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LABRETS

A l’exemple de Uhle (407), nous décrivons sous ce nom de lahrets de petits objets en forme de T [pi. VII, fig. 7, 8). L’iconographie précolombienne de l’Equateur justifie pleinement cette explication : sur une série de figurines en bronze de notre collection, provenant d’Inga-pirca, de Canar et d’Azôgues {pl. XXI I, fig. 16, 18, 19) et de vases trouvés à Guano {fig. 5o, pl. XLV, fig. i3), à Riobamba [pl. XLV , fig. 9; 407, 1, pl. VII, fig. 6, 7), à Quimiac, à Pillaro, à Quito (407, i, pi. vu, fig. 8-10), des personnages sont représentés porteurs de cet ornement.

Des 12 labrets de pierre équatoriens que nous connaissons, 5 n’ont pas d’origine précise (Çoii. Cousin ; 27, p. xx/, /?g. 10, p/. xx//, /îg. 7) ; les autres proviennent des provinces septentrionales de la vallée interandine : 2 du pays pasto (142, pt. xxix-, Coii. Rivet) et 5 du pays cara (92, p. i53, /ïg. ///,/, a-, /; Coii. Rivet) ; mais les représentations humaines énumérées plus haut démontrent que l’usage du labret existait également chez les Latacungas, les Puruhaes et les Canaris. Pour ces derniers, d’ailleurs, nous en avons une autre preuve, car un objet en or de Chordeleg {pl. XXIV , fig. 10), dont la forme ne peut être mieux comparée qu’à celle d’un chapeau melon, est certainement un labret ('). Parmi les populations côtières, le labret était également en usage, comme nous l’ont signalé les anciens chroniqueurs, et comme le confirment les recherches archéologiques. Plusieurs figurines humaines trouvées par Sa ville dans la province de Manahi (365, ii, pi. xcii, fig. 1,4, pi. cxi) ont la lèvre inférieure orné d’un bijou en forme de bouton, qui, sur l’une d’elles, est entouré de sept petites boules en rosette, et l’archéologue américain a retrouvé par centaines des objets en or analogues au cours de ses fouilles dans la province d’Esmeraldas (365, II, p. 21 1; 366, p. 340-341).

La répartition de ces objets de parure en Amérique est très intéressante. Nous la résumerons ici en grande partie d’après les travaux de Dali (9i, p. 77-92) et surtout de Uhle (406, p. 28-37).

(^) Il est remarquable qu’aucun chroniqueur ne signale l’usage du labret chez les tribus du haut plateau équatorien. 11 faut en conclure ^ raisemblabicment qu’il était tombé en désuétude au moment de la conquête. Arc de méridien équatorial, t. VI, (i).

210 ETHNOGRAPHIE ANCIENNE DE l’éQUATEUR.

Au Pérou, l’usage de cet ornement ne nous est attesté que par des documents iconographiques : ce sont neuf vases provenant d’Ancon (335, iii, pi. xcix, fig. i), de Pumacayan, de Cajamarca, de Lambayeque et de Casma où sont figurés des individus

Fig. 5o. — Tombe de Los Très iVIoliiios, près Guano (') (Tr. n"* 9784, 9709, 9710).

porteurs de labrets (406, p. 33). Nous ignorons en quelle matière ils étaient fabriqués.

En Bolivie, le labret de pierre, absolument semblable à nos pièces équatoriennes, était assez répandu : on en a trouvé plusieurs exemplaires à Tiahuanaco (Tr. n» 7776: 407, 1, pL XIX, fig. 23-24; 318 6is,p. 107, fig. 33, e). Il en est de même au Chili, où des ornements

(•) Cette sépulture a déjà été figurée par Hamy (150, pl. I).

OBJETS EXTBAITS DES TOMBES PBÉCOLOMBIENNES DE l’éQUATEUR.

analogues ont été rencontrés à Freirina, à San Felipe, à l’hacienda de la Compania (247, p. 339, fig. ■75-97) et à Copiapo (406, pi. IV, fig. 3i).

En Colombie, l’emploi du labret a été signalé par les anciens auteurs dans le moyen Cauca (') (97, p. 401) et dans le Darien (138, p. 199).

A l’est de la Cordillère, cet objet de parure était ou est encore en usage chez un grand nombre de tribus du Vénézuela (Yaruro), de la Guyane (Galibis, Emerillons, Roucouyennes, Makusi, Arecuna), des rives du Uaupés (Uaupés, Tukàno), du Yapurâ, de l’Içâ, du Napo (^) (Quijos (140, vi, p. 59), Tama, Passé, Coëruna, Correguaje, Carijona, Jupué, Jumâna, Juri Taboca, Uainumâ), de l’Ucayali, du Javarÿ et du Jutaÿ (Campa, Piro [434, p. 357-365), Chuncho, Maxoruna, Culino, Marauâ), du Purus, du Madeira et du Guaporé (Purupuru, Pawumwa (I576ts, p. 341, ^g. 47-48), Mura), du Tapajoz (Mauhé), chez les Bororo, les Suyà du Schingù, les Karayas de l’Araguaya (106, pi.ii-iii), les peuplades gès du Tocantins, (Apinages, Carajâ, Cayapô) certaines tribus du littoral atlantique (Macuni, Capocho, Patacho, Tupinamba), chez les Kaigoa, les Carié (Guarani), les Lengua, les Guaycurù, les Abipon, les Payagua, les Guato, les Guanâ ou Channâ, les Surukusi et Scherue (Paranà), les Karchkocki, les Chiriguano, les Tapiete (289, p. i83), les Pacahara et les Tappanbassi de l’embouchure du rio de la Plata (406, p. 31-32). Ces labrets sont de forme et de matière très variées ; l’emploi de la pierre pour leur fabrication semble avoir été limité au Brésil (280). Les pièces des Etats de Sao Paulo, de Bahia (I9i, pi. xxi, fig. 18,20, pi. xxiii, fig. 37-40), de Rio de Janeiro, de Rio Grande do Sul (406, pi. iv, fig. 36-37), de Minas Geraes et de la vallée de San Francisco (28I, pi. viii, fig. 3, n) rappellent beaucoup notre type équatorien de pierre, tandis que d’autres, trouvés dans les États de Minas Geraes et de Pernambuco (281, pi. viii, fig. i, 4, 5, 9-10), reproduisent exactement la forme de notre labret en or de Chordeleg. Les Carajâ du Tocantins, certaines tribus gès, les Indiens de l’Araguaya, les Pawumwa du Guaporé usent également de labrets d’albâtre et de quartz (406, p. 32; 28i, pi. vin, fig. 6, 8; 157 Us, p. 341, fig. 48).

En Amérique centrale, cet objet de parure était en usage à Haïti, sur la côte des Mosquito (91, p. 84), dans la presqu’île de Nicoya (^) (302, iv, p. 98), au Guatémala, au Yucatan ("*) (29, i, p. 691, n, p. 731; 428, iv, p. 3o4) et surtout au Mexique. Un grand nombre des spécimens de ce pays, figurés par Wilson (441, pi. xli, p. 464, fig. 117), par Uhle

(1) Traen los setiores, por bajo del labio qucstâ sobre la barba, hechos muchos agujeros que traspasen à la boca, é por alli se rneten unas barretas de oro, que los cristianos llamamos barbas, porque andan colgando hasta en bajo de la barba, y son los agujeros algunos tan grandes, que la comida se les sale por ellos.

(^) Chez les Jîbaros, le labret n’est pas d’usage courant; mais les fiancées en portent un, fait d’un pompon de plumes brillantes (350, XVIII, p. 606, fig. 22).

(^) Estos desta prooinçia de Nicoya traen oradado el labio baxo, hecho un agujero entre la boca é la barba, é alli puesto un huesso blanco é redondo tamano como medio real : é algunos traen en lugar del huesso un boton de oro de martillo, é préndenlo por de dentro de la boca; é aquello con que lo prenden y el asidero de boton, como topan en el assiento de los dientes baxos, tanto quanto mâs bulto tiene, tanto mas salido para afuera les haçe tracr el beço 6 labio baxo de la boca; é para corner é beber se los quitan essos botones, si quieren.

(^) L ille signale une terre cuite de cetterégion, appartenant au Musée deBerlin, qui est ornée de labrets (406, p. 34)-

ETHNOGRAPHIE ANCIENNE DE l’ÉQUATEUR.

(406, pi. 7F, /;». 17-27) OU appartenant au Musée d’ Ethnographie du Troeadéro, rappellent étonnamment le type eommun équatorien ('); un exemplaire en or allié d’argent trouvé à Atotonileo el Grande est très comparable au labret en or du pays canari (308, Ldminas, i, pi. cxi, fig. 1-2).

Contrairement à ce que nous venons de voir pour l’Amérique du Sud, le labret se trouve limité, dans l’Amérique du Nord, à un territoire relativement restreint. Il semble, en effet, n’avoir été en usage que chez certaines peuplades de la Basse- Californie (Cochimis, Pericues) (29, i, p. 559) et chez les diverses tribus de la côte du Nord-Ouest, les Tschimsians et les Nass de la Colombie britannique, les Haïda de l’archipel de la Reine-Charlotte, les Tlinkit et autres tribus de l’Alaska et les Esquimaux occidentaux (9i, p. 87-92, pi. v, vi-, 406, pi. iv, fig. 4-16; 379, p. 178, fig. 44). Les labrets de ces peuplades ne sont pas toujours en pierre, certains sont en os ou en ivoire; leur forme est parfois assez différente de celle des pièces équatoriennes, mais elle s’en rapproche quelquefois d’une façon vraiment remarquable : nous citerons notamment deux labrets provenant des Aléoutes qui correspondent presque exactement à nos deux variétés (9i, pi. v, fig. i, pi. vi, fig. 3).

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