‹ Ethnographie ancienne de l'EquateurChapitre 51 sur 149 · DISQUES DE PIERRE · texte numérisé non relu

DISQUES DE PIERRE

a. Disques de pierre perforés.

Les figures i-4 et 8 de notre planche VIII donnent une idée de la variété déformé des pierres perforées qu’on rencontre en Équateur. Il faudrait toutefois y ajouter une forme très fruste, dont Uhle a représenté deux spécimens provenant de Quito (407, I, pi. XVII, fig. 9, 10), où le contour est presque quadrangulaire et qui ne donnent pas l’impression de fini des pièces similaires rencontrées dans la même région. Un exemplaire de la collection Reinburg, également très fruste, a une forme franchement ovalaire; il a été trouvé à Pifo.

Ces objets sont d’une extrême fréquence dans toute la partie méridionale de la vallée interandine, tandis cju’on ne les rencontre pas dans le pays des Pastos, et qu’ils paraissent rares dans celui des Caras, des Latacungas et des Puruhaes et dans toute la région côtière, ainsi qu’il résulte du tableau suivant :

Région des Caras.

Cayambe (27, pl. XXX/F, /tg. 2) 1

Quito (407, I, pl. XVII, fig. 9-10; 92, p. i52) 3

Pifo (Coll. Reinburg) I

Total 5

Région des Latacungas.

San Miguel (Tr. n° 9684) i

Région des Puruhaes.

Riobamba (Tr. n“ 9688)

OBJETS EXTRAITS DES TÜJIBES PRÉCOLOMBIENNES DE l’ÉQUATEUR. 167

Région des Canaris.

La Capilla, près Canar 2

Azôgues 1

Cojitambo-Pillcuinarca 1

Surampalle (Deleg) 1

Cuenca (Coll. Rivet; 407, I, pl. XVII, fig. lü) 2

Quinjeo (27, pl. XXXIV, fig. q] i

Jordan 2

Sigsig I

Gualaceo i

Faute I

Total i3

Région côtière.

Ile de la Plata (103, pl. LV) 2

C’est également dans le pays eanari que nous trouvons les l'ormes les plus évoluées {pl. VIII, fig. 3).

Il s’agit là, comme l’on sait, d’un instrument extrêmement banal en Amérique. Au Pérou, on le rencontre sur la côte, où il a été signalé à Chiclayo ('), à Intza, à Chincero (132, p. 280), dans les environs de Lima (Coii. Beniion), à Aneon (S'-g. h» 28102), à Chimbote (319, pi. x, fig. 20) et à Arequipa (312 ii>; 132, p. 280), aussi Iiien que sur le haut plateau. De eette région, le Musée du Troeadéro possède 5 éehantillons (•), sans indication d’origine (u»' 4000-4002, 40S6-4087), un de Vileashuaman (u" 20921), deux de Santiago (i^m 6476- 16477). D’autre part, Uhle (407, i, />/. ak///, /ij. 19, 28) et Nordenskiold (287, pl. IV, fig. 7) en ont figuré de Cajamarca (^) et d’Ollaeliea.

En Bolivie, le disque perforé est d’une extrême fréquence ; on en connaît de très nombreux spécimens de Tiahuanaco, de Cotana (La Paz), des environs de La Paz,

et de Tarqa (Coll. je Crcqui-Montfort et Sénéchal de la Grange; 312 fcts ; 407, I, pl. XIX, fig. i-6 ; 47, II, p. 684-685*

3i8 6is, p. ioi,/ig. 3o, 6), et Posnansky a noté qu’on le rencontre très souvent sur les rives du Titicaca (3i8, p. 5).

Mais le domaine par exeellenee du disque perforé est certainement le Chili. En général, il atteint dans ce pays des dimensions considérables : sur les 167 exemplaires étudiés par Dûtes, 48 pèsent entre 1000^ et 2000® (300, p. 440). Girard de Rialle (136, p. 646) en a signalé un spéeimen de *Lolol (province de Curicô) dont le poids est de 45608, et deux autres d’Aiitueo (vallée du rio de La Laja) et de Tagua-tagua (province de Colehagua), qui pèsent respeetivement 16708 et g35°. Le Musée

(^) Sur cet exemplaire, le canal central se prolonge en une véritable douille, disposition qui existe à l’état d’ébauche sur une de nos pièces équatoriennes (pi. VIII, fig. 3).

(^) Un de ces échantillons (iC 4ooi) semble une ébauche de disque étoilé à 4 branches; il co.islitue un excellent intermédiaire morphologique entre le disque simple et le disque étoilé.

(^) Un de ces échantillons est d’une forme très irrégulière et semble n’être qu’un galet perforé n’ayant subi aucune taille.

ETHNOGRAPHIE ANCIENNE HE e’ÉQUATEÜR.

du Trocadéro en possède un exemplaire analogue d’Arauco (n" 1C479). Enfin, sur les 276 spéeimens examinés par Canas Pinochet, neuf pèsent entre Sooo^ et 4ooo*^, et run d’entre eux atteint le poids de 5g8o^ (67 6(.s, p. 254-260) ('). Cependant, le type à dimensions réduites se retrouve également avec frécjuence (407, i, pi. xix, fig. 27; 247, p. i4i, fig. 28-45; 132, p. 255-256; 319, pl. X, fig. 21).

Au point de vue de sa répartition au Chili, tous les auteurs sont d’accord pour reconnaître que le disque perforé est beaucoup plus fréquent dans la région centrale (247, p. i4i), entre les rios Malleco et Aconcagua iei bis, p. 200) , en particulier dans la province de Colchagua (132, p. 255). Philippi (312 6(s) lui assigne comme limite septentrionale le parallèle 280,80 et comme limite méridionale le parallèle 38®. Il semble toutefois que cette limite doive être reportée plus au Sud, car Guevara [cité par Girard de Rialle [136, p. 640)] signale la grande fréquence de ces objets en Araucanie, jusqu’au rio Toltén au Sud, notamment dans les régions qui s’étendent du rivage du Pacifique jusqu’à la base des premiers contreforts des Andes. Suivant Outes (300, p. 444), le disque perforé a été rencontré depuis Tarapaeâ au Nord jusqu’à Llanquihue au Sud, en exceptant toutefois les provinces d’Atacama et d’Antofagasta, mais le savant archéologue argentin pense qu’en fait, il a dû être en usage dans tout le Chili, sauf dans l’Extrême-Sud, c’est-à-dire dans les provinces de Chiloé et de Magallanes.

Nous pensons qu’il vaut mieux, pour ne pas s’écarter des faits, s’en tenir aux limites fixées par Bonian (47, ii, p. 684), qui correspondent d’ailleurs à celles déjà indi([uées par Canas Pinochet (67 bis, p. 200) : Coquimbo au Nord et Valdivia au Sud. En dehors de cette zone, le disque perforé est certainement très rare ; pour notre part, nous ne connaissons qu’un seul exemplaire provenant de Chiu-Chiu (province d’Antofagasta) (247, p. 141),

Du Pérou, de la Bolivie et du Chili, le disque perforé a pénétré en Argentine. On en a, en effet, signalé des exemplaires provenant du versant oriental des Andes au delà de la passe de Tinguiririca (312 bis), de la région andine de la Patagonie (300, p. 437 et suiv.), de San Juan (5 bis, p. 36, fig. 7), des vallées calchaquies (I8, i, pi. viii, fig. 422) et de la puna de Jujuy (47, n, fig. 140, /?g. i53, a-c).

Plus à l’Est, le disque perforé se retrouve au Paraguay (Villarica) (Tr. n» 16478), et fréquemment dans les provinces méridionales du Brésil, en particulier dans Bio Grande do Sul, d’où de nombreux spécimens ont été figurés par Kunert (209; 210; 211), Netto (281, p. 494), von Ihering (190, p. 64-67 ; 191, p. 521), Paldaof (305, p/. /e, //g. 18-20) et Kœnigswald (207, p. 344, fig. ii-i3). Comme un grand nombre de nos pièces équatoriennes, les pièces brésiliennes présentent un pourtour presque tranchant.

Au Nord, le disque perforé a été rencontré en Colombie, dans la Sabana de Bogota et à Fontibon (Tr. 31984-31986), au Costa -Bica ( 319, />/. x, /ig. 19; i55, pi. xxxiv, fig. b-.

(*) Canas Pinochet cite même une pierre trouvée à Goncepciôn, qui mesurait 76'" de diamètre et pesait I lo''^ (67 bis, p. 196).

0I5.IETS EXTRAITS DES TOMBES mÉCOLOMBIENNES DE l’éQUATEUU. [69

156, pi. XXXI, fig. 4-9; Tr. n"4oo65), DU Guatémala (132, f.. 184) et au Yucatan (398, pi. vu, /ig. 2, /). Au Mexique, J’instrument semble rare. C’est évidemment par erreur ou par suite d’une confusion c^u’Ameghino (I8, i, p. 443) dit avoir vu un grand nombre de pierres perforées mexicaines de cette forme au Musée du Trocadéro; nous reproduisons en effet ici le seul exemplaire que possède cet établissement {pl. VIII, fig. 7). On en a recueilli quelques spécimens à México même (372, p. 85o, /îg. 46), dans le Chihuahua (I66, p. 85, pi. xf/, /?g. n) et dans le département de Vera-Cruz (394, ii, pz. viii, fg. 49).

Dans les Antilles, le disque perforé est également rare; pourtant, on l’a rencontré à Porto-Rico (243, ]>. 817, fis- 182).

Par contre, il est très répandu dans l’Amérique du Nord. Toutefois, sa distribution ne paraît pas uniforme et permet de distinguer trois zones bien définies. La première comprend toute la région littorale occidentale, c’est-à-dire l’archipel Californien (Tr. Coll. Cessac; 439 bis, p. 655, fig 28, n'”' 124-12G; 332, p. 166, fig. 279; 319, p. 185-189, pl. .\';243, p. 818, fig. i84; 369, p. 266-267, fig. 6-7), la Californie tout entière (331, p. 27, fig. 114, p. 3i, fig. 124-126; 161; 176, pl. VI-, 319, pl. X, fig. 22-38; 179, pl. XLiv], l’Orégoii (Tr. n» 9894), l’État de Washington (vallée Yakima) (380, p. 33, fig. i6) et la Colombie britannique (88, p. 490, fig. 689, p. 521, fig. 685; 379, p. i55, fig. 22, a, b). La seconde zone est constituée par le Nouveau-Mexique (392, pl. XLii-, 166, p. 85) ct l’Arizoïia (272, p. Og, 71, fig. 27, 29; 361, p. 181, fig. 99). La troisième enfin correspond à la région orientale des États-Unis, depuis les grands lacs au Nord iiisqu’au golfe du Mexique au Sud, du littoral de l’Atlantique à l’Est au loo® degré de longitude environ à l’Ouest. On a, en effet, signalé le disque perforé dans le Massachusetts (332, j,. 166, fig. 278), en Pensylvanie (2, p. 403, fig. 38o), dans le Wisconsin (219, p. 87, /(g. 58), l’Illinois, le Kentucky, la Virginie (127, p. 102), le Tennessee (169, p. 454, fig. 129; 127, p. 102; 319, pl. X, fig. 10), la Caroline (127, p. 102; 88, p. 5io, fig. G75), l’Arkansas (127, p. 102), la Géorgie (127, p. 102; 332, p. 166, fig. 277), la Floride (') (260, p. 372, fig. w) et le Texas (127, p. 101; 137, p. 24, pl. XI]', fig. i).

Plusieurs des exemplaires nord-américains, ao lieu d’être perforés exactement en leur centre, présentent \in orifice plus ou moins excentrique; dans ce cas, l’objet n’a pas la forme régulièrement circulaire de la plupart des pièces équatoriennes.

On a beaucoup écrit et discuté à propos de l’utilisation des pierres perforées. Nous ne nous arrêterons pas aux explications essentiellement hypotliétiiiues, telle que celle de Caiïas Pinochet (67 üs), qui voit dans ces objets une sorte de monnaie, par analogie avec le système monétaire des Polynésiens de file de Uap (Carolines) (128). Nous ne nous occuperons que des explications qui s’appuient sur des données précises, des relations de voyageurs ou des survivances observées encore de nos jours.

Un ancien écrivain du Chili, Nûnez de Pineda y Bascunàn (294, p. 192), a décrit un

C^) Moore a figuré des anneaux en coquille provenauL de la côte occidentale de Floride, tout à lait cornparaliles à nos disipies de pierre perforés (260, p. 871, fig. g, p. 874, fig- i5-i67 Arc de méridien équatorial , 1. VI, (1).

ETIINOGÜAI'IIIE As’ClENNE DE LEQUATEUU.

iiisinimeiit en bois, en l'orme de trident, dont les Indiens se servaient pour creuser le sol et qui portait à l’extrémité supérieure du manche une pierre perforée destinée à augmenter la force de pénétration de l’outil ('). Les femmes californiennes usaient du même procédé pour alourdir le bâton pointu {digging stick), qui leur servait à extraire des racines du sol (I6I, p. 10, pg. 6-7), et c’est de cette façon que Schumacher (369) interprète les anneaux de pierre de l’archipel Californien.

Dans cette même région, le disque perforé, également hxé sur un bâton, servait soit comme massue, soit comme outil agricole; en effet, Stephen Bowers en a trouvé dans une caverne du district de Los Angeles trois exemplaires encore munis de leur manche (î6i, p. 28-80, fg. i/i-j6). Il en était de même dans d’autres contrées américaines, car des trouvailles analogues ont été faites dans le cimetière péruvien d’Ancon (152, pi. LU, //g. 149) et à la Serena (Coquirnbo, Chili) (I32, p. 254). D’ailleurs, des représentations de ces armes ont été rencontrées assez fréquemment sur des poteries précolombiennes. Sur un vase péruvien pidilié par Voss (427, pi. iv), où est peinte une lutte entre guerriers, plusieurs de ceux-ci sont armés du casse-tête circulaire et d’autres du casse-tête étoilé dont nous aurons à nous occuper plus loin (■) ; une scène semblable, figurée sur un vase de Trujillo, a été reproduite par Reiss et Stübel (335, ni, pi.ci)', un vase de la collection du Trocadéro représente également un individu portant une arme de cette nature (152, pt. lu, fig. 148).

L’utilisation agricole de cet instrument nous est attestée par Rivero et Tschudi, qui rapportent qu’à l’époque où ils voyageaient au Pérou, les Indiens s’en servaient pour briser les mottes de terre de leurs champs (344, p. 822). Il est vrai que les célèbres archéologues signalent ce fait à propos du disque en pierre étoilé, mais Darwin dit avoir vu employer le disque simple dans un hut identique (45, p. 178).

Il est assez plausible, comme le pense lienshaw (I6I, p. 22-27), que cet outil ou cette arme ait pu, dans certains cas, devenir un insigne de commandement.

Chez certaines populations, les disques de pierre ont servi et servent encore comme poids de filet; il en est ainsi, par exemple, chez les Indiens Hupa (I37, p. 24, pi.xiv,pg. i). De cette façon s’expliqueraient l’abondance et le caractère très fruste des objets recueillis chez des peuplades établies au bord de la mer ou de grands lacs.

Ailleurs, le disque perforé a reçu une utilisation toute dilférente. Le capitaine José Leite da Costa Sobrinho a vu, pendant la guerre du Paraguay, dans la province de Rio Grande do Sul, les Indiens Charrùas user comme arme d’une courroie de 3'^’ à 4"^ de long, à l’extrémité de laquelle était fixée une de ces pierres perforées dont nous avons signalé la grande fréquence dans la région (I91, p. 521-522).

(^) Lus Irideiites son a modo de lenedor, de una rnadera pesada y fuerle, y en el cabo arriba le poneii una piedra at'ujereada al propôsilo, para que tenga mas peso, y con este uan levantando la tierra para arriba, hincando juertemeuLe uquellas punlas en el suelo, y cargando a una parle las inaiios y el cuerpo, arrancan pedazos de Lierra mui grandes, con raices y yerbas.

(^) Cette l)olle pièce a été publiée à nouveau par Baessler (22,1, fig. 19Ü).

nnJETS EXTRAITS HES TOMBES PRÉCOLOMBIENNES DE l’ÉQUATEER. I7I

L’anneau de pierre est aussi employé dans la construction de drilles, par exemple chez les Zuni {392, pi. XLii) et les Iroquois (') (327, p. Sg/j, /îg. 4) ; c’était un accessoire de jeu chez les Mandans (73, i, fg. Sg), les Bellacoola et Kwakiutl de la Colombie britannique et les Eno (?) du sud de la Caroline (88, p. 490, fg. esg, p. 5io, fg. gYj, p. 521, fg- 685). Enfin, le Capitan nous a rapporté que, dans certaines régions des États- Unis, les Indiens s’en servent pour égrainer le maïs.

En résumé, le disque a pu servir à des usages multiples. D’ailleurs, il diffère trop de forme et de volume pour qu’une explication unique puisse convenir à tous les spécimens; tout ce que peut faire l’ethnographe, c’est, en tenant compte de la facture des objets trouvés dans une région déterminée et des conditions de vie spéciales à' cette contrée, de discuter la plus ou moins grande probabilité de telle ou telle utilisation. En Équateur, l’absence de tout cours d’eau important et poissonneux sur le haut plateau, de même que le soin avec lequel les disques ont été en général travaillés, ne permettent pas de les considérer comme des poids de filets; leur grande abondance autorise à penser qu’ils ne devaient pas servir uniquement à des jeux ou à la fabrication de drilles. Aussi, croyons-nous que, dans la vallée interandine, ils devaient être surtout employés emmanchés et, suivant les circonstances, utilisés soit comme armes, soit comme instruments agricoles; il est probable, en effet, qu’à ces époques reculées la spécialisation de l’outil n’était pas aussi avancée qu’elle l’est de nos jours.

b. Disques pleins.

Nous désignons sous ce nom un objet, unique jusqu’ici, rapporté de la vallée de Chillo par de Günzbourg {pl. X, fig. 5, 6) : c’est un disque parfaitement circulaire de de diamètre, taillé dans une roche andésitique ancienne, dont les

deux faces sont fortement concaves, mais présentent exactement en leur centre une saillie, dont le sommet se trouve dans le plan du rebord externe.

Des pièces analogues (') ont été rencontrées dans les Antilles (243, p. 814, fg. 170), et fréquemment aux États-Unis, notamment dans le Vermont (3ii, pi. xiii), l’Ohio (31, p. (99), /ïg. (I, 339 6/s, p. 654), D Kentucky, le Missouri, l’Illinois, la Pensylvanie,

la Virginie occidentale, le Tennessee, l’Arkansas, la Caroline, la Géorgie, l’Alabama, (127, p. 100-102, fg. 95, 98; 439 bis, p. 654, fg- 27,11°’ 116-118,121, 122; 318 ici-, p. 22, n“ 7838; 319 bis, p. 344. fg- 33; 441, p. 454, fg- no; 88, p. 5io, fg. 675,0; 199, pl. VA' ; 31^ p. (100); (274, I, /ig. SSS-SSg, 391,892), maiS la COllCaVl'té des faces en est toujours régulière et jamais l’on n’observe la partie centrale en saillie qui se voit sur notre échantillon; sur une des pièces figurées par Fowke (i27, p. 102, fg. 98), cette partie centrale est marquée au contraire par une dépression secondaire. (*)

(*) Chez les premiers, ce drille sert à peicer les pierres dures; chez les seconds, à faire le feu.

(“) Uhle a figuré un disque de pierre de Tarapaeâ (407, I. pl- XVIII, fg. 24), qui n’est pas non plus sans analogie avec notre pièce équatorienne.

172 ETIINOGP.APIITR ANCIENNE I(E L’ÉOUATEUr. .

A propos d’un disque biconcave trompé à Ely mouud eu Virginie, Carr établit un rapprochement entre cet objet et les chungkee stones qui servent, chez certaines tribus indiennes, à un jeu semblable à celui qui a été décrit par Catlin chez les Mandans, ainsi c[ue nous l’avons signalé plus haut (p. 171) en traitant des pierres perforées. Ce jeu était également en faveur chez les Cherokees, les Natchez et autres tribus du groupe indien méridional, les Mohaves et les peuplades de l’Ohio (68, p. 91-93, fig. G).

11 se peut fort bien que notre objet équatorien ait répondu à un but identique, sa forme circulaire lui permettant parfaitement de rouler sur un sol uni.

c. Disques étoilés

Le disque étoilé, instrument déjà beaucoup plus spécialisé que le disque simple, se rencontre dans une aire beaucoup moins vaste que celui-ci.

En Equateur, il est très fréquent et se présente sous les diverses formes représentées sur notre planche VI 11. Certains échantillons montrent à chaque extrémité du canal central unléger rebord {pl. VIII, fig. 12, i5), et, sur un spécimen trouvé à Gualaceo {pl. VIII, fig. 16, 17), ce rebord s’accentue au point de constituer une véritable douille. Cette pièce présente d’ailleurs une autre particularité, qui consiste en ce que les rayons, au lieu d’être pointus ou mousses, se terminent carrément par nne surface plane. Whymper (432, p. 269) a figuré un disque étoilé dont les branches, au nombre de six, ne forment pas les unes avec les autres des angles égaux et sont d’inégale longueur.

La répartition de ces objets en Equateur est la suivante :

Région des Paslos.

Province du Carclii (142, pi. XXIX 1

El Angel 1

Total 2

Région des Caras.

Garànqui (132, p. 222' 1

Cayanibe (Coll. Cousin; 27, pL XXXIV, //g. i 3

Cusubaniba, près Cayanibe (132. p. 222) i

Tumbaco (27, pl. XXXIV, fig. S) 1

Environs de Quito (27, pl. XA'XF, fig. 5, 1

Vallée de Cliillo (Tr. u°9686) 1

Quito (407, I, pl. A'P//, /(g. ii-i3 ... 3

Pilo (Coll. Reinburg) 2

Total l3

Régioji des Latacnngas .

San Miguel (Tr. n“ 9685) 1

Pillaro (27, pl. AAAP, fig. \] t

OBJETS EXTRAITS DES TOMBES PB ÉrOEOMBIENNES BE e’ÉQUATEUB.

Région dei Purulines .

Riobainba (407, l, pl. XVII, fi«. ilp

Région des Canaris.

Hui 11 lui I

Inga-pirca (27, pl. XXXIV, fg. R 1

La Capilla, (irès Canar 1

Cojilainbo 3

Deieg (Tr. Il»' 9687-9688) a

Surampalte, près Deleg i

Azôgues a

Paille 3

.lordaii 2

Sigsig 2

Gualaceo 3

Chordeieg 1

Région de Cuenca i

Cuenca (Coll. Rivel; 407, I. pl. XVII, jig. i5' 2

Monay i

.lirôn I

Piicarà, cerro do Hornillos 1

Tolal 28

Région des P a! tas.

Région de Loja 1

Région orientale.

Papallacta (Tr. n” 5675 1

Le disque étoilé ne semble donc pas avoir été en usage dans la région côtière; par contre, il était répandu dans toute la vallée interandine, sauf chez les Pastos, où il est certainement très rare. Whymper avait déjà remarqué qu’il était particulièrement fréquent dans la région comprise entre Riobainba au Sud et Ibarra au Nord (432, p. 268). Nos recherches montrent qu’il l’est également dans le pays des anciens Canaris, que l’explorateur anglais n’avait pas visité. La rareté relative de cet outil chez les Latacungas, les Puruhaes et les Paltas provient vraisemblablement de ce cjue ces provinces n’ont pas encore été systématiquement explorées, comme l’ont été les pays cara et canari. Lorsque cette exploration aura été faite, nous croyons que l’augmentation de fréquence du disque étoilé, au fur et à mesure qu’on descend du Nord vers le Sud, apparaîtra beaucoiqi plus clairement que sur notre tableau de répartition.

Au point de vue du nombre de leurs rayons, les exemplaires que nous avons pu réunir se répartissent ainsi :

Disques à 6 rayons 4'

» à 7 rayons 9

» à 5 rayons 5

» à 8 rayons 2

» à 4 rayons 1

lÿ/i ETHNOGRAPHIE ANCIENNE HE l’ÉQUATEUR.

La forme à 6 rayons est donc de beaucoup la plus fréquente; le pourcentage des formes exceptionnelles, c’est-à-dire de celles où le nombre de rayons est supérieur ou inférieur à 6, est de 25 pour loo dans les provinces septentrionales (Pastos, Garas, Latacungas, Puruhaes) et de 38 pour loo dans les provinces méridionales. C’est également dans ces dernières provinces cju’on rencontre les formes anormales que nous avons signalées au début de ce chapitre.

L’instrument était donc non seulement plus fréquent dans le Sud, mais déjà beaucoup plus évolué; nous verrons qu’on peut suivre cette évolution plus au Sud encore et ([u’au Pérou, elle est marquée, ainsi que nous l’avons déjà montré pour un grand nombre d’autres objets, par la substitution du cuivre à la pierre.

Dans ce pays, le disque étoilé en pierre est cependant encore très commun, moins toutefois qu’en Ecpiateur, ce cjui tient précisément à l’apparition des objets en métal. Nous n’en connaissons, en effet, que 3i exemplaires, dont 6 seulement n’ont pas d’indication de provenance exacte (Tr. n"»4o85, 21106-21107, 2i3o3-2i3o4; 18, ii, pi. XVII, fig. 5i3). Les 25 autres se répartissent à peu près également entre le haut et le bas Pérou.

Dans la région côtière, le disque étoilé a été signalé à Tiimbez, à Chicama (nord de Trujillo), à Chancay, à Pachacamae (132, p. 230), à Ancon (Ti-. n° 4775; S'-g. n» 23101; 335, iii, pi. Lxxxiv, fig. 5; 132, p. 23o), daiis les environs de Lima (Coii. reniion: n'’» 1825, 5021, 5o25) et à Ica

(Tr. 11° 20916).

La collection du Trocadéro possède 7 échantillons étiquetés Haut Pérou, et deux autres provenant de San Sébastian et de Tunumarca (n"» 4008, 4088-4090, 4102, 4104- 4ioG, 20917). Uhle en a figuré, en outre, deux de Cajamarca et de Chachapoyas (407, i, pi. XVIII, fig. 20, 22), et Nordenskiold un de Quiaca (287, p. 46, fig. 38).

Trois pièces du Pérou méritent une mention spéciale : sur derx d’entre elles (Tr. n» 4o85; 344, pi. XXXIV, fig. 3), l’oi'ifice Central est incomplètement percé, et la troisième (Tr. Il» 2i3o4) en est totalement dépourvue.

A côté de ces formes, nous devons signaler l’existence, au Pérou, de disques dont les rayons sont disposés sur plusieurs rangs (Tr. n» 388io), comme on en rencontre souvent au Mexique, et de disques munis d’une longue douille (Tr. n» 38809).

Au point de vue du nombre des rayons, les disques étoilés péruviens se répartissent ainsi :

Disipies à G rayons -la

» à 7 rayons 3

» à 5 rayons 3

)) à 4 rayons. 2

« ;i 9 rayons i

Comme en Equateur, c’est le disque à 6 rayons qui prédomine. La proportion des formes exceptionnelles est de 2g pour 100, c’est-à-dire sensiblement inférieure à celle que nous avons trouvée dans le sud de l’Equateur. Nous verrons au con-

OIUETS EXTÜAITS DES TOMDES PUÉCOEOMrüENNES DE l’ÉOUATEUI;. 1

traire que rinstrument de cuivre est beaucoup plus polymorphe au Pérou que dans la République équatorienne, et en même temps bien plus l'réquent. Ceci semble prouver que le disque étoilé, contrairement à l’opinion courante, n’a pénétré que secondairement de l’Equateur, où le travail de la pierre semble avoir atteint son maximum de perfection, au Pérou, où le travail du cuivre semble incomparablement plus développé.

En Bolivie, le disque étoilé ne paraît pas très abondant; du moins, le Musée du Troeadéro n’en possède qu’un exemplaire à 6 pointes provenant de Tialiuanaco [pi. VIII , fig. i4), la Mission de Créqui-Montfort et Sénéchal de la Grange n’en a rapporté qu’un spécimen à g branches de la même loealité, et Bandelier un autre à 6 hranehes de l’île Titicaca (30, pi. xxx, pÿ. 3). Il en est de même au Chili, d’où nous ne eonnaissons que les deux spécimens pidjliés par Médina : l’un (247, p. 372, //g. 73), trouvé à Ereirina, a 6 branches et est entièrement comparable au type eommun équatoriano-péruvien ; le second (247, p. 3(33, pg. 74) a 7 rayons; en outre, il ne présente qu’une ébauehe de perforation, visible seidement d’un côté, et à l’extrémité de chaque rayon, se trouve un orifice qui, sur run d’eux, se prolonge par un petit canal, pénétrant presque jusqu’au centre de l’ohjet (')•

Par eontre, le disque étoilé serait assez fréquent en pays calehaqui, d’après Amhrosetti (13, i). 235) ; nous ne connaissons toutefois de cette région que l’exemplaire à 5 branehes figuré par Ameghino (I8, i, pi. viii, pg. 423). Boniau a trouvé à Tastil une petite pendelo([ue en pierre qui reproduit un disque étoilé à 5 rayons en miniature (47, i, ]>. 372, pg. 67, g) (■).

C’est le pays diaguite qui marque la limite de faire du disque étoilé ilii côté de l’Est. Vers le Nord, nous le retrouvons en Amérique centrale. Des quatre exemplaires connus du Costa-Rica (319, pi. x, pg. 16; 156, pi. xxxi, pg. i-3), trois sont très comparables au type andin et ont respectivement g et 10 rayons, tandis que le quatrième en diffère notablement en ce sens que les pointes sont disposées suivant quatre rangées superposées ; c’est là une forme qu’on rencontre exceptionnellement au Pérou, et qui semble propre au Mexique, où elle est fréquente, en particulier dans les environs de La Playa (Jalisco) (236, ii, p. 327-328). Le Musée du Troeadéro en possède un spécimen de la vallée de México (u" 19445). A eôté de cette forme, on trouve aussi au Mexique, suivant Ameghino, le disque ordinaire à 5, 6, 7 et 8 branches (’’) (I8, i, p. 443, ii, pi. xvii, pg. 524) ; Lumholtz en a recueilli à Tuxpan (Jalisco) un exemplaire à 6 rayons (236, ii, p. 328).

(^) Cette cinneuse pièce, qui a’est peut-être pas un casse-tête, a été figurée également par Gay (129 iis, Atlas^ Aniligued. pl. II'.

(-) Nous verrons que, entre les mains des ouvriers péruviens, le disque do cuivre est aussi devenu un objet de parure.

(®) C’est évidemment par erreur quelesavant argentin dit avoir vu plusieurs de ces objets au Musée d’Ethnographie du Troeadéro, car cet établissement n’en possède aucun de cette forme.

I 7<> ETIINOGIiAPIUr. ANCIENNE DE l’ÉQUATEUE.

Dans l’Amérique du Nord, le disque étoilé n’a pas été signalé. Toutefois, Holmes a figuré des objets du sud de la Californie (Pasadena) (i79, pi. XL/r), qui ressemblent beaucoup morphologiquement aux disques non perforés qui ont été parfois rencontrés au Pérou. *

Au sujet des diverses hypothèses émises sur l’emploi de ces outils, nous pourrions répéter ce que nous avons dit à propos des disques simples, en éliminant toutefois l’usage comme poids de filets, pierres de drilles ou accessoires de jeux, qui ne saurait convenir à la forme stellaire.

Il est possible que, dans certains cas, comme le pense Médina (247, p. 373), le disque étoilé ait été attaché à une corde, et manié comme l’arme des Charrùas, dont nous avons déjà parlé (p. 170), mais il est certain que, le plus souvent, il était fixé à l’extrémité d’un bâton, car on en a retrouvé des exemplaires encore emmanchés (Tr. n° 4775; 132, p. 23o; 335, III, pi. Lxxxiv, fig. 5). Aiusi disposés, CCS instruments servaient d’outils agricoles, comme Rivero et Tschudi l’ont observé (344, p. 322), mais surtout de casse-tête : la scène peinte sur le vase figuré par Voss (427, pi. iv] ne laisse aucun doute à ce sujet. Roman (47, 11, p. 689-690) a en outre décrit un ancien tableau, exécuté probablement au xvi® siècle, où des guerriers indiens sont représentés portant cette arme.

Que celle-ci soit devenue, dans certains cas, un simple insigne de commandement, comme le pense Hcnshaw (I6I, p. 22-27), l'itm de plus naturel, puisque, même de nos jours, nous assistons à des symbolisations de cette nature. Nous inclinons à croire que c’est cette interprétation qui convient le mieux pour certains casse-tête, dont les rayons sont remplacés par des ornements variés, tel que celui que nous reproduisons {pl. XI II, fi g. i). Cet objet, qui appartient au Musée archéologique de Quito et a déjà été figuré par Gonzalez Suarez (140, AUas, pi. xvi, fig. i), est taillé dans une pierre dure et luisante; il porte, en haut relief, sur son pourtour six têtes d’animaux, dont les quatre plus grosses sont évidemment des têtes de félins et les deux plus petites, placées aux extrémités d’un même diamètre, probablement des têtes d’oiseaux. D’après l’historien équatorien, cet objet provient de la région côtière. 11 en a figuré d’ailleurs un autre de même origine, en tout semblable au premier (140, AUas, pi. xvi, fig. 2), dans lequel les attributs sculptés sont au nombre de cinq, l’un d’eux représentant une tête d’oiseau et les quatre autres n’étant que de simples boutons Ornés de lignes en zigzag.

Ces têtes de massue, si artistiquement décorées, se retrouvent an Pérou, mais, suivant la règle, elles sont en cuivre ou en bronze. Elles rappellent beaucoup les cluhhead du Costa-Rica, dont Hartman a publié un si grand nombre dans son magnifique ouA’rage sur l’archéologie de ce pays (’53, pi. xx] -xxx).

nrUETS EXTRAITS OES TOAIBES PRÉCOLOMBIEINjNES DE l’ÉQUATEUB.

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