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MORTIERS

On rencontre en Equateur trois formes différentes de mortiers ;

a. Des mortiers globuleux ;

h. Des mortiers cylindriques ;

c. Des mortiers à pieds, à décor zoomorphe.

a. Mortiers globuleux.

L’unique exemplaire de mortier globuleux de notre collection provient de Cojitambo (pays canari) {pl. IX, fig. 5). Uhle en a figuré un autre de la même région (Inga-pirca) (407, i, p. 48).

Au Pérou et en Bolivie, cette forme doit être très rare, car nous n’en avons trouvé aucun exemplaire signalé dans la littérature (■). Il semble en être de même dans la région diaguite, d’où nous n’en connaissons qu’un spécimen typique (^) (424, pl. VII, fg. 8).

Par contre, ce mortier paraît assez fréquent au Chili (125), dans la province de Côrdoba (30i, p. 374, /?g. 134) et en Patagonie, où il semble correspondre à la forme circulaire décrite par Moreno (275, p. 83).

C’est toutefois du côté du Nord qu’on trouve les termes de comparaison les plus nombreux et les plus nets. En effet, on a signalé le mortier globuleux au Mexique ( ') (236, I, p. 81; 75 bis, p. i58) et dans les Antilles, à Saint-Kitts et Nevis (49, pi. xxii, fig. 9; î93, III, pl. XII, fig. 25), à Porto-Rico (ii6, pi. xxviii) et àla Guadeloupe (243, p. 810, fig. 161).

Aux États-Unis, enfin, il est extrêmement commun dans la région du littoral du Pacifique, c’est-à-dire dans la Californie continentale et insulaire (2, p. 167, fig. i53; 176, pl. Fi; 177, pl. XXVIII-, 178, pl. IV, F, XIII-, 179, pl. IX, XXXI-, 319, pl. V, p. 71, /zg. 18; 331, p. 89, fig. i53; 442, p. 1G8, fig. 5; 410, p. 44, fig. 5), dans l’Orégon ( 274, ii, fig. 5o9; Tr, n" 9332), dans l’État de Washington

('^j Suivant Wilson (441, p. 490) des sculptures analogues, mais de date récente, se rencontrent fréquemment dans diverses régions des Etats-Unis.

(^) Un mortier globuleux a été figuré par Wiener (434, p. 671), mais il est muni de deux anses représentant des tètes de pumas.

(^) De tous les mortiers représentés par Boman, le seul qui présente quelque analogie avec notre pièce équatorienne est beaucoup moins globuleux (47, II, fig. i54).

(‘) La pièce mexicaine figurée par Chavero porte gravés sur sa face extérieure quelques ornements ne X.

OBJETS EXTRAITS DES TOMBES PRÉCOLOMBIENNES DE l’éQUATEUR. 1 85

(vallée Yakirna) (380, p. 36-37, /ig. 18-19) , chez les Nez-Percés (382, p/. v/, fe. 20, 22), en Colombie britannique (378, p. 4i3, /<-. 342; 379, p. i58, /ig. 24, 5), dans l’archipel de la Reine- Charlotte (Tr. n» 14957) et chez les Tlinkit de l’Alaska (Ti. n» 14898). Dans l’intérieur et sur le versant de l’Atlantique, cette forme de mortier semble beaucoup plus rare ; toutefois, Abbott en a figuré un exemplaire du Massachusetts (2, p. i5o, /?g. i36).

b. Mortiers cylindriques.

Le mortier cylindrique, représenté sur les figures 2 et 4 de notre planche IX, est taillé dans une belle roche verte. L’artiste a sculpté en relief, le long de son rebord supérieur, au niveau des anses, deux animaux qui paraissent être des félins, et, sur tout son pourtour, huit têtes humaines. Gonzalez Suarez a figuré deux mortiers de cette forme provenant de la Vallée de Chillo (province du Pichincha), dont l’un est absolument identique à notre spécimen, tandis que le second, un peu plus globuleux, porte, au lieu d’anses, deux appendices terminés par une tête humaine et présente, sur sa face extérieure, quatre serpents sculptés (142, pi. al, //g. 1-2). L’historien équatorien considère ces beaux objets comme l’œuvre des anciens Caras (142, j). >40). Nous croyons, au contraire, que ce sont là des produits d’importation péruvienne. En effet, c’est la forme habituelle du mortier au Pérou, dont Rivero et Tschudi (344, pi. xxx-xxxi), Seler (371, pi. iv, /ig. 12, i5) et Wiener (434, p. 570-571) ont publié de nombreux spécimens, et dont nous reproduisons à titre de comparaison un échantillon des collections du Musée du Trocadéro, provenant du haut plateau {pi. IX, fig. i).

Il ne semble pas que ce type se rencontre dans d’autres régions d’Amérique. c. Mortiers à pieds, à décor zooraorphe.

Les trois mortiers de ce type, que nous avons recueillis en Equateur, proviennent tous de la région des Canaris : deux ont été trouvés à La Capilla, près Canar {pl. IX, fig. 8, 10), le troisième à Sigsigbamba Grande, près Deleg. Tous trois sont taillés dans une roche andésitique récente et ont la même forme rectangulaire. Leur face supérieure est limitée par un rebord assez élevé; ils portent en outre, à chaque extrémité de leur grand axe, une tête en relief, dont le seul détail bien apparent est constitué par les oreilles ; sur deux d’entre eux, la bouche est figurée par une incision transversale. Les deux spécimens figurés ont quatre pieds courts et massifs, tandis que celui de Sigsigbamba Grande repose sur un rebord continu qui a la forme rectangulaire de l’instrument, mais se trouve en retrait de 2'^>‘^ à sur le rebord supérieur.

A ce type, nous rattachons deux mortiers dont l’un a été figuré par Ramps (27, pl. XXXV, fig. 9.) et l’autre, provenant de l’ Inga-pirca, par Uhle (407, i, />/. al//, /<g. 26); toutefois, dans la première de ces pièces, une des têtes d’animaux en relief (repré-

Arc de méridien équatorial, l. \ l, (i). 24

sentant un lama d’après l’archéologue belge) se trouve à l’extrémité d’un long appendice formant manche et, dans la seconde, le pied est constitué par un rebord circulaire. On pourrait peut-être aussi rapprocher de nos mortiers quadrangulaires de la vallée interandine un magnifique vase recueilli dans les environs de Carâques par Saville (365, ii, p/. xc/x). Cet échantillon se distingue par le caractère fort artistique de son ornementation : d’un côté, se trouve sculptée une tête de puma et, de l’autre, la queue de l’animal s’enroule sur elle-même en forme d’anse; l’objet repose sur deux rebords courant le long de ses petits côtés; enfin, la cavité centrale est très profonde. Par plusieurs détails, ce beau spécimen de l’industrie du littoral rappelle un mortier de la province d’Esmeraldas figuré par Bamps (27, pi. XX, fig. 5). Quoi c|u’il en soit, il est certain c|ue la forme du haut plateau était en usage également dans la région côtière. En efiet, Dorsey a trouvé, dans ses fouilles de l’île de La Plata, un fragment de mortier qui ne peut laisser de doute à ce sujet (i03, pi. lxv ni).

La présence de ces mortiers en Equateur est très significative, car on n’a rencontré qu’exceptionnellement des objets similaires dans les régions méridionales de l’Amérique du Sud; seuls, deux mortiers recueillis en pays calchaqui présentent des analogies, le premier (trouvé à San José) avec notre type du haut plateau, le second (provenant de Colalao del Valle) avec le type côtier (8, xviii, p. 363, fig. 6i, p. 365, fig. 63). Du côté du Nord, au contraire, au Costa-Rica en particulier (155, pi. xxiv, fig. 7), on rencontre des pièces tout à fait comparables, ainsi qu’on pourra en juger d’après l’échantillon du Musée du Trocadéro que nous reproduisons [pl. IX, fig. 7). Les objets de Porto-Rico, que Fewkes a décrits sous le nom de duhos ou tabourets, ne sont aussi, à notre avis, que des mortiers quadrangulaires que rien ne distingue de ceux de l’Equateur (II6, p. 2o5, pi. xcii, a, a, a"). Exceptionnellement, on retrouve au Mexique des objets de cette forme ; tel, par exemple, le curieux mortier trouvé par Spinden à Placeres del Oro, dans l’Etat de Guerrero (383, p. 39, /ig. 12, 6).

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