PILONS ET MOLETTES
Nous n’insisterons pas longuement sur les pilons que nous avons rencontrés en Equateur, car nous pensons que l’étude comparative des formes de mortiers est susceptible de donner des indications beaucoup plus précises et intéressantes. Nous en représentons ici les diverses variétés [fig. 87, 38, pl. IX, fig. 6, pl. X, fig. ii, pl. XI II, fig. 12). Ce sont en général des formes communes, très répandues dans toute l’Amérique; seule, celle du pilon que nous avons recueilli sur les bords du rio Shiu [pl. IX, fig. 6) est assez rare. Une réplique exacte en a été trouvée par Fewkes dans les inounds de Casa grande (Arizona) (I19, pi. xxxix, f,g. /).
ETHNOGUAPHIE ANCIENNE DE l’ÉQUATEÜR.
La plupart de ces objets sont en andésite récente ; toutefois, notre exemplaire de 1 hacienda de Zhina {pi. XllI, fig. 12), qui présente des dessins gravés en forme de lignes en zigzags près d’une de ses extrémités, est en calcaire. Il est à rapprocher
Fig. 37. — Pilon, Équateur. Andésite récente (|).
d un objet semblable en albâtre, provenant d’Otavalo, figuré par Dalton (92, p. i5i fig. 11, s). Notre petit pilon de Monay {pl. X, fig. ii) est en jaspe vert.
Des pilons plus ou moins identiques aux nôtres ont été rencontrés à Chillogallo
Fig. 3S. — Pilon, El Angel. Andésite récente
et à Quito (407, i, p. xvii, fig. 27, 28). Bamps en a également figuré trois, dont un très petit, parfaitement cylindrique, provient de Cabuyal, sur le rio Chota, à la limite des pays pasto et cara (27, pi. xxxiipfig. 3, 5, pi. xxxiv, fig. 6).
Une forme tout à fait différente et très intéressante a été aussi représentée par cet auteur, malheureusement sans indication d’origine précise (27, pi. xx, fig. i). C’est un rouleau de pierre qui présente les plus grandes analogies avec celui du inetatl mexicain. Ce rapprochement est d’ailleurs confirmé par la découverte, faite par Sa ville
OÜ.IETS EXTRAITS DES TOJIBES PRÉCOLOMBIENNES DE l’ÉQUATEUR.
dans la province de Manabi, de broyeurs absolument semblables, accompagnés de pierres plates qui rappellent beaucoup les formes de meules en usage dans l’Amérique centrale (365, i, pi. xl, pg. i-5, ii, pi. lxi, pg. i, 3).
Outre les pilons, on rencontre fréquemment des molettes en Equateur : ce sont des pierres de volume variable, dont une des faces a été aplanie par l’usage. Il en est de rectangulaires {fig. Sg) et d’oblongues {fig. 4o, 4i); parfois, le caillou n’a subi aucune retouche destinée à modifier sa forme primitive [pi. IX, fig. 3). Des quatre spécimens de notre collection, trois sont en andésite récente, le quatrième, trouvé à Riobamba (Tr. 1C9693), est en quartzite. Certains de ces objets portent, sur leur
Fig. 39. — Moletle, Équateur.
Andésite récente (;J).
Fig. 40. — Molette, El Valle (Tablon de Yanacauri). Andésite récente ( ' ).
Fig. 4i- — Molette, Riobamba (Tr. n° 969.3). Quartzite {{).
face supérieure, des traces d’un travail; une des molettes oblongues offre, le long de son grand axe, une légère crête médiane limitant deux plans inclinés en dos d’âne {fig. Sg). Notre échantillon de Chuquipata {pl. IX, fig. 3) présente une particularité plus intéressante ; c’est une main très reconnaissable gravée en creux. On pourrait supposer que cette gravure a été faite pour empêcher la main de l’ouvrier de glisser sur une surface trop lisse ; mais cette hypothèse ne saurait convenir, car la gravure ne mesure pas plus de de long sur 6 ' ' de large, dimensions bien
inférieures à celles de la main d’un Indien, même de petite taille. Il faut donc admettre qu’il s’agit là d’un simple ornement sans utilité, dont le choix a été évidemment déterminé par l’usage de la pierre sur laquelle il a été tracé.
Peut-on rapprocher cette empreinte des empreintes de pieds, dont nous avons signalé l’existence en diverses régions de l’Équateur, — où elles ont donné
l84 KTIIINOGIIAPIIIK ANCIENNE DE e’ÉQUAïEUR.
naissance à la légende de l’ Homme blanc, — ou de celles qu’on a découvertes au Nicaragua et aux Etats-Unis, dans le haut Missouri, dans le Gasconade county (Missouri) et à Carson (Nevada) (') (331, p. 57, /i». 222-223; 441, p. 491-494, /;». 148-149) ? Nous ne saurions le dire, bien que certaines de ces gravures aient été exécutées, comme celle de l’Equateur, sur de gros galets. L’analogie est plus étroite avec une trouvaille de J. -B. Henderson à Naples, dans l’Illinois. Là, en effet, l’empreinte était celle d’une main humaine, sculptée dans une pierre calcaire plate et polie (441, p. 492).