FIGURINES HUMAINES
Les figurines humaines en cuivre sont rares en Equateur. Gonzalez Suarez en a publié cinq {Uo, Atias, pt. xxii, fig. o, pi. xxiii, fig. i, dont une seule provient de la région côtière et les autres de la province du Pichincha. Ce sont de petites statuettes, en général d’un travail assez grossier, qui devaient servir de fétiches. La série est assez homogène. L’exemplaire du littoral et un des exemplaires caras, à peu près identiques, représentent tous deux un personnage dont la tête est ornée d’une sorte de diadème. Bamps a figuré également une idole (?) en cuivre, provenant d’Azôgues, qui, d’après lui, représente le soleil « reconnaissable aux denticules qui ornent la tête » (27, p. 1 3 1, /»/. X-vri , //«./;). Enfin, au cours de ses fouilles à l’île de La Plata, Dorsey a trouvé une petite figurine en cuivre (103, /-/. al/, /(-. rf), qui, par tous ses caractères, se rapproche des figurines d’or creuses découvertes au même endroit et dont nous nous occuperons plus loin.
Nous n’avons personnellement recueilli en Equateur aucun objet comparable, mais nous reproduisons une petite statuette de la collection du Musée d’Ethnographie du Trocadéro, provenant des environs de Chongôn (pays des Lluancavilcas) {pl. XXI II, fig. 6). Cette pièce, assez détériorée, représente un Indien debout, les jambes écartées; la tête et les bras sont brisés et le seul détail à noter est un large collier qui couvre les épaules et la parLie supérieure de la poitrine.
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Les Indiens fabriquaient également, en or et en argent, des figurines humaines, les unes pleines, évidemment coulées dans un moule, les autres creuses.
Les premières sont de petites dimensions et devaient être portées en pendeloques, car la plupart sont munies d’un anneau de suspension. L’une d’elles, provenant de Chordeleg {pL XXV, fig. 9), est exécutée avec un certain art: le personnage représenté est nu, les différents détails du corps, les traits du visage et la chevelure sont rendus avec réalisme. La tête toutefois est trop volumineuse. La même disproportion se retrouve sur deux autres figurines, très semblables l’une à l’autre, du Sigsig et d’El Angel {pl. XXV, fig. 10, i4). Sur ces pièces, notamment sur la seconde, on note une tendance manifeste à la stylisation. Tandis que sur l’exemplaire canari les pieds sont figurés, de même que les bras qui sont ramenés sur le devant de la poitrine, sur l’exemplaire pasto, les pieds ont complètement disparu, et l’attitude des membres supérieurs est simplement indiquée par la forme ovale de la poitrine et par le relief qu’elle forme en avant de la partie inférieure du corps. Les personnages sont vêtus d’une sorte de jupe qui descend en s’évasant de la ceinture jusqu’à mi-jambe. A tous points de vue, ces objets équatoriens se rapprochent d’une figurine en argent de la collection Frandin provenant de Bogota, que nous reproduisons à titre de comparaison [pl. XXV, fig. i3).
Gonzalez Suarez a publié une petite statuette d’un type tout à fait différent, provenant de Llualâna, près Cuenca. Elle est en partie en or, en partie en argent, et représente une indienne, la chevelure éparse sur les épaules, les mains ramenées sur la poitrine; l’extrémité inférieure du corps s’effile, sans que les jambes soient indicjuées, et se termine en T [UO,A/ias,pt.xxiii,fig.Q). La facture de cet objet est nettement péruvienne; la disposition des cheveux en particulier est la même que sur des figurines en or et en argent de Cuzco et de Pachacamac, représentées par Dorsey (m,pi.XLi,fig.h] et par Baessler (23, f,g. 542, 544), ainsi que sur les trois statuettes découvertes par le premier de ces auteurs dans l’île de La Plata, dont nous parlons un peu plus loin.
Le second type de figurines humaines diffère essentiellement de celles que nous venons de décrire par le fait qu’elles sont creuses. Le seul exemplaire du haut plateau cjue nous en connaissions appartient à M. le capitaine Perrier, qui a bien voulu nous autoriser à le reproduire [pl. XXIV, fig. 2); il provient d’El Angel (pays pasto) et a déjà été figuré par Gonzalez Suarez (142, pi. xxiv). Il est fait d’une série de minces lamelles d’or réunies les unes aux autres à l’aide de fils très fins en même métal. La face et la partie antérieure du cou sont d’une seule pièce ; le crâne et la partie postérieure du cou devaient être constitués primitivement par une seconde lamelle, fixée à la première par des fils passés dans des orifices que celle-ci présente au sommet du front, au niveau des tempes, des pommettes et des angles mandibulaires ; cette pièce a disparu. Le corps comprend deux parties, l’une antérieure, l’autre postérieure, cousues l’une à l’autre au niveau des épaules et le
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long de la ligne axillaire. L’attache des bras est marquée par une large ouverture circulaire. Les membres sont faits de lamelles roulées en cylindres, la couture se trouvant du côté interne. Pour les bras, on s’est servi d’une pièce unique, tandis (|ne les membres inférieurs en comportent deux, l’ime correspondant à la cuisse, l’autre à la jambe. Enfin, les mains et les pieds sont faits d’une seule lamelle; pour les premières, cette lamelle a été roulée en cylindre puis aplatie dans le sens antéropostérieur; pour les seconds, elle est quadrangulaire et les bords en sont rabattus, de sorte que l’ensemble a la forme d’un couvercle de boîte. Quelques rares détails du corps sont indiqués; les doigts et les orteils sont figurés par cinq lignes parallèles au repoussé, l’ombilic par une petite cupule, les mamelons par deux saillies. L’effort de l’artiste s’est porté surtout sur le visage, dont les traits sont assez bien rendus : le nez est volumineux, saillant, percé à sa base de deux orifices figurant les narines; la bouche est bien dessinée; un modelé accusé marque les arcs sourciliers; les yeux sont représentés par deux petites lames métalliques taillées en amande et portant en leur centre une petite dépression circulaire. Ces lames sont maintenues par un double fil d’or tressé en cordelette, qui en suit le contour et est fixé à la lame d’or sous-jacente, au niveau des angles interne et externe, par un fil d’or. Nous avions cru tout d’abord qu’elles étaient en argent, mais M. Saville, à qui nous avons eu occasion de montrer ce curieux objet lors de son passage à Paris, nous ayant signalé qu’il avait trouvé dans la province d’Esmeraldas des pièces identiques en platine, nous avons prié M. Arsandaux de bien vouloir les examiner. De cet examen, il résulte que la lamelle de l’œil droit est en effet en platine, tandis que celle de l’œil gauche est en argent légèrement cuprifère. Il nous paraît peu probable que les Indiens aient donné quelque signification à cet emploi de deux métaux dilïérents ; nous pensons qu’une explication beaucoup plus simple peut en être fournie. Le fait qu’un des yeux est en platine prouve que la figurine trouvée en pays pasto provient soit de la province d’Esmeraldas, soit de la région côtière de la Colombie méridionale; ce sont en effet les seuls points où l’on ait rencontré jusqu’ici le platine à l’état de pépites (445, in, p. 72-79 ; 447, p. 323-32S), seule forme où il était utilisable par les Précolombiens qui ne pouvaient travailler ce métal que par martelage. Qu’une des lamelles se soit détachée et perdue aux mains des Indiens du haut plateau, il est tout naturel qu’ils aient employé pour la remplacer le seul métal qu’ils avaient à leur disposition et dont la couleur fût la même que celle du platine.
Quoi qu’il en soit d’ailleurs, cette pièce nous apporte une nouvelle preuve des relations qui existaient entre les populations établies dans la Cordillère et celles cjui vivaient à l’ouest des Andes, le long du littoral.
Quant au procédé employé pour la fabrication de la figurine cjue nous venons de décrire, il ne saurait prêter à discussion; il est en effet évident cjue chacune des pièces dont elle est composée a dû être façonnée séparément par martelage sur un moule en pierre. La même technique était certainement en usage chez les
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tribus de la région côtière. Dorsey a en effet récolté, dans ses fouilles à l’île de La Plata, trois statuettes creuses en or et en argent et une statuette semblable en stalagmite, qui semble bien avoir servi de moule pour leur fabrication(i03,p.256- 25-], pi.XL,XLi,fig.a,c). Quoique comparables à notre spécimen d’El Angel, ces figurines du littoral dénotent eependant un art beaucoup plus évolué, puisque le proeédé primitif, qui consiste à coudre les diverses pièces entre elles, a été remplacé par celui de la soudute. Nous en dirons autant des figurines ereuses en argent ou en enivre qu’on a rencontrées dans diverses localités péruviennes (Tr. n‘>»2iii4, 211150,21117,21121 23, fig. 542).