PALTAS
Au sud des Canaris, vivaient les Paltas, cpii, d’après Garcilasso de la Vega, se différenciaient des autres peuplades par leur habitude de se déformer le crâne artificiellement (i29, 11, p. 1017) (Q. Leurs tribus les plus septentrionales occupaient, ainsi que nous l’avons déjà dit, la région montagneuse où prennent naissance les aflluents de gauche du rio Leon. Dans la région interandine, ils habitaient, en outre, le cours supérieur du Zamora, jusqu’au point où celui-ci franchit la Cordillère orientale, le haut Catamayo, où l’on parlait un simple dialeete du palta, le malacatos (337, III, p. 2i3), et enfin les sources du rio Tùmbez (Q. Du côté de l’Est, la
(^) Les Indiens Canaris envoyés à Cuzco furent, en raison sans doute de leurs qualités militaires, chargés de la garde de la forteresse et, de ce chef, exemptés de tribut. Sous la domination espagnole, ils conservèrent ces fonctions et privilèges; c’ét dent eux également qui fournissaient des messagers pour tout le royaume. La Audiencia real leur donna comme armes iina cruz con un escudo de plata que iraen locado y jmesto en la caheza; y por ser çalientes y animosos, se les afiadieron por insignias dos Icônes à los lados de la cruz levantados y mandando (337, II, Apéndiccs, p. x-xi).
(^) Quand on voulait injurier quelque Indien dont le front était plus large qu’à l’ordinaire et l’occiput très aplati, on l’appelait par dérision Palta-uma. c’est-à-dire lêtc de Palta (129, II, p. 1017).
(^) Cieza de Leôn écrit, en effet (76, j). 412): « les sources du rio Tiimbez sont dans la province des Paltas ». Un autre texte du même auteur pourrait faire croire que le domaine des Paltas s’étendait beaucoup plus loin vers le Sud. Il dit, en parlant d’une rencontre entre l’armée de Huâscar et celle d’Atahualljra, lorsque celui-ci marcha de Quito sur Cuzco : en la prootneia de los Paltas, cerca de Caxabamba, se cncontraron unos con otros (77, p. 278); mais il y a Là une erreur de transcription certaine et il faut lire Coxibamha ou Cusibamba, nom ancien de la ville de Loja, près de laquelle il y eut, en effet, bataille entre les troupes des deux frères ennemis (163, III, 5® Déc., Liv. 3, p. 102).
limite du territoire palta est très difficile à déterminer. Il débordait certainement la Cordillère orientale, car nous savons qu’à l’est de celle-ci, une tribu palta, les Gonzavales, était cantonnée dans une partie froide, humide, élcA^ée et peu fertile de la vallée du Zamora (337, iv, p. 23, 25). En l’absence d’une carte un peu détaillée de cette partie encore très peu connue du territoire équatorien, il est impossible malheureusement de déterminer avec certitude l’emplacement exact des Gonzavales ; pourtant, d’après les renseignements qui nous sont donnés sur le climat de leur pays, nous pensons qu’ils devaient occuper, soit la Cordillère de Zamora, soit celle de Condor. Dans la vallée du Chinchipe, il y avait également des tribus paltas, sur le territoire desquelles Juan de Salinas fonda successivement les villes de Valladolid et de Cumbinamâ (337, iv, ApémUce , p. LXVI-LXVIl) . D’après ces données, on peut les localiser sur le haut Chinchipe et le long de ses affluents supérieurs, en particulier le rio Vergel. Cette province, autrefois appelée Xoroca, confinait du côté du Nord avec les Paltas du Zamora. Nous rencontrons donc ici le premier exemple certain de l’extension, dans la région amazonienne, d’une tribu andine. Devons-nous étendre encore plus loin de ce côté le domaine palta ? Un document, publié dans les Relaciones geogrdficas, autorise au moins à poser la question. Dans le rapport sur son expédition dans la région jibaro de Mâcas, le capitaine Hernando de Benavente note, en effet, que les Indiens Paltas qu’il avait emmenés avec lui pouvaient comprendre la langue des Jibaros (337, iv, Apéndice, p. xxx) (' ). Nous n’avons malheureusement que quatre mots de la langue palta (337, iv, p. 29), ce qui est plus qu’insuffisant pour permettre une vérification de l’identité signalée par le capitaine espagnol; il n’est cependant pas sans intérêt de constater que, sur ces quatre mots, celui qui signifie eau est exactement le même qu’en jibaro. D’autre part, Juan de Salinas nous dépeint les Paltas du haut Chinchipe comme des Indiens en pleine barbarie, sans cesse en lutte de village à village, uniquement préoccupés de couper des têtes et de voler (337, iv, Apéndice,^. lxvi). Bien qu’il ne nous dise pas s’ils faisaient avec ces têtes des trophées analogues aux tsantsas, cette description des Paltas n’est pas sans rappeler les coutumes des Jibaros. Pour toutes ces raisons, nous serions donc tentés de considérer les Paltas, comme une tribu jibaro, ayant adouci ses coutumes primitives par l’abandon de la vie sylvicole et le contact des Péruviens.
Les Paltas de l’intersierra avaient subi, en effet, plus que tout autre tribu, l’influence incasique. Ils avaient adopté le vêtement quichua [camisetas de coton et de laine, mantas, semelles en fibres d’agave ou en cuir) ; leurs habitations étaient
(^) Le capitaine Hernando de Benavente pénétra dans la région orientale écpiatoricnne par le liant Upano; il passa successivement à Zunac, à Paira, à Sanagalli; il traversa ainsi successivement les provinces de Cliapico, de Guallapa et de Xibaro, rencontra le rio de Tomebamba (rio Faute), puis celui des mines de Santa Bâibola (peut-être le rio Santiago). C’est à cette partie de son itinéraire que se rapporte le texte que nous signalons, et qae nous reproduisons ici : Despues de pasado el rio [des mines de Santa Bârbola], lorné à rnarcltar, é dos léguas de alli hallé un hohio de indios, en el cual se lornaron cierlns indias que la lengua y hahla délias era como la de los Malacatos, que eslan cabe los Paltas, parque unos indios que ihan consigo las entendian. Dijéronme que sc decia aquella tierra Xibaro.
ETUNOGnAPHIE ANCIENNE DE l’ÉQUATEUR.
des cases de torchis couvertes de paille; ils avaient de nombreux pots d’argile de toutes tailles pour la cuisine et la fabrication de la chicha. Comme aliments, ils utilisaient le maïs, la pomme de terre, le haricot, le zapallo [Cucurbita maxuna), la guacamidlu (herbe de la famille des Synanthérées) crue ou cuite et les nombreux fruits que produisait leur pays ; paltas [Persea gratissima) , lücumas [Luciima ohovata), guahas {higa Feuillei), guayahas [Psidium piriferum), zapotes {Matisia cordata), granadillas {Passiflora tiliæflora), tunehos [Passiflora quadrangularis). Ils mangeaient également beaucoup de poissons et une sorte de crabe, appelé apancoras {Æglea sp.P) ; ils mâchaient la coca. Le sel leur venait du port de Payta. Comme animaux domestiques, ils avaient le lama, élevé comme bête de somme et surtout pour sa laine, et le cochon d’Inde (337, iii, p. 202-205, 209, 215-216).
Leurs armes étaient la fronde, le javelot avec propulseur, la hache de cuivre, le bouclier et la lance (337, iii, p. 217).
Ils adoraient le soleil et la lune, en l’honneur desquels ils faisaient des sacrifices de lamas et de cobayes; une autre offrande consistait à brûler du maïs ou d’autres aliments (337, iii, p. 215).
Comme chez les Latacungas, une légende relative à un mystérieux visiteur existait chez les Paltas, et, près du village de Gonzanamâ, une roche portait l’empreinte de son pied (65, p. 329).
Les anciens auteurs nous représentent le Palta comme moins intelligent que le Canari, très attaché à son pays, menteur et paresseux, estimant par-dessus tout le courage guerrier. L’affront qu’il considérait comme le plus grave était d’avoir la tête rasée (337, iii, p. 213-214, 218-219).
En vain, nous avons eherehé, dans ces renseignements sur les Paltas, quelques traits qui leur soient propres. Il est évident que cette tribu équatorienne avait perdu, au moment de la découverte, toute son originalité primitive. Quant à son organisation politique, c’était celle d’une province péruvienne ; aussi n’y insisteronsnous pas. Il est probable que, primitivement, les peuplades paltas du haut plateau avaient l’organisation sociale très rudimentaire des peuplades établies de l’autre côté de la Cordillère et que chaque village obéissait à un chef indépendant (337,
IV, .Ipé/îiD'cc, p. Lxvi).
Il ne faut pas s’étonner que l’action des Péruviens se soit exercée dans cette région avec une pareille intensité. Nous savons, en effet, que, de toutes les tribus équatoriennes, les Paltas furent les premiers asservis par les Incas (77, p. 211), et que, pour assurer la tranquillité du pays, les eonquérants y appliquèrent largement le système des mitimaes. Voici, en effet, ce que Montesinos écrit à ce sujet : Ençiô I Iluira -Cocha ( ' ) I parte dellos al Cuzco y parte al Collao, y otros à Chachapoyas,
(^) Monl'jsiiios attj'iljue la conquête du royaume de Quito à cet Inca, qui fut, selon lui, le père de Tûpac- Yupanqui. Joan de Santacruz Pacliacuti Yainqui attribue aussi la conquête des Canaris et des Huancavilcas au même Inca, mais l’apiiellc Inca Yupanqui (304, p. 274); par contre, tous les autres historiens et chroniqueurs ne font remonter l’invasion péruvienne qu’à Tiipac-Yupaiiqui,
ÉTAT DU PAYS ÉQIIATOUIEN AU MOMEiNT DE IA DÉUOUVEUTE. 39
Xauxa, Andagudilas y Colabamba; y de los pueblos dichos tambien Irasplantô
en aquellas provincias otras faniilias (252, p. i38). Il en fut de même dans la vallée de Zaruma, où les Indiens étaient d’un caraetère partienlièrement belliqueux (337, ni, p. 247). Ces profonds remaniements n’avaient pas cependant fait disparaître complètement la langue palta de la vallée interandine, ainsi que nous l’avons vu, mais ils ont eu pour résultat de substituer à la toponymie primitive une toponymie nettement quichua.
ClIAblTUE H.
I‘EIJPI.AI)£S DE L\ UiqilON COTIÈHlv
Nous suivrons, pour l’étude des diverses peuplades de la région côtière équatorienne, le même ordre géographique que pour celle des tribus du haut plateau, c’est-à-dire que nous commencerons par les plus septentrionales.