PIERRES DE JET
a. Pierres à rainure.
Les pierres, ovoïdes ou plus ou moins sphériques, à rainure ne sont pas très fréquentes en Equateur. Le type ordinaire est celui que représente la figure i5 de notre planche X. Sur dix exemplaires connus, trois n’ont pas de provenance exacte (Coll. Cousin; 432, p. 273, /(g. 7) ; Ics autres ont été trouvés dans toutes les régions de la vallée interandine, à San Isidro de Mira (pays pasto) (27, p/. xxxiii, fig. 8), à Canamballa, près Ibarra (407, i, pi. xvii, fig. 29) et à Pifo (pays cara) (Coii. Reinburg), à Riobamba (Tr. n» 9689) et à Achupallas (pays puruhé) (27, pi. xxxiii, fig. 9), à Burgay (pays canari) {21, pi. XXXIII, fig. 6) et à Chuquiribamba, près Loja (pays palta) (74). Jusqu’ici, on n’en a pas rencontré dans la région côtière.
La pierre à rainure est rare au Pérou. Ewbank, Herndon et Gibbon, Ameghino en ont figuré chacun un spécimen sans indication d’origine (I12, p. i36, fig.ii; I61 6w, p. 73, /(g. 37; 18, II, p/. A'R77, ^g. 5i5) ; le Musée du Trocadéro en possède six exemplaires de Cotahuacho, près Abancay, et de Sacsaïhuaman (n“ 4186-4191) ; enfin, Giglioli l’a signalée à Intza (132, p. 232) et Nordenskiôld à Quiaca (287, pt. iv, fig. 6).
En Bolivie, on en a découvert dans l’île Titicaca (30, pi. xxx, fig. 1-2), à Tiahuanaco (407, 1, pt. XIX, fig. 18-20), à Calacota(i25 bis,p. i58, pC xx, fig. 5), à Acora (132, p. 232) et à Puina (287, pt. IV, fig. 5). Elle est peu fréquente en pays calchaqui, d’où nous ne connaissons que les spécimens trouvés par Ambrosetti à La Paya (province de Salta) (15, p. 204, fg- 99, P- 272^ fg- >21). Au Chili, elle semble plus rare encore, car l’exemplaire du pays araucan figuré par Médina est jusqu’à présent unique (247, p. 139, fig. 9.3). Par contre, elle est assez commune dans la province de Côrdoba (30i, p. 338) et devient d’une extrême fréquence en Patagonie. Outes n’en a pas réuni moins de 26 échantillons de cette dernière région (300, p. 419-420, fig. 135-137, p. 424, p. 499, fig. 192-193) et M. de La Vaulx en a rapporté, des paraderos de Colhué Huapi, des environs de Choiquenilahué et de la vallée du Chubut, une importante série qui a été décrite par l’un de nous (420, pt. XIII). Quelques pièces semblables ont été figurées encore par Strobel (394 bis, pt. vu,
fig. 56), del Lupo (236 bis] et Skottsberg (376). Plus au Sud, la pierre à rainure est
exceptionnelle ; nous ne connaissons du moins que celle rapportée de la baie Orange (Terre de feu) par la Mission du cap Horn (Xr. n» 8754; 187, pt. xxx//, fig. 5).
Vers le Nord, son aire de diffusion a été plus étendue. On la retrouve, en effet, dans la province de Buenos-Aires {3Ubis,pt. vu, fig. 55), dans la Banda oriental (17, pt. ni, fig. 16-17, 19-21; 18, I, pt. VIII, fig. 296-297), sur le rio Santa Cruz (Xr. n» 16189), dans l’Uruguay
(407, I, pt. XIX, fig. 26; 189, p. (656), fig. 3) et au Brésil, où elle est très répandue dans les
provinces méridionales, en particulier dans Rio Grande do Sul (281, p. 507, p/. vi, fig. iG; 209; 305, p. 342; 190, p. 74, fig. 9); toutefois, Barbosa Rodrigues en a recueilli également des
Arc de méridien équatorial, t. VI, (i). ■ 23
17^ ETHNOGRAPHIE ANCIENNE HE l’ÉQUATEUR.
spécimens typiques dans le bassin de l’Amazone, sur le rio Yatapû et dans la sierra de Piquiatuba, sur le Tapajés (30 bis, /-/. ii, jia. 6, 7) . Von Ihering remarque qu’elle est exceptionnelle dans les sambaquis (190, p. 75), pourtant, Kœnigswald en a figuré trois beaux échantillons provenant de ceux de la province de Rio Grande do Sul (207, p. 344, /?g. 8-10).
Elle a été également rencontrée dans les Antilles (158, pi. i, fg. 5; 325, iii, p. 698; Tr. n" 12332), dans le Costa-Rica (Tr. n» i5i66), dans l’île Ometepec, au Nicaragua (332, p. 319, fig. 373) et au Mexique (33, pi. xxir, pg. 6; 373, ii, p. 366, pg. 114).
Aux Etats-Unis, enfin, elle a été trouvée dans des régions très variées, qu’on peut cependant grouper en quatre zones : une zone occidentale, qui comprend la Californie continentale et insulaire (3i9, p. 204, pg. 76-77; 4io, p. 5i, pg. 20; 331, p. 27; 332, p. 161, /?g.263, p.i64, Pg. 272; 449, pl. 111, Pg. 22), l’Orégon (Tr. n»' 9407, 9428; 332, p. i56-i57, p. 164, pg. 270), l’Etat de Washington (vallée Yakima) (380, p. 3i, /?g. 14, p. 33, /;». i5) et les îles Aléoutiennes (332, p. i56-i57) ; une zone centrale, qui comprend le Colorado (33i, p. 20), le Nouveau- Mexique (319, pl. xix; 165, pl. xii, pg. c), l’Arizona (182, pi. lxxxi-, 122, pi. xvii, pg. c) et l’Utah (332, p. i56-i57); une zone septentrionale, qui comprend les Etats du Dakota méridional et de Montana (274, i, pg. 207, 211), le pays des Indiens Mandans (436, pi. xxxii, pg.a) et des Pieds-Noirs (33i, p. 93, /?g. 327); et enfin une zone orientale, qui comprend les Etats de Massachusetts (332, p. 162, pg. 264), de Rhode island (33i, p. 27; 332, p. i6i-i63, pg. 262, 265,268), de New-York (332, p. 167, /? g. 253), de New-Jersey (i, /îg. 2o3; 2, p. Su, /îg. 3ii), de Pensylvanie, de l’Ohio (332, p. i56-i57), de Michigan (43i, p. ir, pg. 4; 239 bis, pg. 90), de l’Illinois (332, p. 194, //g. 342), d’Indiana (332, p. i56-i57), du Tennessee (127, p. 95, /;g. 93 -, 332, p. i56-i57), d’Arkansas (274, i, pg. 212), de Géorgie (33i, p. 27; 332, p. 163-164, pg. 269, 273-275-, 127, p. 95 ; 199, p/. A7X, /;g. 7, 8) ct d’Alabama (50, p. 194, /(g. 43).
Il s’en faut que la pierre à rainure soit morphologiquement identique dans toutes les régions américaines où on la rencontre. Tantôt, elle est presque circulaire, tantôt, au contraire, elle est très aplatie de pôle à pôle, le sillon étant tracé suivant le plus grand cercle (forme fréquente aux Etats-Unis) ; tantôt, les deux parties séparées par la rainure sont de forme arrondie, tantôt elles se terminent en pointes et, dans son ensemble, l’instrument a un aspect biconique. Les variations dans le volume sont tout aussi considérables, les spécimens de grande taille étant particulièrement fréquents en Patagonie et aux Etats-Unis.
Ces variations de volume et de forme prouvent que ces pierres ont dû servir à des usages variés.
En Équateur et au Pérou, on les a considérées généralement comme des pierres de fronde, en Patagonie et au Rrésil, comme des pierres de boleadora. Au Mexique, à en juger par l’exemplaire figuré par Ratres (33, pi. xxiv, pg. 6), elles étaient fixées à l’extrémité d’une courroie de i“,20 environ pour servir d’arme offensive de main, sous le nom de macahuitl. Dans d’autres régions, ces pierres étaient des accessoires de pêche; c’est ainsi que Rau (332, ji. i56 et suiv.) et Yates (449, p. 298) considèrent comme poids de filets la plupart des pierres à rainure des États-Unis; c’est aussi
OBJETS EXTRAITS DES TOMBES PRÉCOLOMBIENiNES DE l’éQUATELIR. l'Ji)
l’usage que Uhle attribue à l’échantillon de Montevideo qu’il a décrit (407, i, pi. XIX, fig. 26). D’ailleurs, ces pierres sont encore employées dans ce but par les pêcheurs de Dunkirk, sur le lac Erié (332, p. i56, fig. 253). Les plus petits exemplaires ont pu être parfois utilisés comme poids de ligne, ainsi que le démontre l’échantillon de la baie Orange, qui est encore fixé au fil de l’appareil (Tr. n“ 8754-, 187, pi. xxxii, fig. 5). Quant aux échantillons de très grande taille et de facture particulièrement fruste, on peut admettre avec Rau qu’ils ont servi d’ancres (332, p. 192),
Mais il est hors de doute que, dans un grand nombre de régions nord-américaines, les pierres à rainure étaient utilisées d’une façon tout à fait différente, comme marteaux ou comme massues; c’est cet usage que Whittelesey (43i) attribue à celles qu’il a recueillies dans d’anciennes mines des bords du lac Michigan. D’ailleurs, Rau, G. Nordenskiôld, Seler, Marcou ont figuré plusieurs de ces instruments encore emmanchés provenant de Rlackfeet, de la vallée du Missouri et du Colorado, ou encore en usage chez les Assiniboines, les Sioux, les Hopi, les Kioways, les Haïda et les Eskimo de l’Alaska (33i, p. 20,/ig. 79, p. 93, /ig. 327-328; 293, p. 107, /ig. 90; 373, iii, p. 554-555, /(g. 9, 10, i4, i5; 239 bis, fg. 89); le Musée du Trocadéro a reçu un outil analogue de M. Kinen (n» 481 n).
En Équateur, l’utilisation de la pierre à rainure, soit comme engin de pêche, soit comme ancre, ne saurait être acceptée pour les raisons que nous avons déjà données à propos des disques perforés. On pourrait, ainsi que font supposé beaucoup d’auteurs, la considérer comme un projectile de fronde; toutefois, dans cette hypothèse, on s’explique mal l’utilité de la rainure et l’on ne comprend pas pourquoi les Indiens auraient perdu leur temps à façonner avec soin des pierres dans ce but, alors que le simple caillou roulé pouvait être employé. En définitive, il nous semble qu’en Équateur, les deux seules hypothèses admissibles sont celles qui ont trait à l’emploi des pierres à rainure soit comme marteaux, soit comme pierre de boleadora, et nous accepterions volontiers la seconde de préférence, parce que nous n’avons pas observé sur notre échantillon la moindre écaillure d’usage aux extrémités et que nous savons, d’autre part, que la holeadora était connue de certaines peuplades, en particulier des Canaris (p. 3i).
b. Pierres sphériques, ovoïdes et pyrifornies.
En dehors des pierres à rainure, on trouve en Équateur des pierres d’un travail beaucoup moins soigné; les unes sont parfaitement sphériques; les autres sont aplaties, tout en conservant une forme circulaire dans leur plus grand diamètre; d’autres enfin sont ovoïdes ou pyrifornies.
La forme sphérique n’est représentée dans notre collection que par un seul exemplaire sans origine précise [fig. 34). Uhle en a figuré deux spécimens provenant de Quito et de La Magdalena [m, pt. xvii, pg. Notre pièce circulaire aplatie
[fig. 35) vient de Piruncay (paroisse du Sigsig).
I >So
On a rencontré ces formes dans tous les pays où l’on a trouvé la pierre à rainure, à Quiaca, dans le haut Pérou (287, pi. iv, ^g.4), à Tiahuanaco (407, i, pi. xix, fig-. 21; 3i8 6is p. loi, fig. 3o, g], au Chili (247, fig. 92; 222, fig. 2, n» 10), en Patagonie (I8, i, p. 498; 236 bis-, 420, p. 288), en pays diaguite (216, pi.xvi, fig. 9-10; 14, p. i58, fig. i5i; 15 bis, p. 448), dans la République Argentine (Banda oriental, provinces de Côrdoba et de Buenos-Aires) (17, p. 5i-52;
bis, pi. VII, fig. 53-, 30i, p. 887), au Brésil (28i, p. 807), au Costa-Rica {i55, pi. iv, fig. 6,7), au Mexique (372, p. 884, fig. 88), à Porto-Rico (H6, pi.xxxr, fig.e, /, g).
Dans l’Amérique du Nord, ces pierres sont également très répandues d’après Fowke, qui en figure une de l’Ohio (127, p. 95, /îg. 92). Pour cet auteur, il s’agit de
Fig. 34. — Pierre de boleadora, Éqiialeur. Andésite de la série ancienne. (Gr. nat.)
marteaux. Par contre, Hewett considère les boules en tuf d’un pouce et demi à trois pouces de diamètre, qu’il a recueillies dans le Nouveau-Mexique, comme des accessoires du jeu de pelota ou jeu de paume des Aztèques et dec Mayas (I66, p. 85).
Fig. 35. — Pierre de boleadora, Piruncay. Quartzite ; a, face; b, profil, (Gr. nat.)
Pour Hough également, les boules de pierre rencontrées dans l’ Arizona (I82, p. 322, pt.LV,fig.6) servaient à un jeu, et Fewkes établit le même rapprochement entre les pièces qu’il a trouvées dans les mounds de Casa grande (Arizona) et un jeu encore en usage chez les Pimas (119, p. 3i6, pi. xxxix,fig. e).
En Equateur, ces explications ne semblent pas convenir; en effet, d’une part, on ne constate sur ces objets aucune trace de percussion et, d’autre part, rien ne nous autorise à supposer que le jeu de pelota ait été connu des indigènes. Pour nous, il est très probable que ces pierres, recouvertes de peau, faisaient partie de holeadoras \lihui ou àxjllu suivant la taille (p. 3i, note 2)].
OBJETS EXTRAITS DES TOMBES PRÉCOLOMBIENNES DE l’ÉQUATEUB. l8l
Nous attribuons le même emploi aux pierres ovoïdes et pyriformes. Des premières, nous ne possédons qu’un seul exemplaire en quartz provenant de Jordan [fig. 36), tandis que la seconde variété est représentée dans notre collection par trois spécimens trouvés tous dans une sépulture située sur une colline près de Machângara, aux environs de Cuenca {pl. X, fig. iJ). Le plus grand de ces objets mesure io5^^ de haut sur de large. Sa coupe, dans la partie la plus renflée,
n’est pas absolument circulaire, mais ovalaire; le petit diamètre de cet ovale ne
Fig. 36. — Pierre de boleadora, Jordan. Quartz. (Gr. nat.)
mesure que Cet aplatissement ne se retrouve pas sur les deux autres pièces,
dont la plus petite a de haut et 67”^”^ de large. Ces trois objets sont en tuf
andésitique.
Des pierres semblables ont été trouvées dans la vallée du rio Chubut inférieur (300, p. 421, ^g. i38) et en Argentine, dans la Banda oriental {17, p. 62, pi. ni, fig. i8).