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PUNAS

A l’embouehure du Guayas, se trouve l’île de Puna, qui était très peuplée (•) à l’époque précolombienne.

Les Punas étaient de taille moyenne et bruns de peau. Leur vêtement était en tout semblable à eelui des Mantas; ils portaient les mêmes ornements de tête en forme d’écheveaux de coton de couleur, les mêmes colliers, les mêmes eeintures et braeelets en perles. Ils faisaient également usage de nombreux bijoux d’or (pendants d’oreilles, anneaux) et de pierres précieuses [317, p. 214; 76, p, 408; 138, p, 227; 450, p. 466; 163, II, 4' Déc,, Liv. 7, p. 187). Les liommes avaient les cheveux coupés un peu au-dessous de l’oreille (3i7, p. 214).

Ils vivaient surtout de pêche, mais aussi de ehasse, car leur île était très riehe en chevreuils. En outre, ils cultivaient le maïs, les haricots; ils utilisaient un grand nombre d’autres fruits et légumes, et avaient de grandes plantations de coton; ils savaient élaborer le sel. L’eau potable leur était fournie par des puits. Pour les travaux des ehamps, ils employaient les prisonniers qu’ils faisaient sur le continent. Ils ne se servaient pas du lama, car Pizarre trouva seulement cinq de ces animaux dans toute 1 lie (^) (138, p. 226; 317, p. 2i3, 2i4; 302, IV, p. 222; 163, II, 4' Déc., Liv. 7, p. i85).

Les Indiens de la Punâ étaient les hommes de la mer par exeellenee : fort bons nageurs, pêcheurs émérites, navigateurs hardis. Ils possédaient une véritable flotte de hcdsas, qu’ils manœuvraient avec une grande habileté (450, p. 466).

Leur île était fortifiée presque sur tout son pourtour par une épaisse muraille,

(q Nous rapportons ces détails d’après la version de la plupart des anciens auteurs; néanmoins, la relation de Montesinos nous semble plus vraisemblable; suivant ce chroniqueur, le projet de l’Iiica aurait été moins hardi et aurait consisté à construire par-dessus le Guayas un pont de cordes analogue à ceux que les Péruviens jetaient sur les rivières du haut plateau (252, j). i47l-

(^) Velasco évalue le nombre des insulaires à i4 ooo ou i5ooo (418, III, p. ii8), llerrera à plus de 12000 (163, II, 4° Déc., Liv. 7, p. 186). Oviedo parle d’abord de 6000 <à 7000 Indiens, puis de 20 000 (302, IV, p. 222, 282).

(■’) Ces animaux, les premiers que rencontrèrent les Espagnols, étaient vraisemblablement des animaux consacrés au culte, car ils étaient si gras, dit Pizarre, qu’ils ne se reproduisaient pas et qu’en les dépeçant, on ne trouva pas deux arreldes (huit livres) de viande (317, p. 21 3).

ETHNOGKAPIIIE ANCIENNE HE l’ÉQUATEUR.

et les points faibles étaient protégés par des ouvrages en pierre, en bois ou en terre. Leurs armes étaient le javelot, en bois de palmier très dur et très effilé, qu’ils lançaient à l’aide d’un propulseur, la fronde, le casse-tête, la hache en cuivre ou en argent, la lance à pointe d’or de titre inférieur et la rnacana (317, p. 214; 450, p. 466; 138, p. 226; 163, II, 4' Déc., Liv. 7, p. i85-i86).

Les Punas étaient très redoutés de leurs voisins du continent, car, profitant de leur situation privilégiée, ils étaient les pirates de la région. Ils remontaient les grands fleuves, pillant les villages et ravissant les femmes; ils étaient surtout constamment en guerre avec les Indiens de Tiimbez (450, p. 466; 138, p. 226; 76, p. 407; 163, ii,

4° Déc., Liv. 7, p. 186).

Toutefois, ils ne vivaient pas seulement de rapines ; ils faisaient, en effet, un grand commerce de sel et de coton. Grâce aux marées, ils transportaient ces produits en balsas ou en canots par les fleuves de la côte et les vendaient aux populations de l’intérieur qui en étaient dépourvues (163, ii, 4» Déc., Liv. 7, p. 186, iii, 5” Déc., Liv. 7, p. 226).

Commerce et pillage avaient accumulé dans l’île des richesses considérables; les premiers Espagnols qui y arrivèrent furent étonnés de la grande quantité d’ustensiles d’or et d’argent qui y étaient couramment employés (450, p. 46G; 138, p. 227; 302, iv, p. 222; 163, 11, 4' Déc., Liv. 7, p. 186).

L’île renfermait de nombreux villages commandés par sept caciques, qui reconnaissaient un chef suprême ( ' ) (196, p. 822).

Ce chef était très redouté de ses sujets; il pratiquait la polygamie, et ses serviteurs, de même que les gardes de ses femmes, avaient le nez, les lèvres et les organes génitaux coupés (^). Il vivait dans un très grand luxe et ne sortait de sa maison qu’accompagné de trompettes et de tambours (atahales) (450, p. 466: 138, p. 227; 302, IV, p. 222-228). Lorsqu’il mourait, tout le peuple le pleurait; on l’enterrait avec une grande vénération, enfermant avec lui dans la sépulture ses richesses, ses armes et quelques femmes vivantes, choisies parmi les plus belles de son harem; les autres et les parents les plus proches se tondaient les cheveux en signe de deuil (76, p. 408).

Comme tous les Indiens de cette côte, les Punas étaient très religieux et avaient des prêtres ou sorciers qui servaient d’intermédiaires entre eux et leurs dieux (76, p. 408; 163, II, 4' Déc., Liv. 7, p. 187). Leurs divinités principales étaient la mer et les poissons, mais ils adoraient en outre les grands félins (129, ii, p. 1148). Leurs temples.

(‘) Au moment de la conquête, ce chef s’appelait Tumalâ ou Tumbalâ (317, ji. 218; 418, II, p. 85; 163, II, 4® Déc., Liv. 7, p. i84; 79, III, p. 187), d’où vient le nom sous lequel les anciens écrivains désignent parfois l’île de Punâ (302, IV, p. 282).

(^) Oviedo décrit ainsi l’opération de la castration : La manera que tienen para cortarles los miembros es que tendidos les ponen una viga sobre los pechos é oira sobre los mitslos, é despues de le aoer corlado aquello, los oueloen de boca en tierra hasta que se desangran ; que diçen que aquella sangre se aoia de convertir en materia, é luego con dieta é çierios poloos de hierba que le echan sana (302, IV, p. 222-228).

placés dans des lieux retirés et sombres, abritaient des idoles de pierre sculptée d’un aspect horrible, auxquelles ils olfraient un grand nombre d’objets d’or et d’argent et le sang de mammifères et d’oiseaux; en l’honneur de leurs dieux ils immolaient également des prisonniers de guerre (76, p. 408; 163, ii, 4'- Déc., lIv. 7, p. i85, 187). Comme les Mantas et les Esmeraldas, ils suspendaient aux portes des temples les restes des victimes (129, ii, p. ii56). Suivant Velasco, un des temples de l’île était consacré au dieu de la guerre, Tùmbal. Il était obscur, sans fenêtres; ses parois étaient couvertes de peintures et de sculptures épouvantables. Au pied de l’idole, qui avait une apparence terrible, se trouvaient des armes toutes baignées du sang des sacrifices. Les prisonniers de guerre étaient ouverts vivants sur un grand autel placé au centre de l’édifice (4i8, ii, p. 36).

L’île inhabitée de Santa Clara, située non loin de la Punii, où étaient enterrés les ancêtres de la tribu, était considérée comme un lieu sacré. Autour des autels occupant la partie la plus élevée de l’île, les Espagnols trouvèrent de multiples offrandes, consistant surtout en une grande quantité d’objets d’or et d’argent et de vêtements précieux (76, p. 358; 163, ii, 4» Déc., lIv. 7, p. 47). Suivant Gômara et Zâratc, on aurait découvert aussi, dans une maison de cette île, un jardin en miniature, où les arbres, les plantes et les fleurs étaient en or et en argent (450, p. 466; 138, p. 232).

De même que les Mantas et les Esmeraldas, les Punas nous sont dépeints comme vaillants, mais adonnés à la sodomie. Herrera est le seul auteur qui parle de leur anthropophagie (76, p. 408; i38, p. 226; 129, ii, p. 1148; 163, ii, 4» Déc,, lIv. 1, p. 187).

L’influence incasique fut chez eux de même ordre que chez les Huancavilcas : les Punas furent soumis par Huayna-Càpac et, au moment de la découverte, il y avait dans l’île un représentant de l’Inca qui dépendait de celui de Portoviejo (317, p. 2i3). Aucun auteur ancien ne signale toutefois l’établissement dans leur pays de colonies de mitimaes.

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