OBJETS CÉRÉMONIELS
Sous ce titre volontairement très vague, nous classons une série de pièces, dont la signification exacte nous échappe, dont la forme semble exclure toute idée d’un
emploi utilitaire et qui, en raison du soin tout particulier apporté à leur ornementation, ne paraissent avoir pu servir que comme insignes.
Dans ce groupe, nous rangeons tout d’abord cinc| objets de noire collection provenant tous du pays canari : deux ont été trouvés à Inga-pirca, un à Azogues, un à Canar et le dernier dans la région de Cuenca {pl. XXII, flg. 18-20). Ils sont constitués par une plaque de cuivre en forme de triangle isocèle très allongé, dont le sommet se recourbe en arrière et est rivé au centre d’une petite tige rectangulaire, de façon
ETHNOGRAPHIE ANCIENNE DE l’ÉQUATEUR.
à former un assemblage en T [fig. 74). La face antérieure de la plaque est ornée de gravures géométriques variées (grecques, lignes en zigzag, carrés, torsades en S, etc...), distribuées soit en lignes horizontales, soit en lignes diagonales {-fig. 75). La base du triangle est surmontée de trois figurines, une centrale, qui, sur nos cinq pièces, est une tête humaine, et deux latérales plus petites qui, sur deux de nos spécimens, reproduit à peu près le personnage du milieu, mais qui, sur les trois autres, représente un animal.
Le personnage central est toujours figuré avec un nez prononcé; les yeux consistent en une saillie hémisphérique coupée en son milieu par une entaille transversale ;
de la région de Cuenca [cl), d'Inga-pirca (e).
la bouche est nettement indiquée par un trait. Sur trois échantillons, la lèvre inférieure est ornée de quatre labrets, et les oreilles portent de grands pendants en forme de disques. Cette double parure fait défaut sur les deux autres. La tête est surmontée d’une coiffure curieuse, constituée par un ornement en fer à cheval, dont la concavité est tournée vers le haut, et du centre duquel se détache un appendice terminé par une partie arrondie. Cet ornement est double pour chaque personnage, c’est-à-dire qu’il y en a un qui part du front et l’autre de la nuque. Sur trois de nos pièces, la partie postérieure est absolument identique à la partie antérieure ; sur les deux autres, elle est dépourvue de l’appendice central, sans qu’il y ait trace d’une brisure pouvant expliquer son absence. Sur nn de nos spécimens les deux ornements en fer à cheval sont parallèles sur toute leur étendue; nous pensons que telle devait être leur position primitive, bien que sur les quatre autres, ils convergent l’un vers l’autre et que leurs extrémités se touchent.
Les figurines latérales, lorsqu’elles représentent un être humain, sont, comme nous l’avons déjà indiqué, la reproduction à peu près exacte du personnage central. Sur notre pièce d’Azôgues, elles sont munies comme lui de labrets, mais les oreilles
On.lETS EXTUAITS DES TOMliES PUÉCÜLOMDIENNES DE I. EQUVTEUI!.
ne sont jamais indiquées. La différence essentielle est dans la coiffure. Ici, elle est constituée par un bonnet conique qui, quoique dépourvu de visière, rappelle la tiare d’or du trésor de Cuenca {pl. XXIII, fig.i); elle est absolument identique à celui du personnage du vase de Chordeleg, que nous avons reproduit d’après Gonzalez Suarez [fig. 78).
Sur trois de nos pièces, les figurines latérales sont zoomorphes et représentent vraisemblablement un singe. L’animal a une face arrondie et aplatie, où les yeux, le n,ez, la bouche et les oreilles sont bien indiqués; sa longue queue s’enroule sur le dos. Il est figuré, tantôt marchant à quatre pattes, tantôt accroupi, les coudes appuyés sur les genoux et les mains au menton.
Malgré toutes nos recherches, nous n’avons pu trouver aucune indication relative à l’usage que pouvaient avoir ces curieux objets.
Leur aspect évoque l’idée d’un symbolisme religieux, et la forme en T de leur extrémité inférieure conduit à supposer qu’ils pouvaient être fixés sur un bâton à la façon de nos crochets de propulseurs. Aussi pensons-nous qu’ils devaient faire partie de quelque objet rituel, sans, d’ailleurs, pouvoir apporter à l’appui de cette hypothèse un argument précis. Nous n’avons trouvé dans la littérature aucune description d’objets analogues ou, au moins, comparables. Cependant, certains détails du décor de nos pièces, la trinité humaine et animale dont quelques-unes sont ornées rappellent les dessins de plaques pectorales et frontales du pays diaguite, décrites par Lafone Quevedo (215) et Ambrosetti (13, p. 275-276, /ig. 78-79).
Le second type d’objet cérémoniel de notre collection est représenté par une pièce unique, provenant, comme les précédentes, de la région canari (Inga-pirca) {fig. ']6,pl. XXII, fig. 16) ; c’est une tige de cuivre divisée en deux parties à peu près égales par deux disques placés à iciD l’un de l’autre et faisant corps avec elle. La partie supérieure représente un personnage accroupi, dont l’avant-bras droit est appliqué sur le devant de la poitrine, entre les deux seins, indiqués par deux saillies cylindriques, et dont la main gauche entoure une saillie semblable qui, à première vue, sendjle être le pénis. Nous pensons cependant qu’elle correspond plutôt au nombril, car un peu l’ig. 76. — Fignplus bas, au niveau où se trouvent les pieds, on note deux boutons analogues, encadrant une petite crête verticale, dont l’ensemble figure nyi.). assez bien les organes génitaux mâles.
La face a les mêmes caractères que celles des personnages des figurines décrites plus haut; la lèvre inférieure porte quatre grands labrets; les oreilles sont figurées par une partie en relief, ayant la forme d’un hameçon terminé, du côté opposé à la
4rc de méridien équatorial, L. VI, (i).
ETIINOGUAIMIIE ANCIENNE DE l’ÉQUATEUH.
pointe, par un ornement qui paraît composé de deux disques se recouvrant l’un l’autre et d’inégale grandeur, le disque externe étant plus petit que le disque interne. La tête est coilîée d’un bonnet conique analogue, par sa forme générale, à ceux que nous avons déjà signalés. 11 en diffère par deux rebords circulaires superposés qui entourent la base et sont distants l’un de l’autre de environ; entre eux, se trouve un décor en relief fait de trois torsades en S. Le même motif ornemental est répété entre les deux disques qui, ainsi que nous l’avons dit, divisent l’objet à peu près par la moiûé.
La partie inférieure de la pièce, beaucoup plus simple, porte quatre appendices rangés suivant la même génératrice, que nous ne pouvons mieux comparer pour la forme qu’à des pipes, dont le fourneau serait tourné vers le bas.
Notons, enfin, que l’extrémité inférieure de la tige est perforée suivant son axe sur une longueur de 'ymm.
Nous n’avons trouvé, dans les anciens auteurs, aucune indication pouvant nous permettre de deviner l’usag ' de cette pièce curieuse, et nous n’avons pas rencontré non plus, dans la littérature archéologique, d’objet pouvant lui être comparé. Peutêtre nous trouvons-nous en présence de l’extrémité d’un bâton de commandement ou de ([uelque insigne religieux. L’hypothèse est plausible, encore que nous ne puissions l’appuyer sur aucune donnée positive.