LATACUNGAS
Au sud des Caras, vivait une peuplade divisée en un grand nombre de tribus, que nous désignerons, à défaut d’autre nom, sous celui de Latacungas. Nous admet-
Par suite, nous jîcusons qu’il ne l'aut attribuer aucune créance à l’asstrlion de Velasco, suivant laquelle il y aurait eu identité entre le cara et le quichua (4î8, II, p. 54).
ETIlNOGF’.APilIE ANCIENNE DE l’ÉQUATEUR.
tons pour leur limite septentrionale le petit village de Panzaleo, situé à trois lieues au nord de Mulalé, où, ainsi que nous l’avons déjà noté, les Indiens parlaient une langue différente de celle des Garas, et, pour leur limite méridionale, la Cordillère d’Igualata qui sépare la vallée d’Ambato de celle de Riobamba. En effet, Cieza de Leon dit que les indigènes de Mulalô, de Latacunga, de Muliambato et de Mocha appartenaient à une même nation, avaient les mêmes coutumes et parlaient le même langage (76, p. 394-395). Bien c[ue le chroniqueur ne le déclare pas d’une façon nette, nous admettons que cette langue n’était autre que celle des Panzaleos; d’ailleurs, Velasco, qui cependant multipliait sans raison les tribus équatoriennes, classe les Panzaleos parmi les Latacungas (4i8, iii, p. 176). A l’Est, la limite des Latacungas paraît avoir été la Cordillère, tandis qu’à l’Ouest, la tribu semble aAmir débordé par-dessus la Cordillère vers les sources du rio Pilalô (Pilalos) et du Toachi (Sigchos) (4i8, ii, p. 3). Tout le vaste territoire que nous venons de délimiter est caractérisé toponymiquement par la terminaison lo ou alo (').
La région habitée par les Latacungas a été profondément influencée par les Incas, ainsi que nous le verrons, en sorte qu’au moment de la découverte, les indigènes avaient pris à peu près complètement les coutumes péruviennes et qu’il est difficile de discerner, plus encore que pour les autres tribus étudiées jusqu’ici, ce qui appartient en propre aux aborigènes et ce qu’ils doivent à l’influence des envahisseurs.
Leur vêtement était en tout semblable à celui des Quichuas ; leurs habitations étaient construites en pierres et couvertes de paille. Quant à leur alimentation, elle ne différait pas de celle des Caras (76, p. 393-394) ; comme ceux-ci, ils avaient l’habitude de mâcher la coca (96, p. 454; 337, iii, p. i34). Leurs armes principales étaient la lance, le javelot à propulseur et la fronde (76, p. 394) ; mais les Latacungas, quoique très nombreux, étaient bien moins guerriers que leurs voisins du Nord, les Caras, ou du Midi, les Puruhaes (4i8, ii, p. 8).
Les chefs avaient le droit de se marier avec plusieurs femmes, mais une seule avait le titre d’épouse légitime, et c’était au fils de celle-ci que passait le pouvoir à la mort du père. Les chefs étaient enterrés dans la campagne; le cadavre était revêtu de ses plus beaux vêtements et, à ses côtés, on disposait ses bijoux, ses armes et d’abondantes provisions; enfin, on ensevelissait avec lui plusieurs de ses femmes. Le mort était longuement pleuré par ses parents, et celles de ses épouses qui n’étaient pas sacrifiées, ainsi que ses servantes, se rasaient les cheveux en signe de deuil (-) (76, p. 394). (*)
(*) Gonzalez Suârez (140, 1, p. 102 et suiv.) n’a pas cru devoir faire des Latacungas une tribu à part; il les rattache en partie aux Caras, en partie aux Puruhaes. Nous avons indiqué les raisons toponymiques et li.'guistiques qui nous ont amenés à considérer les Latacungas comme une tribu indépendante, bien qu’ils aient fait partie de très bonne heure de la confédération cara (418, II, p. 8).
(^) La même coutume existait au Pérou (79, IV, p. 287).
ÉTAT DU PAYS ÉQUATOUIEN AU MOMEiNT DE LA DKCOUVEKTE,
Suivant Cieza de Leon, les Lataeungas adoraient le soleil, eroyaient à l’immortalité de l’âme et à un eréateur de toutes choses; leurs prêtres vivaient très vertueusement et étaient entourés d’un très grand respect (76, p. 394). Comme nous savons qu’il existait, dans la capitale, un temple du soleil fondé par les Incas et de nombreuses colonies de mitimaes, il n’y a pas lieu de s’étonner de l’identité aljsoiue des croyances des Indiens dont nous nous occupons et des Péruviens.
Les Lataeungas avaient des réunions fréquentes, qui étaient l’occasion de grandes beuveries, au cours desquelles les pires débauches se commettaient, même entre parents rapprochés. Pendant ces fêtes, hommes et femmes formaient des rondes en chantant des complaintes où étaient rappelés les principaux événements de l’histoire de la tribu (76, p. 394); malheureusement, aucun ancien historien n’a eu l’idée de nous conserver ces chansons, de sorte que nous manquons de tout renseignement sur les traditions de ce peuple. Le seul détail que nous ayons pu trouver à ce sujet concerne les indigènes du village de Pillaro et des centres voisins de la région d’Amhato, qui se croyaient tous issus d’un lieu situé au pied de la montagne de Llanganate, dans la Cordillère orientale (96, p. 459-460).
C’est chez les Lataeungas que nous trouY'ons, pour la première fois, en Equateur, la tradition de l’Homme blanc, qui a fait l’objet de tant de discussions et a été l’occasion d’invraisemblables hypothèses ('). Les Indiens de la plaine de Callo vénéraient et ornaient continuellement de fleurs une pierre où le mystérieux visiteur avait laissé l’empreinte de son pied nu (418, i, p. 164-165); une roche semblable, située à une demi-lieue d’Ainbato, portait la trace de huit empreintes de pied humain (96, p. 457),
Ce que nous savons de l’histoire des Lataeungas se réduit également à fort peu de chose : ils furent conquis facilement par le septième Scyri et ne semblent pas avoir opposé non plus une bien grande résistance aux Incas (418, ii, p. 8, 16). Nous venons de dire que ceux-ci amenèrent dans la province un grand nombre de mitimaes; ces colons étaient d’origine aymara et quichua et nous savons en particulier que le village de Quero, au sud d’Ambato, fut entièrement peuplé d’indiens de Cuzco (96, p. 464).