HACHES
a. Haches simples néolithiques.
On rencontre en Équateur diverses formes de haches néolithiques simples cju’on peut ramener à deux types principaux, entre lesc{uels on observe toute une série de termes de passage. Dans le premier type, se classent les haches dont le talon, nettement plus étroit que le tranchant, se termine tantôt par une pointe plus ou moins mousse, tantôt par un plan; la section de ces instruments est toujours sensiblement ovalaire [jÀ. 111, fig. i, 5, 6, 8, lo). Dans le second groupe, au contraire, le talon est presque aussi large que le tranchant et la coupe des objets a la forme d’un rectangle allongé aux angles plus ou moins arrondis {pl. 111, fig. 3, 7, 9, 12). Certains de ces outils ressemblent à de véritables coins, et parfois le tranchant, au lieu d’être obtenu par un double biseau, est formé aux dépens d’une seule face [pl. 111, fig. 3), comme sur les ciseaux de nos menuisiers. Malgré ces différences, nous étudierons la répartition de ces formes en Équateur et dans l’ensemble du continent américain sans les séparer, car elles sont évidemment dérivées les unes des autres.
La hache néolithique n’est pas rare en Équateur. Notre collection en renferme douze exemplaires, la collection Cousin quatre, la collection Frandin un, la collection Reinburg deux. En outre, de nombreux spécimens ont été figurés par Dalton (92, p. i48, fig. I, a, b), Bamps (27, pl. XXX, fig. 5, pl. XXXI, fig. 5, pl. XXXII, fig. 4, 6), Uhle (407, I, pl. XV, fig. I, 3-5, 7), Gonzalez Suarez (140, Atias, pi. xxxii, fig. 2; 142, pi. xxxvi, fig. i), Whymper (432, p. 271, fig. F-i], Schœtensack (368, p. 144, fig. 46), Festa (ii3). Sa ville (365, ii, pi. lxii, fig. 6-10), et Flans Meyer (249, pi. i, fig. g, i, h).
Sur les 47 exemplaires que nous connaissons, 37 ont une origine certaine et se
répartissent ainsi :
Région des Pastos il
Région des Garas i6
Région des Purahaes i
Région des Canaris i
Région côtière 8
l/io ETHNOGR\PHIE ANCIENNE DE l’ÉQUATEUU.
Les huit haches de la région côtière proviennent de la province de Manabi, du rio Chanchan, de Final (en amont de Daule) et de Balzar; la hache rencontrée dans cette dernière localité est en néphrite.
De cette répartition, il ressort clairement qu’on trouve la hache néolithique surtout dans les provinces septentrionales du haut plateau, qu’elle est exceptionnelle dans les provinces méridionales et peu commune dans les provinces du littoral.
Si banal que soit cet outil, il s’en faut qu’il soit répandu dans toute [l’Amérique d’une façon uniforme.
Au Pérou, il est excessivement rare (') ; du moins, nous n’en connaissons que trois échantillons : l’un, en basalte, provient de Quonncacha (434, p. 578); le second a été rencontré à Oruro (Tr. n» 20914) et le troisième (une petite hachette en jadéite) a été trouvé par Wiener chez les Indiens Campas du versant amazonien, qui s’en servaient pour « casser » leurs cheveux (434, p. 358, 366).
En Bolivie, un seul exemplaire très fruste a été recueilli par Bandelier dans l’île Titicaca (30, pi. xxiii].
Par contre, on retrouve cette hache en abondance au Chili, ainsi que l’ont montré Strobel (394 bis, pi. vu, fig. 48), Girard de Bialle (136, p. 645) et surtout Médina. Cet auteur insiste sur ce que ces objets sont beaucoup plus fréquents dans la partie méridionale du Chili que dans la partie septentrionale (247, p. 75). Ils ne font pas cependant complètement défaut au Nord, puisque Heger (159) en a figuré un spécimen trouvé à Atacama. La remarque de Médina est néanmoins très intéressante, car elle correspond exactement à celle que nous avons faite en Equateur, où la hache simple néolithique est beaucoup plus rare dans les provinces méridionales que dans les provinces septentrionales. Ce double fait, constaté dans les régions équatoriennes et chiliennes adjacentes au Pérou, est le corollaire de l’extrême rareté de l’outil dans tout le territoire péruvien proprement dit.
Vers le nord et le nord-ouest de l’Amérique du Sud, la hache néolithique a eu une aire de dispersion très étendue.
On l’a retrouvée en Colombie, dans les départements d’Antioquia, du Cauca, du Cundinamarca et de Santander, dans le Darien méridional, dans la Sierra Nevada, chez les Indiens Arrouagues (-) (Xr. n- 24870, 25235-25237, 32246-32273, 32741-32742, 36o3o-36o33, 36o35-36o38, 36o4o, 36042, 363o4, 363o5, 363o8, 36322; 407, I, pl. XIII, fig. i-3, 6-i3), au Vénézuela, à Tucacas (368, p. 142, fig. 42), à Maracay sur les bords du lac Valencia (425), aux environs de Tocuyo, à l’ouest de Valencia (107), à Aragua et à Caracas (109, fig. 2, 3; 239, pi. //, fig. 9-1 1),
(^) Le fait nous a été pleinement confirmé par le D'' Max Uhle, que nous avons consulté à ce sujet ; « Jusqu’à présent, nous écrit-il, je n’ai pas la preuve que cette forme de hache ait été rencontrée dans une partie quelconque du Pérou. »
(^) Dans la collection particulière de M. de Brettcs que nous avons pu examiner, et qui a été formée exclusivement dans les régions du nord-est de la Colombie, la forme de beaucoup la plus fréquente rappelle le type II équatorien, à talon presque aussi large que le tranchant et à section rectangulaire allongée.
OBJETS EXTRAITS DES TOJIBES PRÉCOLOMBIENNES DE l’ÉQUATEUU. l[\l
sur l’Orénoqiie (Tr. n"5o96). Le Musée du Troeadéro en possède en outre trois autres exemplaires du même pays, mais sans provenanee précise (Tr. n“* 5099, 5286, 5287).
Giglioli a signalé l’emploi de la hache néolithique également chez les Macusi et les Pianacoto (131, pi iii, /îg. 2-4). Im Thurn et surtout ten Kate en ont figuré une belle série des Guyanes (202, p/. e-f/; 192, />;. x, /îg. 1-2) ; on l’a aussi rencontrée sur le Maroni (Tr. n" ugg), Netto en a publié un grand nombre du Brésil (281), où elle paraît très fréquente, surtout dans les provinces méridionales. En effet, si quelques spécimens en ont été recueillis dans les Etats septentrionaux, dans la sierra de Piquiatuba, sur le Tapajôs, sur le Mauhes, sur le Uatuma, sur le Piracanâ, près de la ville d’Obidos (30 Ms, fig. 4,8, g, 19,48,54,61), sur le Caiarÿ-Uaupés (206, ii, p. gi, fig. 52), sur l’Amazone et le rio Negro (iv. n»' 12985, 33439), les récoltes ont été surtout abondantes dans les sambaquis du Sud (433, pL r, /?g. i ; 234, pL à7), dans les Etats de Bahia (191, pi. XX///, /?g. 34), de Minas Geraes (153), de Sâo Paulo (I9i, p. 547; Tr. n" 14492, 14493, 37588), du Paranâ (où elle est encore en usage chez les Indiens Coroados), de Santa Catharina (281, p. 487; 207, fig. 22-24), de Bio Grande do Sul (207, fig. 15-17; 210; i9i, pi xx, fig. 4,6) et à Ihla do Mar (207, fig. 25). Elle est encore employée par les Bakairi et les Aràra du Xingù, les Kaingang et le Guayaquiles du Paranà (281, p. 487; 131, pi ///, fig. 5-7).
En Argentine, la hache néolithique ne se rencontre que dans les provinces septentrionales, à Misiones (où elle est encore en usage chez les Guayaquis) (6, fig. 1-2).
A en juger par cette rapide esquisse, la hache néolithique n’apparaît pas comme un instrument amazonien. Il est à noter qu’elle n’existe pas non plus dans la pampa argentine, ni dans la région diaguite, du moins nous ne l’avons trouvée signalée dans aucun des travaux consacrés à l’archéologie de ces contrées ('),
Dans le Centre-Amérique, au contraire, elle existe partout. Le Musée d’Ethnographie en possède deux exemplaires de Dolega (Etat de Panama) (n- 3782, 3784) et une importante série du Costa-Rica. D’ailleurs, Bransford (5i, p/. //, /?g. 5) et surtout Hartman (155-, 156) en ont figuré de nombreux spécimens provenant de ce pays; Holmes (173, p. 3o-3i, ^g. 14, 15,17) et Grant MacCurdy (236 ta-, pi ii) en ont publié plusieurs du Chiriquî, On en connaît également des échantillons du Guatémala (ti-. n»» 6293, 44382, 44383; 441, pi xx.vr), du Nicaragua (48, pi xxxv, fig. 27; 386, ii, p. 338, fig. 8) et du Honduras (143, p. uo, //g. 9). Enfin, l’on sait avec quelle fréquence se rencontre la hache néolithique au Mexique (441, pi xxxv), d’où MM. Charnay, Génin et Diguet en ont rapporté une magnifique série au Musée du Troeadéro (•).
Il en est de même aux Antilles (242; 243), où elle a été signalée à Curaçao, à Bonaire (224^ pi 11-1V\ 225, p. 12), à Porto-Rico (Tr. n»'* 1790, 1789, 1793, 5547; 441, pl XXXV; 116, plXI,XII,XlIl,fig.a-d), à Cuba (425 bis-, 116, pl XX//; 118, pl XIX, fig. I, pl XX, fig. i), à Santo Domingo (II6, pi xiii, fig. g).
(*) En ce qui concerne la pampa argentine, le fait nous a été confirmé par M. Félix F. Outes.
(^) Batres en figure un exemplaire emmanché (33, pL XXIV, fig. Sj, Le manche est courbe, de section rectangulaire, sauf dans la partie servant de poignée, long de 80'’"', large de 10'"’, épais de 5"" à son extrémité la plus grosse, c’est-à-dire au point où la hache y est fixée, dans un trou le traversant de part en part.
\t\1 EÏIINOGP.APIIIE ANCIENNE DE l’ÉQUATEUR.
à Haïti (Tr. n»' 5537-5539), aux Bahamas (274, i, /;». 226-227), à Saint- Vincent (ii6, pC xa', f,g. a - 384, pl. XVIII, fig. 8-9 ; 193, I, pi. II, fg. 1-2, 4-6, III, pl. IX, fig. i3), à SaintC-Lucic (Tr. n" 44478; 384, pl. XVIII, fig. lo-ii; 193, III, pE IX, fig. 9-1 1), à Saiiit-Kitts et Nevis (49, pi. xxi, xxiii-, 193, iii, pi. ix, fg.S], à
la Guadeloupe et a la Martinicjue (Collection du Muséum d’Histoire naturelle, don Schœlcher), a AutlgUa (193, III, pl. IX, fig. 7).
Aux Etats-Unis, on a rencontré la hache néolithique dans toute la partie orientale, depuis le littoral de l’Atlantique jusqu’au 100® degré de longitude oceidentale de Paris environ, dans les États du Maine (437) de Vermont, (438; 310), de New- Hampshire, du Massaehusetts (438), du Connectieut (384 6is,p. 218, /ig. 112), de New-York (375; 441), de New-Jersey (i;2;374), de Pensylvanie (430), de Maryland (I8I; 174; I8O), de l’Ohio (331; 127; 20), de Michigan (313; 44i), du Wisconsin (127), de Nebraska (135), de lowa (127), de l’Illinois (127; 126; 33i), d’Indiana (33i; 126; 127), du Kentueky (127; 38i), du Missouri, du Kansas (274, ii, fig. Gqi), de la Virginie, de la Caroline (127), du Tennessee (200; 331; 127), de l’Arkansas (127; 269 p. 45o, fig.Go), du Mississippi (127; 306), de l’Alabama (50; 127), de la Géorgie (127) et de la Floride (254; 255).
En dehors de cette zone orientale, on ne retrouve la haehe néolithique c{ue dans l’État de Washington ( 380, p. 62, /tg. 45 ) , dans la Colombie britannique (368; 377 -, 378; 379), — où elle est en usage ehez les Indiens Haïda [2S2,pi.xx) — , chez les Esquimaux du bas Yukon et dans l’Alaska [212, pi. xxxix, fig.s-g-, 44i, pi. xxxv, xxxvii,xxxviii).
Nous devons toutefois noter que l’exploration des régions centrales de l’Amérique du Nord est à peine commeneée ; par conséquent, il se peut qu’on y reneontre plus tard l’outil cjui est si répandu sur le versant atlantique. Cependant, il est remarquable qu’en Californie et dans la région des Pueblos et des Zuni, c|ui ont fait l’objet d’études archéologiques systématiques, sa présenee n’ait été signalée par aucun auteur. C’est là un fait analogue à celui que nous avons mentionné pour la région argentino-péruvienne de l’Amérique méridionale.
b. Haches à gorge.
On rencontre en Équateur deux types de haches à gorge : dans l’un, la gorge n’entoure le talon que sur trois eôtés ; dans l’autre, elle en fait tout le tour.
a. Haches a gorge incomplète. ■ — Cette forme, dont nous reproduisons un spécimen {pl. IV, fig. 7), n’est pas très rare en Équateur; nous en connaissons un exemplaire de Quito (pays cara) (407, i, pi. xv, fig. 19), trois du pays puruhâ (Penipe et Riobamba) (Tr. n» 9672; 407, i, p/. xv, fig. is, 22, fig. i,r) et un du pays canari (Alausi) (Coii. Cousin).
Elle ne se reneontre pas au Pérou, et, de Bolivie, nous ne connaissons qu’un échantillon de Tarija rapporté par la Mission de Créqui-Montfort et Sénéehal de la Grange [n° 365i); par contre, en pays diaguite, elle est fréquente, ainsi que l’a montré Boman qui en a figuré huit exemplaires des provinees de Catamarca et de Salta, et de La Paya )47, I, fig.b,ig). D’autres spéeimens, de localités diverses de la même région, ont été
OBJETS EXTRAITS DES TOMBES PRÉCOLOMBIENNES DE l’ÉQUATEUR. i43
reproduits par Virchow (424, pi. vu, fig. lo), Ambrosetti (14, p. 157, /?g. 152), Ameghino (is, i, pi.ix,fig.3ig,pi.x,fig.3iiii), Moreno (276, p. 21 5) et Quiroga (323, p. ii5). Enfin, Outes en a signalé un de la province de Côrdoba (30i, p. 33i, /(g. 5i).
Au Mexique, on retrouve assez fréquemment la hache à gorge incomplète; le Musée d’ Ethnographie du Trocadéro en possède onze exemplaires provenant de Chapala, d’ Ixtlahuacan, d’Ixtlan, de Tlaxieoltzinco, de Tlaximaltepuztle, de la Sierra du Nayarit, — d’où Seler en a publié également deux spécimens (373, iii,p. 553, /(g. 5-6) — , et du village de Loreto (Basse-Californie), Guillemin-Tarayre en a rencontré également un échantillon à la Canada de Santa-Ana (146, p. 4i3, /ïg, 32) et Batres c[uelques autres à La Quemada (Zacatecas) [33 bis, pi. xix).
En Amérique du Nord, enfin, eet outil existe, d’une part dans toute la région nord-orientale, comprenant les États de l’Ontario (48 bis, p. 23, fig. 12), de New-York (i), de New-Jersey (i; 2; 374), de Maryland (174; I80), de Pensylvanie (2), de l’Ohio (127; 384 6is,p. 216, /(g. 108), d’Indiana, de l’Illinois, du Wisconsin, du Missouri, du Kentucky (274, 1, /?g. 254-255, 257, 277), d’Iowa, du Tennessee, de l’Arkansas (127), de Géorgie (199), et de ATrginie (I27; 174), et, d’autre part, à l’Est, en Californie (loo, p. i35, f,g. 5), dans le Colorado (293, p. 108, /(g. 91), l’Arizona (33i; ii4; 182; 273; 373, iii, p. 553, /ig. 7, 8) et le Nouveau-Mexique (391).
p. Haches a gorge complète. — La hache écjuatorienne à gorge complète présente plusieurs variétés ; tantôt le talon a une forme quasi sphérique [pl. IV, fig. i); tantôt il est très allongé transversalement [pl. IV, fig. 2); parfois enfin, la gorge, au lieu d’être profonde, est à peine indiquée {pl. IV, fig. 5).
Ces haches ne sont pas une rareté en Équateur ; deux de nos échantillons proviennent du pays cara (La Tola, près Yaruqui), où cinq autres ont été recueillis, à Quito, par Reiss et Stübel (407, 1, pi. xv, fg. 16-17,23) et Hanz Meyer (249, pl. I, fg. fi), à Pifo, par le Reinburg. Des deux spécimens de la collection Cousin, l’un n’a pas de provenance exacte, l’autre est étiqueté Tixan (sud du pays puruhâ). Deux exemplaires figurés par Uhle (407, i, p. 43) et par Hanz Meyer (249, pi. 1, fg. o) proviennent de la même région (Riobamba) ; enfin, une de nos pièces et une autre publiée par Bamps (27, pi. xxviii, fg. 2) ont été trouvées en pays canari (Lagune de Minas, Azôgues). Bamps a en outre décrit, comme fétiche, une toute petite hache à gorge présentant deux rainures parallèles sur le talon, rencontrée dans la même région, à Chordeleg (27, pi. xxi, fg. 4).
Nous ne connaissons aucun spécimen de cet outil provenant du Pérou, et un seul, très fruste, de l’île Titicaca {30, pi.xxiii). Assez rare dans la puna de Jujuy(') (283; 47, II, p. 562, /?g. 1 56) et dans la région diaguite (I8, i,pL /x, /?g. 3i8; 276, p. 2i5; 14, p. 167, 152; 47, i,/?g. 5), il devient commun dans la vallée du rio San Francisco et dans la Sierra de Santa Barbara (lo, lui, p. 94, /?». 39;284, pi. f, /?g. 2, 6, 9; 47, 11, p. 837, 847). Boman en a vu également des spécimens provenant du département d’Anta, à l’est de la Sierra de
(^) Les grandes haclies à sel décrites par Nordenskiold (283) et Boman [47, II, p. 559, pt XLII-XLIII), si fréquentes dans la puna de Jujuy, diffèrent de notre type par leurs énormes dimensions et par leur faible épaisseur.
l44 ETHNOGRAPHIE ANCIENNE DE l’ÉQUATEUR.
la Lumbrera (47, ii, p, 847). M. Emile Wagner en a envoyé au Musée d’ Ethnographie du Trocadéro quelques-uns des environs de Santiago del Estero. Enfin, Giglioli et Outes en ont signalé plusieurs autres de la Sierra et de la province de Côrdoba (132, p. 244; 301, p. 3-27-330, /?g. 4G-5o, p. 332, /?g. 52).
La hache à gorge ne semble pas avoir été en usage au Chili ni dans la pampa argentine, mais elle se retrouve au Brésil (28i,p.49o), dans les États du Grào Para (3o bis, fig. 24, 27, 35, 53; 137 bis, pi. ni, fig.li - 203 bis, p. 39, fig. 5), de Rio Grande do Sul (305, p. 340; 211, p. (G97), /ig. 20, 21), de Sào Paulo (190, p. 68-69, /ig. 6; i9i,p/. av, /?g. 2-3), sur le rio Caiary-Uaupés (206, II, p. 91, fg. 52), sur le rio Teffe (lacMacupy) (Ti-, n» 59233), sur l’Orénoque (Xi-, n'’5o98), en Guyane anglaise (') (192, pi. x, fg. b] et chez les Chibchas de Colombie (341, pi. xxxviii, fg. 108). Sa fréquence dans les Antilles est connue depuis longtemps (243; 49, pi. xxi, n» 17; 193, ii, pi. VI, fg.ii-i, III, pi. F//, E///, /ig. 4; 158, pi. I, fg. i-if). Nous Cil rcproduisons un échantillon de la Guadeloupe absolument comparable à notre type équatorien [pl. IV, fig. 3) .
Du Mexique, M. Diguet en a rapporté au Musée du Trocadéro neuf exemplaires provenant de San Martin de Tonala, de Ancora, de Jalisco, de Chapala, de la Sierra du Nayarit et de Basse-Californie. On a signalé également cet instrument à la Quemada, près de Zacatecas (146, p. 388, fg. 24; 373, iii, p. 553, //g. 3, 4; 33 pi.xix).
En Amérique du Nord, la hache à gorge est très répandue; parfois, elle atteint des dimensions énormes; souvent aussi, le talon, au lieu d’être arrondi, a la forme d’un cône tronqué; toutefois, le type que nous avons rencontré en Équateur s’y retrouve avec fréquence et, à titre de comparaison, nous en figurons un bon spécimen provenant des environs de Newport, dans le Kentucky {pl. IV, fig. 6).
Si l’on ne tient pas compte de ces variantes, on constate que la hache à gorge se rencontre dans deux zones bien distinctes.
Une zone orientale comprend le Canada oriental (274,1,9.289), les États de Vermont [311, pl. XII), du Massachusetts (33i), du Connecticut (274, i, p. 289, /;». 249), de New-Jersey (1; 2; 374), de Pensylvanie (430), de Maryland (174), de l’Ohio (127), du Wisconsin (2i9), du Minnesota (296), de l’Iowa, de l’Illinois, du Kentucky, de la Virginie, de la Caroline, du Tennessee, de l’Arkansas (127), du Missouri (274, ii, fg. 691, 694), de l’Alabama (50) et de la Géorgie (127, 199). Cette zone avait déjà été déterminée par Foster (126, p. 210) qui déclarait que la hache à gorge est commune dans tout le territoire qui s’étend du Mississippi à l’Atlantique, y compris New-England. La seconde zone correspond à la Californie continentale et insulaire (2, p. 3i, fg- 16; 319), au Colorado (293, p. 106, fg. 87-89; 121, pl. XXI, fg. n-g; 123, pl. XX-.XXI), à l’Arizona (182; il9, pl. XXXIX, fg.c) et au Nouveau-Mexique (391; 3i9; I66, pi. xvi, fg. i-, 165, pi. xii, fg. a-b).
De cette étude, il ressort que partout où l’on rencontre la hache à gorge incomplète, on rencontre la hache à gorge complète; bien que la réciproque ne soit pas toujours vraie, nous pensons qu’il s’agit là de deux types voisins, entre lesquels il est peut-être superflu de faire une distinction rigoureuse.
(‘) Cet exemplaire très fruste se rapproche beaucoup comme forme générale d’un de nos spécimens de La Tola [pl. VII, fig. 2).
OBJETS EXTRAITS DES TOMBES PRÉCOLOMBIENNES DE l’ÉQÜATEUR.
c. Haches simples perforées.
Ces haches affectent des formes très variées que nous réunissons pour ne pas multiplier les divisions. Certaines ont une forme carrée, aux angles un peu arrondis, avec un orifice central, et rappellent à première vue les disques perforés dont nous nous occuperons plus loin; mais tandis que trois côtés sont épais, le quatrième présente nettement un tranchant plus ou moins émoussé (pl. 111, fig. ii, i3) On décrit le plus souvent ces objets sous le nom de haches-marteaux. Sur d’autres outils, la partie comprise entre l’orifice et le tranchant est beaucoup plus longue que celle comprise entre l’orifice et le talon [pl. 111, fig. i4) ; parfois, cet allongement est très considérable, comme sur certains échantillons figurés par Uhle (407, i, pi. xvii, fig. i). Quelques pièces, au lieu d’avoir les côtés latéraux rectilignes, présentent un très léger rétrécissement au niveau de l’orifice, cette disposition étant destinée évidemment à mieux maintenir la corde qui devait fixer l’outil à son manche. Sur tous les échantillons de notre collection, l’orifice a une forme biconique des plus nettes; l’observation s’applique d’ailleurs, d’une manière générale, à tous les orifices pratiqués dans des matières dures par les Précolombiens équatoriens. Toutefois, il semble que, sur certaines des pièces figurées par Uhle, l’orifice soit régulièrement cylindrique.
Des 38 échantillons de ce type, qui ont été décrits, 4 seulement n’ont pas d’origine précise (Coii. Cousin; 27, pl. XXIX, fig. 4) ; Ics autres se répartissent ainsi :
Région des Caras.
Carânqui (92, p. i5i) i
Ibarra (132, p. 222) 1
Imbabura (249, pl. I, fig. m] i
Otavaîo (92, p. ibi, fig. Il, a, c, f) 4
Guallabamba (132, p. 222) i
Cayambe (132, p. 222; 92, p. i5i, fig. Il, b, d, e; Coll. Cousin) j 6
Tumbaco (Coll. Cousin) 3
San Golqui (132, p. 222) 3
Chillogallo (21, pl. XXVIII, fig. ü] i
Quito (407, I, pl. XVI, fig. 25, pl. XVII, fig. i-4) 5
Pifo (Coll. Reinburg) 2
Vallée de Chillo (Tr. n''9670 i
Région des Caras (UQ, Atlas, pl. xxxvii, fig. 1] i
Total 3o
Région des Lntncungas .
Banos (249, pl. I, fig. n] i
Région des Furuhaes.
Riobamba (132, p. 222) i
Région des Canaris.
Rio de Shiu, près Chordeleg 1
Sigsig 2
Total 2
Sur une de ces pièces, le trou est seulement ébauché.
Arc de méridien équatorial, t. VI, (i).
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Un fort beau spécimen rapporté de Papallacta au Musée du Trocadéro par Wiener (u° 5676) peut être rattaché au pays cara, bien que la localité où il fut recueilli se trouve déjà sur le versant amazonien.
Certains des objets de la province de Manabi, décrits par Saville comme des poids, pourraient bien n’être aussi qu’une forme un peu spéciale de l’outil que nous étudions (365, 11, i>i- lxiii, fig. 3-8).
Cette forme de hache paraît être assez spéciale à l’Equateur, et en particulier
Fig. 24. — Hache perforée, Quito (|), d’après Uhle (407, I, pl. XVII, fig. 6).
au pays cara. Nous n’avons, en effet, trouvé que de très rares pièces de comparaison dans les autres pays américains; ce sont : une pièce recueillie dans les environs de Lima par le Capitaine Berthon, une de Moyobamha, figurée par Hutchinson (186, ii, p. 54), une de Colombie figurée par Ratzel (325, ii, p. 587), une hache emmanchée du Brésil publiée par Barbosa Rodrigues (30 bis, fig. i) et enfin plusieurs objets rencontrés par Moore à Keno place, dans la vallée de Ouachita (Louisiane) (268, p. 124, fig. 120), à Pecan point et dans le bassin de la rivière S^-Francis (Arkansas) (269 bis, p. 456, fig. 64).
A côté du type que nous venons de décrire, nous rangeons un instrument provenant de la région de Loja, qui n’en diffère que par la présence de deux encoches très marquées situées le long des bords, un peu au-dessous du trou {pl. VI, fig. 4), et un objet de Quito, d’une forme tout à fait exceptionnelle, figuré par Uhle (407, I, /)/. XF/7, //g. 6) ; ce dernier outil est une hache à gorge, dont le talon est perforé {fig. 24).
OBJETS EXTRAITS DES TOMBES PRÉCOLOMBIENNES DE l’ÉQUATEUR.
d. Haches à encoches.
Nous désignons sous le nom de haches à encoches des haches qui portent le long de leurs bords deux entailles se faisant face et qui isolent de chaque côté du talon deux oreilles. Toutefois, nous ne les classons pas dans les haches à oreilles, la distinction entre les deux groupes nous paraissant suffisamment établie par ce fait que, dans la hache à encoches, la largeur du talon n’excède pas sensiblement celle du corps même de l’outil, tandis que le caractère inverse est de règle pour les haches à oreilles. Les haches à encoches présentent deux types assez nets : dans le premier, l’encoche est large, demi-circulaire ou quadrangulaire {fig. 25), dans
Fig. 25. — Hacheàencoches, Quito (j), d’après Ulile (407, I, pl. XV, ^g. 22).
Fig. 26. — Haclie à encoches, Mâcas (I), d’après Ulile (407, l,pl.XVl,fig. 17),
Fig. 27. — Hache à encoclies.
Vallée deChillo (j ). Qiiarlzile (Tr. 11“ 9678).
le second, elle est plus étroite, à arêtes vives, parfois triangulaire, parfois réduite à une simple fente à bords parallèles, rectiligne {fig. 26) ou recourbée en forme de virgule dans la direction du talon {fig. 27),
Nous ne possédons que trois échantillons (') de ces diverses variétés dans notre collection personnelle {pl. VI, fig. 2, 5); cependant, il ne s’agit pas là d’une forme rare, car la collection Cousin n’en renferme pas moins de dix exemplaires, dont trois seulement ont une indication d’origine précise.
D’après les spécimens connus jusqu’ici, il est possible d’établir le tableau de répartition suivant ;
(^) Encore ces échantillons, par suite de l’usure de la lame, ne sont-ils pas très typiques; nous aurions pu les classer parmi les haches à tranchant semi-circulaire, si nous n’avions été éclairés sur leur forme primitive par des eomparaisons avee des pièces mieux conservées.
14*^ KTIINOGRAPIIIE ANCIENNE DE l’éQUATEUR.
Région des Garas.
Quito (407, I, p/. A'I', /îg. 20-22, pE XVI, fig. i8) 4
Vallée de Cliillo (Tr. n» 9678) i
Cliillogallo (Coll. Co usin) ‘2
Cotocollao (249, pl. I, fig. l) 1
Total ... 8
Région des Puruhaes.
Riobamba (Tr. n» 9675; 92, p. 148, fig. I. p) a
Penipe (92, p. 148, ^g. I, g) 1
Acbupallas (27, pl. XXIX, fig. 1) i
Tixan (Coll. Cousin) I
Total 5
Région des Canaris.
San Bartolomé (/;/. W,fig. 2) 1
Région de Cnenca {pl. IV, fig. 5) 1
Sigsig I
Total 3
Région orientale.
Zunag (407, I, pl. XVI, fig. o.o) i
Mâcas (407, I, pl. XVI, fig. 16, 17, 19) 3
Muratos, Iribu des Jibaros (315, pl. l, fig. 2 ; 132, p. 219) 2
Total 6
La fréquence relative de ces objets dans la région orientale équatorienne, cependant encore si peu explorée, conduit à supposer que la hache à encoches est un outil essentiellement amazonien ayant pénétré secondairement sur le haut plateau.
La répartition de ces outils au Pérou et en Bolivie corrobore entièrement cette hypothèse. En effet, alors qu’on ne rencontre la hache à encoches, ni sur la côte, ni sur le haut plateau, elle devient extrêmement fréquente sitôt qu’on pénètre dans les vallées des affluents supérieurs de l’Amazone; nous avons pu réunir 21 échantillons de ces haches provenant du Pérou et de Bolivie, dont deux seulement n’ont pas d’indication d’origine précise (112, p. i36, /;». j ; 161 6is, p- 70, /îg. 3o) ; or, tous ont été découverts sur le versant oriental, à savoir ; 7 à Chasuta, 5 à Tarapoto, I à Moyobamba (407, i, pi. xviii, fig. 6, 7-18), 2 à Piedra grande (Tr. n»’ 4069, 4072), 3 à Buturo (rio Tambopata) (287, pi. v, fig. 7, pi. vu, fig. 9-10), i chez les Indiens Guarayos (390, p. 36).
Nous trouvons encore une confirmation de l’origine amazonienne de la hache à encoches dans ce double fait, qu’elle est exceptionnelle dans les vallées diaguites, où l’on n’en a signalé jusqu’ici que trois spécimens de Cuenca de Londres, de Poman et de la Rioja (8, xx, p. 162-163, fig. i5i), et qu’elle liianque dans les pays chiliens et dans la pampa argentine, tandis qu’elle est, au contraire, très fréquente au Brésil, en particulier dans le bassin du Maranon. En effet, si on l’a rencontrée
OBJETS EXTRAITS DES TOMBES PRÉCOLOMBIENNES DE l’ÉQUATEUR. I^\g
dans les sambaquis du sud du Brésil (433, pi. i, fig. 2) et dans l’État de Rio Grande do Sul (305, p. 341, pi. VI, fig. 6, f), Netto fait remarquer avec raison qu’il s’agit là d’une forme particulièrement commune sur les deux rives de l’Ucayali, et probablement dans tout l’Amazone en amont de Tabatinga (28i, p. 493-494). Cette limite orientale, fixée par le savant archéologue brésilien, est toutefois encore trop étroite, car Koch-Grünberg a rencontré la hache à encoches sur le rio Caiarÿ-Uaupés (206, i, p. i5o, II, p. 9r, /ig. 52), Katzer chez les Mundurukù du Tapajôs (203 &,«, p. 39, /?g. 2-4, 6, 7), Barbosa Rodrigues dans un grand nombre de localités des départements d’Amazonas et du Grâo Para (') (30 61s), et le Musée du Trocadéro en possède huit spécimens des mêmes régions (n"' 5921-5925, 33434-33436).
Le même type se retrouve également en Guyane, dans le Surinam (Tr. n-» 1198,36577, 36578; 224, pi. I, fig. 2-6; 223; 384, pi. XVIII, fig. r-3; 202, pi. i-v, 192, pi. X, fig. 3-4), au Vénézuela [mter, p. 379, fis- 4), dans les Antilles (i5i, p. i58, fig. 77; 193, iii, pi. viii, fig. 6-, 384, p/. xviii, fig. 7), et Ratzel (325, ii, p. 586) en a représenté trois exemplaires typiques des Caraïbes des Indes occidentales. Nous citerons enfin un objet similaire du pays chibcha figuré par Restrepo (34i, pi. xxxviii,fig. 107).
Aux États-Unis, nous n’avons pu, malgré toutes nos recherches, trouver de pièces de comparaison. Seules, quelques haches de New-Jersey publiées par Abbott (2, p. 28, fig. i4, p. 223, fig. 2i4) pourraient être rapprochées du type fruste de la hache à encoches larges (^).
En somme, la hache à encoches est certainement un type amazonien.
e. Haches à oreilles.
On peut classer les haches à oreilles équatoriennes en trois groupes principaux, que nous désignerons sous les noms suivants ; a. Haches à oreilles, à talon concave; p. Haches à oreilles, à talon droit ou convexe; y. Haches à oreilles faisant saillie sur le plat.
a. Haches a oreilles, a talon concave. — Ces haches sont fort rares; les oreilles, au lieu de se détacher à angle droit de la hache, se relèvent de chaque côté du talon, en sorte que celui-ci est concave et que l’outil dans son ensemble a la forme d’un Y dont l’angle supérieur serait très ouvert {pl. IV, fig. 8). * (*)
(’) Un des spécimens figurés par le savant brésilien présente la particularilé d’être perforé en son centre, an milieu de la ligne qui joint les deux encoches. Cette pièce remarquable provient du bassin du Paru (30 bis,
fig- 43).
(*) Des outils en pierre taillée figurés par Rau (326, p. 379, fig. 2; 328, p. 401, fig. 2) et Mooreliead (274, I, fig. i63, 1G6, 167, 169, 171), trouvés dans le Missouri, l’Illinois et l’Arkansas, rappellent également par leur forme la hache à encoches. Ce sont des instruments agricoles.
l5o ETHNOGRAPHIE ANCIENNE DE l’éQUATEUR.
Nous en connaissons seulement cinq spécimens, dont l’un provient du pays pasto (Huaca), et trois du pays cara (Cayambe, Quito) (Coii, Cousin; 92, p. 148,
2A9, pi- 1, fig. p)-, le cincjuième, appartenant à la collection Cousin, n’a pas d’origine précise. Comme pièce de comparaison, nous n’avons trouvé qu’un objet rapporté par Crevaux du moyen Iça (/?§'. 28); Dalton (92, p. 149) signale toutefois
l'Tg, 28. — Ilaclie à oreilles, moyea Iça (i). Andésite compacte {Tr. n° b2Ç)3).
une hache identique des Indes occidentales, qui appartient au British Muséum.
[3. Haches a oreilles, a talon droit ou convexe. — Les haches de ce type présentent un grand nombre de variétés, qui se trouvent représentées dans nos planches {pi. IV, fig. 9-1 1, pl. V, fig. I, 2, 5, 7-12). Tantôt, les oreilles se trouvent exactement sur le même plan que le talon, qui est, par eonséquent, droit, tantôt celui-ci est nettement convexe (407, i, pi. xv, fig. i5; 92, p. 148, fiig. /, /). Dans les dimensions des oreilles, on note également des différences assez notables, ces appendices étant parfois très développés, tandis que, dans certains cas, ils ne forment qu’une très faible saillie. Plus notables sont les modifications qu’ils subissent dans leur forme. L’angle sous lequel ils s’unissent aux bords de la hache, parfois aussi obtus, que dans la hache à oreilles relevées {pl. IV, fig. 9, 10), se rapproche de l’angle droit sur certains échantillons {pl. IV, fig. 4) et devient aigu sur un très grand nombre de pièces. Dans ee cas, les oreilles forment le plus souvent un véritable crochet, accentué encore par la présence d’une gouttière destinée au passage du lien servant à fixer l’outil à son manche. Ces gouttières, qui ne font que très exceptionnellement le tour de la hache, formant dans ce cas une gorge peu profonde, sont presque toujours obliques en arrière et en dedans, beaucoup plus rarement transversales, cette dernière disposition se retrouvant précisément sur les échantillons qù le crochet est le moins accusé. Dans cette variété, la base de la hache a une Jorme trapézoïdale assez caractéristique, la largeur du talon étant nettement plus faible que la distance qui sépare les extrémités libres des oreilles; de plus, on observe avec une grande fréquenee une gouttière, parfois très profonde, creusée à la face postérieure du
OBJETS EXTRAITS DES TOMBES PRÉCOLOMBIENNES DE l’ÉQUATEUR. l5l
talon, destinée évidemment à loger le nianche de l’outil. Cette particularité se retrouve également sur un certain nombre de haches à encoches.
La forme de la lamé varie également beaucoup; elle peut être arrondie ou ovalaire {pl. V, fig. i, 8, 9), mais le plus souvent, les bords de la hache sont rectilignes, quelquefois presque parallèles {pl, /F, fig, 10, pl. V, fig. 12), mais presque constamment, divergents du talon vers le tranchant. Sur quelques pièces enfin, les bords s’incurvent nettement en dehors, près du tranchant, qui prend alors une forme semi-circulaire ou triangulaire. Cette variété, qui est assez rare, est représentée dans la collection du Musée de Bruxelles par deux beaux spécimens (27, p. xxix, fig. S, pl. XXXII, fig. ']), dont nous reproduisons le plus caractéristique {fig. 29), trouvé à
Eig. 29. — Hache à oreilles, Cotocollao (4), d’après Bainps (27, pl- XXXII, fig. -).
Cotocollao. Deux autres exemplaires, moins typiques, proviennent de Chillogallo et de Quito (Coii. Cousin; 92, p. i48, fig. I, k). Ccttc foriuc est intéressante, car elle est celle de la plupart des haches à oreilles (3 sur 4) connues jusqu’ici provenant de la région côtière; de ces trois pièces, l’une a été trouvée par Dorsey dans l’île de la Plata (') (103, pl. XLiii] et les deux autres par Saville aux environs de Carâques et de Manta (365, ii, pl. LXii, fig. 3-5). Ce dernier auteur ajoute (p. i65) qu’il a rencontré des haches tout à fait semblables dans la province d’Esmeraldas. Netto (281, p. 492) en a figuré un bel exemplaire du Brésil, et le Musée duTrocadéro en possède un autre dé l’Amazone (Tr. n» 5926).
Si l’on ne tient pas compte de ces variétés d’un même type, on peut établir la liste de répartition suivante (Q :
Région des Pastos.
Province du Carchi (142, pl. XXX) 3
El Angel (pl. IF, fig. 9) 1
Huaca (pl. IF, fig. 10) : 1
San Isidro (Coll. Cousin).: \ . 1 1 i ; ; : ; : . ; ; ; ; ; ^ I
Total 6
(^) Cette magnifique pièce ne mesure pas moins de 487“^“ de long sur Sia'""' de large.
(^) Nous avons pu réunir en tout io4. haches à oreilles , provenant de l’Equateur, dont 17 seulement n’ont pas d’indication d’origine précise. (Coll. Reinhuvg et Cousin; 27, pl. XXIX, fig. 2-3, pl. XXX, fig. 6, pl. XXXI, fig. 4, 6, pl. XXXII. fig. 1 , 3, .8).
2 ETHNOGRAPHIE ANCIENNE DE l’ÉQUAïEUR.
Région des Car as.
Province de l’imbabura (142^ pl. XXXVI, fig. 2) i
Hatunlâqui (132, p. 221) i
Cusubamba (407, I, pl. XVI, fig. lo) 1
Carânqui (92, p. 149) i
Otavalo (92, p. i48, fig. I, c, e] 1
Macbaclii (27, pl. XXXII, fig. 5) i
Cayanibe (Coll. Cousin; 92, p. i49-i5o; 132, p. 22i) 4
Chillogallo (27, pl. XXX, fig. i; Coll. Cousin et Frandin) 5
Vallée de Chillo (Tr. n” 9678, 9677) 2
Quito (407, I, pl. XV, fig. 8-i5, pl. XVI, fig. 6, n; 92, p. i48, fig. I, i,k 12
Olalla, près Quito (92, p. 148, /ig. 7, g) 1
Tumbaco (Coll. Cousin) 2
Intag (27, pl. XXVIII, fig. 3) i
Cotocollao (27, pl. XXXII, fig. T} I
Total 155
Région des Latacungns.
Pillaro (Coll. Cousin) I
Mulalô, près Lalacunga (407, I, pl. XVI, fig. 2) i
Banos (407, I, pl.XVI, fig. i3) i
Total 3
Région des Puruhaes.
Riobamba (Tr. n'” 9C74, 9679; 407, I, pl. XVI, fig. b) 3
Tixan (Coll. Cousin; 27, pl. XXX, fig. 2; 132, p. 221) 3
Quero (92, p. i48, fig. I, h) i
Penipe (92, p. i5o) i
Total 8
Région des Canaris.
Inga-pirca 1
Cojitambo 3
.lordan 3
Paute (Coll. Rivet; Tr. n° 9670) 2
Azégues (27, pl. XXVIII, fig. ii', i
Huahualzbuma i
Sigsig 5
Chordeleg i
Cuenea (407, l, pl. xvi, fig. 7-9 3
Cumbe i
Nabôn t
Total 22
Région des Paltas.
Chuquiribamba (74) i
Région côtière.
Manabi (101, p. 290) 1
Ile de la Plata (103, pl. XLlll) i
Environs de Caràques (365, II, pl. LXII, fig. 3) i
Environs de Mania (365, II, pl. LXII, fig. b) i
Total 4
OBJETS EXTRAITS DES TOMBES PRÉCOLOMBIENNES DE l’ÉQLIATEUB. i53
Région orientale.
Pdpallacla (TV. n° 5G79' i
Santa -Inès (407, pl. XVl, /tg. >2 i
Mâcas (407, I, pl. XVI, /ig. 4, i4, i5 3
Abijiras (101, p. 2o3, /îg. 4) '
Colos (101, [). 285-286, fig. I, 2, 2
Total 8
En résumé, la hache à oreilles est fréquente dans toute la vallée interandine ; elle est rare dans la région côtière. Par contre, elle doit être commune dans le bassin du haut Amazone, où on l’a rencontrée avec une fréquence relative, quoique cette contrée soit encore bien imparfaitement explorée.
L’étude de la répartition de ces haches d’après leur forme conduit à des constatations intéressantes. C’est ainsi que les variétés les plus primitives, c’est-à-dire celles où les oreilles sont moins bien disposées pour la fixation au manche, se rencontrent exclusivement dans la région côtière et dans les provinces septentrionales (pays des Pastos, des Garas et des Latacungas). Dans le pays pasto, on ne trouve même que ces variétés ; la hache à oreilles en forme de crochet ne eommence, en effet, à apparaître que dans le territoire cara, puis elle devient de plus en plus fréquente à mesure qu’on descend vers le Sud, pour devenir dominante en pays canari. Ces faits montrent de la façon la plus nette que l’industrie des habitants primitifs de l’Equateur suit une évolution progressive, continue, des provinces septentrionales aux provinees méridionales. Nous rappellerons à ce sujet que la hache simple néolithique se rencontre pour ainsi dire exclusivement dans la région des Pastos, et que plus on se rapproche du Pérou, plus elle devient rare, jusqu’à disparaître presque complètement de l’outillage des Puruhaes et des Canaris.
Au Pérou et en Bolivie, on constate une répartition analogue à celle de l’Equateur. Sur la côte, la hache à oreilles se rencontre rarement : le capitaine Berthon en a rapporté un bel exemplaire des environs de Lima et Giglioli l’a signalée à Virù, Moche, Ancon et Pachacamac (132, p. 226). Elle est un peu plus fréquente sur le haut plateau, où elle a été trouvée (') à Sacsaïhuaman (Ti. 1.°» 4070, 4071), à Tiahuanaco {pl. IV, fig. 4; pl- V, fig. 6; Tr. n» 4068; 152, p. 68; 407, i, pt. xix, fig. i4; 132, p. 226), à Llata (département de Junin) (362, p. 59), à Chusecani (287, pi. v, fig. 10), à Puno (132, p. 226)
et a Tarija (Coll. de Créqui-Montfort et Sénéchal de la Grange: 11“' 365o, 3655) enfin, elle devient tOUt a
fait commune sur le revers oriental des Andes, où on l’a rencontrée à Chasuta (Guallaga), à Juan Guerra (Tarapoto), chez les Indiens Maperi (407, i, xviii, fig. 1-4,21), et Lorenzos (Tr. n» i6384), à Llinquipata, à Chia, à Sina, à Quiaca, ehez les Huachi-
(^) Un échantillon a été égalemeirt figuré par Rivero et Tschiuli, mais sans indication d’origine (344, pl. XX XIV, fig. 2).
Arc de méridien équatorial, l. Vl, (i).
l54 ETHNOGRAPHIE ANCIENNE DE l’ÉQUATEUR.
pairis (285, p. 282, fis. 4-, 286, p. 92, fis. 5, a, h\ 287, pi. V, fis. 4, 6, 8, g), SUT le Perené et le Cachiyacu (132, p. 2i8, 226), chez les Mosetenes du haut Béni (loi, p. 290) et chez les Guarayos (132, p. 235; 390, p. 36). Avec justc laison, Nordenskiold considère donc cette forme comme courante dans toutes les vallées des contreforts orientaux des Andes, dans le territoire compris entre le Pérou et la Bolivie (286, p. 92) ; il est très probable que c’est de cette région du haut Amazone qu’elle a pénétré dans le haut plateau.
Au sud du Pérou, on ne retrouve la hache à oreilles en pierre que d’une façon aberrante. C’est ainsi qu’on en a découvert des exemplaires isolés à Saladillo dans la puna de Jujuy (283, p. (339), /?g. 5), à Pucarâ (département de Rinconada) (228, pi. v,d], dans la vallée du rio San Francisco (province de Jujuy) (284, pi. v, //g. 3) , à Molinos en pays diaguite (13, p. 212, fs. 25), dans la quebrada du rio Seco (province de Côrdoba) (301, p. 334, fis. 53), dans la pampa centrale, à 8^"^ du village de Victorica (230, /«. vi, n» 20) et sur le rio Curru-Leufù en Patagonie (300, p. 455, /;g. 164). Nous verrons que, dans presque toutes ces régions, elle a été remplacée par l’outil de cuivre de même forme, qui en est dérivé.
Vers le Nord et l’Est, l’aire de distribution de la hache à oreilles est plus étendue. On en a rencontré, en effet, des spécimens en Colombie (') (325, ii, p. 587; 407, pi. xiii, fis. i4, 19), dans les Guyanes (202, pi. vii-viii-, 224, pi. /, fis- i, pi. u, fis- 8), au Brésil (28i, p. 489, 493; 305, pi. IV, fis. 6, a, b; 30 bis, fis. 28-3o, 42), dans l’Amazonc (Tl-, n»' 4977, 33437, 33438) et enfin dans les Antilles, à la Jamaïque, à la Guadeloupe, à Sainte-Lucie et à Saint-Vincent
(193, 11, pl. VI, fis. 3, lll, pl. VIII, fis. 5; 92, p. 149; 243, p. 75i, fis- 23; 116, pl. XXI, fis. c).
Dolby-Tyler et Giglioli, après avoir signalé la fréquence de cette forme de hache chez toutes les tribus caribes des Antilles et de la Guyane, ajoutent qu’elle n’est pas moins commune chez les peuplades de même origine du Costa-Rica (loi, p. 290) ; toutefois, le seul spécimen que nous connaissions du Centre-Amérique est une pièce, assez peu typique, provenant du Chiriqui, qui a été figurée par Holmes (173, p. 3i, fis. i8).
Ce type de hache ne semble pas avoir pénétré en Amérique du Nord; cependant, Fewkes a trouvé dans les mounds de Casa Grande (Arizona) un outil de forme très semblable, qu’il décrit sous le nom de houe ou de bêche (-) (ii9, pi. xxxix, fis- d].
y. Haches a oreilles faisant saillie sur le plat. — ■ Ce type de hache, caractérisé par ce fait que les oreilles font, de chaque côté du talon, une saillie notable sur les deux faces de l’objet {pl. V, fig. 3, [\), est évidemment dérivé du type précédent, dont il n’est qu’un perfectionnement; il est le résultat d’une industrie locale limitée non seulement à l’Equateur, mais au pays cara. En effet, bien que,
[^) M. de Brettes a également rapporté au Musée du Trocadéro un objet (n<’36o4i), recueilli à Quinitana, qui représente exactement une moit’é de hache coupée suivant son axe longitudinal. Ambrosetti (13, p. 211, fis. 24) a figuré un objet en bronze déformé absolument identique provenant de Santa-Maiia, dans le pays diaguite.
(^) Moore (260, p. 875, fis. 17) a trouvé également, dans un mound de la côte occidentale de Floride, un objet en coquille déformé absolument comparable.
OnJETS EXTRAITS DES TOMRES PRÉCOLOMBIENNES DE L ÉQUATEUR. 133
sur les 17 exemplaires que nous connaissons, six n’aient pas d’origine précise (Coll. Cousin ), la répartition des onze autres est des plus nette (') :
Olavalo (Tr. n"* 9G80-9681; 92, p. i5o) 3
Cayambo (Coll. Cousin; 92, p. i48, ftg. I,f) O.
La Florida, près Tumbaco (Coll. Cousin; 27, pl. XXXI, flg. c 2
Vallée de Chillo (Tr. n” 9682) r
Quito (92, p. i5o; 407, I, pl. XVI, fîg. i,3 3
A notre avis, les trois variétés de haches à oreilles que nous venons de décrire sont toutes dérivées les unes des autres par suite d’une évolution progressive, marquée par l’amélioration constante des procédés de fixation de l’outil au manche, le terme le plus élevé de cette évolution étant certainement la belle hache à oreilles saillantes et récurrentes en usage chez les anciens Garas,
La hache à oreilles semble être un type essentiellement sud-américain, dont l’origine doit être cherchée, croyons-nous, chez les peuplades de l’est et du nord-est de ce continent, son introduetion sur les hauts plateaux n’étant que secondaire. Dans cette région, aux mains de populations plus civilisées, l’outil évolua rapidement vers des formes plus pratiques et plus maniables, et nous verrons que c’est là enfin que l’instrument de pierre fut remplacé par l’instrument de cuivre.
/. Haches à tranchant semi-circulaire.
Nous distinguerons dans les haches à tranchant semi-circulaire ;
a. Les haches à talon droit, court et non perforé;
(f. Les haches à talon droit, court et percé d'un orifice;
y. Les haches à tranchant relativement étroit, ci talon allongé, avec ou sans orifice;
0, Les haches à talon muni d'oreilles.
a. Haches a tranchant semi-circulaire, a talon droit, court et non PERFORÉ. — A ce type se rattache un outil très fruste de notre collection, que nous décrirons à part, en raison des eonditions particulières dans lesquelles il a été trouvé. Cet objet [pl. III, fig. i5) est en partie brisé : il manque une des extrémités du tranchant, mais il est facile de voir que celui-ci devait avoir une forme semi-circulaire. Le talon est intact. L’épaisseur de l’outil est faible, le maximum ne dépassant pas i/j™™; au niveau du talon, elle est de 12^^*^. Le fil de la hache est très ébréché par des éeaillures d’usage. Le polissage est très imparfait et a laissé subsister sur une des faces une forte arête, qui du talon rejoint le tranehant et correspond à un grand éclat enlevé au cours du dégrossissement. Le long du talon, on note également de
(*) Le Musée des Aniiquités nationales de Saint-Germain possède une hache de ce type portant l’indication suivante : Région des Garas, Cuenca (n® 28806). D’après ce que nous avons dit de la répartition des tribus équatoriennes, il est évident que l’une ou l’autre de ces indications est inexacte. Nous croirions volontiers que l’erreur porte sur le nom de lieu.
1^6 ETHNOGRAPHIE ANCIENNE RE l’ÉOUATEER.
multiples écaillures. Dans son ensemble, l’outil donne une impression de primitif ou d’inachevé que nous n’avons retrouvée sur aucun autre objet de notre collection, lia roche, dans laquelle il a été taillé, est une roche andésitique.
D’après Augusto N. Martinez, de qui nous tenons cette pièce, elle a été découverte par son frère, Nicolas G. Martinez, le 23 juillet 1901, pendant le forage d’un puits dans le jardin de l’École nationale d’Arnbato, à 45“^ de profondeur. Comme, d’après le géologue équatorien, le sol d’Ainbato est formé de cangagua, c’est-à-dire par un terrain provenant de la décomposition des andésites, dans lequel on a rencontré, en divers points de l’Équateur, des ossements de mastodonte, il en conclut que la hache qui y a été trouvée est quaternaire (24i).
Nous ne discuterons pas la question de l’antiquité de cet objet, n’ayant pas assisté à la fouille et les détails donnés par Martinez n’étant évidemment pas suffisants pour permettre de se faire une opinion sur ce point. Tel quel, l’objet est intéressant par sa facture et méritait d’être signalé; il n’est pas Sans analogie avec les pelles en schiste si fréquentes dans tout le territoire des anciens Atacamas (47, II, p. 648). On pourrait également le rapprocher de certains instruments en pierre taillée trouvés dans l’Illinois (329, p. 407, fig. 7) ou d’autres, grossièrement polis, recueillis sur les bords du lac Michigan (313, pi. vi, fig. a, 6) ; mais il ressemble davantage eneore aux haehes équatoriennes dont nous allons faire l’étude.
Ces haehes, caractérisées par un large tranehant semi-eireulaire et un talon relativement eourt, à bords parallèles ou faiblement divergents en arrière, non perforé, ne sont pas fréquentes, puisque nous n’avons pu en réunir que deux spéeimens (Coll. Cousin; 92, p. i48, /?g. /, s), dout uu seul a une indieation d’origine exacte : il provient de Santa Lucia, près Quito. Notre collection personnelle et la collection Cousin renferment deux haches de ce type, mais un peu modifié {fig. 5g, n*^ 18; pl. VI, fig. 10), en ce sens c{ue, le long du talon, se trouvent deux encoches se faisant face, évidemment destinées à fortifier l’emmanchure; notre exemplaire provient de Clîordeleg (pays canari). Uhle enfin a figuré un petit objet c|ui, par sa forme, rappelle absolument la hache typique, mais ne mesure cjue 55^^, de longueur (407, i, pi. XVII, fig. 22). Cette pièce est étiquetée comme venant de Quito.
Au nord comme au sud de l’Écjuateur, la hache à tranchant semi-circulaire ne se retrouve plus à l’état d’outil en pierre. En Colombie, on ne la rencontre que sous forme de pendelocjue de petites dimensions en pierre (Tunja) (Tr. n“ 528i) ou en or (Antioejuia) (44i, pi. lxv). Au Pérou, on retrouve la même forme d’instrument, mais le cuivre s’est substitué à la pierre. Baessler a figuré quatre de ces haches provenant de Pacasmayo, de Chiclayo et des environs de Lima (2?, f,g. 80, 82-84). C’est le même phénomène que nous avons déjà noté pour les haches à oreilles.
La présence en Équateur de la hache en pierre à tranchant semi-circulaire et à talon non perforé a une très grande signification. En effet, c’est la hache brési-
oi{.ii:ts kxtu.vits dks tomiîks i'récoi.omiîiknnes l’kquatfaiu.
lienne typique ('), dont Netto (28i), Barbosa Rodrigues (30 6is), Giglioli (I31), Schmeltz (367), Colini (83), Ratzel (325, ii, p. 582), Hartt (157), von Ihering (I88; 190; 191), Paldaof (305), Meyer et Uhle (248), Hochstetter (I68) ont publié de nombreux spécimens. D’après von Ihering (190, p, 67), elle est particulièrement répandue dans les provinces septentrionales, d’où proviennent deux des exemplaires figurés par Netto (28i, lû. vi , fig. 2b, 26) ; toutefois, on la retrouve un peu partout : dans les départements d’ Amazonas [sur les rios Uatumâ, Yatapù (30 bis, fig. 4, 5) et Machado (I68, pi. v, fig. 6), dans le pays des Mauès et sur l’Amazone (157, pi. vu, fig. 4, 7)], du Para (28i, pi. vi, fig. 3o) [chez les Poracramecrams (I68, pi. v, fig. 3), Carahé (i3i, pi. iii, fig. .) et Gaviôes (325, ii, p. 582) du Tocantins et les Yurunas du Xingù (28i, p. 490, note i)], de Maranhào (28i, pi. vi, fig. 28), de Piauhy (157, pi. vu, fig. 5), de Pernambuco (Xr. n» 5o34), de Goyaz [sur le haut Tocantins (157, pi. vu, fig. 2) et chez les Indiens Carajâs (191, p. 559)], de Minas Geraes (I57, pi. vu, fig. 1,3), de Sào Paulo (190, p. 68, fig. 5; 191, pi. XXII, fig. 22, 24), du Paranâ, de Santa Catharina (157, pi. vu, fig. 6, II) et de Rio Grande do Sul (I88, p. (2i8)-(2r9); 305, p. 341).
Une des haches figurées par Hochstetter (I68, pi. v, fig. 6), provenant du rio Machado, présente, comme deux de nos échantillons équatoriens, deux encoches se faisant face de chaque côté du talon. -
Du Brésil, la hache à tranchant semi-circulaire a pénétré dans la Guyane anglaise (264, p. 5o2, fig. 29) et dans les Antilles (49, pi. xxi-xxiii-, 243, p. 794, fig. 122). Par contre, elle paraît très rare aux Etats-Unis; nous ne connaissons du moins que deux spécimens recueillis par Moore dans l’Alabama (259, p. 340, un échantillon rencontré dans un mound du Pulasky county (Arkansas) par Thomas (397, p. 245, fig. i5o) et l’exemplaire un peu fruste trouvé par Phillips sur les bords du lac Michigan (3i3, p/. vin, fig.c").
En résumé, comme la hache à encoches et la hache à oreilles, et plus sûrement encore que pour celles-ci, la hache à tranchant semi-circulaire et à talon non perforé nous paraît un type originaire des régions orientales, n’ayant pénétré que secondairement sur le haut plateau interandin.
Haches a tranchant semi-circulaire, a talon court et perforé. — Ces haches appartiennent à plusieurs types : le type 1, qui semble le plus fréquent, est caractérisé par un talon à côtés parallèles ou faiblement convergents vers la partie postérieure, et par un tranchant qui excède peu en largeur la largeur maxima du talon {fig. 3o, fig. 5q, n" 9). Il a été rencontré à Cayambe (-) (92, p. iSi, fig. ii, /), à
(^) La fameuse hache de Montezuma de la collection Ambras de Vienne (111, p. 142, /ig- 96) appartient à çe type, et celui-ci est considéré comme si caractéristique de la légion brédlienne que Hochstetter (168), llamy (149), et à leur suite tous les ethnographes, n’ont pas hésité, contrairement à la tradition, à considérer cette pièce comme provenant du Brésil et non du Mexique. Andrée a fait de même pour un autre exemplaire non identifié (19 ter). :
(^) Cet objet rappelle d’une façon frappante les haches à soie d’Extrême-Orient. La collection Cousin renferme un échantillon plus typique encore, car le talon n’est pas perforé; malheureusement, il ne porte pas d’indication d’origine (Jlg.3i). Deux outils absolument semblables, trouvés dans la vallée du Mississippi et l’Aikansas, ont été figurés par Sqnier et Davis (384 6i.s, p. 218, fig. 112,11“ 2) et par Rau (331, p. 25, fig. 97).
l58 ETHNOGRAPHIE ANCIENNE DE l’ÉQUATEUR.
Tumbaco (Coii. Cousin), à Quito, àBanos (') (407, i, pi xvi, fig. 21, 22,24), à Guano (92, p. i5i, fig. //, k) et à Inga-pirca (27, pi. aaa', fig. 3). Dans le type 2, au contraire, le tranchant prend un
Fig. 3o. — Hache de Tumbaco (Coll Cousin) ( j),
très grand développement par rapport au talon dont les côtés sont parallèles {pl. V I, fig. 3). Cette forme est représentée par trois échantillons dont deux, appartenant à
Fig. 3i. — Hache de l’Équateur (Coll, Cousin).
notre collection personnelle, proviennent de Pucara (région des Canaris) et le troisième de Guano, près Riobamba (92, p. i5i, fig. n, i). Les types 3 {pl. V I, fig. 9) et 4 [pl. V I, fig. 8) sont exceptionnels ; le premier est représenté par un exemplaire unique trouvé à Chordeleg, le second par deux pièces seulement recueillies dans la région des Pastos (142, pl. XXIX) et à La Tola, près Yaruqul. Le type 5, enfin, ne nous est connu que par un échantillon du Musée d’ Ethnographie du Trocadéro [fig. 82), c{ui provient de Guano (Q et a été déjà décrit et figuré par Hamy (150).
(') Dans un de ces échantillons de Banos, le talon est à peine un peu moins large que le tranchant, dont les extrémités ne forment qu’une très légère saillie de chaque côté {J'g. Sq. n° 9).
(^) Cette hache était enfilée sur un anneau de cuivre et portée au cou en pendeloque (Jig'. 5o).
OBJETS EXTI’.AITS DES TOMBES PBÉCOLOMBIEXNES DE l’ÉQUATEUR. 1 59
Malgré les différences morphologiques qui séparent ces diverses formes, nous pensons qu’on peut y voir des dérivés d’un seul et même type fondamental; aussi, donnons-nous leur répartition sans tenir compte des variétés qu’ils présentent :
Région (les Paslos ....
Région des Garas
Région des Latacungas Région des Puruhaes. . , Région des Canaris. . . .
Cette forme de hache paraît très rare en Amérique du Sud; du moins, n’avons-
nous trouvé comme objet comparable qu’un spécimen brésilien publié par Barbosa Rodrigues (30 bis, //g. ^o] et une pièce provenant d’Amaicha (région diaguite) figurée par Ambrosetti (8, xix, p. 228, fig. 146). Boman (47, i, p. 372, /?g. 67, /) a recueilli à Tastil, dans la même contrée, une petite pendeloque en argent qui est exactement la reproduction de notre type 2. Par eontre, cette forme de hache se rencontre avec une assez grande fréquence dans l’Amérique du Nord, le type de beaucoup le plus répandu étant notre type 1. On l’a signalée en effet dans les Etats d’Indiana (307, pi. XIII, fig. 2), du Kentucky (331, p. 25, fg. 96; 439 bis, p. 057, fig. 29, n» 96; 274, i, p. 371), de la Caroline (127, p. 1 10), du Tennessee (127, p. 1 10; 397, p. 383, fig. 263), de l’Arkansas (127, p. no; 169, p. 478, fig. 162) ('), du Mississippi (384 6is, p. 218, fig. 114, n» C), de la Louisiane (204, p. 242, fig. 5i, b), de l’Alabama (-) (266, p. 393, fg. 90; 50, p. 193, fg. 42; 265, p. 142, fg. n; 259, p. 326, fg. 47), de la Géorgie
La pièce de l’Arkansas publiée par Holmes présente la particularité d’avoir une double perforation : l’une, très large, est centrale; l’autre, beaucoup plus petite, a été pratiquée tout près du bord postérieur du talon.
(^) A Moundville, dans l’Alabama, Moore a trouvé un objet en coquille fort curieux représentant une de ces haches emmanchées (266, p. 398, fg. 99).
l6o ETIlNOGnAPIllE ANCIENNE DE l’ÉQUATEUR.
(199, pl. XIV, fig. i4; 274, I, fig. 373; 258, p. 176) et de la Floride (254, p. 40, ftg. 20; 261, Part I, p. 473), c’est-à-dire dans la région du sud-est des Etats-Unis.
Cette répartition serait très mystérieuse, si nous n’avions, pour la comprendre, et l’expliquer, les renseignements sur Faire de distribution du type précédemment étudié. Il est évident que la hache à talon perforé n’est qu’un dérivé de la hache à talon plein. Du Brésil et du nord-est de l’Amérique du Sud, celle-ci a pénétré peu à peu, d’une part sur les hauts plateaux des Andes, d’autre part dans les régions du sud-est de l’Amérique du Nord. Ici comme là, aux mains de populations plus indus-
Fig. 33. — Hache de rÉ(|iiateur (Coll. Cousin).
trieuses OU plus avancées, l’outil s’est perfectionné et le premier stade de cette évolution progressive est marc|ué par l’apparition d’un orifice dans le talon, destiné à renforcer l’emmanchure, et de formes plus artistiques qui montrent que l’ouvrier s’affranchissait peu à peu du modèle primitif. Le second stade, encore plus important Cjue le premier, est marcjué par la substitution du cuivre à la pierre, substitution qui se fit en Équateur même, mais qui semble avoir surtout été l’œuvre des populations péruviennes, ainsi que nous l’avons déjà signalé et que nous le montrerons en étudiant les objets en cuivre.
Nous avons dit, il y a un instant, que, dans la vallée interandine, la hache à talon perforé apparaît sous une série de formes où se révèle la fantaisie et en même temps la maîtrise de l’artisan; notre planche VI en représente les plus typiques. Pourtant, il en est une cjui n’y figure pas, bien qu’elle soit assez répandue : dans cette forme, une des extrémités du tranchant manque, celui-ci s’arrêtant brusquement d’un côté, dans l’alignement d’un des bords du talon {fig. 33). Whymper (432, p. 271, f,g. k-o) a figuré cinq de ces instruments, et la collection Cousin en renferme trois, tous
On,IF,TS EXTRAITS DES TOMBES l'RÉCOLOMlilENNES DE e’ÉOUATEUR. l6l
malheureusement sans indication d’origine. Cinq autres proviennent d’Otavalo, de Cayambe (92, p. i5i, /(g. ii, n-p), de Tumbaco [21, pi. xxix, f,g. b) et de Quito (407, i, pi. XVII, fig. 5), c’est-à-dire du pays cara. Nous n’avons pas trouvé d’exemples de ces formes asymétriques en dehors de l’Equateur; mais Dalton (92, p. 152) signale une hache semblable, quoique beaucoup plus fruste, des Indes occidentales, conservée au British Muséum.
y. Haches a tranchant semi-circulaire relativement étroit et a talon ALLONGÉ, AVEC OU SANS ORIFICE. — Ce type, doiit la figure 7 de la planche VI représente une des formes, est assez fréquent en Equateur. Sauf sur un seul exemplaire appartenant à la collection Cousin, malheureusement sans indication d’origine, il présente toujours un orifice dans le talon et, très fréquemment, le long de celui-ci, des ornements en relief constitués par une ou deux bagues, divisées par plusieurs rainures parallèles. Les variantes portent sur la forme et la direction du tranchant; celui-ci est tantôt semi-circulaire, tantôt semi-elliptique; parfois, ses extrémités rejoignent les bords du talon par une courbe régulière, mais, le plus souvent, cette liaison se fait par une ligne perpendiculaire à ceux-ci; plus rarement enfin, le tranchant, comme sur notre échantillon, a une direction oblique; il se peut d’ailleurs que. cette disposition provienne d’une usure irrégulière de la lame à l’usage.
Sur 16 haches de cette forme que nous connaissons, quatre n’ont pas de provenance certaine (Coii. Cousin; 315, pi. I, fig. G); les autres se répartissent ainsi :
Région des Pastos.
Carclii (142, /V. XA'/A) i
Région des Garas.
Cai'ànqui (142, pl. XXXVI, /?g. 3) 1
Cayambo (92, p. 162) i
Pifo (407, 1, pl. XVI, fig. 2‘i 1
Tumbaco (27, pl. XXXIII, fig. 2, 10; 92, p. 162 ; Coll. Cousin) 4
Olalla, près Q'iilo (92, p. i5i, fig. II, h] i
Total 8
Région des Pundiaes.
Riobamba (92, p. i52j i
Région des Canaris.
Sigsig (92, p. i5i,/ig. //, g)
Yunguilla i
Total 2
En dehors de l’Equateur, cet instrument se rencontre le plus souvent sans orifice dans le talon, et la coupe de celui-ci est presque toujours de forme arrondie
Arc de méridien équatorial^ t. \I, (t).
ETIINOGUAPIIIE ANCIENNE DE l’ÉQUATEUR.
ail lien d’être aplatie, comme sur nos échantillons (') : tel est le cas des spécimens découverts en pays chiriqui (236 ter, p. 25, fîg. n), dans les Antilles (49, p. 321, fig. 21; 193, iii, pi. xi, ftg. 20; 243, p. 75i, /îg. 24) et aux Etats-Unis, dans le Wisconsin (219, p. 86, fis- 55-56), le Kentucky (274, 1, //g. 429), le Tennessee (399 p. 295, /(g. 208, />/. vy ; 199, />/. af/7, /ïg. 2), l’Arkansas (127, p. III, fig. iii), l’Alabama (265, p. i5i, fig. 26), la Caroline du Sud (439 6iy p. 657, /ig. 29, n<>99) et la Floride (254, p. 23, fig. n, p. i38, fg. i; 255, p. 461, fg. 12). Toutefois, Peabody et Moorehead ont décrit des gorgets de l’Ohio et d’Indiana absolument semblables, comme forme, au type éc|uatorien, et, comme lui, avec le talon perforé (307, pi. v, /ig. i, 2, pi. XIII, fig. 2). Un autre, avec double perforation incomplète, provient de l’Alabama (259, p. 340, fig. 60).
Cette répartition prêterait aux mêmes considérations que celle de l’outil précédent et confirme les conclusions que nous avons cru devoir en tirer, car les deux formes sont évidemment très voisines et l’on trouve entre elles de nombreux termes de passage.
0. Haches a thanciiant semi-circulaire et a talon a oreilles. — Uéjà, sur un échantillon que nous avons classé dans la catégorie des haches à talon perforé, il existe des oreilles très nettes { fig. 32). Dans les pièces c[ue nous étudions ici, il n’existe jamais d’orifice; le talon a tantôt une forme arrondie {pl. VI, fig. i), tantôt il est rectiligne, et, dans ce cas, certains outils ressemblent beaucoup à quelques-uns de ceux que nous avons rangés parmi les haches à encoches larges {pl. VI, fig. 5). De même, quelques haches à encoches étroites dont le tranchant prend une forme semi-circulaire {pl. VI, fig. 2) auraient très bien pu figurer ici, car le caractère sur lequel nous nous sommes basés pour les classer dans la première catégorie, à savoir que la largeur du tranchant n’excède pas celle du talon, paraît être d’ordre secondaire, et l’on trouve entre l’outil à tranchant très large et l’outil à tranchant étroit toute une série de transitions.
La hache à tranchant semi-circulaire et à oreilles n’est pas une forme très commune en Equateur. De la variété à talon arrondi, nous ne connaissons que deux exemplaires provenant de Riobaniba (92, p. 148, fig. i, i) et de la région de Cuenca {pl. VI, fig. i). La seconde variété est représentée par deux échantillons publiés par Bamps (27, pl. XXX, fig. 4, pl. XXXI, fig. 2) sans provenance exacte, etpar deuxautres pièces, trouvées en pays cara, à Chillogallo (coii. Cousin) {fig. 5g, n® 28) et à Quito (407, i, pi. xv, fig. 24).
Pour rencontrer des termes de comparaison, c’est encore au Brésil qu’il nous faut chercher : Netto a, en effet, décrit des objets en tous points comparables
(^) Jusqu’ici, cette forme de hache n’a pas été signalée au Pérou, mais suivant une évolution dont nous retrouverons à chaque instant des exemples au cours de ce travail, on rencontre dans cette région la réplique exacte en cuivre de l’outil en pierre équatorien. On en a recueilli de nombreux échantillons à Pacasmayo, à Chiclayo, dans les environs de Lima (23, fig. 80-86), à Ancon (320, p. i43, fig. 40) Chimu et généralement dans toute la zone côtière (387, p. 175-176).
OBJETS EXTRAITS DES TOMBES PRÉCOLOMBIENNES DE l’ÉQ DATEUR.
(281, pi. VI, fig. 29) ; mais le grand centre de ce type est certainement aux Antilles : Ameghino (I8, ii, pi. xvii, fg. 620) a figuré un outil absolument semblable à notre hache à talon arrondi provenant de la Guadeloupe, et Branch nous a fait connaître des objets similaires de Saint-Kitts et Nevis (49, pi. xxi, fig-n, 12, 14). Toutefois, la forme qui paraît prédominer dans ces îles est celle dont nous avons donné une figure {pl. VI, fig. 6) et dont de nombreux échantillons ont été déjà publiés (') (243, p. 774-775, fig. 72-74; 49, pl. XXI, fig. 19). La parenté de ces divers types est d’ailleurs évidente.
Nous verrons que, comme pour toutes les variétés de haches à tranchant semicirculaire, la forme a persisté en Equateur et surtout au Pérou, lorsque le cuivre a remplacé la pierre pour la fabrication des outils et des armes.