaumé du défunt, ce qui confirme notre idée que cette coutume était chez eux postérieure au règne de Jupiter et à l'empire des Chaldéensen Asie.
Dans un manuscrit de la XYIIP dynastie qu'on voit au Louvre et dont M. de Rougé a donné la savante analyse, on trouve le détail du rituel funéraire pratiqué en Egypte ^ L'on y donne le nom èiAenrou aux Champs-Elysées et les peintures représentent les mânes se livrant aux travaux agricoles.^Ce précieux monument nous parait présenter l'ensemble des traditions chères aux Égyptiens Chaldéens du second Empire : On y voit figurées les sept tribus primitives du Méotis sous Faspect de sept gardiens armés de glaives et de sept vaches avec leur taureau; quatre génies, l'un à téted*homme et les autres avec les têtes du singe, de Tépervier et du chacal, représentent, Thot ou Mercure, Ares ou Mars, Anubis ou la Lune. Le souvenir vénéré d'Osiris plane sur tout ce symbolisme. Tantôt il est le juge des morts, président de l'Amenti, tantôt il est l'âme même du décédé que l'on nommait l'Osim un tel. On retrouve dans ces rites, comme le remarque M. de Rougé , des rapports étroits avec la métempsycose hindoue ; l'âme du mort semble remonter lasérie des incarnations de l'âme de la race indiquées par les attributs de chaque génération
I M. de Rougé, ÎYo^ cfes vdQn* d^ lAUvre, p. 82,
tels que le héron, Thirondelle, Tépervier, etc., pour entrer enfin dans le sein du créateur Osiris. Ce mysticisme ethnique si semblable à celui des Avatars, ainsi que l'influence toute puissante exercée par la caste théocratique sur le génie de ces trois grands peuples, les Égyptiens, les Hindous, les Hébreux, ne sont pas les moindres signes de leur parenté originelle.
La religion des souvenirs ne tarda pas à entourer d'une vénération universelle la contrée, jadis théâtre d'une des grandes manifestations de la puissance divine, et que des rites mystérieux étaient venais consacrer. La solennité des funérailles royales, le culte des morts, la cérémonie du jugement suprême se terminant par la glorification du héros ou par la condamnation de ces despotes puissants qui, après avoir rempli l'Asie du bruit de leurs conquêtes et de leurs violences, subissaient enfin^ l'arrêt delà postérité tombant sur leur cercueil de la bouche inflexible et libre des trois juges; cette terre singulière, moitié félicité moitié supplice, environnant l'abime ou gisait
ensevelie la cité des ancêtres, tout cet appareil imposant des rites d'une foi naissante pleine des espérances et des menaces de la vie future, était fait pour saisir l'imagination et y laisser une profonde empreinte. C'est alors que l'idée de la révivification des âmes par les incarnations et la métempsycose, dut prendre naissance, et que le dogme de la punition et de la récompense qui s'y rattache étroitement, jeta ses racines dans la croyance des peuples réunis entre le Tanaîs etBabylone. Cette idée, malgré les transformations qu'elle a subies, s'est perpétuée et contribua puissamment à développer au sein de la race Arienne, la droiture, la piété et cette aspiration animée vers }e créateur qui la préparèrent à l'avènement du monothéisme.
Les femmes jouaient un grand rôle dans cette étrange répu« blique des Boréades. Certaines prophétesses, outre l'influence dont les revétaientleurexpérienceetleur grand âge, jouissaient encore, par le don de lire dans Tavenir et de prédire les destinées, d'une autorité qui les plaçait même au-dessus du Roi des Dieux. Jupiter, était, dit-on, soumis aux Parques et on les nommait les ministres du pestin.
Il y avait dans les Enfers trois Parques comme trois juges et trois lies principales. Chez les Arabes le mot farUa désigne à présent un centre de population formé de la réunion de plusieurs douars unis par un lien de parenté *. Nous avons tous appris dans notre enfance cette fable ingénieuse de Clotho, Lachésis et Âtropos occupées à filer les jours des mortels, sans qu'on nous ait fait entrevoir qu'il y eût là autre chose qu'un jeu de l'imagination des poètes. Pourtant il n'est guère de mythe plus ancien que celui des Parques, et il caractérise une institution primitive née d'un besoin moral aussi vieux que l'humanité.
Toute tribu nègre a son sorcier ou jongleur qui jette des sorts, fait tomber la pluie, vend des philtres et tire les horoscopes ; tels furent les aieux des Kourètes et des Corybantes. Ces femmes des Zingari ou Égyptiens, que nous nommons Bohémiens, font encore dans le monde ce métier de devineresses
* Saiv«nt le général Daumas, daos son livre si instructif sur TAIgérie, le premier groupe c*est VOhel [CœU le ciel), Tassemblage des tentes, le second , c'est le Doiuir, on le rillage (dhou-Afi, les dieux Ari) ; |a Uoi« sième est la Farka^ d'où parc, ençeipt^
qui est dans leur race un don héréditaire. Ces vieilles au nez crochu, au teint bistré, vêtues de haillons bizarres et lisant la destinée dans les lignes de la main, descendent des Parques éthiopiennes ou chaldéennes, que lespoëtes nommaient Mœres^ Ma-iri^ les mères sacrées. Hésiode leur donne un visage noir et des regards farouches. Selon Pindare> elles sont douces et élèvent des abeilles. Homère les peint implacables et cruelles et, dans ses vers comme dans ceujL d*Hésiode, leur caractère se confond avec celui des Érinnys et des Kères meurtrières.
Pâusanias donne aux Parques des noms différents de ceux que nous savons : il les appelle la Fortune, Yénus-Uranie et Ilithye.Olen deLycie, poëte antérieur, dit-on, à Homère, donne à llithye le surnom de Parque belle fileuse, plus ancienne que Saturne. Elle secourait les femmes dans les douleurs de Fenfantement et cet office appartenait en effet aux Parques, qui assistaient de droit aux couches des reines.
Orphée représente les Mœres habitant, près du lac céleste, dans une sombre caverne, de la voûte de laquelle les eaux blanches tombent goutte à goutte dans un bassin '. LaVoIospâ nous montre aussi les trois Nornes qui savent tout , Margs vitandi, assises au bord du lac, au pied de l'arbre Ygdrasill, que baigne la source Urda. Les noms de ces trois vierges sont Vrd, Verdaudi et Sculd. Elles ont donné les lois écrites sur une table, prédisent les destinées et décident de la carrière des enfants des hommes ^. Les Valœ ou Nœmir prophétisaient aussi les événements qui intéressaient leur nation, et elles furent longtemps consultées par les chefs et les princes du Nord; leurs prédictions, comme celles des Pythies Helléniques servirent plus d'une fois les calculs de la politique.
J Orph. Hymn, 58. — ** Volospâ, «t. 13,
L'intervention des Parques de THadès, dans plusieurs circonstances, leur donne un caractère historique. Elles se jetèrent aux pieds de Pluton pour le détourner de faire la guerre à Jupiter ; elles soutinrent celui-ci de leur influence dans la guerre qu*il entreprit contre les Titans, et lorsqu'il fut sorti vainqueur de la lutte, elles reçurent de grands privilèges en récompense de leurs services. De filles aveugles de la Nuit, dit Hésiode, elles devinrent des puissances intelligentes. Au lieu des noires magiciennes filles d'Hécate, on vit se former des sibylles législatrices et savantes. Tout ce qui se faisait dans le monde était, dit-on, soumis à leur contrôle; elles étudiaient la direction des astres et les mouvements des sphères célestes. Platon les fait jeunes et belles, vêtues de robes blanches, et Ovide les place dans un palais près des tables d'airain où les destinées sont écrites. Hygin leur attribue l'invention de six des lettres de l'alphabet grec.
On ne peut méconnaître ici les débuts de cette prétendue science astrologique émanée du sabéisme, qui, depuis les Parques jusqu'à Ruggiéri, l'astrologue de Charles IX, n'a cessé d'exercer son influence sur les volontés des rois. Les sibylles de Chaldée pratiquèrent cet art à Babylone et dans Harran, et leur exemple inspira la postérité prophétique des sagas Scandinaves, des druidesses gauloises, des pythies d'En* dor, de Delphes, de Rome et de Cumes.
Les Parques primitives passaient leur temps à filer au fond de la caverne redoutée où elles rendaient leurs oracles. De cette circonstance la spirituelle superstition des Grecs tira Tune de ses fictions en supposant que des doigts des vénérables filandières s'échappaient, sous forme de fils, les destinées des hommes. Cette fable a défrayé trois mille ans de poésie et plus, car on dira longtemps encore dans ce latin gaulois qu'on nomme le
français, trancher le fil de la vie, tout comme au temps de Vir
gile.
On peut admettre d'ailleurs que les Mœres aidèrent à pop lariser cette croyance, car les mythologues disent qu'elles 1?. laient de la laine de deux couleurs, noire et blanche, et que ces teintes représentaient le sort heureux ou funeste départ/ aux mortels. Lycophron prétend que ces fils étaient de trois nuances. Les magiciens, dit Eusèbe, lorsqu'ils invoquent Hécate, brûlent de la cire de trois couleurs, l'une blanche, l'autre noire, la troisième rougeâtre '.
Malgré tout le respect dû à l'antiquité, nous croyons qu'elle a fait fausse route dans sa subtile interprétation ; ces trois sortes de fils représentaient en effet l'existence des mortels, mais leur couleur se rapportait aux trois races qui habitaient les tles Méotides et le Caucase.
La légende de Swèta-Dwipa, que Wilford a traduite, offre des rapports tellement positifs entre les îles dont parle le poëme sanscrit et les sept tles Atlantiques qu'il ne semble pas possible de douter qu'il s'agisse du même pays ; or, voici qu'on trouve également le mythe des Parques lié à cette même contrée. Suivant les Pourânas, la déesse Trisacta (Hakta, Hakata) résidait dans Tricuta, l'île aux trois caps de Swetam, le pays blanc. C'est, à n'en pas douter, la triple Hécate, déesse caractéristique des trois tribus de l'île Kimmérienne, en d'autres termes, les trois Parques qui, suivantPlaton, étaient trois et une '. De plus, ajoute la légende sanscrite, chacune des déesses Trimcta a sa région distincte : la blanche se trouve dans Swetam , la rouge dans Hiranyacam, la noire au nord dans Aîasam. Ces trois couleurs correspondent aux trois
» Eus* Prœp, et)., 1. V, c. 14. — » AsiaL res,, t. Xî. Plat, de Fato,
nuances de la laine que filent les Parques, et Ton y trouve la confirmation de cette idée qu'il s*agit ici des trois races rouge, blanche et noire réunies dans les Iles du Méotis, et non pas, comme se l'imaginaient les anciens, de l'heureuse ou fatale destinée des individus.
« Ce sont les Parques, dit Hésiode, qui distribuent le bonheur et le malheur aux hommes, et elles poursuivent les coupables jusqu'au moment oii ils sont punis. » Ici les Parques prennent le rôle justicier des Furies ouEuménides, autre mythe qui semble n'être qu'une variante de celui des Mœres.
Les noms des Furies paraissent avoir été également empruntés aux familles dont se composait la colonie chaldéenne. Ainsi les Euménides, lotirmen'id^ prêtresses de Jupiter et de la Lune, étaient douces et bienveillantes. Les Furies à la tête couronnée de vipères habitaient Naràk, l'Ile des serpents où s'élevait le Tartare, et y tourmentaient les coupables. Les Erinnys étaient les druidesses de la famille d'Eri, sans doute les mêmes que les Kères, spectres dont la mission était de parcourir les champs de bataille pour achever les blessés. On sait que c'était la coutume des femmes germaines et kimris qui suivaient les armées, et la mémoire terrifiée des Hellènes, exagérant les souvenirs du Caucase, n'hésita pas à en faire des êtres surnaturels se nourrissant de carnage.
C'est ainsi que l'imagination fertile des Asiatiques orna le mythe des Enfers d'une foule de légendes qui s'amplifiaient en passant de bouche en bouche. Ils se plurent à remplir les Champs-Elysées de tous les héros dont le souvenir était cher aux nations, et plongèrent dans le Tartare, en leur infligeant les plus bizarres tourments, les monarques impies^ surtout ceux qui avaient osé braver l'autorité du maître. des dieux : Tantale, chef du peuple de Lud, pour avoir enlevé Ganymède,
favori de Jupiter; Ixien, roi des Lapithes (peut-être Pithono du Caucase), pour s'être épris de Juuon ; Sisyphe, qu'Homère représente pourtant comme le plus vertueux et le plus pr»« dent des mortels. Il y eut sans doute parmi les suppliciés dv Tartare plus d'une victime d'actes injustes et arbitraires; mais il faut considérer aussi que, le mythe des Enfers une fois trouvé, la tradition et les poètes en firent un continuel moyen de flatterie ou de condamnation. Le vindicatif Alighieri, en composant un Enfer pour y placer ses ennemis, ne fit qu'imiter les Hellènes peuplant les Champs-Elysées de leurs héros, et le Tartare de ceux qu'ils haïssaient.
Dans les descriptions un peu détaillées des Enfers, figurent constamment une fontaine, un arbre et un pont. La fontaine existe encore ; c'est la source toujours fraîche et pure de la colline de Taman ^ Les mythologues la placent près d'ÉIeusine, au pied d'un figuier, au bout de la plaine de la Vérité, où siègent les trois juges, et de ce rapprochement est peut-
1 Voici la description qae M. D. de Montpéreax donne de ce paits : C'est un petit lac ovale, long d*ane demi-verste et élevé de 30 pieds aadessQs da niveaa de la mer, avec lequel il conimaniqne par un ravin étroit. L*eaa eu est douce et excellente et ne disparaît jamais, même pend int les plus grandes chaleurs. (!ette source alimente les deux cents fontaines de Taman. Voy, aut. du Caucase, t. V, p. 82.
A Fontan on trouve également au milieu du village une source jaillis* santé, qui mérite ratleniion comme phénomène géologique. Sur le plaleau le plus élevé de Tîle est un entonnoir circulaire de cent pas de diamètre et profond de une à i/t toise. Le fond en est plat et sablonneux et il suffit de saigner ce réservoir naturel pour en obtenir des fontaines.
être sortie cette fable singulière et fort, ancienne qui place la Vérité dans un puits.
Les Grecs avaient fait de TÉleusis d'Attique une ville sacrée où furent rassemblées et mises en action les traditions religieuses de Tancienne Ëleusine. On y montrait le puits Callicboros autour duquel les femmes d'Eleusis formèrent leurs premières danses en Thonneur de Gérés. Ge puits était dans le lieu nommé Érineum^ figuier, par lequel Pluton descendit, disait-on, aux Enfers, après avoir enlevé Proserpine'. Quelque suspectes que soient en général les déductions fondées sur une simple ressemblance de mots, il est impossible, maintenant que la formation des races hellénique et iranienne dans les Iles Méotides nous paraît démontrée, de se refuser à rapprocher de cet Érineum d'Eleusis la ville des Champs-Elysées, VÉriénéy ce paradis mystérieux où naquit le peuple Parse, et VÉrin des Gaëls d'Irlande, c'est-à-dire Tlle sacrée des Ëri [intm, tleen langue kimrique).
L'Edda parle souvent de la source Vrda, qui jaillit au pied* de l'arbre sacré Ygdrasill, et près de laquelle sont assises les trois Nornes fatidiques.
Le Cocyte, ce bras d'eau saumâtre où jadis ruisselaient les flots de vase brûlante vomis par le KuU-oba, et qui séparait l'île Kimmérienne de la partie centrale de l'archipel Méotide, coulait devant les portes aux gonds d'airain du Tartare, que gardait Tisiphone. Sur ce bras d'eau était jeté un pont qui existait encore au temps de Strabon ; ce géographe dit que les Kimmériens sont rattachés à la terre par un isthme étroit, mais ils l'ont coupé pour leur défense par un fossé. Là était le pont célèbre dont font mention la plupart des descriptions des Enfers.
i Pausan. AU., 1. XXXIX; Corinth., 1. XXXVH.
L*Edda rapporte que le lieu où les dieux proDoncent le jugemenls est situé près de Tarbre Ygdrasill et de la sou Urda. Les dieux y vont en passant sur le pont Bifrc^^/. suivant TEdda de Snorro, le pont Bifrost était entouré jg flammes, et les eaux qu'il servait à Tranchir étaient brûlantes. La légende Scandinave, moins Imaginative que la fable grecque, laisse entrevoir la réalité dans son récit lourdement naff. Hermod arrive à cheval au fleuve d*Enfer , et la femme, ga^ dienne du pont, lui demande son nom : « Hier, dit-elle, il est passé par ici cinq troupes de morts, mais toi tu n'as pas le visage d*un mort. » Je vais, dit Hermod, chercher à H^ Balder qui a été tué; puis, lançant son* cheval au galop, il entre dans la ville d'Héla et supplie la déesse de la mort de rendre Balder au monde.
Ailleurs un dialogue s*entame entre deux guerriers sur la solidité du pont Bifrost, qui pourrait bien se rompre quand les Muspell habitants du monde de feu, passeront à cheval *dans leurs expéditions guerrières ^
Les Parses prétendent que le troisième jour après que l'àme a quitté le corps, elle se présente à l'entrée du pont TeUnevad situé au centre du monde, et où les hommes doivent passer pour aller rendre compte de leurs actions. Sous ce ' pont' coule une eau noire, et deux anges en gardent les extrémités. L'un d'eux tient une balance où sont pesées les bonnes œuvres. Si le plateau se trouve trop léger, le damné est précipité dans le torrent, si au contraire sa vie a été pure, les divins Izeds enlèvent l'âme au-dessus du pont et la transportent au pied du trône d'or de Vohou-Mano et de là dans la demeure agréable d'Ormuzd ^.
I Ed. Snorr., 1. c. p. 18. Ed. Sœmunda, t. 111. Lex. Myth., p. 363. * Hyde,cteye^. Pers., p. 245. Boundehesch, Anqiiet.^ t. Ill, p. 366. Vendidad, farg. xix et xin.
Suivant le Coran, les morts passent le pont ÀUSirat, qui est construit au-dessus de l'enfer; après l'avoir franchi, ceux qui vont en paradis prennent à droite, et les damnés prennent à gauche '. La droite, chez les Orientaux, est le côté favorable.
Gomme les Scandinaves et les Hébreux, les Arabes comptent quatre rivières dans leur Éden. L'Edda prétend aussi que Thor avait à traverser, quand il se rendait à Héla, quatre rivières dont Teau était chaude. On doit en conclure que ce dieu résidait dans le Caucase, et qu'il devait en effet traverser quatre des bras du Kouban pour arriver à l'ile Himèri, l'Hadès, le Hell proprement dit.
Le pont infernal figure fréquemment dans les fabliaux du moyen âge. La légende dorée n'a garde de l'oublier, et saint Bonifaceen fait mention. Il décrit leCocyte : Igneum piceumque fiumen btUliens super quoi lignum pontis vice positum erat^.
Parmi les traditions de l'Orient, il en est peu de plus importantes que le mythe de l'arbre. Les Égyptiens avaient une grande vénération pour les arbres; ils les entouraient de soins, t^nt pour leur ombrage que pour les fruits qu'ils donnent, et prononçaient des peines sévères contre quiconque les endommageait. Les arbres sacrés figurent fréquemment dans Jes peintures des monuments du Nil ; on y voit Athor offrant à un Pharaon un fruit qui ressemble à une pèche, et oii est tracé un nom. La figue du sycomore était l'offrande de fruits la plus estimée pour l'autel. Cet arbre était consacré à Osiris. Plutarque nous apprend que la feuille du figuier représente Osiris et la patrie originelle ^.
> Coran; Pococke, 282, 289. — ^ Leg. de Saint-Patrice , eh. i. Saint Soniface, lettre xxi. — 3 Wilkins, ch. xm, p. 391, 369. Plut., t;h. xm, 5. 200.
Les Athéniens avaient un figuier sacré sur la route d'Êleu — sis à Athènes, près duquel était un puits. La procession qu se rendait d'une ville à l'autre s'arrêtait sous cet arbre, 1 sixième des sept jours des rites d'Eleusis , or, ce jour étaLr consacré à Bacchus ^
Les Hindous ont le même culte pour le figuier, qu'ils appellent Maha Baudhi, Texçellent arbre Boudb. C'est à Tombre de cet arbre que Gautaina , le Boudha réformateur de la reUgion dans l'Hindostan, se perfectionna dans la science. Sur les limites de l'empire birman , il existe un arbre de Boudha fort ancien. Il est entouré d'une plateforme, et gardé jour et nuit par des Jogui, moines bouddhistes. Cet arbre et tous ceux qu'on trouve dans l'Inde, sont l'imitation du figuier sacré, qui croissait dans Hiranyacam, l'une des iles deSweta Dwipa. Les Pourânas le nomment Nyagrod'ha^ et auprès de cet arbre demeuraient des hommes blancs qui vivaient 1500 ans, sans jamais vieillir ^.
C'est toujours la légende des Hyperborées, ce peuple juste qui vit plus de mille ans. Les Hindous avaient donc gardé le souvenir du figuier sacré des îles Méotides, et les Grecs en avaient, de leur côté, perpétué la tradition dans les rites Éleusiniens. On peut donc admettre, sans crainte de se tromper, que ce figuier était le même que celui sous lequel les trois juges des Enfers rendaient leurs sentences.
Siva avait aussi son arbre sacré dans l'Inde, et à l'ombre de celui de Wischnou, on célébrait les mariages. Les Parses prétendent que dans le Caucase, il y a un arbre dont les racines soutiennent la terre, et qu'Ahriman cherche sans cesse à renverser. Plusieurs divinités helléniques avaient des arbres con-
* RoUe, Bacchus, i. I. — 'i Asiat, Res,, t. XI, p. 16.
sacrés, qui furent sans doute àTorigine les attributs des peuplades. Hinerveet Apollon avaientrolivieret le laurier, Hercule, le peuplier , le simulacre de Jupiter, dit Maxime de Tyr, était un chêne gigantesque. De \k probablement le culte qu*9vaient pour cet arbre nos aïeux les Celtes, adorateurs de Hu le puissant, le Jupiter Chaldéen divinisé par ses sujets. Le chêne de Dodone ', en Épire, près de la source du même nom, et dont le culte remontait :au premier âge de la Grèce, fut un des rares vestiges de la religion asiatique transportée en Europe. Il y avait à Dodone trois prétresses, dont les deux premières, dit Hérodote, furent noires et égyptiennes; c'est encore une imitation du mythe des Parques avec l'arbre et la fontaine <
Les Lapons croient à un arbre sacré portant des fruits d'or, qu'ils invoquent sous le nom de saite eimite mader ^. Ygdrasill, l'arbre saint des Scandinaves, est un frêne immense; au sommet chante le coq rouge du Valhalla^ sur une des branches perche l'aigle qui sait tout, un porc rôde autour de Farbre et recueille les paroles que l'aigle échangi avec le dragon '. Ces animaux sont autant d'attributs des différentes familles scythiques et éthiopiennes.
. « Odin, Haner et Lodur marquèrent la création des premiers hommes, dit l'Edda, en plantant deux arbres au bord de la mer. » En inaugurant ainsi la colonie nouvelle, peutêtre les Boréades rappelaient-ils un arbre pareillement planté par Séosiris lorsqu'il établit sa colonie dans l'Atlantide, et qui dut être un figuier, puisque cet arbre lui était consacré. On y reconnaîtrait alors l'arbre fameux que le roi Atlas orna de fruits d'or, et qui croissait dans. le merveilleux jardin des
1 SUab. Vlll, p. 320. Ëusth. in Odyss., ch. XIV. Hérod., 1. Il, 3ô, — 9 Scheiï. Lap., ch, ii. — 3 g<)da JuDJor, 862.
Hespérides. Suivant la coutume égyptienne, on suspendait aux branches de l'arbre sacré les offrandes et les ex-voto que les tribus s'empressaient d*y apporter. C'est ainsi qu'Orphée vit la Toison d'or aux branches d'un frêne colossal dans le parc de Colchos. Cet usage se prolongea fort tard ; Hérodote raconte qu'au bord du Méandre, Xerxës trouva un plane sf beau qu'il le fit orner de colliers et de bracelets d'or, et plaça pour veiller auprès un des immortels de sa garde ^
Ceci nous explique la fable du dragon ou du serpent chargé de garder l'arbre sacré, et qui n'était autre qu'un prêtre portant l'insigne sacerdotal du dragon ou du serpent. Les livres cosmogoniques, par une élision naturelle, disaient le dragon, le serpent, et aux premiers âges des sociétés, tout le monde comprenait le sens de ces mots. On ne prévoyait pas, en effet, qu'il viendrait un temps où l'on croirait qu'un serpent pût prendre la parole.
Le souvenir de l'arbre de la tribu a inspiré aux prophètes d'Israël des images d'une admirable majesté; Ézéchiel demande auquel des arbres d'Héden, le roi d'Assyrie a-t-il pu ressembler en gloire et en grandeur? Ce souvenir, d'ailleurs, ne remonte pas toujours aussi loin que le figuier de la Genèse, et il est démontré par les paroles de Josué que, de son temps, les Israélites avaient un arbre sacré : « Et Josué prit une grande pierre et Téleva là sous un chêne qui était au sanctuaire de l'Éternel *. »
Les trois signes, l'arbre, la fontaine et le pont, sont réunis dans l'enfer des Juifs comme dans celui des Musulmans. Les Juifs prétendent que le pont est aussi mince qu'un fil, et, selon les rabbins, les idolâtres seuls devront y passer. Les
• Herod., I. VII, p. 31. — « Ëzech , ch. xxxi, v. 18. Daniel, ch. iv, V. i*. Apocal., ch. xxii, v. î. Josaé, ch. xxiv, v. î«.
arabes croient qu'en passant le pont Al-Sirat, qiii est plus aigu que le tranchant d'une épée, les âroes trouveront au milieu deux anges, l'un miséricordieux, qui tient la balance, tandis que l'autre précipite du haut du pont les damnés dans l'enfer.
Mahomet, doué de plus de caractère que d'imagination, se borna à composer son paradis et son Enfer futurs des réminiscences de la tradition chaldéenne. Ainsi, selon lui, le paradis est entouré d'un mur, al araf, qui est très-haut. Parmi les arbres du paradis, le plus beau est le touba^ l'arbre du bonheur. Près de la porte du paradis, sont deux fontaines, et il y a aussi un lac oii les élus sont tenus de boire avant d'être reçus dans le jardin al J annal ou Héden ' .
Le séjour des peines est divisé, dans le Coran, en sept partiesdestinées à recevoir autant de classes de damnés^. Il semble d'abord que, fidèle au système (l'intolérance des dogmes victorieux, et que pratiqua largement l'islamisme à son début, Mahomet ait pria plaisir à ranger dans son enfer tous les peuples dissidents; mais en cela encore, le réformateur suivit les indications de la tradition, car les nations qu'il place en Enfer sont précisément originaires des sept Des Atlantiques.
Le premier lieu s'appelle Gehenna^ c'est là que seront placés^ après le jugement, les musulmans qui ont péché contre la loi; Ghè-an, la famille de la Lune, comprit, en effet, les Kénan^ ou Cananéens, d'où descendent la plupart des tribus arabes. Le second, Ladha, appartient au peuple d'^d, al-Ad^ père des Himyarites; al-Hotama, est la région des Juifs, 0^ Oud, Juda ; alSéir comprend, ditron, les Syriens et alSakfir,
t Pococke iS%. liyde, de rel, Pers., p. U5. — > Coran, c, vu.
les Mages ou Iraniens ; le sixième se nomme al Ghéhùiy probablement Hind, les Hindous; et le septième, al Habiyat^ doit se rapporter aux Libyens, Labya.
On entasserait des volumes sans épuiser la multitude des fictions et des traditions qui sont venues se grouper autour de la donnée primitive de TEnfer, et s'attacher à ses moindres détails. Comme ces eaux pétrifiantes qui moulent les objets sur lesquels elles tombent goutte à goutte, puis les ensevelissent à la longue sous Tépaisse couche qu'elles y déposent, la réalité originelle disparut lorsque les générations, en s'éioignant du centre de TÂsie, eurent perdu toute idée des localités qu'avaient habitées leurs pères. La fiction seule subsista, et l'Enfer entouré de prodiges et flottant dans le vide, peuplé d'êtres imaginaires, prit place parmi les mythes les plus importants. Cependant rien ne put ôter de l'esprit des Grecs et des Romains que les Enfens étaient un lieu de la terre peu éloigné des pays où ils vivaient, et c'est surtout cette préoccupation plutôt que la manie de naturalisme dont on a tant accusé l'antiquité tout entière, qui fit que partout elle croyait retrouver l'Averne ou l'Achéron.
Les codes religieux et les mythologies ne sont pas l'unique dépôt où se soit conservé le souvenir des traits caractéristiques du berceau des races européennes. Il y a une légende populaire fort ancienne, qui n'a pas sans doute la grâce des fictions helléniques ni l'autorité d'un mythe religieux, mais qui n'en est pas moins un renseignement curieux si l'on veut le rapprocher des notions que nous avons rassemblées. Il s'agit de ce paradis vulgaire que nos ancêtres appelaient le pays de Cocagne. Ce pays, qui n'offre plus à nos paysans que l'idée d'un lieu de bombance et de plaisir, est représenté, dans les récits du XIIP siècle, comme une contrée de l'âge d'or avec de
beaux vaHons, des ombrages frais et des eaux limpides. Au XVI* siècle, dans les occasions de réjouissances publiques, on élevait sur les places de Naples, une montape figurant un volcan, â*ou sortait une éruption de saucisses, de viandes cuites et de macaroni, qui s*enfarinaient de fromage râpé en tombant sur les flancs de la montagne. A la fin, tout s'écroulait ; on appelait cela dare una cuccagna ^ On a pensé que le Vésuve avait donné Tidée de ce divertissement; mais. pourquoi lui donner alors ce nom de Kokana? Ne serait-ce pas encore là une réminiscence originelle? Ce qui contribuerait à le faire penser, ce sont les deux traits caractéristiques de la région bienheureuse de Kokana, oii Ton voyait d'abord la fontaine de Jouvence {juvenis dérive de /om), qui rappelle à la fois Yamrity eau d'immortalité des Hindous, et l'ambroisie des Grecs, en même temps que le puits d'Eleusis, la fontaine Urda, et les autres sources saintes de la fable et des cosmogonies.
Le second indice, c'est le mât de Cocagne chargé à la cime d'objets précieux, réminiscence visible de l'arbre sacré dont les branches étaient chargées des présents qu'y suspendait la 'piété des peuples.
En résumé, la donnée fondamentale des Champs-Elysées et en général du Paradis, qu'on la présente soit comme une tradition de Tâge primitif, soit comme une promesse delà vie
< Legrand d*Aassy, recueil de fabU, t. IV, // Fabliau de Coquaigne. (^l'DÎn, Récréai, philologiques.
future, a dû prendre naissance dans les beaux jardins de l'Ile de Taman cultivés successivement par les soins des Égyptiens et des Boréades Chaldéens. Quant à Tidée des Enrers, elle fut naturellement suggérée par l'état d'incandescence continuelle où demeura longtemps la région du Méotis après l'éruption formidable qui dévora l'ile des Atlantes. Le souvenir du peuple eiterminé par cet effrayant prodige, auquel se mêlait l'idée des héros morts qu'on ensevelissait en ce lieu et des Titans captifs au fond du Tartare , ainsi qiie la défense rigoureuse de pénétrer dans l'enceinte des iles sacrées, firent nattre sur cette contrée mystérieuse d'étranges bruits qu'exagérèrent la crédulité et la superstition. De ce chaos de notions fausses et vraies qui remplissait leur imagination, les Asiatiques tirèrent ridée d'une population de morts accomplissant les fonctions de la vie. C'est ainsi, en effets que les Juifs se représentaient le Schéol où sont les Réphaîm ; M. E. Renan définit le Schéol un séjour souterrain qui se discerne mal du tombeau, où les. morts conservent une vague existence analogue à celle des noiânes de l'antiquité et des ombres de l'Odyssée *•
Pour les Celtes , nos aïeux , la baie de Taman c'est annoufen, le gouffre ténébreux, le fond i^Abred. Abred est divisé en Cylch ou cercles ; le premier cercle est privé de vie, et représente le néant, dans le second, les êtres possèdent cette même existence douteuse qu'on attribue aux mânes et aux habitants du Schéol ; le monde heureux s'appelle le Cyléh de Gwy7ifid. Nous n'entreprendrons point d'exposer ici le système de philosophie un peu subtile sur lequel, suivant l'interprétation de quelques archéologues modernes, repose le druidisme. Le caractère de cette doctrine diffère essentielle-
1 E, ReQAD, Job, introduction.
ment du sensualisme païen des Grecs et des Hindous, et son développement particulier dut avoir lieu dans la Gaule bien des siècles après le départ des premières tribus kimriques dont les pères avaient fait partie de Tempire chaldéen.
Ce fut durant la période qui s*écoula entre le déluge et la conquête assyrienne que, sous l'empire de circonstances favorables, dut s'opérer, parmi les peuples établis dans la Babylûnie, le Caucase et le Méotis, ce travail mystique de Tidée d'où sortirent les dogmes religieux. L'ancien symbolisme sidéral et animal, que le culte des ancêtres auquel il se liait, entourait d'une vénération universelle, avait pris un (Caractère politique et administratif par son application sur une vaste échelle aux nations composant rempirecbaldéen. Ce système commença de déchoir, dans le sens religieux, par le fait même de son extrême diffusion et de sa vulgarisation. C'est aussi par là que commença la décadence du polythéisme. A vrai dire, le sabéisme n'était point une religion et ne pouvait suffire à l'ima-
gination des hommes déjà avide d'idéal et passionnée poiir la grandeur. A mesure que se propageait la coutume de diviniser les princes et les héros, de leur dresser des temples et des statues, le culte se détachait par degrés de l'adoration des astres et se transformait en idolâtrie. Ce fut la source du polythéisme chez un grand nombre de tribus chaldéennes et couschites. Au même moment, sous l'impulsion de quelques patriarches de génie, la pensée théocratique s'élevait plus haut et atteignait au concept d'un Dieu unique, créateur de l'univers et maître des hommes. Alors la foi fit un miracle: elle vainquit les distinctions de races et brisa le cadre des tribus. U se forma, du groupement des familles de toute race une confédération religieuse, celle des ÉH, qu'on a nommée Heber, Gbeber ou Iber, et d'où sortirent les Hébreux, les
Perses et les Hindous, qui furent tous monothéistes à l'origine^ .
De ces trois peuples, les Hébreux, grâce à une série de pr(^^ phètes inspirés, gardèrent seuls le dépôt sacré du dogme p9r lequel il leur fut donné d'instruire et de régénérer le monde. Les poèmes védiques les plus anciens portent, suivant les affirmations répétées de Wilson et de Colebrooke, l'empreinte manifeste de la foi en un Dieu unique, créateur du monde et souverain de toutes les créatures. Dans ces poèmes, Brahma, Vischnou, Siva, n'apparaissent que comme de simples héros dépouillés de leur caractère supérieur et divin, mais l'empire de la tradition ramena par degrés, parmi les Aryas, l'irrésistible culte des pères de la race, et le polythéisme, poussant ses rameaux touffus, étouffa bientôt la tige monothéiste. Le mazdéisme, émanation du sabéisme chaldéen, que Zoroastre parvint à faire revivre en le conciliant avec le dogme de TÉtre suprême, nous offre le spectacle d'une croyance intermédiaire se rapprochant plus qu'aucune autre du monothéisme, mais conservant, dans ses rites et dans ses prescriptions, le culte des ancêtres et le respect de ce qu'ils avaient adoré.
Cependant les premiers mythes qui éveillèrent chez les tribus caucasiennes l'émotion religieuse, avaient déposé dans leur âme une couche ineffaçable de croyances d'autant plus tenaces qu'elles se rattachaient aux origines. Aussi tous, sans exception, monothéistes, ignicoles, sabéens et polythéistes, introduisirent dans leurs différents dogmes ces éléments primitifs, identiques entre eux, bieu qu'agrégés à des principes opposés. De là la constante similitude de ces mythes du Déluge et des Enfers que l'on retrouve également dans la Grèce, dans l'Inde, chez les Celtes, les Scandinaves, les Hébreux, les Arabes, les Perses, et chez les dérivés de ces peuples.
Ces croyances ont servi de base non-seulement aux grandes
rdigions qui ont illustré le inonde, mais encore à la plupart des philosophies, car elles constituent le point de départ de la doctrine universelle de la punition et de la récompense. Il est donc constant que, dès le XXV* siècle avant notre ère, les hommes, réunis en société dans TAsie centrale, eurent l'intuition du plan divin qui régit l'humanité par Tautorité de la loi morale, bien qu'en même temps, ils en eussent altéré la pureté, en attribuant à Fintervention céleste les effets matériels et terrestres dont leur imagination superstitieuse avait été frappée.
Quelle que soit Tinterprétation théologique ou philoso- * pbique que Ton applique à ces grands traits de Thistoire primitive, ce n*est pas moins un saisissant phénomène des influences de TEthnogénie que la transmission ininterrompue de ces anciens mythes du Déluge et des Enfers, pénétrant en quelque sorte Tentité même des races, s'emparant de tous les dogmes, si distincts qu'ils soient, modifiant leur principe plus qu'ils n'en sont modifiés, et subissant des transformations si peu profondes qu'on les reconnaît au premier examen, chez le Celte comme chez le Musulman, chez le Grec polythéiste comme chez le chrétien et le Guèbre. Certes, l'étude anthropologique des peuples de race caucasienne, a fait faire un grand pas à la science, en établissant leur conformité physique et intellectuelle. La philologie a entraîné la conviction en démontrant la parenté des idiomes; l'étude du symbolisme des tribus, et l'application de leurs noms aux lieux qu'elles ont habités, offrent des jalons précieux pour saisir le point de départ, la filiation et la marche des migrations ; mais rien, à notre avis, ne parle plus éloquemmeni à l'appui de la thèse de l'unité d'origine de ces peuples, que la multitude de traditions et de mythes répandus dans le monde jusqu'aux con-
trées les plus lontaines,et découlant de quelques faits primiti'^^ accomplis dans le petit pays de quinze à vingt lieues de lo"^^ où se consomma entre les trois races primitiveis, le preni^^ ^ mariage qui donna naissance à la race caucasienne.
Cette transmission presque uniy^selle ne se borne pas^ ^^ reste, aux mythes du Déluge et des Enfers. Il est d'ait/y^ traditions moins, importantes qui se sont perpétuées avec h même fidélité, et qui, par cela même, attestent qu'elles 00^
dû se former à une époque antérieure à la séparation des peuples.
Ce dut être avec une curiosité pleine d'effroi et de vénération, qu'après le déluge, les premiers pèlerins portèrent leurs pas sur le sol sacré des sept fies, et sondèrent le gouffre vaseux où gisait TAtlantide, pour y chercher les épaves du naufrage. Cinq peuples différents ont conservé, dans leurs légendes, le souvenir de cette recherche.
Toutes les mythologies se tiennent, et par conséquent telle fable, dont le sens est resté obscur dans la Grèce, trouve son explication dans les poèmes sanscrits, dans les runes des Scaldes, ou dans les chroniques perses ou arabes. En voici la preuve dans une tradition mille fois reproduite par les arts et la poésie, et embellie de tous les ornements qu*a pu y ajouter l'imagination féconde de l'antiquité. Il n'est personne que n'ait charmé ce gracieux mythe de la blonde Aphrodite naissant de l'écume des flots, et personne cependant ne semble s'être préoccupé du sens que doit receler cette fable. Si c'est une allégorie, on ne voit pas quel rapport existe entre la déesse de
la beauté et la mer? S'agit- il de la fécondité, mais c'est de la terre que les anciens faisaient naitre toute vie? Les astronomes ont cru y voir une image anthropomorphique de Tétoile Vénus se couchant dans les flots, comme s'il n'en était pas de même de tous les astres. Enfin, les linguistes ont supposé que la légende provenait de ce mot unique, aphros, écume. Il est évident qu'aucune de ces solutions n'est suffisante et qu'il est permis d'en chercher une meilleure. Or, nous pensons qu'il s'agit ici d'un incident jadis consacré par le culte» et qui frappa vivement l'esprit des tribus Hellènes lorsqu'elles habitaient l'Asie.
On lit dans le Hahabàrat que les dieux, voulant tirer de la mer de lait quatorze choses dont ils avaient besoin, entre autres une Lune qui pût contenter les créatures vivantes, prirent la queue d'un serpent à cent têtes, et s'en servirent pour baratter la mer:« Après un an de travail, les dieux retirèrent la vsfche SourabhU puis l'éléphant Aïravata^ ensuite un cheval à sept têtes. Trois mois après parurent les Apsaras. Plus tard vint une conque marine, et. Tannée suivante, le fameux arbre Panja^a. Enfin, sortit de la mer Làkshmi, avec son visage charmant, elle était vêtue de Técume de la mer Blanche, . et dans ses mains elle tenait un chapelet de lotus rouges. En la voyant, les dieux et les géants furent saisis de ravissement ^ »
Le poëme énumère ici les principaux attributs des familles
. anciennes qui habitèrent les îles Atlantiques. C'étaient leurs
titres de généalogie que les Chaldéens retrouvaient ainsi. La
vache appartenait aux Égyptiens, Téléphant aux Ethiopiens,
lecheval représentait sept familles scythiques, l'arbre rappelait
1 Asiat. Res., t. X[, p. iZï, 139.
l'arbre sacré des tribus, et Laisshmi dut être une idole de la Lune, où un artiste antédiluvien, peut-être Hermès, qui, selon Sanchoniathon, fit le portrait d'Ouranos et des autres dieux, avait reproduit avec succès la beauté célèbre de quelque reine des Ëri , Veneris , ab-an-Eri ' .
Cette explication trouve sa confirmation dans une ancienne tradition des Arabes : « Smoa, disent-ils, Tidole de la tribu d'Hamadan, représentait une. femme. Cette idole resta longtemps plongée sous les eaux du déluge, mais Éblis l'ayant enfin découverte, elle en fut retirée, et les tribus vinrent en pèlerinage pour l'adorer '. »
Ici la fable, dépouillée de toute poésie, passe à l'état de chronique. Les Celtes en conservèrent aussi le souvenir, car c'est sûrement le même incident que racontent ainsi les Triades : « Les bœufs blancs de Hu Gadam furent employés, après que les eaux se furent retirées, à tirer YAvank du fond du lac de Llion qu'un terrible déluge avait fait déborder ^ »
Ce lac de Llion est le même dont le débordement, selon les Triades, noya l'espèce humaine, excepté DwyvanetDwybach, qui furent seuls sauvés et qui vinrent repeupler l'île de Bretagne. Il s'agit donc bien de la grande catastrophe oii l'Atlantide fut submergée, et qui plongea sous les eaux les lies Méotides. Mais qu'est-ce que l'Àvank que M. de la Villemarqué traduit par crocodile noir, et Davies par le castor? Nous y voyons simplement une idole de la Lune, ab-an, l'astre le plus révéré après le Soleil, et qui fut le symbole d'une multi-
' ÂÎDsi s'expliquerait le changeaieat de sexe de la là ne, qui, primitivement fut un dieu à cause de Taltribut viril qui distinguait la tribu. — ^ Le Coran , introd. par Duryer; al Firauzabad, Shahristani, etc. — 3 Davies, Arch. of Wales, v. n, p, 69, 71.
tude de peuplades issues de la primitive famille égyptieifne.
Artémis Orthia avait à Sparte un temple où l'on voyait une statue en bois de la déesse, qui y avait été apportée, disait-on, de la Tauride. Chaque année, aux fêtes d'Hécate, on jetait à la mer cette statue pour la retirer ensuite, ce qu'on peut rega^ der comme une représentation commémorative du fait que nous venons de mentionner. Or il semble qu'ici les derniers doutes doivent disparaître, car Artémis fut la Lune-Vénus des Syriens. Nous n'affirmerons pas que la statue dorienne ait été la même qu'avait jadis adorée la tribu d'Hamadan: cependant, son- origine taurienne et son surnom i'Orthia, qui parait une contraction de Orithya ou Érythia, nous ramènent tout à fait aux lieux où la, statue antédiluvienne avait été retirée des eaux du golfe de Taman.
C'est du perfectionnement de l'art qu'est née l'idolâtrie. Chez une race amoureuse du beau, l'idéal plastique devait tôt ou. tard l'emporter sur le principe purement spiritualiste, et ce fut sans doute pour détourner les effets de cet entraînement des sens que les législateurs des Hébreux repoussèrent de leur culte toute image taillée. Dans la Babylonie, au contraire, comme dans la Grèce, autant de statues, autant de divinités. On comprend donc que l'attrayante image retrouvée sous les eaux ait d'abord élé vénérée comme une relique des ancêtres, et que, perdant graduellement son caractère primitif, elle soit devenue, aux yeux épris des dévots pèlerins qui la visitaient comme on visite aujourd'hui la Câaba, le type suprême de la beauté. On lui dressa des autels à ce titre, et elle passa à l'état de divinité. D'idole elle devint déesse. Plus tard les poètes, dans les hymnes qu'ils composèrent en son honneur, firent revivre sa légende et l'arrangeant à leur fantaisie, en composèrent cette fable brillante d'A-
nadyomène éclose de récume des vapes et apportée av rivage dans une conque par un cortège de tritons et de né-
réides.
On pourrait même presque dire par quel moyen cette statue fut tirée des eaux et la Théogonie Scandinave va nous l'apprendre : Frigga ou Fréya qui y remplit le rôle de Vénus est aussi appelée Disana, Cette déesse est représentée souvent enveloppée de la tête aux pieds d'un filet de pécheur. Dans les runes des Lapons, Disa ou Frèja a le corps serré dans un filet. Une frise de la cathédrale d'Upsal la montre ainsi couverte, montée sur un bélier, tenant un épervier d'une main et de l'autre, comme Lakshmi, trois fleurs de lotus; autant d'emblèmes égyptiens ' .
La plupart des mythes qui prirent naissance dans le Méotis avant et après le déluge, passèrent en Egypte avec les tribus chaldéennes etcouschites qui allèrent s'y établir, et c'est ainsi qu'y fut porté le mythe dès Enfers. Celui de Disana y pénétra avec les autres. Le père Kircher a donné la reproduction d'une figure égyptienne d'Isis enveloppée dans les mailles d'un filet depuis le cou jusqu'aux pieds. D'autre part, Disana est représentée en Suède tenant dans les bras un enfant-soleil qu'enferme aussi le tissu réticulé;, ce groupe rappelle complètement celui d'Isis et d'Horus. Il n'y a plus à s'étonner de ces rapports si l'on songe que le mythe qui a donné lieu à cette image, se forma dans le pays d'Our parmi les Égyptiens d*Àsie, et que de là il fut porté au nord et au midi ^.
Aucune explication plausible n'a été donnée de ce costume assez singulier pour une déesse et il n'y a point d'invraisemblance à supposer qu'il se rattache à cette statue d'Ana, la
1 0. Rudbeck, Atlant.j t. III, c. v, p. 205. — ^ jEdip. jEgypt. Synt. 17, c. 4. Olaûs Magnas, 1. IV, c. vi, p. iS7. Sch»(rer, Lapon,
Lune, retirée des eaux du golfe de Taman à Taide d'un filet de pécheur, dont elle resta voilée, sans doute en commémoralion de cet événement. Les poètes grecs supprimèrent naturellement cet incident qui eût déparé le charme de leur fable, mais ils le reportèrent ailleurs pour en composer le conte du filet dans lequel Mars et Vénus sont pris par la scandaleuse vengeance de Vulcain. *
Outre ces fables sanctifiées par le paganisme, on retrouve, encore de nos jours des légendes populaires identiques conservées chez des peuples, qui, tels que les Écossais et les Arabes, sont séparés parles mœurs, le langage et la religion autant que par la distance. Mais les uns sont Ariens et les autres Sémites, objecteront les philologues? Il est vrai, et pourtant on ne saurait douter qu'ils aient habité ensemble pendant des siècles dans la même contrée, vivant d'une vie pareille et soumise un même régime social. S'il en était autrement les mêmes traditions se retrouveraient- elles dans les Highlandset dansUYénlen? En voici une que nous citerons d'abord à cause de sa singularité, ensuite parce que le souvenir littéraire qu'elle réveille est dans la mémoire de tout le monde.
Parmi les sept ou huit familles primitives qui ont donné naissance à la«race arabe, il en est deux, éteintes depuis nombre de siècles, et dont l'antiquité est telle que lorsque les Arabes parlent d'une date perdue dans les temps passés, ils disent ancien comme Tasm et Djadis.
Les Djadis massacrèrent toute la tribu de Tasm à Texceplion de Ribah, fils de Mourrah, qui se réfugia auprès du Tobbâ Hassan. Celui-ci, pour venger la mort de son père assassiné en revenant de conquérir l'Inde, résolut de détruire les Djadis. Il rassembla son armée et arriva à trois marches de Djaw, lieu où étaient les châleaux-forls des Djadis. Alors Ribah dit à
Hassan : J*ai une sœur nommée Zerca mariée à un homme des Djadis^ et dent la vue est si perçante qu'elle distingue les objets à plusieurs journées de chemin. Je crains qu'elle ne découvre votre armée et ne mette Tennemi sur ses gardes. Commandez donc à vos soldats de prendre de grandes branches d'arbres, de les tenir devant eux et d'avancer en se cachant derrière le feuillage. nVHassan suivit en effet ce conseil, mais Zerca n'en reconnut pas moins les soldats du Tobba : c< Je vois, dit-elle, des arbres qui marchent, derrière sont les Himyarites. » On ne la crut point dans le château des Djadis, et quand on s'occupa de la défense il n'était plus temps. Hassan extermina tous les Djadis et rasa leurs châteaux ' . »
C'est absolument de la même manière que, dans la tragédie de Shakespeare, Macbeth est surpris dans son château par les troupes de Macduff. Mais au lieu de Zerca, ce sont les sorcières qui annoncent au roi usurpateur qu'il tombera quand la forêt *de Birnam marchera vers Dunsinane.
Il ne semble pas possible qu'un pareil stratagème ait pu être inventé et surtout ait pu réussir deux fois dans des conditions toutes pareilles. Personne bien certainement n'a porté cette histoire d'Arabie en Ecosse ou d'Ecosse en Arabie ; les deux peuples étaient donc réunis quand eut lieu l'événement, et dès lors la scène n'en peut-être placée que dans le Caucase. Les Ghadis étaient les ancêtres des Gadhel ou Gaëls, et cet Hassan (roi des As) fut un de ces empereurs Tobbâs qui, suivant les Arabes, régnèrent avant Babel et que rappelle le Tobal'Caïn de Ja Genèse {top, sommet, de at-op haut-chef). Le père d'Hassan ayant fait une expédition chez les Sindes du Méotis, périt en traversant les -montagnes qu'habitaient les
> Caussinde Perceval, les Arabes av,V Islamisme , Jiv. 11, t. I, p. 100.
Djadis. On peut donc conclure de ces rapprochements, que sous les noms de Ghète, de Gher, de Gog et de Kimeri, les ancêtres des Européens vécurent longtemps conjointement avec les ancêtres des Syriens, des Hébreux, des Hindous et des Arabes, autour de la Caspienne et del'Euxin et sur les hauts plateaux du Caucase. A l'époque de la séparation des peuples, les premiers découlèrent vers le Nord tandis que les seconds descendaient vers le Midi/
Les pères de ces nations diflFéraient très-peu entre eux, il y a quarante siècles, quand ils habitaient les grottes des versants opposés de ces montagnes, c'étaient tous des Éthiopiens qui, selon le mélange, perdirent par degrés leur teint rouge-brun et leurs cheveux laineux. Les princes de la Kabardah, les plus anciens des chefs circassiens Adighé, prétendent qu'ils descendent de trois princes de l'Arabistan K Ces Adites éthiopiens, ancêtres des Arabes, si souvent cités par le Coran et qui périrent foudroyés, comme les Atlantes et les Titans, dans un tourbillon de feu, habitaient alors certainement le Caucase et une partie des Iles Méotides qui prirent d'eux les noms de Gadès et de Hadès. Ad, le patriarche de cette nation, résidait jadis, suivant les écrivains de l'Islamisme, dans les montagnes de sable du sud de l'Arabie nommées Ah-Câf errawl'^. Mais c'est encore là une des mille et une méprises des historiens qui, ne pouvant s'imaginer que les Arabes fussent nés hors de l'Arabie, ont pris cet Ahcaf stérile ou certes le roi d'Ad n'au-
* Klaprolh, Voy, au Caucase, — ^ Ibn Khaldoan, t. 1, ch. viii. Caussin de Perceval, 1. 1. Les Arabes, qai suppléent aa p par l'f, disaient Hàf poar le mot égyptien Hap, qui a passé dans toutes les langues avec le sens de père. La montagne de Caf est donc la montagne des ancêtres. Plusieurs villes d'Asie s'appellent Caffa, et ce nom, comme At-aba, Thèbçs, signifia la ville des Pères,
rait pu nourrir les mille tribus, composées chacune de plusieurs milliers d*bommes, auxquelles il commandait, pour la fameuse montagne de Câf, nom sous lequel les anciens peuples d'Orient désignaient le Caucase.
Les Scott Kimri, que les Grecs appelaient Scoutes ou Scythes Kimmériens, conservèrent assez tard le type de leur origine éthiopienne. Un passage curieux de Tacite prouve que, de son temps, les Celtes Bretons n'étaient pas ce qu'ils sont aujourd'hui. Cet historien incline à croire que le midi de la Bretagne avait reçu jadis des colonies espagnoles ; il fonde cette opinion sur ce que les habitants ont le teint basané et les cheveux crépus, et diffèrent par là des Celtes du nord de la Bretagne.
De l'immixtion continue avec les populations blondes du nord se sont formés les Bretons et les Gaëls aux yeux bleus, aux cheveux noirs, au teint doré qu'on appela Scott en Irlande et en Ecosse. On les croyait Espagnols au temps de Tacite, parce qu'ils venaient, disait-on, de Gadès^ et qu'on ignorait que le vrai Gadès était situé aux îles Héotides. Les Triades de l'ile de Bretagne ne contiennent qu'un seul indice direct de l'origine étrangère des Gaëls, c'est ce passage souvent cité oii il est dit que Hu Gadarn conduisit en Bretagne le peuple Kimri, du pays de VÉtéy nommé aussi Deffrobani. Oii était situé le pays de l'Été? Nul ne le sait. Cependant si l'on se reporte au texte même de la légende gaélique, le doute se dissipe, car ce pays de l'Été c'est le pays de Hâf^ qui n'est autre que cette même montagne de Câf qu'habita le père de la * tribu d'Ad, en un mot le Caucase'.
> Tacit. in AgricoL, eap. ii. — "^ Hu Gadarn a ddaeth a chenedl y Cymry gyntafi ynys Prydain aco mad yr Hâfa elichirr Deffrobani , etc.